Table des matières
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IX - Expositions, services pédagogiques, relations avec le public
Les archives et l'école: possibilités,
problèmes, limites
L'utilisation des archives par le grand public
Le service éducatif des archives ou enseigner
à l'aide d'archives
Archives
et relations publiques
Les
archives et la culture
Les archives et l'école: possibilités, problèmes, limites
par
Hans-Joachim BEHR,
Archivoberrat,
Niedersächsisches Staatsarchiv,
Osnäbruck
Les archives sont des institutions investies d'une mission culturelle. Elles ne peuvent plus aujourd'hui servir exclusivement la science et l'administration. C'est pourquoi on étudie depuis plusieurs années la possibilité d'utiliser les sources historiques conservées dans les archives à des fins scolaires. L'enseignement moderne de l'histoire et des sciences sociales a en effet tout intérêt à ce que les élèves puissent travailler directement sur les sources originales. Il est vrai que les expériences d'utilisation de documents d'archives dans l'enseignement qui ont été faites montrent que cette utilisation se heurte à certaines difficultés mais elles font aussi ressortir les avantages pédagogiques que l'on peut attendre d'un renforcement de la coopération entre les archives et l'école.
Depuis une vingtaine d'années, on admet couramment que les services d'archives doivent désormais assumer des fonctions d'information et de formation et, dans un certain nombre de pays, ces nouvelles fonctions sont placées sur le même pied que les attributions traditionnelles des archivistes, qui consistent à prendre en charge, classer, rendre accessibles et exploiter les documents d'archives. Dans la société moderne, le travail éducatif pourrait même devenir un jour l'élément essentiel de la fonction sociale des archives.
Expériences de différents pays
« Les archives et l'école » tel était le thème du Ier Congrès international des archives, tenu en 1954 à Paris sur l'initiative de la France, qui était alors l'unique pays avoir une certaine expérience en la matière.
La France avait en effet montré la voie à suivre en créant, dès 1950, au sein des Archives nationales, un « service éducatif » destiné à servir d'auxiliaire à l'enseignement de l'histoire à l'école (voir illustration) et étendant en 1951 cette mesure aux archives départementales.
Ce service éducatif couvrait déjà en 1969 cinquante des quatre-vingt-seize départements. Il est utilisé, en moyenne à raison de deux à six heures par semaine, par 700 élèves et dans certains départements par plus de 20000 élèves. Dans le cadre de ce service éducatif, un certain nombre d'activités et de manifestations organisées en commun par des archivistes et des enseignants détachés ont lieu aussi bien dans les écoles que dans les services d'archives. Les bâtiments d'archives de construction récente contiennent normalement des locaux destinés à cette fin. Le programme du service éducatif comprend un enseignement axé sur l'étude des sources originales, des expositions, des cours destinés à de jeunes historiens, des représentations cinématographiques suivies de discussions et diverses autres manifestations. Dans quelque vingt départements, des archivistes et des professeurs d'histoire éditent en commun en tant que publications du service éducatif des textes et des illustrations spécialement adaptés à l'usage scolaire. Ces publications contiennent des textes qui, placés dans un contexte plus large, ont trait à l'histoire nationale et régionale et contribuent à leur rendre vie. Le service éducatif des Archives nationales de Paris a également sa propre collection de livres de poche. Cette coopération systématique entre les archives et l'école fonctionne avec succès depuis déjà vingt ans.
L'action éducative des archives en URSS et dans les autres États socialistes suscite également un grand intérêt. Dans ces pays, les archives sont investies d'une mission éducative et tenues à ce titre de coopérer avec l'école afin d'aider celle-ci à donner systématiquement aux élèves une formation socialiste conforme à l'esprit du marxisme-léninisme mais il n'existe pas encore d'institution comparable au service éducatif français. Cependant, dans la République démocratique allemande, la coopération qui existait déjà entre les archives et l'école a été développée en 1968 et depuis lors des travaux pratiques scientifiques sont organisés dans les archives à l'intention des élèves des deux dernières classes de l'Oberschule avec l'aide et sous la surveillance d'archivistes. Les premiers rapports sur le déroulement et les résultats de cette expérience ont été récemment publiés.
Dans d'autres pays - notamment dans la République fédérale d'Allemagne, en Belgique, aux États-Unis d'Amérique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni - le problème de l'utilisation des archives à des fins pédagogiques est à l'ordre du jour mais on en est encore au stade de la collecte et de l'échange des données d'expériences.
Dans la République fédérale d'Allemagne, c'est Franz Herberhold qui, en 1955, a traité pour la première fois de la question des relations entre les archives et l'école dans un exposé fait pendant le Congrès des archivistes de l'Allemagne du Sud.
Enfin, l'action des archives auprès du public a été l'un des thèmes principaux traités lors du XLVe Congrès des archivistes allemands qui s'est tenu à Kiel en 1969. A cette occasion, Hans Booms évoquant les rapports entre les archives et l'école a recommandé de développer systématiquement les efforts déjà entrepris en la matière de façon àparvenir à un service éducatif inspiré du modèle français.
Malgré un débat qui dure déjà depuis plus de vingt ans et les nombreuses tentatives effectuées pour intégrer dans l'enseignement des visites et des travaux dans les musées, les possibilités qu'offrent les archives sur le plan pédagogique restent presque entièrement ignorées sauf en France et dans les États socialistes. Cela est imputable au moins en partie aux archivistes eux-mêmes. Ils se considèrent investis essentiellement d'une mission de recherche et à la rigueur d'administration mais ils oublient, dans la grande majorité des cas, que leur rôle consiste également à éduquer et informer le grand public. Si l'on veut que les archives s'acquittent de leur mission éducative, il importe avant tout d'intéresser de nou velles couches du public aux documents d'archives. Cependant, il ne suffit pas d'organiser occasionnellement des expositions, comme presque tous les archivistes sont amenés aujourd'hui à le faire, pour que les archives acquièrent aux yeux du grand public et du personnel enseignant une importance comparable, même de loin, à celle des musées en tant que moyen éducatif.
Enseignement de l'histoire et des sciences sociales
C'est l'école qui offre à cet égard le plus de possibilités nouvelles car les archives peuvent l'aider utilement à s'acquitter de sa mission de formation.
La forme de coopération la plus courante consiste à utiliser le fonds d'archives, c'est-à-dire les sources historiques originales pour l'enseignement de l'histoire et des sciences sociales'. L'enseignement de l'histoire à l'école est aujourd'hui avant tout une partie intégrante de la formation politique. C'est de là que procède aux yeux de l'opinion publique sa justification, voire sa nécessité. Cependant, si nous considérons que la formation historique est indispensable pour comprendre les mécanismes politiques et agir dans ce domaine, si nous pensons que l'enseignement de l'histoire a pour but de familiariser les élèves avec les hommes, les conditions de vie et les valeurs du passé, afin qu'ils puissent les comparer avec le présent et mieux comprendre ainsi les problèmes de l'individu et de la collectivité, rien n'est plus efficace pour la réalisation de ces objectifs que de confronter les élèves en contact avec les sources historiques, témoignages vivants du passé. Tout service d'archives aussi modeste soit-il dispose de sources qui peuvent devenir utiles pour l'enseignement moderne. Il faut abandonner la conception erronée selon laquelle seuls présentent de l'intérêt les documents qui concernent l'histoire nationale, c'est-à-dire qui ont une portée suprarégionale.
Expositions
Malheureusement, pour jouer leur rôle éducatif à l'égard de l'opinion publique et donc aussi des élèves des écoles les services d'archives s'attachent rarement, sinon jamais dans la pratique, à mettre en valeur la diversité thématique des sources d'information qu'ils peuvent mettre à la disposition du public et se contentent le plus souvent d'organiser des expositions consacrées à un sujet étroitement limité. Ces expositions thématiques font partie depuis la fin du XIXe siècle du programme d'activités courantes de la plupart des archives, dans la mesure où celles-ci disposent des locaux nécessaires à cette fin.
Dans la République fédérale d'Allemagne, les archives municipales de Brunsvick ont àelles seules organisé de 1950 à 1972, en coopération avec la bibliothèque municipale, 128 expositions plus ou moins importantes. La plupart des archives des États et des municipalités ont toutefois organisé seulement cinq ou six expositions au cours des dix dernières années. En revanche, les archives organisen-aussi généralement une exposition dite permanente où elles présentent leurs plu beaux fleurons. Ces expositions ont un succès plus ou moins grand. D'après certtaines enquêtes qui ont été effectuées en Allemagne du Nord, les deux esposistions qui ont été de loin les plus visitées par les élèves des écoles sont deux grandes expositions itinérantes organisées par l'Administration des archives de la Basse-Saxe: la première, qui a eu lieu en 1961-1962, avait pour thème « La Basse-Saxe » et l'autre, qui a été organisée en 1964-1966, avait pour thème « Dix siècles d'histoire de l'Allemagne ». Ces deux expositions ont été présentées dans toutes les archives d'État de la Basse-Saxe. Toutes les deux avaient pour objet de présenter une évolution millénaire. La deuxième avait en outre une vaste portée géographique. Les sujets plus limités suscitent, semble-t-il, un moins grand intérêt. Les données dont on dispose indiquent que le nombre d'élèves qui ont visité des expositions d'archives au cours des dix dernières années a fortement reculé malgré un important effort publicitaire. Il est incontestable que les expositions sur les grands thèmes, pour lesquelles plusieurs archives réunissent leur documentation, attirent particulièrement le public, mais le manque d'intérêt que dénote ce recul ne peut pas s'expliquer uniquement par les sujets choisis. Chacune des localisations possibles pour ces expositions dans les services d'archives présente des avantages et des inconvénients. Les services d'archives situés dans le centre des villes et disposant de leurs propres locaux d'exposition sont naturellement mieux placés pour attirer les visiteurs que ceux qui sont installés à la périphérie des villes. Ils sont d'un accès plus facile et le facteur temps est un élément qui est loin d'être négligeable pour les enseignants. En règle générale, les expositions d'archives sont organisées en dehors de toute préoccupation scolaire àl'occasion d'événements ou d'anniversaires particuliers ou pour des raisons de circonstances politiques. Elles n'ont pas de rapport avec un programme systématique d'études et ne sont même pas préparées en commun avec les enseignants de la discipline considérée. La possibilité de faire appel au concours d'enseignants, qu'offre précisément l'organisation de telles expositions et dont l'exemple français montre tous les avantages, n'a guère été exploitée jusqu'à présent dans la plupart des autres pays. Seules certaines archives municipales ont pu mettre à profit des contacts personnels et organiser, après accord passé avec les enseignants intéressés, de petites expositions réunissant des documents destinés à servir d'illustration à l'étude de certaines questions du programme scolaire.
Toutes les expositions habituelles d'archives doivent comprendre une partie plus ou moins grande d'éléments visuels autres que les documents d'archives proprement dits mais pour l'essentiel elles présentent toujours des témoignages écrits, ce qui pose un problème particulier. En effet, il ne faut certes pas sous-estimer la fascination qu'exercent les écrits originaux, les chartes impériales du moyen âge et les signatures de personnalités célèbres, mais la proportion des visiteurs d'une exposition capables d'apprécier ces documents du passé est de plus en plus réduite. Pour le profane cultivé, et à plus forte raison pour l'élève, ils ne sont que des documents illisibles et incompréhensibles. Seuls les guides et les catalogues leur confèrent de la vie et de la signification pour cette catégorie de visiteurs; mais même ainsi les élèves qui n'acquièrent des connaissances historiques de base que peu à peu au cours du processus d'apprentissage, ne considèrent les documents d'archives qu'avec curiosité ou d'un point de vue purement esthétique tant qu'ils ne sont pas en mesure de les relier à l'une des questions qu'ils ont étudiées.
Cependant, une exposition thématique bien organisée peut toujours, même si elle n'est nullement reliée à l'enseignement, avoir pour effet d'accroître, sur un plan général, l'intérêt des élèves pour l'histoire. C'est pourquoi la visite d'une telle exposition peut être utile même pour une classe de l'enseignement primaire. L'enseignement primaire est encore axé sur la représentation visuelle. On peut donc, à ce stade, avoir recours à des illustrations, à la présentation de monuments historiques et d'objets de musées et àdes documents d'archives soigneusement choisis (cartes, sceaux, documents médiévaux qui ont une grande force d'évocation, enluminures, affiches électorales, etc.) sans avoir à s'occuper des textes proprement dits. Il n'en reste pas moins que les visites d'expositions d'archives organisées pour les élèves ne peuvent avoir qu'une efficacité limitée au niveau de l'enseignement primaire. On doit se contenter d'inviter les élèves àrelater leurs impressions, à raconter de façon très générale ce qu'ils ont vu et à décrire à leur convenance telle ou telle pièce exposée.
Le recours à des textes originaux pour l'enseignement n'est possible qu'au niveau du secondaire. Cependant, le contenu de l'enseignement est à ce niveau généralement plus étroit et orienté de façon à contribuer à l'éducation politique des élèves. C'est pourquoi, aux yeux des enseignants, les expositions d'archives habituelles ne sont généralement pas assez riches en documents d'intérêt actuel utilisables comme support d'enseignement pour justifier le temps assez long qui doit souvent être consacré à une visite.
L'organisation d'expositions d'archives de type traditionnel même si elles font l'objet d'un nombre accru de visites scolaires ne peut pas être considérée comme une coopération véritable entre les archives et l'école. Cette activité représente tout au plus l'amorce d'une telle coopération. Pour que l'on puisse parler de coopération efficace, les enseignants ne doivent pas se contenter de jouer un rôle passif en utilisant et en adaptant aux fins de leur enseignement les documents d'archives qui sont présentés. Professeurs et élèves doivent de leur propre initiative faire connaître systématiquement aux services d'archives leurs problèmes et leurs besoins. Si tel n'a malheureusement pas été le cas jusqu'à présent, ce n'est certainement pas par manque d'intérêt mais bien par ignorance des possibilités qu'offrent les documents d'archives. Cet état de choses est souvent imputable à l'absence d 'une condition essentielle qui est la connaissance des fonctions et de la signification d'un service d'archives. C'est pourquoi les archivistes devraient avoir pour premier souci de donner à l'enseignement, grâce à un travail de relations publiques intense et systématique, des informations sur les fonctions et la nature des archives et des indications sur les moyens spécifiques dont disposent les archives pour aider l'enseignant dans son travail. Ce travail de relations publiques peut prendre des formes extrêmement diverses: conférences et cours d'initiation, visites guidées des archives à l'intention des enseignants, des élèves et des stagiaires, expositions avec catalogues destinées à présenter le travail des archives, distribution de bulletins d'information aux enseignants et aux élèves, envoi aux écoles de répertoires des archives, etc. Dans la République fédérale d'Allemagne, certains archivistes ont recours à ces moyens afin de démontrer l'intérêt qu'aurait l'école à utiliser davantage les services d'archives. Un autre moyen efficace consisterait à publier un petit « guide des archives » qui donnerait, dans une optique scolaire, un aperçu des fonds d'archives et des instruments de recherche des documents et qui fournirait des renseignements sur les règles d'utilisation et un certain nombre d'indications et de conseils techniques. Tout en continuant d'organiser, comme il est souhaitable, des expositions de type traditionnel où sont présentés des ouvrages et des documents rares sur tel ou tel sujet, les services d'archives pourraient utiliser également les autres moyens qui s'offrent à eux pour coopérer plus étroitement avec l'école pour l'enseignement de l'histoire et des sciences sociales. Les petites expositions organisées pour les besoins de l'enseignement sur tel ou tel sujet bien particulier sont relativement peu onéreuses. Les archivistes et les enseignants pourraient constituer en commun, en puisant dans les fonds d'archives, un matériel qui serve à illustrer l'étude d'une question en classe et sur lequel les élèves reçoivent des explications sur place. Cependant, les classes doivent se rendre dans les locaux des archives pour visiter ces expositions, car on imagine encore mal que les archivistes apportent leurs documents dans les écoles de leur circonscription. En revanche, les archivistes peuvent préparer des diapositives et d'autres reproductions de documents d'archives destinées à être utilisées à l'école, soit que l'enseignant les commente pour ses élèves, soit qu'il s'en serve pour les lectures en commun. De la sorte, les documents d'archives pourraient atteindre l'enseignement en dehors des locaux d'archives. Les duplicateurs de bureaux modernes qui existent maintenant dans la plupart des services d'archives permettent d'établir rapidement et pour un coût relativement modique le nombre voulu d'exemplaires d'un document.
Étude des sources : l' « apprentissage par l'exemple »
Depuis une vingtaine d'années, la notion d'« apprentissage par l'exemple » apparaît de plus en plus souvent dans les débats pédagogiques. Grâce à une instruction fondée sur l'exemple, on espère atténuer la pression que fait peser sur l'enseignement de l'histoire l'augmentation continuelle du volume de la matière enseignée. Cette nouvelle forme d'enseignement qui allie l'approfondissement des questions par l'exemple et la transmission des connaissances de base indispensables offre des possibilités de coopération entre les archives et l'école. Personne ne conteste que, dans l'enseignement secondaire, la lecture et l'interprétation des sources constituent la méthode la plus appropriée pour susciter une participation active des élèves. De fait, l'utilisation de textes originaux dans l'enseignement de l'histoire s'est très largement imposée. Elle s'étend aujourd'hui aussi à l'enseignement primaire et à l'enseignement primaire supérieur.
L'étude de sources choisies permet avant tout à l'élève d'entrer directement en contact avec l'histoire. En outre, elle a pour effet d'éveiller chez lui le doute et le scepticisme àl'égard des interprétations de faits historiques et des affirmations qui paraissent aller de soi dans les manuels et d'aiguiser ainsi son esprit critique. Il ne s'agit pas, bien sûr, de nier les différences de méthodes et d'objectifs qui existent entre l'enseignement scolaire et l'enseignement universitaire de l'histoire ni de contester qu'au niveau de l'école secondaire l'étude des sources a forcément des limites. Il n'en reste pas moins que de nos jours, les professeurs d'histoire doivent toujours s'efforcer d'expliquer aux élèves, ne serait-ce que de façon indicative, ce qu'est le travail de l'historien, afin de les initier aux problèmes de la connaissance et du jugement historiques. Dans le secondaire, la discussion des sources en classe permet de mettre en lumière toutes les nuances du doute et de la conjoncture qui rendent difficile la recherche de l'objectivité en histoire. Cela s'applique aussi bien aux sources centrales qu'aux sources régionales et locales.
Types de documents et leur utilisation
Plus une source parle concrètement à l'imagination des élèves et les met directement en contact avec un événement historique, et plus elle les intéresse, à condition évidemment que dans le cadre de l'enseignement par l'exemple, elle offre matière à des conclusions de caractère général. Ce sont les sources régionales et locales qui sont le mieux adaptées à ce rôle. Les cahiers de documentation destinés aux écoles, proposés par les éditions scolaires, pour autant qu'ils existent ne présentent généralement que des documents déjà publiés. Contrairement aux sources locales et régionales, le lien direct avec la réalité leur fait souvent défaut. C'est pourquoi les archives peuvent apporter à cet égard une aide précieuse aux enseignants en leur offrant d'autres documents qui leur permettent de rattacher les questions étudiées à la réalité concrète et d'éveiller ainsi l'intérêt et la volonté de participation active de leurs élèves. Les petites archives ont, elles aussi, assez de sources qui peuvent servir d'exemples pour illustrer les questions traitées dans l'enseignement moderne de l'histoire et des sciences sociales. Les rôles des contribuables permettent de se faire une idée des structures sociales. Les lettres personnelles d'hommes politiques, les pétitions et les pamphlets font mieux comprendre les grandes révolutions des temps modernes. Les documents relatifs aux troubles sociaux et aux grèves du XIXe siècle constituent une bonne introduction à l'étude de l'histoire du mouvement ouvrier. Les rapports administratifs éclairent les crises politiques et économiques qui se sont succédé entre 1920 et 1930. Les journaux permettent de se rendre compte de la façon dont la presse est mise au pas dans un État totalitaire. Pour ce qui est en particulier de l'histoire contemporaine depuis 1917 inscrite au programme du deuxième cycle de l'enseignement secondaire, on doit pouvoir trouver partout facilement des sources qui éclairent toute une évolution à partir de faits particuliers et qui se prêtent donc particulièrement bien à la lecture et à l'explication en classe. Ces sources contemporaines ne posent guère de difficultés de lecture, puisque les textes importants de cette période sont, la plupart du temps, écrits à la machine. En ce qui concerne les sources plus anciennes, un travail de transcription, voire de traduction, est souvent indispensable avant que le document considéré puisse être présenté aux élèves. Cela fait assurément perdre à ces documents une bonne partie de l'attrait qu'exerce le document original.
Les services d'archives auraient évidemment beaucoup trop à faire s'ils devaient préparer de leur propre initiative la documentation par thème dont peuvent avoir besoin les professeurs d'histoire et de sciences sociales. Les archivistes peuvent tout au plus donner des indications et des conseils. C'est en dernier ressort aux enseignants eux-mêmes qu'il appartient de décider quels sont les documents qui, dans tel ou tel cas, leur sont utiles pour leurs cours. Une initiative fort utile consisterait à enregistrer dans les archives et à classer par questions tous les documents qui ont été soit présentés dans de petites expositions axées sur l'enseignement, soit sélectionnés pour une explication de texte par le professeur ou pour une lecture en classe. Cela nécessiterait évidemment un certain travail de recherche, mais tout le monde en tirerait profit et l'on pourrait ainsi établir par une méthode purement pragmatique, un registre des documents d'archives disponibles pour l'étude de très nombreuses questions inscrites aux programmes d'enseignement Cette liste pourrait être reproduite en de nombreux exemplaires et distribuée aux écoles. L'effet publicitaire d'un tel registre dans les écoles serait sans doute inestimable. Au besoin, les services d'archives pourraient également constituer des collections de copies de documents et se tenir prêts à fournir sur demande des exemplaires des documents les plus demandés. On pourrait même envisager ultérieurement la publication de cahiers de documents àl'intention des écoles d'après le modèle français. Cependant, cette tâche incombe moins aux divers services d'archives qu'aux administrations d'archives communales ou d'État dont ils relèvent.
Travaux individuels ou en groupe
Jusqu'ici, nous avons parlé seulement de la visite des expositions d'archives et de l'utilisation de documents isolés ou peu nombreux dans l'enseignement, c'est-à-dire de situations où l'enseignant reste le véritable pourvoyeur d'informations, les documents d'archives servant essentiellement à éveiller l'intérêt des élèves. La consultation individuelle sur place des archives pose un tout autre problème Il ne serait assurément pas souhaitable d'organiser pour les élèves de l'enseignement primaire des visites d'archives comportant des exercices concrets. En revanche, les visites de classes de l'enseignement secondaire dans des expositions d'archives axées sur l'enseignement et soigneusement préparées du point de vue pédagogique se justifient toujours. Les sources historiques diverses peuvent être étudiées successivement dans toutes les classes en fonction de leur degré de complexité. La méthode qui consiste à laisser les élèves travailler seuls sur de la matière historique brute soulève quant à elle un certain nombre de difficultés et surtout suppose de la part de ces élèves une faculté d'abstraction et d'association telle qu'on ne peut l'envisager que pour le deuxième cycle de l'enseignement secondaire, c'est-à-dire pour des jeunes gens âgés de dix-sept à dix-neuf ans.
L'idée fondamentale qui est à la base de la réforme de l'enseignement de l'histoire est que, dans le deuxième cycle de l'enseignement secondaire, il importe de développer plus qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, les formes de travail qui laissent aux élèves une autonomie croissante afin de leur donner la possibilité « d'étudier des sujets limités, y compris des problèmes politiques actuels, à partir des sources historiques, en ayant recours à des ouvrages scientifiques ». A cet égard, le principe de l'apprentissage par l'exemple continue à être en vigueur. Dans la République fédérale d'Allemagne, ces idées ont trouvé leur application dans les programmes d'études. C'est pourquoi, depuis quelques années, la rédaction de mémoires annuels et l'exécution d'enquêtes collectives sont de plus en plus en faveur dans l'enseignement scolaire. Les thèmes sont souvent choisis de façon à nécessiter le recours aux archives. Au cours des dernières années, il y a eu dans la plupart des archives des groupes d'élèves qui ont préparé des mémoires annuels et des enquêtes collectives concernant l'histoire ou les sciences sociales. L'utilité de ces travaux est contestable lorsque l'enseignant connaît mal les conditions de travail dans les archives et leurs exigences, comme c'est parfois le cas, et que de ce fait ce travail dépasse les moyens des élèves pour ce qui est du temps ou de leur capacité. Il faudrait qu'avant tout travail scolaire important dans les archives, l'enseignant responsable et l'archiviste examinent ensemble les possibilités matérielles et les conditions techniques d'application.
Les possibilités de travail indépendant sur des documents originaux non imprimés sont toujours assez limitées, même pour les élèves du deuxième cycle de l'enseignement secondaire. L'aide de l'enseignant ou de l'archiviste est généralement indispensable. Cela s'applique aussi aux enquêtes collectives comme celle qui a été effectuée pendant l'hiver 1972-1973 dans les archives d'Osnabrück par un groupe composé d'élèves de la douzième et de la treizième année d'études de l'Oberschule (secondaire). L'objectif de cette enquête était d'étudier à titre d'exemple la naissance de l'État totalitaire national-socialiste à l'aide de sources provenant d'une zone géographique étroitement limitée. Après avoir suivi un exposé général d'introduction au travail d'archives, les élèves se sont divisés en plusieurs groupes de trois ou quatre personnes dont chacun a étudié l'un des six sujets choisis en commun par les élèves, l'enseignant et l'archiviste, à savoir: les élections et les partis avant 1933, l'évolution du parti national-socialiste, la situation économique de 1929 à 1934, la période de mise au pas après 1933, l'Église et le parti national-socialiste, Ta guerre totale. Les sources utilisées étaient des quotidiens et des revues ainsi que des documents publics et privés. En outre, les élèves ont eu recours à la Bibliothèque des archives et à celle de l'Association historique d'Osnabrück qui se trouve dans les mêmes locaux. Les résultats n'ont pas été entièrement satisfaisants notamment en ce qui concerne les objectifs pédagogiques mais dans certains cas le niveau des travaux a presque égalé celui des séminaires universitaires. Cette expérience a confirmé ce que laissaient prévoir d'autres expériences analogues, à savoir que certains objectifs pédagogiques sont plus faciles àréaliser dans une certaine ambiance matérielle, intellectuelle et émotionnelle que dans le cadre de la classe. L'attrait de la nouveauté et de la recherche indépendante des sources stimule l'élève. En revanche, cette méthode de travail présente également un certain nombre d'inconvénients: les élèves capitulent facilement- devant l'abondance de la matière, se perdent dans l'importante documentation, ne savent pas distinguer l'accessoire de l'essentiel, s'accrochent à des détails et se laissent déborder. Ils ont du mal à faire la synthèse des notes qu'ils ont prises à partir des documents originaux. Cependant, après une première période, ces difficultés disparaissent en général rapidement. Pour que les travaux effectués en groupe par les élèves dans les archives à partir de sources véritables (non pas des Journaux ou autres imprimés) soient couronnés de succès, que l'enseignant ait effectué un travail préparatoire important, notamment pour le choix des sources, et qu'il apporte une aide considérable aux élèves pendant leur enquête. En dépit des nombreux problèmes et difficultés qu'il soulève, le travail des élèves dans les archives présente des avantages incontestables du point de vue pédagogique. Il ne contribue pas seulement à l'apprentissage par l'exemple. Il donne plus de souplesse àl'enseignement, renforce la confiance entre élèves et enseignants, stimule l'intérêt des élèves pour l'histoire et développe leur esprit critique et leur initiative.
Utilisation des bibliothèques appartenant aux archives
Les archives n'abritent pas seulement des collections de pièces d'archives. La plupart d'entre elles disposent d'une importante bibliothèque spécialisée destinée au personnel et souvent aussi d'une bibliothèque d'association tout aussi vaste. Ces bibliothèques sont souvent les bibliothèques historiques les plus importantes de la localité. Elles peuvent aider non seulement les enseignants à orienter et préparer leurs cours, mais aussi les élèves à préparer leurs devoirs à la maison. Beaucoup de services d'archives patronnent des sociétés d'histoire, locales ou régionales Les mêmes personnes font souvent partie à la fois de la direction des archives et de celle de la société d'histoire et les réunions de cette dernière sont souvent organisées dans les locaux des archives. Les conférences et les publications de ces sociétés d'histoire peuvent elles aussi être utilisées pour des fins d'enseignement. Elles peuvent surtout contribuer à rapprocher les enseignants des archives et cela est essentiel car la coopération entre les archives et l'école implique avant tout une collaboration avec les enseignants
Il est vrai que les programmes d'études modernes ne sont guère conçus de manière àinciter les professeurs d'histoire à utiliser les sources dont disposent les archives à des fins pédagogiques. Il y a assez de possibilités de coopération entre les archives et l'école. Si elles sont trop peu utilisées cela tient moins aux programmes d'études ou même à un manque d'intérêt de la part des enseignants, qu'à une très grande ignorance des possibilités pédagogiques qu'offrent les archives.
Coopération entre les archives et l'enseignement
La coopération entre les archives et l'enseignement répond aux intérêts des deux parties. Elle permet aux archives d'être mieux connues par le grand public et aux élèves d'aborder l'histoire à partir de documents authentiques qui les incitent à réfléchir. La tâche consistant à organiser une coopération telle que celle qui existe en France et à la faire fonctionner efficacement revient en premier lieu aux administrations d'archives et aux ministères de l'éducation ou aux autorités scolaires S'ils ne s'acquittent pas de cette tâche, il sera bien difficile de parvenir à une coopération. Cependant, les services d'archives individuels ont eux aussi la possibilité, aux échelons local et régional, de toucher le grand public et de favoriser les contacts. Il s'agit d'épuiser toutes ces possibilités afin de familiariser les enseignants avec les archives et avec les perspectives nouvelles que l'utilisation des documents d'archives offre à l'enseignement moderne de l'histoire et des sciences sociales. Les expériences déjà faites en la matière doivent en tout état de cause bénéficier d'une large publicité. Si cette voie est suivie avec sérieux et de façon systématique, on peut espérer que l'utilisation des archives à des fins pédagogiques, au moins pour les classes supérieures de l'enseignement secondaire, deviendra bientôt partout aussi courante qu'elle l'est déjà en France.