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L'utilisation des archives par le grand public

Rapport par
Mme Claire BERCHE

L'importance de l'action des archives auprès d'un large public, conception assez nouvelle, ne rallie pas l'unanimité des archivistes. Cette action qui comporte deux aspects, la participation àune diffusion des ressources culturelles auprès de chacun et la publicité en faveur des archives, suscite des prises de positions contradictoires. Certains en effet se passionnent pour des activités de formation, d'enrichissement intellectuel d'un public profane et s'attachent, par des travaux d'information, à mettre en lumière le rôle des archives. D'autres s'interrogent sur l'utilité de toucher un public plus vaste que celui qui fréquente habituellement les salles de lecture des archives. Attachés à des aspects plus traditionnels et intellectuellement plus gratifiants de leur mission, c'est-à-dire au rôle scientifique et administratif des archives, ils ont tendance à mépriser le côté vulgarisateur et publicitaire d'un effort en ce domaine.

Consacrer du temps, investir des crédits importants dans des réalisations accessibles à un large public, dans des actions d'éducation, chercher à donner d'un patrimoine méconnu et de réputation austère une image de marque attrayante, alors que les ressources en personnel sont limitées et les frais de conservation croissants, est-ce utopie ou réalisme, défi ou occasion de se développer?

Ce rapport ne prétend en aucune manière dresser un bilan exhaustif des nombreuses expériences menées partout en ce domaine. Il tentera simplement d'en mettre en lumière quelques-unes et de noter, après l'exposé de ces réalisations, quelques problèmes pratiques d'application.

1. les archives et le grand public: une évolution et son impact.

Progressivement, les archives cessent d'être l'apanage d'une minorité érudite, pour devenir illustration et moyen de culture. Elles passent d'un stade passif, axe sur la conservation des documents et leur mise à la disposition d'un public d'élite, à un rôle plus actif de médiation culturelle. Par de multiples canaux, certes encore modestes, le grand public commence àentrevoir leurs ressources. Mais ne reste-t-il pas beaucoup à faire pour rendre familières àchacun les richesses d'une partie méconnue du patrimoine culturel de son pays?

(a) Participation progressive à l'action culturelle.

Notre époque n'a pas inventé ce rôle de diffusion culturelle. Il faut remonter à la seconde moitié du XlXe siécle pour trouver les premiers indices d'ouverture des archives en direction d'un public non érudit, avec la création de musées d'archives à Paris aux Archives nationales en 1867, à Londres au Public Record Office, à Vienne et, vers 1935, à Washing ton. Leur création, dans le mouvement historique post-romantique, traduisait l'idée que les archives pouvaient servir à l'enseignement de l'histoire, à une initiation à la paléographie. Cette entreprise voulait aussi répondre, "à côté d'un public d'élite, à qui l'étude approfondie des documents est plus particulièrement réservée", à l'attente d'une "foule intelligente, avide de connaître toutes choses, qui veut à ses heures de loisir se renseigner sur les sciences qu'elle ignore". Pour fructueuse qu'elle fût, cette tentative n'en demeura pas moins isolée et il faut presque attendre les années 1950 pour noter une étape nouvelle avec le souci de créer des liens avec le monde de l'éducations.

Dès 1954, ces préoccupations sont à l'ordre du jour puisque la première conférence internationale de la Table ronde des Archives a pour thème Les archives et l'enseignement. On y débat de la collaboration des archivistes à la formation des instituteurs, de la création des services éducatifs, de l'organisation de visites scolaires, des moyens d'éveiller l'intérêt pour l'histoire. On y cite des expériences nouvelles: présentation commentée de textes originaux dans les locaux des archives à un public très divers, conférences à la radio, publications, recueils de textes et fac-similés à l'usage du grand public, collaboration au développement du tourisme culturel et à la réalisation de films.

Depuis, la quinzième conférence internationale de la Table ronde des Archives, tenue àOttawa en 1974 sur le thème plus général Les Archives et les relations publiques a permis d'enregistrer le développement important pris par ces activités, expositions et actions des services éducatifs d'archives en particulier.

(b) Un contact enrichissant pour le profane

Ce "large public", quel est-il? En fait, il se distingue de la clientèle habituelle de nos salles de lecture; il est formé aussi bien des autorités administratives et des élus locaux que des catégories cultivées. Il comprend aussi tous ceux qui; sans participer de manière habituelle a des manifestations culturelles, se révèlent sensibles au pouvoir évocateur de documents présentés clairement et touchant des questions d'actualité.

Ce grand public témoigne aujourd'hui d'un goût croissant pour l'histoire, dans la mesure où la part qui lui est dévolue s'amenuise dans les programmes scolaires, diront certains. Succès des émissions télévisées (films et débats) sur des sujets historiques, diffusion d'ouvrages ou de revues accessibles à tous dus à des universitaires connus, publications vendues jusque dans les supermarchés, multiplication des sociétés historiques locales, développement de la généalogie, autant de signes qui traduisent, selon une expression un peu galvaudée, le désir de "retrouver ses racines", dans une civilisation en cours de mutations, l'engouement pour les civilisations traditionnelles et la vie quotidienne d'autrefois. Pourquoi, dans ce mouvement, ne pas tenter de donner au public matière à étoffer ses connaissances, à appréhender nos ressources?

Que sont les archives pour le grand public? Chacun aurait des anecdotes ironiques à narrer sur les portraits caricaturaux que l'on trace de notre activité.

Cette méconnaissance n'est pas l'apanage des personnes peu instruites. Quel est l'administrateur, la personne cultivée qui ne nous confonde avec les bibliothécaires, qui sache précisément quelles ressources nous pouvons mettre à sa disposition?

Pourtant, "dans le contexte de l'action culturelle contemporaine, les archives doivent aider àla formation du jugement. Elles peuvent expliquer le sens des événements en les replaçant dans le contexte psychologique des périodes où ils se sont produits. Elles mettent l'accent sur les hommes grands ou petits, célèbres ou obscurs, qui ont précipité ou subi des événements. Elles font comprendre la finalité de nos institutions nationales, régionales ou locales. Par cette action éducative, les archives rendent vivante l'histoire d'hier et d'aujourd'hui".

En bref, nos ressources doivent pouvoir permettre au public "d'approfondir la connaissance de l'homme dans sa dimension historique, dans ses mentalités et dans son environnement social".

(c) Les archives, auxiliaires de la prise de conscience nationale, régionale et ethnique.

Indéniablement, et les représentants des pays en voie de développement l'ont très bien souligné à plusieurs reprises, les activités des archives en direction d'un large public contribuent à l'affirmation de l'identité nationale des jeunes nations. Les sources écrites et la tradition orale leur permettent d'appréhender leur histoire, légendes, coutumes et traditions. Notre rôle de conservation est irremplaçable en ce domaine.

Par ailleurs, dans d'autres pays, les archives peuvent, en présentant au public l'histoire des luttes de la nation pour conquérir son indépendance, contribuer de manière non négligeable au développement de la conscience nationale. C'est ainsi que dans de nombreux pays des manifestations diverses organisées par les archives célèbrent les grands anniversaires.

Le public désireux de mieux connaître les traditions et l'histoire régionales trouve dans les actions menées avec la collaboration des archivistes au plan local (préservation du patrimoine architectural, maintien des traditions) les ressources susceptibles de lui faire mieux apprécier et protéger la culture et les traditions locales. Enfin, pour les minorités, qu'elles soient ethniques, religieuses ou linguistiques, les archives écrites ou orales constituent une source fondamentale pour la prise de conscience de l'histoire et de la culture qui leur sont propres.

Dans un souci voisin, certains mouvements (politiques, professionnels ou féministes) ne constituent-ils pas leurs propres archives?

2. Tendances actuelles et expériences nouvelles.

Si les deux aspects des rapports entre les archives et le grand public, animation et publicité, se distinguent au plan intellectuel, dans le concret ils ne peuvent qu'être confondus.

Les expériences tentées récemment semblent se caractériser par une amélioration des moyens devenus traditionnels: expositions, liens avec l'enseignement, publications, mais aussi par la recherche d'un public plus large, grâce notamment à la télévision et aux moyens audiovisuels.

(a) Les musées d'archives.

Les musées d'archives font un effort de rajeunissement (exemple: le Musée de l'Histoire de France aux Archives nationales à Paris, rénové en 1978 - 1979). Ils adoptent les techniques nouvelles de la muséographie, la mise en valeur des documents par l'éclairage, la présentation en vitrines ou sous plexiglas, la rédaction de commentaires clairs, de transcriptions, l'insertion du document dans son cadre historique et géographique. Par ailleurs, ils font appel aux moyens audiovisuels pour compléter cette présentation: commentaires enregistrés, projection de montages de diapositives, etc.

Toutefois, cette forme d'animation culturelle, très coûteuse et nécessitant de gros moyens matériels, ne se développe guère et recueille moins de succès que les expositions temporaires.

(b) Les expositions,

Les expositions constituent, de loin, la forme la plus utilisée de diffusion culturelle, la plus efficace de l'avis de tous. En même temps, elles exigent un investissement important en temps et en crédits. De la grande manifestation aux simples prêts, elle peut revêtir diverses formes:

1. Expositions assez étoffées organisées par les archives elles-mêmes, en général dans leurs locaux. Elles font l'objet d'une programation et demandent plusieurs mois de préparation.

Elles s'articulent autour d'un thème général duquel on rapproche autant que possible l'aspect local et humain auquel le visiteur est très sensible.

Leur préparation implique la recherche de la collaboration d'un public qui ne sera pas forcément celui des archives. Comment ne pas faire appel à des industriels ou à la famille d'un personnage connu pour organiser une manifestation sur l'histoire de l'industrie ou une exposition consacrée à une grande figure nationale ou locale? D'une certaine manière, ce type d'exposition constitue une occasion de faire progresser la recherche. Au plan local, intéresser les étudiants et élèves des écoles à la quête de certains types de documents peut être fructueux.

Pour le traitement du thème, les conceptions évoluent aussi. Aux archivistes qui, il y a quelques années, prônaient la présentation exclusive de documents d'archives, s'opposaient les tenants d'un choix plus large. Actuellement, un dosage paraît nécessaire dans l'évocation du thème C'est pourquoi, sans donner de pourcentage idéal, tout pouvant changer selon le thème et les ressources locales, on peut dire que les expositions tendent à présenter 50 % de documents iconographiques, cartographiques, statistiques et graphiques, 25 °70 de manuscrits et 25 °70 d'objets, toiles ou autres. Cette méthode permet de traiter le thème de manière plus claire, plus attrayante et plus esthétique. Il est incontestable que cette variété est très appréciée, particulièrement dans les pays en voie de développement où elle facilite l'accès au thème. La projection, en un lieu tout proche, d'un montage audiovisuel sur le même thème, ou de films d'époque si le sujet s'y prête, constitue un complément attrayant.

Sur le nombre important d'expositions organisées, peu font l'objet d'un catalogue. Catalogue imprimé très complet faisant le bilan des connaissances sur le thème ou simples feuillets reproduits par des procédés rapides, édition coûteuse ou bon marché, vente à prix élevé ou distribution gratuite aux visiteurs, ces deux pratiques existent, avec cependant une tendance. très nette à la généralisation de la seconde.

Quant aux horaires d'ouverture (si possible quelques "nocturnes" et ouverture les jours fériés), ils gagnent à être aussi soigneusement étudiés que le choix des dates de l'exposition.

Faire circuler une partie de l'exposition parait très positif et sans danger pour les collections, dans la mesure où il est aisé de prêter des agrandissements photographiques, souvent aussi évocateurs que des documents originaux.

Nombreux sont les organismes (entreprises et unités agricoles en Roumanie et Hongrie, usines en Bulgarie, foyers de théâtre, banques ou mairies en Hesse, entreprises, cinémas et villages en URSS, pour ne citer que quelques exemples) susceptibles d'accueillir, pendant une durée limitée, panneaux et parfois vitrines. Inciter les organisateurs au plan local à chercher et présenter des documents et objets appartenant aux familles de la ville ou de la région (se rattachant naturellement au thème de l'exposition) peut les intéresser et sensibiliser le public àl'exposition. Ce système permet de toucher des populations éloignées des archives et par là même justifie les efforts entrepris.

2. Petites expositions publicitaires sur les archives. Présenter, dans des lieux fréquentés par un public qui n'irait pas spécialement voir une exposition, quelques reproductions de documents prestigieux devient fréquent au Canada dans les centres commerciaux et les aéroports, en France dans le métro de Paris, de Lyon et de Marseille, dans les foires expositions, etc.

3. Présentation de documents aux archives.

Il peut s'agir de la présentation rapide, dans le hall d'entrée des archives, de quelques documents du fonds local en rapport avec l'actualité, un anniversaire, ou un thème traité par un ouvrage de grande diffusion récemment paru.

4. Prêts à des expositions organisées par d'autres organismes. Devant la lourdeur dcel'organisation d'une exposition de bonne qualité, devant une fréquentation statistiquement limitée, les archivistes s'interrogent. Certains sont d'autant plus réservés que le public se trouve sollicité par une multiplication d'expositions sur des thèmes proches, mises sur pied avec des moyens matériels et des possibilités de diffusion parfois supérieurs aux nôtres par de nombreux organismes (centres culturels, musées, bibliothèques, associations, communes etc.).

Ainsi, parallèlement à l'organisation de nos propres expositions, ou pour les remplacer, se manifeste actuellement une tendance à favoriser les prêts de documents originaux ou d'agrandissements photographiques. Faire connaitre des documents appartenant aux archives dans le cadre d'autres manifestations DC nécessite aucune dépense, peu de recherches et contribue aussi bien à faire connaître les ressources. Il s'agit donc d'une possibilité à ne pas négliger, utilisée en Belgique et en Tchécoslovaquie notamment.

(c) Les activités éducatives.

Si la collaboration entre les archives et les enseignants revêt des formes plus ou moins institutionnalisées selon les pays (visites scolaires aux archives dans 43 pays en 1974, conférences aux archives ou dans les établissements d'enseignement en Bulgarie, publications éducatives au Etats-Unis, en Pologne, en URSS, productions audiovisuelles au Canada, diapositives et microfiches aux Bahamas, services éducatifs d'archives en France), elle apparaît à chacun comme indispensable.

L'expérience des différents pays permet de dégager quelques grandes lignes dans l'utilisation pédagogique des archives:

(d) Les publications.

Publier des instruments de recherche de caractère moins académique, illustrés, donc plus accessibles à un public non érudit, concevoir des inventaires plus synthétiques, du type des guides d'archives par dépôt ou par catégories de documents, voilà quelques efforts actuels qui témoignent du souci de faciliter l'accès aux fonds d'un public peu averti.

En ce domaine, on peut citer la publication des guides nationaux d'archives (Espagne, Hongrie, Israël). L'exemple d'une initiative italienne est intéressant en la matière: la publication des Itinerari Archivistici Italiani, qui fournissent au lecteur pour chaque province un précis des ressources des différents dépôts, avec les indications matérielles, sous une forme attrayante et illustrée, semble de nature à éveiller l'intérêt du public. De même, la série des guides départementaux d'archives français, bien que plus orientée vers la recherche historique, contribue à ouvrir l'accès des archives à un vaste public'.

On doit noter aussi une tendance à faire paraître des instruments de recherche peut-être moins élaborés, donc plus rapidement mis au point, moins luxueux (utilisant l'offset de préférence à l'impression), donc moins coûteux et plus accessibles aux amateurs.

La mise à la disposition du public de reproductions de plusieurs catégories de documents peut se faire sous de nombreuses forrnes:

Tous ces moyens, largement utilisés par les musées, sont loin d'être en vigueur partout dans les archives, surtout en raison de leur coût généralement élevé.

Dernier effort dans le domaine des publications, on doit remarquer l'accroissement des tentatives pour rédiger des articles de vulgarisation sur les archives dans la presse locale ou des revues historiques, et pour faire paraître des articles historiques citant largement les sources locales (URSS, Côte d'Ivoire).

(e) La participation d des "opérations grand public".

Plusieurs pays (Canada, France, URSS) réussissent à obtenir la réalisation d'émissions à la radio ou de séquences à la télévision consacrées aux ressources des archives. De plus en plus fréquemment, on fait appel aux archivistes pour la recherche de textes originaux, ou une participation à des débats télévisés au cours desquels ils peuvent faire part de leurs recherches et présenter des originaux choisis. Ces deux types d'action, qui demandent relativement peu de moyens matériels, ont des chances d'avoir un impact intéressant sur un large public.

Une autre catégorie de manifestation recueille, dans les pays qui la pratiquent, un grand intérêt: il s'agit de "journées portes ouvertes" ou de "semaines des archives". En Pologne, où cette initiative a été prise depuis 1957, sont organisées tous les cinq ans des campagne, d'information dont le but est de faire connaître au public le rôle des archives et d'établir des contacts plus étroits avec l'administration, les institutions universitaires, scolaires et culturelles. Cette initiative a été étendue à l'échelle mondiale par l'organisation de l'Année des Archives patronnée par l'Unesco en 1979. En France, l' "Année du Patrimoine (1980) fait une large part aux archives.

(f) La recherche de nouveaux publics.

Si les généalogistes trouvent facilement le chemin des archives, si les membres des sociétés historiques connaissent l'existence de nos dépôts, d'autres catégories de chercheurs amateurs peuvent être intéressés par les ressources des archives.

Dans cette perspective, il y aurait lieu de développer les rapports avec les organismes destinés aux personnes du "troisième âge".

Elles sont souvent plus disponibles pour participer à des activités culturelles, des conférences, mener à bien de brèves recherches. Elles peuvent détenir des papiers de famille ou en connaître l'existence et se révéler de bons auxiliaires en ce domaine pour l'archiviste. Enfin, certaines peuvent se prêter à l'enregistrement de témoignages oraux.

Toucher grâce à des expositions, des conférences, des montages audiovisuels, les adhérents de foyers ruraux, de maisons de jeunes, de clubs de photographie qui sous des formes diverses peuvent s'intéresser au passé de leur ville ou de leur village, se révèle quelquefois fructueux au plan local. Enfin, les employés des entreprises, les membres des associations de quartiers peuvent n'être pas insensibles à la présentation de conférences et de documents locaux.

3. Aspects pratiques de ces activités.

Le développement du rôle culturel des archives exige certes des moyens en personnel, crédits et matériel, mais il implique aussi que l'ensemble du personnel des archives accepte de remettre fréquemment en question certaines de ses conceptions, de suivre l'actualité et les goûts du public, de s'initier aux techniques nouvelles qui lui sont souvent étrangères et parfois le rebutent, et de pratiquer une collaboration active avec l'ensemble des organismes àvocation culturelle.

(a) Relations publiques.

Les conditions matérielles de l'accueil du public, pour secondaires qu'elles puissent paraître à certains, se révèlent importantes lors du premier contact du visiteur profane avec les archives disposer d'une salle d'exposition accueillante, d'un matériel de conception moderne, sur et robuste (jeux de panneaux, vitrines, mannequins éventuellement), faire circuler pour les expositions itinérantes des panneaux légers, peu encombrants mais solides, mettre éventuellement un coin de la salle d'exposition à la disposition des enfants (comme cela se pratique dans les bibliothèques), voilà autant d'atouts non négligeables, mais dont le développement n'est pas généralisé.

Il est important aussi de disposer d'un matériel d'enregistrement et de projection audio-visuel. Cet ensemble, bien que d'un coût élevé, permet d'élaborer, à l'échelle d'un service, des montages dont la réalisation par des sociétés privées reste pour les archives d'un prix inaccessible.

Un laboratoire photographique permettant toutes prises de vues et tirages se révèle indispensable aux archives. Quant aux nombreux travaux de présentation (maquette générale, accrochage des documents, titres etc.), sur lesquels le public pose un oeil critique, ils gagnent àêtre conçus par le personnel scientifique et confiés pour exécution à une personne du service douée pour le dessin et formée à quelques notions de muséographie.

Etudier et mettre au point les mesures de sécurité qui s'imposent pour la protection des documents et objets s'avère délicat à une époque où le libre accès est à la mode. Les méthodes modernes de lutte contre le vol par surveillance télévisée peuvent peut-être constituer une solution d'avenir. La sécurité des documents doit être assurée lors de la présentation aux élèves: mettre entre leurs mains des originaux en les surveillant, ne leur confier que des doubles ou des fac-similés, les débats ne manquent pas sur ce point.

Si la présentation matérielle d'une exposition destinée au grand public doit être attrayante, la manière de traiter le thème choisi requiert (outre la parfaite connaissance du sujet) des techniques et une attention particulières: clarté du schéma adopté, brièveté et simplicité des commentaires indispensables à la compréhension et à la connaissance du thème. S'entourer de spécialistes dans les domaines qui ne sont pas de la compétence directe de l'archiviste lui permet d'aborder leur ensemble de manière plus précise et de le rendre plus accessible au public.

L'effort entrepris pour la préparation d'une exposition, pour la sortie d'une publication, exige un investissement en temps et en crédits qui ne peut être ici mesuré, mais qu'il convient de mettre en valeur au mieux.

Peu familiarisé avec les techniques publicitaires, l'archiviste doit, faisant fi de son aversion pour des méthodes vulgaires, s'en imprégner et décider de consacrer à la diffusion (impression des affiches et, dans certains cas, publicité onéreuse) une partie du budget de la manifestation. Pour la publicité, relevons l'importance des techniques de l'attaché de presse: qualité des relations avec la presse écrite et parlée, importance du libellé du communiqué de presse, de la conception et de la diffusion des affiches à faire apposer en de nombreux endroits (écoles, mairies, bibliothèques, musées, etc.), de la publication de tracts sur l'exposition qui en explicitent le thème.

Faire circuler l'exposition sous forme d'agrandissements photographiques dans des endroits fréquentés et géographiquement éloignés des archives exige de bons contacts avec les autorités locales. Toutefois, cette procédure n'entraîne pour les archives qu'un travail matériel peu important d'établissement d'un calendrier et de vérification des prêts, et permet de multiplier l'impact de la manifestation. La réussite au plan local dépend bien entendu de l'intérêt qu'y prend l'organisme d'accueil et de la publicité qu'il fera à l'exposition.

Enfin, il peut être utile qu'en dehors des périodes d'ouverture des expositions, plusieurs membres du personnel des archives puissent remplir facilement des tâches de relations publiques n'entrant pas dans le cadre du service des lecteurs: visites commentées du service, entretiens avec des visiteurs susceptibles de prêter ou de donner des documents, déplacements pour projetions d'audiovisuels.

(b) Service des lecteurs.

Si un profane vient aux archives pour visiter une exposition qui présentera pour lui un intérêt particulier, il hésitera à entrer dans la salle de lecture qu'il imagine réservée à des privilégiés et d'un accès compliqué. Sans faire de démagogie ni laisser croire que n'importe qui peut aisément utiliser tous les documents anciens, il importe de faciliter par quelques mesures l'accès du public aux documents.

De manière générale, en raison de la modicité des effectifs, les horaires d'ouverture des salles de lecture des archives se révèlent assez dissuasifs pour les personnes ayant des activités professionnelles régulières. Peu de services offrent des possibilités de travail le soir (de 18 à20 heures par exemple) et beaucoup tendent à restreindre les services offerts le samedi. La fermeture annuelle des archives pratiquée dans certains pays pendant les vacances réduit encore les facilités de consultation. Adapter ces horaires aux besoins du grand public en respectant les droits des personnels n'est guère simple. Le système en vigueur aux Archives nationales du Canada, où l'existence de "casiers-consigne" permet aux lecteurs de se rendre aux archives 24 heures sur 24, pour séduisant qu'il soit, n'est pas applicable partout.

Les problèmes pratiques s'accumulent lorsque l'on entre dans le détail du travail de l'amateur aux archives. Il est en effet difficile de fixer les limites précises de l'aide que l'archiviste peut apporter aux historiens amateurs en matière de bibliographie, de recherches archivistiques, de paléographie, et aux demandes par correspondance, pour les généalogistes notamment. Il semble qu'en la matière, on s'achemine vers une aide collective accrue aux amateurs tout en réfrénant les exigences personnelles trop grandes. Des publications nou velles guident le lecteur; citons le Précis de méthodologie d'histoire locale paru en Hongrie ou La pratique des documents anciens élaboré en France par les Archives départementales de la Haute-Savoie. Certains services d'archives organisent le soir ou le samedi des cours d'initiation à la paléographie (Pays-Bas, France, Hongrie) destinés aux amateurs. Il serait souhaitable que ces deux actions de formation incitent les chercheurs novices à élargir le champ de leurs recherches, à les orienter vers d'autres secteurs historique. (démographie ou histoire sociale pour les généalogistes par exemple). D'un autre côté, l'archiviste, accablé par les recherches généalogiques ou à caractère personnel, peut tenter d'en limiter le poids par plusieurs mesures: orientation des demandeurs vers une personne pouvant mener des recherches à titre onéreux, possibilité offerte aux généalogistes de consulter les microfilms des registres d'état civil dans un autre dépôt, etc.

Divers pays (Suède, Canada, Pays-Bas en particulier) font de gros efforts en faveur des généalogistes, partie numériquement importante et non négligée des lecteurs; publications d'inventaires ou répertoire de registres d'état civil, vente de microfilms des documents d'état civil, salles de lecture spéciales, conseils du personnel, service de recherches généalogiques sur microfiches.

La venue d'un plus large public aux archives nécessite l'étude approfondie des problèmes de protection des documents fréquemment communiqués: généralisation du micro. film ou de la microfiche de consultation pour certaines catégories de documents (état civil notamment), réalisation de collections de fac-similés pour les documents fréquemment demandés, intensification de la lutte contre le vol.

Le public non érudit, lors de ses premiers contacts avec les documents d'archives, s'enthousiasme facilement pour ses découvertes et souhaite souvent repartir avec des reproductions des pièces qu'il aura consultées. Le chercheur scientifique, habitue à travailler, àprendre des notes, sauf en certaines occasions est finalement moins difficile à satisfaire en la matière. Cette exigence n'est pas sans poser aux archives certains problèmes: qualité du matériel de photocopie qui ne donne pas toujours des reproductions très fidèles, surtout de l'iconographie, et détériore les registres; surcharge des laboratoires photographiques des archives, et quelquefois manque d'équipement pour répondre aux désirs du public: ces laboratoires en effet sont destinés à travailler à la fois pour les besoins du service et les commandes extérieures, administration et public. Ces deux tâches s'avèrent souvent difficilement conciliables. Nous ne pouvons être équipés pour satisfaire des demandes techniquement diverses ou difficiles à réaliser.

Enfin, que ce soit pour vendre un guide d'archives ou une reproduction de photographie ou des diapositives, l'archiviste doit surmonter des difficultés juridiques, administratives et financières, surcroît de travail pour qui n'est ni juriste ni comptable de formation.

(c) Priorités dons la constitution et le classement des fonds.

L'ensemble des fonds d'archives n'est pas accessible au grand public dans un premier temps. N'est-il pas opportun, dans une perspective d'ouverture des archives, de collecter ou acquérir et classer en priorité certains documents susceptibles d'être mis facilement à la disposition de tous?

Si les bibliothèques publiques voisines ne conservent pas de collections importantes d'ouvrages historiques, il est utile de disposer d'une bibliothèque d'histoire générale et locale bien constituée et tenue à jour.

Les collections iconographiques (estampes, gravures, photographies, cartes postales, affiches illustrées) et cartographiques comptent parmi les documents les plus demandés par un public non érudit, cultivé ou non. Leur consultation ne requiert pas de connaissances particulières. Elles sont évocatrices, attrayantes. Le public, scolaire ou adulte, peut y trouver 1e source recherches intéressantes (évolution du paysage, travaux sur le quotidien, etc.). Par ailleurs, elles offrent une masse importante utilisable pour les expositions. Bien que ces documents doivent le plus souvent être achetés car ils n'entrent que rarement aux archives par versement administratif, il s'agit d'acquisitions indispensables dans l'optique d'une ouverture au grand public.

Les séries de périodiques locaux, d'accès facile, et dans lesquelles le public non érudit retrouve des faits rapportés ou vécus, méritent aussi d'être mises à la disposition des amateurs.

Enfin, les collections de témoignages oraux ou d'enregistrements, initialement recueillies et constituées pour des recherches scientifiques, ethnographiques, sociologiques, etc. ne peuventelles pas être utilisées par un large public, plus sensible à l'aspect original de ces documents sonores qu'à celui de l'écrit? Il est vrai que la constitution de ces collections peut exiger beaucoup plus de temps que n'en demandent les documents plus traditionnels.

Notons tout de même que cette priorité dans la collecte et le classement ne devrait pas être préjudiciable aux travaux menés dans l'intérêt des lecteurs scientifiques: ces derniers ne dédaignent, par exemple, ni l'iconographie ni les cartes et plans en complément.

Bien entendu, en dehors de ces quelques catégories de documents, bien d'autres contiennent sûrement des éléments aisément exploitables par le grand public. A chacun de les inclure dans un programme prioritaire en fonction de sa "clientèle profane". On peu! notamment demander au personnel spécialisé dans les travaux de classement de relever au fur et à mesure tous les documents susceptibles de figurer dans des expositions, dossiers de fac-similés, publications (textes importants ou évocateurs, affiches, cartes et plans). Ce procédé permet de disposer, le moment venu, de ressources variées, sans effort supplémentaire. Par ailleurs, il permet de faire participer l'ensemble du service à la préparation des activités culturelles.

(d) Collaboration avec d'autres organismes culturels.

Partie intégrante du patrimoine national, les archives, dans un souci d'efficacité au service du public, ont dans la majorité des cas tout à gagner à une collaboration étroite avec d'autres organismes culturels ou d'éducation: musées, bibliothèques, instituts culturels, universités; maisons de jeunes etc. Il semble que ce travail commun soit très pratiqué dans les pays en voie de développement (Côte d'Ivoire notamment).

Cet effort de concertation peut être marqué de plusieurs façons:

4. Conclusion

Tenter d'ouvrir les archives à un large public s'impose à qui prend en charge cette partie, la moins connue, du patrimoine culturel. Objectif important certes, mais peut-être non prioritaire. Se laisser "envahir" par ce seul aspect de la mission des archives peut devenir une tentation. Au plan local, l'archiviste sollicité fréquemment peut devenir en fonction de ses goûts personnels un "maître Jacques" (factotum) de la culture et ne plus remplir ses autres devoirs.

Par ailleurs, les services d'archives, de par le lieu de leur implantation, la nature de leurs collections, les ressources et équipements des autres organismes locaux, n'ont pas tous le même caractère. Certains, surtout les services nationaux, ont une vocation plus scientifique, tandis que pour d'autres les actions culturelles constituent une pan importante de leurs activités. Eviter concurrences et doubles emplois, parait commander le développement de ces activités.

Peut-être pourrait-on concilier partiellement les multiples exigences de cette double vocation en choisissant des thèmes de diffusion culturelle en rapport avec les travaux scientifiques en cours aux archives, ou en liaison avec des recherches menées par des universitaires.

Certes, le résultat de cette action auprès du public non érudit ne peut se mesurer ni statistiquement, ni dans des délais courts. Il s'agit d'une entreprise de longue haleine qui connait échecs et réussites.

Toutefois, matériellement, elle peut se révéler bénéfique rapidement à deux égards: d'une part, les amateurs peuvent concourir à la collecte d' "archives des humbles", d'archives privées, documents importants pour l'étude actuelle de la vie quotidienne, documents que ne recèlent guère les versements administratifs; et d'autre part, les autorités de tutelle, plus sensibles au rôle de diffusion culturelle qu'à l'aspect de conservation et classement, accordent aux archives un intérêt et des moyens accrus.


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