Table des matières
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La mission des archives et les tâches des
archivistes
Les archives centrales et locales et la societé
Archives, développement et souveraineté
nationale
Les archives dans les pays en développement :
une contribution au développement national
La mission des archives et les tâches des archivistes
Introduction
I.
La mission des archives
II. L'archiviste face à ses tâches
par Robert-Henri BAUTIER,
professeur à l'École nationale des Chartes.
Vingt ans après la création du conseil international des Archives et alors que le nombre des Etats qui disposent d'un service d'archives s'est considérablement accru à travers le monde, il a semblé. important d'examiner, à l'occasion de la douzième session de la conférence internationale de la Table ronde des Archives, si la conception qu'on se fait de la mission des archives et des tâches de l'archiviste est bien la même dans tous les pays et de noter les différences qui peuvent se rencontrer ici ou là. Cela permettra de souligner les priorités qu'en fait ou en droit nos collègues ou leurs gouvernements peuvent être amenés à assigner à des compétences multiformes; on se rendra compte ainsi du sens dans lequel semble évoluer la conception des archives. Ce faisant nous n'oublions pas que le rôle de la Table ronde a toujours été, tout en respectant les pratiques en usage dans chacun des pays, de dégager les lignes de force de la doctrine archivistique.
CONCEPTIONS TRADITIONELLES
Dans l'espace d'une génération, il est évident que les choses ont beaucoup évolué. Il n'y a pas si longtemps, en effet, les archives de de la plupart des pays européens, fidèles à la conception qui s'était lentement élaborée au cours du XIXe siècle, étaient d'accord pour se vouloir avant tout, sinon exclusivement, historiens et pour voir dans leurs dépôts des centres de conservation de fonds d'archives de valeur perrnanente, mis à la disposition de la recherche historique. Les rapports avec les administrations étaient souvent jugés secondaires; en bien des cas, l'initiative des versements et, parfois, celle des éliminations étaient laissées aux bureaux. D'ailleurs, dans bien des pays, les documents ne parvenaient aux archives qu'après un délai plus ou moins long, cent ans parfois ou cinquante ans, comme en Allemagne, en Belgique, en Italie, aux pays-Bas, etc. Le traitement des documents anciens était privilégié par rapport à celui des papiers contemporains et les inventaires, les regestes ou les éditions de documents médiévaux jouissaient d'un prestige plus élevé aux yeux d'archivistes-paléographes, rompus aux techniques de l'érudition. Sans négliger nécessairement la délivrance d'informations aux services administratifs, on travaillait surtout en vue de faciliter les recherches des historiens. Parfois même, certains archivistes avaient tendance à donner le pas, dans leur travail professionnel, aux documents qui faisaient l'objet de leurs recherches personnelles et cela contribuait à obnubiler l'aspect culturel plus général de la mission de l'archiviste.
D'un autre côté, certains Etats, qui ne bénéficiaient pas de fonds d'archives aussi anciens et aussi riches, constituaient de toutes pièces des services d'archives, chargés d'une vocation administrative beaucoup plus poussée. Leur personnel, sans véritable formation historique mais recruté dans les rangs des fonctionnaires des bureaux ou parmi les bibliothécaires ou les documentalistes, était spécialement entraîné à assurer la documentation des autorités.
On pouvait dès lors se demander si un divorce n'allait pas tarder à s'établir entre deux conceptions du métier d'archiviste, entre des archivistes-historiens coupés de l'administration et des archivistes-administrateurs sans vraie perspective historique.
Dans l'une et l'autre conception l'accent était mis, de toutes façons, sur le fait que la première tâche d'un archiviste de l'État est de s'occuper essentiellement, sinon exclusivement, des documents issus du fonctionnement des services de l'État et des collectivités publiques: ce qui n'était pas public records était abandonné aux bibliothèques et aux institutions culturelles, comme ne relevant pas directement des dépôts d'archives publiques.
ÉVOLUTION
Sur tous ces points l'évolution est aujourd'hui bien nette, et il nous semble essentiel de le souligner avec force au seuil de ce rapport. Tout en se considérant partout au service de l'histoire, l'archiviste a établi ou rétabli des liens particulièrement étroits avec les bureaux des organismes qui sécrètent les documents et il va au-devant de ces documents. De plus il ne se limite plus exclusivement aux seuls documents écrits, ni à la seule documentation d'origine publique, ni même à ce qui apparaît comme étant de valeur permanente, et une conception d'archives totales s'est fait jour: ces richesses ainsi accumulées entre ses mains, l'archiviste entend bien les mettre à la disposition d'un public le plus large possible, en souhaitant ainsi assurer aux matériaux une exploitation totale.
Certes, si l'évolution peut se déceler dans tous les pays, elle ne s'est pas encore accomplie partout de façon aussi complète. Les réalisations dépendent aussi de l'importance matérielle des dépôts d'archives, du caractère de ceux-ci (archives centrales, régionales ou locales), de la force de résistance des conceptions traditionnelles tant de la part des autorités-que de celle de certains archivistes eux-mêmes, enfin (et surtout) des difficultés rencontrées pour obtenir les augmentations de personnel et de financement rendues indispensables par le développement des tâches.
LA FONCTION HISTORIQUE DES ARCHIVES ET LE PROBLÈME DES PAPIERS CONTEMPORAINS
On insiste beaucoup aujourd'hui sur la vocation des archives à faire corps avec l'administration et à se placer au cur même de celle-ci pour gérer ses papiers, les organiser et assurer, en quelque sorte, la documentation permanente des autorités publiques. Mais est-il bien sur que cette voie soit toujours sentie comme la mission même des archives ?
En fait, les réticences sont très fortes contre cette conception qui semblerait à plus d'un comme une déviation du véritable rôle des services d'archives. Ainsi, dans la République fédérale d'Allemagne, si les Archives fédérales et celles de certains Länder (Rhénanie du Nord-Westphalie notamment) se sentent concernées par le problème global des papiers administratifs contemporains, la plupart des Länder n'acceptent de prendre en charge que des documents archivreife ou archivwürdige, c'est-à-dire ceux que leur intérêt pour l'histoire ou l'utilité de leur contenu juridique rendent dignes d'une conservation définitive ou tout au moins de longue durée. Cette conception est très proche de celle qu'expriment les archives de la République démocratique alIemande, celles d'Autriche ou de la grande majorité des cantons suisses. De même, aux Pays-Bas, le fait que les archives de l'État ne reçoivent en principe que des documents de plus de cinquante ans (et exceptionnellement ceux de plus de vingt-cinq ans) répond à la même idée.
En d'autres pays, les archives ne se refusent nullement à l'extension du rôle des archivistes face aux papiers contemporains, mais la primauté de leur rôle historique n'en est pas moins sous-jacente. Ainsi en Grande-Bretagne, la finalité du travail des archivistes du Public Record Office est de mieux assurer, grâce à la supervision des archives produites par les cours et les administrations, la sélection des docu ments destinés à y être transférés pour une conservation définitive. La situation est la même en France où, comme le dit fort bien le rapport, la collecte des papiers se fait dans la perspective lointaine de conserver toute la matière historique utile à la recherche. Sous une formulation différente, la réponse italienne ne s'éloigne guère de cette conception car, tout en insistant (comme les pays scandinaves) sur l'unicité de l'essence des documents d'archives, qu'ils soient conservés dans les bureaux ou versés dans les dépôts, elle n'en définit pas moins l'archiviste, avant tout, comme un « chercheur scientifique ». Quant aux archivistes roumains, ils commencent par rappeler dans leur réponse que la législation de leur pays fixe à leurs archives des « buts scientifiques et culturels-éducatifs ».
En dépit des affirmations de principe que l'archiviste doit se sentir responsable du records management, il est donc évident que la plupart de nos collègues interprètent de façon tout à fait inexacte cette expression qui répond à une pratique proprement américaine et qui ne semble pas de nature à faire école en dehors des réalités fondamentalement américaines.
C'est en effet pour permettre la régularité des versements, pour assurer un état de classement des dossiers qui rende plus aisé leur traitement ultérieur aux archives, pour faciliter enfin les éliminations que les archivistes se sont de plus en plus persuadés de la nécessité d'établir, le plus tôt possible, leur contrôle sur les papiers. Ainsi en sont-ils venus à revendiquer un droit de regard sur les archives en formation. Mais, du point de vue de la doctrine archivistique, il importe de se demander à quel stade de cette formation peut ou doit intervenir l'archiviste.
A nos yeux, il ne devrait intervenir qu'après la naissance des archives, c'est-à-dire non pas au niveau de chacun des docurnents, mais au moment où se constitue le dossier et, surtout, au moment où il s'agit d'organiser les dossiers les uns par rapport aux autres. Or, au sens plein du terme, le records management s'intéresse aussi à la genèse de chaque document pris individuellement, au formulaire administratif, au nombre d'exemplaires auquel doit être établi un papier donné, au cheminement du papier reçu àtravers les services jusqu'à la conception, à la rédaction, à la dactylographie du papier expédié. Ainsi le records management prend en main l'ensemble du paperwork du point de vue de l'organisation des bureaux et spécialement sous l'angle de la normalisation du travail et du matériel, voire de la formation du personnel administratif. S'il est admis aujourd'hui que l'archiviste doit avoir un droit de regard sur la naissance des archives, doit-il aller de soi qu'il a aussi le devoir de s'intéresser à leur « phase prénatale » ?
Pour notre part, nous ne croyons pas que les archives aient vocation d'absorber, sous quelque forme que ce soit, les services et de méthodes qui, sous des noms divers, existent dans la plupart des pays et sont, en outre, chargés de la fonction publique ou des réformes administratives. Elles ne sauraient pas non plus être absorbées par eux. Il y a là deux professions nettement différentes, même si elles présentent une frontière commune. Nous pensons donc qu'une collaboration plus étroite que celle d'aujourd'hui est souhaitable entre ces services et les archives; nous pensons surtout que la voix des archivistes devrait être mieux entendue au sein des diverses commissions compétentes en matière de méthodes administratives. Mais aller au-delà serait dépasser très nettement la mission propre des archives.
Il nous semble donc opportun de freiner sur ce point une évolution qui, pour être souhaitée par certains, ne nous paraît pas saine sur le plan de la doctrine et des réalités. Adopter une telle conception risquerait de compromettre les buts propres des archives et de gâcher le formidable potentiel scientifique que recèle leur personnel. Encore faut-il essayer de définir ici, avec quelque précision, en quoi consiste cette mission des archives.
Nous remercions très vivement les trente-six collègues de vingt-cinq Etats qui ont bien voulu prendre sur leur temps pour répondre avec tant d'application au long questionnaire que nous leur avions adressé, et dont les rapports si diligents nous ont permis d'établir notre rapport général:
Allemagne (République démocratique d'): Archives
d'État.
Allemagne (République fédérale d'): Archives
fédérales (président, Dr Mommsen); Archives d'État de
Bade-Wurtemberg, de Bavière, de Hambourg, de Hesse, de
Rhénanie-Palatinat, de Rhénanie du Nord-Westphalie, de Sarre,
de Basse-Saxe, de Schleswig-Holstein. Rapport de synthèse pour
l'Allemagne (Dr. Mommsen).
Australie: Commonwealth Archives Office (K. Penny).
Autriche: Direction générale des Archives d'État (Dr.
Mikoletzky).
Belgique: Archives générales du Royaume (C. Wyffels).
Cameroun: Direction des archives fédérales et de la
bibliothèque nationale (M. Etende).
Canada: Archives publiques (B. Weilbrenner, Direction des
archives historiques).
Côte d'Ivoire: Direction des archives nationales (Dro
Kessé, directeur adjoint).
Dahomey: Institut de recherches appliquées (J.A. Djivo,
directeur, chef du service des archives nationales).
Finlande: Archives nationales (M. Kerkkonen).
France: Direction générale des archives (G. Duboscq,
inspecteur général ).
Grande-Bretagne: Public Record Office.
Grèce: Archives nationales (A. Diamantis, directeur
suppléant).
Hongrie: Direction des archives (J. Varga).
Israël: archiviste de l'État (A. Bein).
Italie: Direction générale des archives d'État (G.
Antonelli, directeur du service des affaires archivistiques
techniques).
Malaisie: Archives nationales (Dato' Alwi Jantan,
directeur).
Norvège: Direction générale des archives nationales (D.
Mannsaker).
Pays-Bas: Archives générales du Royaume (A.E.M.
Ribberink) et Association néerlandaise des archivistes (R.A.D.
Renting).
Pologne: Direction générale des archives de l'État (A.
Ptasnikowa, service de recherches).
Roumanie: Direction générale des archives.
Suède: Archives nationales (O. Jägerskiöld).
Suisse: Archives de la Confédération (L. Haas);
Association des archivistes suisses (B. Meyer).
Tchécoslovaquie: Administration des archives tchèques
(V. Sykora); Administration des archives slovaques.
Yougoslavie: Archives fédérales (F. Biljan).