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Le processus par lequel la direction des archives examine les documents de disposition qui lui sont soumis par les administrations d'origine et décide, cas par cas, de les approuver ou de les refuser est appelé « processus d'évaluation » et les archivistes spécialisés qui en sont chargés sont appelés « évaluateurs ». La tâche fondamentale de l'évaluateur est de déterminer si les dossiers recensés dans les documents de disposition présentent assez de valeur pour être transférés et conservés en permanence au dépôt d'archives et, dans la négative, d'autoriser leur destruction après un délai plus ou moins long.
La détermination de la valeur des dossiers du point de vue de l'archivage est affaire de jugement et elle est donc nécessairement plus ou moins subjective. Mais il est possible de réduire au minimum la part de subjectivité en définissant les objectifs et les critères de l'évaluation-c'est-à-dire en établissant des normes de valeur en fonction desquelles l'évaluateur pourra juger. Il faut souligner que l'évaluateur n'a pas à tenir compte de la « valeur primaire », valeur que les dossiers présentaient pour la réalisation des tâches essentielles de l'administration d'origine, mais de la « valeur secondaire », valeur résiduelle que peuvent conserver les dossiers devenus inactifs. Les valeurs secondaires peuvent être groupées dans les grandes catégories ci-après':
Il est relativement facile de prendre une décision, positive ou négative, quant à la valeur que les dossiers présentent pour les archives en ce qui concerne les catégories 1, 2 et 3 ci-dessus, du fait du caractère concret et spécifique des questions auxquelles doit répondre l'évaluateur. En revanche, pour parvenir à une estimation judicieuse de la valeur d'information des dossiers, c'est-à-dire de la catégorie 4, les évaluateurs doivent posséder des connaissances sur les matières dont traitent les différents ensembles de dossiers soumis à leur examen. Il est évidemment impossible d'exiger d'eux une compétence universelle; chaque évaluateur doit donc se spécialiser dans un domaine assez vaste (comme, par exemple, affaires étrangères, problèmes militaires, industrie, commerce, agriculture, main-d'uvre, etc.) et avoir dans ce domaine des connaissances de base sur les méthodes de recherche, les besoins et les tendances, ainsi que sur les questions de fond-tout cela devant lui permettre d'évaluer un ensemble de dossiers en fonction de l'utilité qu'ils pourront présenter, dans un avenir prévisible, pour la recherche dans le domaine considéré. En outre, l'évaluateur doit tenir compte, pour se prononcer, de l'existence d'autres documents sur le sujet, publiés ou non, et se demander si la valeur d'information éventuelle des dossiers soumis àson examen ne fait pas double emploi avec d'autres sources disponibles. Et surtout il ne doit pas appuyer ses conclusions sur des intuitions ou des suppositions non fondées, mais sur une analyse rationnelle et rigoureuse de toutes les données se rapportant au cas étudié. Comme il est impossible à une direction des archives typique de posséder dans son personnel un éventail complet de spécialistes de tous les domaines de recherche, les évaluateurs devront inévitablement recourir, en particulier pour les cas limites, à des experts extérieurs, généralement universitaires.
Nous avons examiné les quatre principaux critères utilisés par les archivistes chargés de l'évaluation pour juger de la valeur des dossiers qui leur sont soumis. Les dossiers satisfaisant à un ou plusieurs de ces critères de valeur sont considérés comme recevables par la direction des archives; ceux qui ne satisfont à aucun d'eux sont considérés comme pouvant être éliminés. En règle générale, I'évaluateur présente ses conclusions sous la forme d'un rapport d'évaluation sur chaque document de disposition-liste, tableau ou offre de cession-présenté par l'administration d'origine, rapport qui analyse point par point chacun des éléments du document visé. Le rapport d'évaluation est ensuite soumis aux supérieurs hiérarchiques de la direction des archives-le plus souvent au directeur lui-même-avant d'être retourné à l'administration d'origine pour exécution.
Il est évident que l'évaluation n'est pas une tâche facile; il s'agit même probablement de la plus lourde des responsabilités professionnelles des archivistes. L'effort considérable qui leur est demandé est cependant pleinement justifié par l'importance de la phase d'évaluation dans le processus de disposition. Cette phase-est essentielle dans la mesure où les décisions d'évaluation déterminent irrévocablement le contenu des archives qui seront conservées définitivement et donc la nature des sources dont pourront disposer dans l'avenir le gouvernement, la communauté des chercheurs et le grand public.
En règle générale, ce sont les administrations d'origine qui appliquent les mesures prévues dans les documents de disposition, en tenant compte des décisions d'évaluation prises par la direction des archives. La seule exception importante est le cas où les dossiers concernés ont été placés dans un dépôt de préarchivage par l'administration d'origine; c'est alors le dépôt qui est chargé de l'exécution, mais àcharge pour lui de tenir pleinement au courant l'administration d'origine.
Dans les deux cas, l'exécution peut revêtir deux formes selon les termes du document de disposition approuvé: a) transfert au dépôt d'archives des originaux ou de microcopies de bonne qualité des dossiers dont la valeur a été considérée comme permanente, suivant un calendrier établi conjointement par les deux parties; b) élimination des dossiers dont le contenu n'a pas été considéré comme présentant une valeur suffisante pour justifier une conservation définitive; cette élimination est effectuée par l'organisme qui en a la garde-administration d'origine ou dépôt de préarchivage-qui doit se conformer strictement aux instructions approuvées par la direction des archives pour chaque élément figurant dans le document de disposition.
Les instructions pour l'élimination sont variables, mais elles prévoient en général, soit a) la destruction immédiate des originaux et/ou des microcopies des dossiers déjà rassemblés; soit 6) la destruction régulière des originaux et/ou des microcopies de dossiers qui continuent à s'accumuler, au terme d'un « délai de rétention » fixé; ce délai peut être un laps de temps donné à compter de la date de constitution des dossiers; il peut aussi être fonction d'un événement déterminé se produisant après leur constitution ou bien encore d'une combinaison de ces deux éléments. Pour procéder à l'élimination des dossiers, on peut les brûler ou les déchiqueter si leur contenu est confidentiel ou si leur diffusion est limitée pour d'autres raisons; sinon ils sont vendus au poids pour recyclage.
Pour pouvoir vérifier que les administrations appliquent effectivement les documents de disposition approuvés-la législation fédérale des États-Unis leur en fait l'obligation-la direction des archives doit être régulièrement saisie de rapports sur les mesures d'exécution prises avec une référence précise aux documents pertinents.
Pour compléter cet exposé sur le processus de disposition proprement dit, nous devons maintenant examiner deux autres sujets: a) l'échantillonnage; b) les dépôts de préarchivage.
La nécessité de l'échantillonnage se fait sentir quand l'évaluation se trouve en présence d'une grande quantité de dossiers qui présentent à son avis une valeur permanente, mais sous un volume si important que le souci d'économiser espace et argent impose un compromis entre leur évaluation et les contraintes dues à une quantité excessive. Dans ce cas, on peut recourir à la technique de l'échantillonnage-c'est-à-dire transférer aux archives, non pas l'ensemble des dossiers en cause, mais seulement une partie.
L'échantillon est sélectionné suivant des modalités adaptées à chaque cas, généralement définies par l'évaluateur avec la collaboration de l'administration d'origine et conçues pour préserver à échelle réduite les valeurs essentielles des dossiers en question. L'échantillon peut être « représentatif » et refléter exactement l'ensemble des informations contenues dans les dossiers, ou bien «sélectif » et conçu pour retenir les éléments d'information qui, sur le lot, paraissent présenter une valeur permanente et pour éliminer tous les autres.
Dans les circonstances particulières qui viennent d'être mentionnées, la technique de l'échantillonnage est extrêmement précieuse pour réduire le volume des dossiers à valeur permanente remis aux archives.
Le dépôt de préarchivage ne fait pas partie intégrante du processus de disposition, mais il lui est étroitement lié et le facilite considérablement. L'idée de ces dépôts est apparue aux États-Unis d'Amérique pendant la seconde guerre mondiale, quand des entrepôts fédéraux furent ouverts pour stocker à peu de frais les dossiers administratifs qui n'étaient consultés qu'occasionnellement. Au cours des années qui ont suivi la guerre et grâce à des mesures législatives, les entrepôts créés indépendamment par chaque administration ont été transformés en un réseau national de dépôts de préarchivage, centralisé sous le contrôle des Archives nationales des États-Unis et étroitement associé à celles-ci.
Les dépôts de préarchivage facilitent le processus de disposition de plusieurs manières:
Situé à mi-chemin entre l'administration d'origine et la direction des archives, le dépôt de préarchivage a pour tâche essentielle de fournir des locaux de stockage temporaire beaucoup moins coûteux et beaucoup plus vastes que ceux dont disposent ces deux organismes. L'existence de ces locaux, où les conditions de dépôt sont en général très souples, atténue le risque, d'une part, que les administrations ne détruisent des dossiers présentant de la valeur pour la simple raison qu'elles ont besoin de place dans leurs propres locaux et, d'autre part, que, pour la même raison, elles ne fassent pression sur le dépôt d'archives pour y transférer des dossiers de valeur douteuse. En fait, l'espace disponible dans les dépôts de préarchivage permet au processus de disposition de se dérouler de façon rationnelle et soigneusement préparée, grâce à une collaboration étroite entre les administrations et les archives.
Il nous reste à exposer quelques conclusions sur le processus de disposition des dossiers en général:
1. Au cours de ces dernières années, l'auteur a donné une série de conférences-présentant de façon plus détaillée et plus approfondie les questions dont traite le présent document-devant des groupes représentatifs de leur région réunis dans la République-Unie de Tanzanie et en Argentine, à savoir: a) le séminaire sur la gestion et la déposition des dossiers qui s'est tenu à Arusha (République-Unie de Tanzanie) en octobre-novembre 1976 sous les auspices de l'ECARBICA (Bureau du Conseil international des archives pour l'Afrique orientale et centrale), avec une contribution financière et une aide en matière d'organisation de la Fondation allemande pour le développement international; b) les étudiants et les membres du corps enseignant intéressés du Centro Interamericano de Formación de Archiveros (Centre régional de formation d'archivistes pour l'Amérique latine), financé par l'Organisation des Etats américains à l'Université de Cordoba (Argentine) en août-septembre 1977 Le document lui-même a été présenté à la Conférence générale de l'ECARBICA qui s'est tenue à Khartoum (Soudan) en avril 1978.
2. L'auteur, fonctionnaire du National Archives and Records Service des États-Unis d'Amérique de 1941 à 1972 et secrétaire général adjoint du Conseil international des archives (CIA) de 1968 à 1976, est actuellement conseiller auprés du président du CIA et président du comité du CIA pour le développement des archives
3. Dans ce document, nous nous limiterons exclusivement aux dossiers publics.
4. Par l'administration d'origine.
5. Par l'administration d'origine et/ou le dépôt de préarchivage (dont nous parlons plus loin).
6. Par la direction des archives.
7. Tels sont les principaux documents de disposition utilisés par le gouvernement fedéral des États-Unis d'Amérique. Il est évident que les documents ne seront pas exactement les mêmes dans d'autres pays mais dans tous les cas ils devront être conçus pour répondre convenablement à leur objectif essentiel, qui est de proposer et de contrôler l'application de mesures de disposition spécifique.
8. Pour une discussion plus approfondie, voir: Morris Rieger, « The appraisal of records for potential research values, Southeast Asian archives, vol. 9, juillet 1976, p 135-138; T R Schellenberg, Modern archives: principles and techniques, p. 139- 160, Chicago, 1956; T R. Schellenberg, « The appraisal of modern publics records », U.S. National Archives and Records Service, Bulletin (Washington), n° 8, 1956.
9. Dont nous parlons plus loin.
10. Voir: Morris Rieger, « Archives in developing countries: the regional training center movement », American archivist, vol. 35, avril 1972, p 163-171; Morris Rieger, « Archivarausbildung für die englisch sprechenden Länder des tropischen Africa: Entwurf eines Curriculums für das geplante Regional-Centrum in Accra », Der Archivar, vol. 26, mai 1973, p. 219-224.
11. Le terme « gestion des dossiers »-qui a une signification plus large et recouvre, outre la disposition, la constitution, I'entretien, la recherche et l'utilisation des dossiers actifs-est souvent utilisé comme s'il était synonyme de «disposition des dossiers ».
12. Voir aussi: Planning of archival development in the third world / Planification du développement des archives dons le tiers monde. Proceedings of the [ICA] Gcneral Conference I Actes de la Conférence générale [du CIA], Dakar, 28--31 January / 28-31 janvier 1975. Verlag Dokwnentation, Possenbachentrasse 2b, D-8000 Munich, FRG, 1976. 117 p. Archivum, special volume / numéro spécial, n° 1, edited by W. Lenz / préparé par W. Lenz.
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