Table des matières - Précédente - Suivante


X - Conservation

Archives du sud-est asiatique la conservation des archives et l'exemple de la Malaisie
Les bâtiments et équipements d'archives dans les pays tropicaux
Conservation et préservation des archives

Archives du sud-est asiatique la conservation des archives et l'exemple de la Malaisie

par
John DAVIES

INTRODUCTION

La conservation des archives en climat tropical rencontre souvent des difficultés que les zones tempérées ignorent ordinairement. Ces difficultés sont, le plus souvent, dues à des conditions inhérentes au milieu. Il est constant que des taux d'humidité moyens élevés sont normaux dans l'ensemble de l'Asie du Sud-Est. En Malaisie, l'humidité relative est toujours élevée dans toutes les régions du pays. Par exemple, l'humidité relative quotidienne, dans l'Ouest de la Malaisie, va de 82 à 86 pour cent et s'élève à près de 90 pour cent dans les montagnes. La température que la plupart des zones de la Malaisie occidentale à relief bas connaissent pendant la plus grande partie de l'année va de 78°F à 82°F (soit de 43,3°C à 45,5°C)*; elle baisse progressivement dans les premières heures du matin et monte régulièrement au cours de l'après-midi i. La température constamment élevée et l'humidité relative élevée qui caractérisent le climat malais sont bien éloignées des conditions optimales de conservation des archives.

L'humidité se place au premier rang des facteurs nocifs pour les archives. La proportion élevée de vapeur d'eau dans l'atmosphère en fait la cause directe ou indirecte de presque tous les dégâts que subissent les documents. La moiteur de l'atmosphère est propice au développement de bactéries et de champignons et, aussi, d'insectes variés, des fourmis blanches (termites) notamment que les archivistes redoutent dans les pays tropicaux comme dans les pays tempérés. Une sécheresse excessive provoque, d'autre part, la destruction du papier, des reliures en cuir, etc.

Le papier moderne est particulièrement sujet à se détériorer à la chaleur et à la lumière. Les journaux, par exemple, jaunissent et se désintègrent même après avoir été exposés peu de temps à la lumière et à la chaleur. De fortes variations de l'humidité relative et de la température ont également des effets nuisibles ; les fibres se dilatent et se contractent, ce qui affaiblit la structure du papier. La chaleur et l'humidité combinées sont donc un véritable fléau pour les archives de Malaisie.

Seule une faible part des anciennes archives de Malaisie a survécu aux outrages du climat. Une grande partie des archives a été détruite par les incendies les inondations et les guerres. Il n'était pas possible de faire grand'chose contre ces calamités. Cependant, on aurait pu empêcher les dégâts qu'ont subis par la suite les archives échappées à ces désastres, si on les avait conservées avec un peu de soin. Loin de là, elles se sont, malheureusement, détériorées à cause de l'ignorance des archivistes. Par conséquent, on dépense maintenant beaucoup d'argent et d'énergie pour protéger ces archives de leurs ennemis que sont le temps, le climat, les insectes, les moisissures et les rongeurs, afin de les mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs.

Les responsables de la conservation des archives doivent bien connaître tous les aspects de la préservation et-de la restauration des documents. Il est nécessaire de connaître les matériaux fondamentaux composant le papier et de comprendre les problèmes essentiels de la conservation d'archives, y compris les techniques qu'on doit utiliser pour combattre les ennemis des archives. Le présent article a été préparé en guise d'introduction à la gestion et à la conservation des archives. Il expose à grands traits les principaux ennemis que connaissent les archivistes et donne des mesures préventives qui peuvent être appliquées par n'importe qui, même dans les conditions les plus rudimentaires ; il donne aussi des conseils à propos des premiers secours et des petites restaurations à effectuer sur des documents qui n'ont pas été conservés convenablement.

Les recommandations qui suivent constituent le minimum nécessaire pour avoir de bonnes conditions de conservation des archives.

Le papier

Le papier est en grande partie constitué de bois et de chiffon et, en moindre partie, de paille, de begasse et d'alfa. Quoique le type de fibre affecte les qualités physiques du papier, le bon papier peut être fait de presque tout matériau brut. Pratiquement, la disponibilité, la demande et le moindre coût commandent le choix des matériaux bruts et l'espèce de papier qui en est faite. Le papier de haute qualité est habituellement fait de chiffon, tandis que le papier fait de bois et d'autres matériaux bruts couvre tout l'éventail des qualités.

La force mécanique du papier dépend largement de la longueur et de la résistance de chaque fibre. Certaines fibres deviennent gélatineuses lors du battage qu'on effectue pour réaliser le papier, et produisent des papiers durs et résistants, alors que d'autres s'effrangent aux extrémités et ont un très bon entremêlement qui donne des papiers forts et solides.

Tous les végétaux sauf le coton sont, à l'état naturel, des formes impures de cellulose. Ils contiennent de la lignine et d'autres matières non-cellulosiques qui peuvent, ou non, être supprimées dans la fabrication du papier. Si le bois est réduit par broyage, ainsi qu'on le fait mécaniquement pour la pulpe de bois qui est utilisée par les fabriques de papier bon marché, la production est élevée et la lignine est conservée ; mais les papiers qui contiennent de la lignine sont sensibles à la lumière. Les journaux modernes contiennent une grande quantité de ces fibres brutes de bois trituré qui sont responsables de leur rapide détérioration dans des conditions défavorables de conservation et d'emploi plutôt que du papier de qualité.

Pour faire une pâte correcte, les chiffons blancs et neufs de haute qualité demandent un traitement préalable moins drastique que la pâte de bois ou les chiffons de couleur. Pour faire du papier de qualité, on doit éliminer la lignine et les autres impuretés de la pâte. A cette fin, l'on fait cuire le bois grâce à l'un des procédés de réduction de la pâte et on le blanchit grâce à des produits chimiques de nature acide. Ces traitements laissent de petites quantités d'acide dans la pâte et, par conséquent, on trouve souvent des traces d'acidité dans le papier. D'autre part, le papier peut aussi absorber de l'acidité atmosphérique pendant sa conservation. Pour les archives, le papier doit être choisi en fonction de l'usage que l'on compte en faire : les documents qui doivent subir de très nombreuses manipulations doivent être faits de papier fort, exempt de bois broyé ou de fibres non blanchies et exempt d'un taux nuisible d'acidité. On aurait tort, toutefois, d'omettre que, dans de mauvaises conditions d'utilisation et de conservation, un papier de haute qualité peut se désintégrer en un an, alors que, dans des conditions idéales, un papier à base de bois peut durer un siècle.

L'encre

Si l'on veut disposer d'archives éternelles, on doit également choisir soigneusement l'encre, qui mérite une considération particulière pour la conservation des documents. Certaines encres contiennent de l'acide et détériorent le papier tandis que d'autres encres ont tendance à passer. Les encres à taux d'acidité élevé ne s'altérent pas seulement en prenant une teinte jaune indistincte mais elles ont aussi tendance à affaiblir le papier. Bon nombre de documents anciens, aux Archives nationales, ont souffert de l'acidité des encres. Les traits de plume ont complètement rongé le papier. Les encres tinctoriales qui constituent de nombreuses couleurs passent avec le temps sans laisser, parfois, de trace de l'écriture, et si, par accident, le document est mouillé ou devient humide, l'écriture peut devenir illisible parce que l'encre s'étale et bave. Les documents d'archives doivent recevoir une encre contenant un pigment stable ; les encres à base de carbone sont les meilleures : elles ne passent pas, elles ne peuvent pas être effacées chimiquement et elles ne détériorent pas le papier. Mais, la plupart de nos archives étant maintenant dactylographiées, le problème de l'encre perd de sa gravité. Le ruban des machines à écrire est fait d'un tissu fin et résistant, imprégné d'un véhicule huileux contenant des colorants solubles dans l'huile ou des pigments insolubles ; "le pigment noir est ordinairement une forme de carbone et, pour cette raison, on peut, en ce qui concerne la durée, utiliser avec confiance les rubans noirs et les tampons encreurs noirs". Les doubles au papier carbone et au graphite ne passent pas. Mais, si on les soumet à un usage fréquent, l'écriture se met à baver. La plupart des papiers-carbone sont enduits sur un côté d'un mélange de poudre de graphite, de cires et d'huiles et les crayons modernes sont faits de graphite comprimé qui ne passe pas à la lumière.

Les encres utilisées pour l'impression, la reproduction ou la lithographie sont, le plus souvent, des encres à base de carbone, composées de noir de fumée mélangé avec de l'huile de lin cuite afin de former une bonne pâte. Les encres noires d'impression ont une qualité durable et la plupart des encres de couleur ont aussi de bonnes qualités. On ne peut pas en dire autant des liquides à base d'alcool employés pour la reproduction, notamment pour l'hectographie. Ce sont des solutions de colorants et elles passent ordinairement assez vite.

Continué


Table des matières - Précédente - Suivante