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Le service éducatif des archives ou enseigner à l'aide d'archives
par
Michael G. COOK
Dans de nombreux systèmes éducatifs à travers le monde, les enseignants des enfants ou des jeunes de moins de 18 ans emploient désormais des documents d'archives originaux dans leurs cours. Les maîtres complètent ainsi les manuels traditionnels ou bien les remplacent tout à fait par ces sources originales. Les enseignants qui ont adopté cette méthode pédagogique la présentent comme l'approche documentaire d'un sujet et ils prétendent qu'elle a été particulièrement fructueuse pour l'enseignement de l'histoire, des sciences sociales et de la géographie. Selon eux, le travail sur des sources originales, dans ces trois disciplines, permet à l'élève de développer àla fois ses aptitudes intellectuelles et sa conscience sociale. Les enseignants font remarquer que l'élève au contact des documents originaux doit faire abstraction des opinions d'autrui sur le sujet en question et soumettre les sources à sa propre réflexion critique ; il doit extraire l'information intéressante des documents, structurer les données, formuler et vérifier des hypothèses fondées sur les faits, et communiquer ses conclusions à son maître et aux autres élèves. Les enseignants ajoutent que, si un élève appartient à un groupe étudiant un problème d'après des documents historiques, il apprend à coopérer avec autrui en s'associant aux efforts que fait le groupe pour parvenir à une seule interprétation du problème. Enfin, les professeurs affirment que l'élève qui étudie régulièrement les documents originaux de l'histoire, des sciences sociales ou de la géographie acquiert une connaissance de plus en plus profonde du comportement humain passé et présent, et aussi une appréciation de l'interaction continuelle de l'homme et de la nature.
Le choix de documents originaux à des fins pédagogiques et le développement des techniques de présentation des sources aux élèves ont été, jusqu'à une date très récente, laissés aux mains des éducateurs professionnels - ceux-là mêmes qui forment les maîtres et mènent des recherches en matière de pédagogie. Dans l'affaire, les archivistes ont joué un rôle secondaire quoique favorable. Les professionnels de la pédagogie ont recherché dans les services d'archives des documents susceptibles de se prêter à la méthode documentaire d'enseignement, et les archivistes leur ont fourni les sources. Ordinairement, les archivistes ont considéré que leur tâche s'arrêtait là, laissant aux éducateurs le soin de définir les grandes lignes de cours fondés sur des documents originaux, de publier des documents dans des collections de sources, de choisir des manuscrits afin de les reproduire sur des diapositives ou sur des films et de conseiller aux enseignants la meilleure façon d'employer ces sources documentaires à l'école.
Récemment, des archivistes, dans quelques pays, ont pris toutefois un rôle moteur dans la promotion des archives considérées comme moyens pédagogiques àl'intention de classes pré-universitaires. Après avoir créé des services éducatifs dans leurs Services d'Archives, ces archivistes se sont lancés dans un programme d'"enseignement à l'aide d'archives' qui implique l'établissement, dans le dépôt, d'une salle de lecture réservée aux élèves qui viennent consulter les documents, l'équipement de ce local avec un matériel approprié, la composition d'instruments de recherche destinés aux enseignants et aux élèves, et l'assistance à donner aux maîtres pour exercer les élèves aux techniques de la recherche dans les Archives. Un autre aspect du programme d'enseignement à l'aide d'archives' amène les archivistes àapporter les archives à l'école, en exposant dans les classes des fac-similés de documents originaux, en livrant de petits ensembles d'archives à l'étude des élèves, en fournissant des collections de documents pour l'usage des classes. Les archivistes ouvrent les archives aux enfants et aux jeunes : ce n'est pas dans le simple but d'accroître le nombre de leurs lecteurs mais encore afin de s'assurer une future clientèle de chercheurs-adultes compétents. En effet, les archivistes essaient d'éveiller chez les jeunes un intérêt pour les archives qu'ils espèrent voir devenir définitif. Les archivistes estiment devoir intervenir dans cette sorte d'effort pédagogique parce que, à leur avis, la connaissance familière qu'ils ont des archives qu'ils conservent les met particulièrement à même de déterminer les sources qui peuvent le mieux être exploitées à des fins pédagogiques. Les archivistes soutiennent également qu'ils peuvent aider les enseignants à exercer les élèves aux méthodes fondamentales de la recherche dans les archives.
Considérant l'expérience que nous avons, nous archivistes britanniques, en matière de projets éducatifs, je suggère à tous nos collègues étrangers qui désirent lancer dans leurs services un 'enseignement à l'aide d'archives' de prendre quatre précautions préliminaires. Premièrement, ils doivent s'assurer qu'un nombre suffisant d'archivistes du service désirent travailler avec des enfants et des adolescents afin de constituer une équipe pour ce programme. Ils doivent aussi obtenir de leur hiérarchie des crédits pour couvrir les dépenses prévues en partie, au moins, sinon en totalité. En dehors de la constitution d'une équipe suffisante et du financement, les archivistes intéressés doivent s'assurer l'appui des administrateurs de l'enseignement et des professeurs et leur demander de collaborer à l'énoncé des objectifs éducatifs particuliers de ce programme. Si le service des Archives ne peut pas prendre à sa charge l'ensemble des dépenses, les archivistes peuvent proposer aux administrateurs de financer partiellement ce programme sur le budget de l'école. Enfin, les archivistes doivent faire créer par leur hiérarchie un service éducatif dans les structures de leurs Services. Il faut laisser au personnel du service éducatif le temps d'acquérir les aptitudes nécessaires à la conduite de ce programme éducatif ; il faut leur donner la liberté de travailler soit dans leurs services soit dans les écoles, selon la nature du programme, d'acheter du matériel spécial pour le programme, d'aménager leurs horaires de travail pour la commodité des élèves, et de diriger la recherche en fonction du niveau de connaissances et du degré de compétence des élèves.
Une fois ces mesures prises, le personnel du tout récent service éducatif doit déterminer la classe d'âge des élèves avec lesquels il a l'intention de travailler : on doit prendre cette décision avant toute autre car les sujets d'étude et le nombre de documents que les archivistes doivent choisir dépendent de l'âge des élèves avec lesquels les archivistes vont travailler.
Les archivistes engagés dans les programmes éducatifs concentrent souvent leurs efforts sur la classe des 16-18 ans, dans la pensée que seuls des jeunes proches de l'âge universitaire peuvent savoir trouver des sources pertinentes et les étudier de façon critique. Mais notre expérience, qui porte sur des jeunes des classes intermédiaires de 10-13 ans, et de 14-16 ans, a montré que les adolescents de ces âges peuvent également apprendre àutiliser intelligemment des documents originaux, pourvu qu'on ait à leur intention choisi à l'avance des sources pertinentes : ils ont un bon sens de l'enquête et, une fois plongés dans un sujet, ils l'étudient ordinairement jusqu'à ce qu'ils aient retiré toute l'information intéressante des sources qu'on leur a remises. On a même pu tenter avec succès auprès d'enfants de moins de 10 ans certains projets d'enseignement aux Archives', surtout des projets concernant l'histoire et l'environnement ou de la famille qui présentent des sources documentaires en rapport avec des questions concernant des personnes ou des lieux familiers.
Les archivistes doivent garder à l'esprit que, s'ils veulent destiner les programmes éducatifs à des enfants et à des adolescents des âges intermédiaires, ils doivent s'attendre à consacrer du temps au choix soigneux des documents à étudier.
La décision que les archivistes doivent prendre ensuite, après être convenus de la classe d'âge des élèves pour lesquels ils veulent développer un 'enseignement à l'aide d'archives', c'est de choisir le sujet d'un projet d'enseignement de ce type et de déterminer les sources qui conviennent. Le sujet peut être choisi dans de nombreuses disciplines, histoire, science politique, géographie et sciences sociales, ou il peut être interdisciplinaire. Quel que soit le sujet, il doit être en rapport avec un thème que les jeunes étudient également à l'école : il ne doit pas être choisi simplement parce que les sources d'archives sont à portée de la main. Le choix d'un sujet sur le seul critère que les documents étaient sous la main a conduit des archivistes à essayer en vain d'enseigner l'histoire administrative à des enfants encore incapables de comprendre la structure complexe des institutions.
Mon conseil, qui est de choisir un projet éducatif en fonction de sa relation avec quelque chose que l'on enseigne en classe, n'a pas égard à la difficulté qu'on rencontre pour assortir les sujets d'un plan d'études avec les sources appropriées conservées par le Service d'Archives. Je sais bien que le sujet d'une séance pédagogique ne pourra guère coïncider avec les fonds conservés par le Service au point que les seules sources documentaires suffisent pour réaliser le projet. Néanmoins, archivistes, enseignants et élèves peuvent résoudre ensemble ce problème en rassemblant des documents non-archivistiques sur le sujet, tels que publications, photographies, pièces de musse et objets pris dans l'environnement contemporain. Par exemple, la question de la distribution commerciale - facteur de la vie économique et sociale dans tout pays - peut être présentée aux élèves sous la forme d'un projet sur les achats. En étudiant les divers aspects de l'achat et de la vente, les élèves pourraient utiliser, comme sources d'archives, des lettres expédiées par des négociants locaux au Ministère du Commerce et, comme sources complémentaires, une publication sur l'histoire d'un grand magasin qu'ils fréquentent, des articles sur le commerce trouvés dans les collections de journaux de la bibliothèque munici pale, des reproductions d'images anciennes achetées dans un musée et des photographies d'établissements commerciaux des environs prises par les élèves eux-mêmes.
Cherchant des sources archivistiques pour un sujet, les archivistes doivent se rappeler que les élèves ne s'intéressent pas encore à la consultation des documents originaux et qu'on doit stimuler leur curiosité. Les archivistes essaieront donc de choisir les documents en raison de leur fort attrait visuel. Quelque chose dans la présentation du document doit donner aux élèves l'envie de le regarder de plus près. Quant à la teneur, chaque document doit avoir un 'intérêt éducatif particulier', un fait ou une idée que les élèves trouvent particulièrement dans ce document et qui renforce leur compréhension globale du sujet. L''intérêt éducatif particulier' doit apparaître immédiatement dans tout document présenté aux enfants. Pour des élèves plus âgés, l'intérêt éducatif doit être moins évident afin qu'ils le découvrent en étudiant le document. Etant donné que les élèves travaillent souvent ensemble sur les projets éducatifs, les archivistes doivent aussi choisir le document en se demandant s'il peut faire l'objet d'un examen et d'une discussion collectifs.
En fait, l'un des plus grands problèmes auxquels se heurtent les archivistes lorsqu'ils essaient d'organiser un projet éducatif, c'est de trouver des documents assez attrayants pour l'oeil, dont la teneur n'apporte pas seulement une information mais contribue aussi au travail de groupe. Afin que le service éducatif se constitue une réserve d'archives où puiser le cas échéant, on doit encourager tous les agents des Archives à signaler les documents qu'ils peuvent trouver dans leur travail ordinaire, qui paraissent convenir au programme éducatif du Service d'Archives. Un stock de fiches signalétiques standard peut être tenu à la disposition du personnel dans les locaux où l'on classe et inventorie les archives. A chaque fois qu'un archiviste rencontre un document qui lui paraît pouvoir être utile pour un projet éducatif, il peut remplir une fiche et la déposer au service éducatif ; les archivistes de ce service coteront ces documents. La figure 1 donne un modèle de fiche signalétique.
Figure 1 : Exemple de fiche signalétique pour les documents convenant aux programmes éducatifs
Certains projets d'enseignement à l''aide d'archives' ont un excellent succès quand les élèves, accompagnés de leur maître, viennent au Service d'Archives pour mener leur recherche. Etant donné que les installations des salles de lecture ordinaires ne conviennent pas à des enfants ou à des jeunes travaillant en équipes de recherche, les archivistes responsables du Service éducatif doivent installer une salle de lecture distincte de la salle de lecture ordinaire, l'équiper de mobiliers spéciaux et de matériels d'exposition. En outre, les archivistes doivent concevoir des instruments de recherche à l'intention des élèves et des maîtres, qui soient différents de ceux que l'on fait pour le public en général.
Tout comme la salle de lecture ordinaire, la salle de lecture du Service éducatif doit subir un contrôle thermique et hygrométrique, être située près des magasins, et être surveillée. En revanche, elle doit être équipée de meubles facilement déplaçables, de sorte que les élèves puissent soit se regrouper autour de tables, soit travailler seuls à leurs bureaux. La salle de lecture du Service éducatif doit être équipée pour l'exposition d'articles tels que les pièces originales ou les fac-similés, la mise en commun d'informations que les membres d'une équipe de recherche veulent se donner les uns aux autres au fur et à mesure des progrès du travail, l'exposé des conclusions écrites que les élèves font après avoir consulté les sources. Cet équipement doit permettre de modifier souvent et rapidement les tableaux d'exposition. Des écrans légers et portatifs (voir la figure 2) sont plus polyvalents que les tableaux muraux, par exemple. Les archivistes chargés de la salle de lecture du Service éducatif doivent être au fait des techniques de montage, de rédaction de légendes et d'éclairage afin de pouvoir tirer le meilleur profit du matériel d'exposition.
Il ne suffit pas de constituer pour le Service éducatif une salle de lecture distincte de la salle de lecture ordinaire ; il faut aussi que les archivistes créent des instruments de recherche spécialement destinés aux élèves et aux maîtres. Un état des fonds ou un inventaire ordinaire décrivent tous les articles d'un fonds, mais en termes généraux et, habituellement, sans classer les sujets traités selon leur importance. Après avoir consulté un instrument de recherche relatif à un fonds particulier, un chercheur retient des documents pour les étudier, rejette ceux qui ne concernent en rien l'objet de sa recherche et prend en notes ceux qui lui sont utiles ; il consulte à nouveau l'instrument de recherche, demande d'autres documents et répète ce processus de recherche. Mais les élèves qui viennent avec leur maître aux Archives n'ont pas le temps de lire des documents qui, en fin de compte, sont inutiles à leurs travaux : ils doivent demander des documents intéressants dès la première fois qu'ils se servent d'archives. Aussi, un instrument de recherche pédagogique ne doit-il répertorier que les sources reconnues utiles aux recherches par les archivistes. L'instrument de recherche décrit en figure 3 est destiné au maître de très jeunes élèves pour demander en leur nom la communication de documents, même s. des élèves plus âgés peuvent également le consulter. En fait, tout projet de travail dans les Archives impliquant des scolaires doit disposer d'instruments de recherche destinés au maître ou aux élèves. Ce qui différencie un instrument de recherche pédagogique d'un état des fonds ou d'un inventaire ordinaires, c'est qu'il permet au maître et aux élèves de choisir des documents pour leur recherche tout en garantissant que tout document sélectionné a trait, de quelque façon au moins, au sujet étudié. Quoique les documents aient été préalablement choisis par les archivistes, les élèves apprennent toutefois àévaluer l'intérêt de chaque source en fonction de la quantité et de la qualité des informations utiles qu'ils peuvent en retirer.
L'archiviste chargé de la salle de lecture du Service éducatif ne doit pas se substituer au maître de la classe concernée par un projet éducatif mais il doit s'attendre à remplir certaines tâches pédagogiques. Avant que la classe n'entre dans la salle de lecture, il doit s'assurer que les instruments de recherche sont facilement accessibles et qu'un stock suffisant de fournitures de bureau est disponible. Il doit placer son propre bureau ou son point de travail de telle sorte que les élèves se sentent libres de l'aborder à propos de leurs questions ou difficultés. Une fois les élèves entrés, il doit leur expliquer l'agencement de la salle de lecture et le mode d'emploi des instruments de recherche. Il peut également préciser que les élèves doivent venir le trouver un par un plutôt que tous en même temps. En répondant aux questions des enfants et en leur suggérant des pistes pour résoudre leurs problèmes, l'archiviste leur enseigne, en effet, les techniques fondamentales de la recherche dans les archives.
Figure 2 à faire reproduire par un maquettiste, pl. page italienne, d'après p. 9 du ms Cook
Figure 2 : Eléments du plan d'une salle de lecture pour service éducatif (dessin de Bob Hunt)
Figure 3 : Exemple d'un instrument de recherche pédagogique
Service d'Archives d'un Etat quelconque
SERVICE EDUCATIF
Notice pédagogique N° 100
Sujet : Conditions socio-économiques dans
la ville de Largetown, 1920-1950.
Classe d'âge : 13-16 ans (peut aussi servir à de cours brefs pour les 16-18 ans).
Programme pédagogique : Conforme au réglement du Bureau central des programmes.
Caractéristiques : Les documents ayant une qualité iconographique sont marqués d'un astérisque.
Sources utilisées : Archives municipales
(Services du logement, de l'équipement, de la santé, de
l'éducation) ; archives des Ministères de l'éducation, du
logement, et de l'assistance sociale.
Les références aux séries d'archives sont indiquées à la fin
de chaque partie.
Sources connexes conservées dans d'autres services : Musée du logement et de la famille.
Bibliographie suggérée : (liste de livres
abordables par la classe d'âge).
Inventaire :
Instruments de recherche utilisés pour cette notice :
MSP 16 Ministère de la Santé
AML 1 Administration municipale de Largetown
Pour demander la communication des documents décrits dans
cette notice, remplissez une des fiches mises à votre
disposition sur les tables, en indiquant le numéro de la notice
(Notice pédagogique 100) et le numéro de l'article (n° 3, par
exemple). Remettez ensuite la fiche de déplacement au président
de salle.
Tout projet éducatif n'est pas susceptible d'être mené dans le Service d'Archives. Quand il n'est pas possible que les élèves étudient les sources aux Archives, les archivistes peuvent les leur apporter en montrant les documents originaux dans les écoles, en apportant de petits ensembles d'archives dans les écoles pour les soumettre à l'examen des élèves et en produisant des collections documentaires à l'usage des classes.
L'exposition d'archives dans les écoles est une méthode fréquemment employée pour initier les jeunes aux archives. Les archivistes qui ont fait passer ces expositions d'école en école recommandent que leur thème soit en rapport avec un sujet que les élèves étudient couramment en classe ; ils font remarquer qu'une exposition dont le thème est sans rapport avec ce que les élèves apprennent est tout simplement une forme de publicité pour les richesses du Service d'Archives, et pas une entreprise pédagogique. Nombre d'archivistes qui ont monté des expositions pensent qu'il vaut mieux montrer des fac-similés photographiques agrandis que des documents originaux parce que les agrandissements sont plus frappants pour l'oeil et plus faciles àlire que les originaux. Ils conseillent la rédaction d'une feuille portant de brèves notes d'explication qui sera distribuée lors de l'exposition. La figure 4 illustre quelques modes d'exposition d'archives dans les écoles.
Les archivistes ont une autre manière d'apporter des archives aux jeunes : c'est de transporter dans les écoles de petits ensembles d'archives bien constitués pour que les élèves les étudient en classe. Il va de soi que ces archives ne peuvent être celles que les chercheurs demandent constamment aux Archives. On doit veiller tout spécialement à la conservation et à la sûreté des documents tant qu'ils sont en dehors du Service d'Archives, mais certains archivistes acceptent de prendre les précautions nécessaires pour donner aux jeunes une occasion de manipuler des archives ; ils savent que les élèves auront plus de souvenirs d'un document s'ils l'ont eu en mains et lu.
Produire des collections de sources originales à l'usage des classes, c'est un troisième moyen qu'ont les archivistes de présenter les archives aux jeunes. Cette méthode inclut la compilation et l'édition d'une collection puis sa diffusion dans les écoles sous forme de publication ou non. Le principal inconvénient de cette méthode, c'est que les contacts personnels entre l'archiviste et le maître sont peu probables une fois la collection diffusée. L'enseignant se borne à commander la collection et l'utilise à sa guise. Malgré cette réserve, la production de collections documentaires peut être un aspect intéressant du programme d''enseignement à l'aide d'archives' mené par un Service d'Archives, surtout s'il s'agit d'un Service qui n'a pas les moyens financiers d'équiper une salle de lecture pour le service éducatif ou de monter à l'extérieur des expositions mais dispose d'archivistes désireux de mener une action pédagogique.
L'équipe du Service éducatif des Archives peut réaliser une sorte de collection documentaire : c'est un volume relié contenant les textes d'archives relatives à un thème particulier. Les documents peuvent être reproduits par typographie ou par offset ou encore en fac-similés. Il appartient à l'enseignant qui commande la collection de décider en dernier ressort quel usage il en sera fait en classe ; cependant l'archiviste qui compile la collection doit veiller à ce qu'elle traite d'un sujet important et l'expose clairement. Les documents de la collection peuvent, par exemple, donner une description pas à pas de l'accession à l'indépendance d'un pays colonisé. Il doit y avoir des notes explicatives pour chaque document ou groupe de documents. Si une aide supplémentaire semble nécessaire pour que les élèves puissent comprendre tout le sens des documents, l'archiviste doit joindre un questionnaire, portant sur chaque document, auquel les élèves répondront avant que la classe ne discute des archives.
Autre sorte de collection documentaire, les films ou les diapositives. Une telle collection sert surtout dans le cadre d'un cours conventionnel donné par le maître à la classe entière. L'archiviste qui produit cette espèce de collection documentaire doit y joindre du matériel explicatif, tel qu'un enregistrement sonore commentant le film ou les diapositives.
Le 'dossier pédagogique des Archives', en anglais 'Archives teaching unit' et désigné ci-dessous par le sigle ATU, est devenu un instrument pédagogique populaire
Elèves travaillant dans leur propre classe sur un projet mettant en oeuvre des archives. Les tableaux au mur donnent aux élèves des informations complémentaires et illustrent leurs découvertes. L'ambiance est active et informelle, le maître ayant un rôle largement consultatif. (Schools Council Project, History, geography and social science, 8-13) dans de nombreux pays i. C'est une collection de reproductions photographiques d'originaux, faites sur des feuilles volantes, contenue dans une pochette renfermant des explications et des informations complémentaires. Les ATU typiques que les archivistes britanniques ont produits ont un sujet limité qui peut être facilement illustré à l'aide d'archives locales, tel que le développement des transports dans une région particulière, le traitement des pauvres dans une zone particulière du pays à un moment donné de l'histoire, et l'administration d'une ville à une certaine époque. L'ATU a été conçu de façon à ce que les élèves puissent, individuellement ou collectivement, acquérir une large compréhension du sujet grâce à l'étude des documents contenus dans la pochette et à la consultation d'ouvrages cités en référence dans les explications. Le maître guide ses élèves dans l'utilisation des documents de l'ATU mais il ne les interprète pas pour eux comme il a souvent tendance à le faire quand il enseigne avec des recueils documentaires, des films ou des diapositives.
L'ATU standard contient avant tout des fac-similés de documents. Différents par la taille et les couleurs, d'aspect sale, usé ou abimé, ils conservent les caractères matériels particuliers des originaux et sont de ce fait plus attrayants pour les élèves que les textes mornes, imprimés ou dactylographiés, des recueils reliés. Des éclaircissements à l'usage du maître, contenus dans l'ATU, ont trait aux objectifs pédagogiques du dossier, aux moyens dont dispose l'enseignant pour aider les élèves à tirer l'information des documents et aux aspects par lesquels le dossier a un rapport avec les examens traditionnels que tout élève doit subir dans le système scolaire. Pour les élèves, le matériel explicatif contient des notes sur le contexte historique des documents, des notes relatives au texte, un glossaire des termes difficiles ou techniques présents dans les documents, une discussion des implications générales du sujet et une liste d'ouvrages dont l'étude est suggérée parallèlement à celle des archives. Les questionnaires sont libellés de façon à stimuler les élèves à rassembler des données pertinentes dans plusieurs documents lorsqu'ils préparent leurs réponses. D'autres éléments dans les ATU visent à approfondir l'appréciation du sujet par les élèves : ce sont des affiches, des diapositives ou des films, une liste de jeux recommandés, de simulations, de projets de composition, et de travaux d'art. L'ATU présente un grand avantage sur le recueil documentaire : une classe n'a pas besoin d'autant d'ATU que de recueils ; une classe de 30 élèves, par exemple, requiert 31 recueils documentaires : un pour chacun des élèves et un pour le maître ; en revanche, la même classe n'a besoin que de 6 ATU : un pour chaque groupe de 6 élèves et un pour le maître ; chacun des 6 élèves d'un groupe prend connaissance d'un document particulier et les documents sont ensuite échangés. Chaque ATU possède une liste de ses pièces, si bien que l'enseignant peut garder le contrôle des documents volants tant que les élèves les utilisent, et les récupérer quand le projet éducatif est achevé.
Le 'archives teaching kit' (sigle ATK), ou 'ensemble pédagogique d'archives', est un développement de l'ATU dans la mesure où son sujet est plus large et ses matériels plus variés que ceux de l'ATU.
Les sujets du programme d'études qui se prêtent à l'ATK sont habituellement si larges qu'aucun service ne possède seul les sources pertinentes. Des sujets d'intérêt national, tels que le peuplement primitif d'un pays par ses premiers habitants, la vie des rois ou d'autres dirigeants politiques d'importance nationale, la politique étrangère d'un Etat ou le développement industriel dans un pays peuvent être particulièrement bien étudiés grâce à l'ATK. Les matériels de base de l'ATK sont, comme ceux de l'ATU, des fac-similés de documents d'archives, mais l'ATK contient aussi des livres, des films, des pièces de musée ou des reproductions grandeur nature et d'autres objets provenant, parfois sous forme de reproduction, de collections privées.
L'organisme qui semble le plus à même de diffuser l'ATK n'est pas le Service d'Archives mais, plutôt, un service récemment apparu dans les pays développés : le 'Centre d'assistance pédagogique' (ou 'teachers' resource centre') où les enseignants peuvent trouver de l'aide pour concevoir un programme, pour étendre leur formation, et pour apprendre à manier les moyens pédagogiques les plus techniques i. Les professionnels qui travaillent dans ces centres passent pour être experts non seulement dans la méthode pédagogique mais encore dans la technologie sur laquelle se fondent l'enseignement et l'acquisition du savoir. Les archivistes soucieux de pédagogie ont l'importante responsabilité de donner au personnel de ces centres conscience de la valeur des archives. Autour de ces archives le personnel de ces centres peut rassembler d'autres types de matériels et créer ainsi des ATK pour des projets éducatifs de toutes sortes.
Les programmes d''enseignement à l'aide d'archives' destinés aux enfants et aux jeunes de moins de 18 ans ont pris, en Grande-Bretagne, des formes variées comme on l'a vu. Ils vont du projet de recherche effectué dans le Service d'Archives lui-méme dans une salle de lecture propre au Service éducatif et dotée d'instruments de recherche et de matériels d'exposition spéciaux, à l'exposition d'archives dans l'école, au projet de recherche réalisé grâce au transport d'un ensemble d'archives dans l'école où on les étudie, et à la collection documentaire, faite sous forme de recueil, de film, de jeu de diapositives ou d'ensemble hétérogène. Ceux d'entre nous qui se sont engagés, en Grande-Bretagne, dans des projets éducatifs fondés sur les archives pensent que chacune de ces formules peut s'adapter à n'importe quel Service d'Archives dont le personnel désire faire apprécier les archives et faire acquérir à de jeunes esprits les capacités nécessaires à la recherche dans les Archives.
A notre tour, nous accueillerons volontiers les suggestions des confrères étrangers qui réalisent leurs propres programmes d''enseignement àl'aide d'archives'.
Bibliographie sélective
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