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CAUSES DE LA DEGRADATION DES ARCHIVES

Les matériaux composant les documents, à savoir le papier, le cuire et la colle utilisée pour la reliure, souffrent de la lumière, de la trop forte sécheresse ou trop forte humidité de l'air, des variations excessives de l'humidité relative et des variations importantes des températures diurnes et nocturnes, de la présence d'anhydride sulfureux dans l'air, de la saleté, de la poussière, des champignons, des insectes et des rongeurs.

La lumière

L'effet de la lumière est plus marqué sur les papiers contenant du bois broyé, tel le papier journal, ou sur les papiers qui contiennent de très petites quantités de fer, de la cellulose insuffisamment purifiée ou d'abondantes matières résineuses. On doit éviter de soumettre toutes les archives en papier à la lumière directe du soleil et aux éclairages artificiels riches en rayons ultraviolets ; on sait que la cellulose subit une affection postérieure à l'irradiation, c'est-à-dire que la dégradation se poursuit dans l'obscurité après que le document ait été exposé à la lumière. Parfois, la détérioration qui en résulte peut se voir à l'altération des couleurs ou au brunissement du papier, mais le papier peut être atteint sans montrer de tels sympthomes. Quand on ne peut pas éviter l'éclairage naturel direct, on doit garnir toutes les fenêtres de stores opaques ou de rideaux épais qui arrêteront et diffuseront convenablement la lumière ; faute de quoi, les papiers doivent être conservés dans des boîtes fabriquées tout spécialement. Des boîtes en carton, à bon marché, pourraient protéger correctement les archives des dommages causés par les ultraviolets. On remplacera la boîte si l'exposition à la lumière l'a détériorée.

Les variations de la température et de l'humidité relative

Le papier, le cuir et les colles employées dans les reliures s'abîment s'ils deviennent trop secs : les papiers deviennent jaunes et cassants et une sécheresse extrême entraîne aussi le délabrement des reliures car la dessiccation de la colle endommage les reliures. D'autre part, une humidité trop forte peut provoquer le développement de champignons ou de moisissures sur tous les matériaux, tels que le papier, le cuir et la colle forte, qui peuvent les nourrir. L'humidité ramollit la colle et la colle forte, assouplit et fragilise le papier et le cuir, et encourage la prolifération des insectes.

D'excessives variations de la température et de l'humidité relative ont un effet également délétère sur le papier : les fibres de cellulose se dilatent et se contractent sans cesse, ce qui les rend plus fragiles. Il est donc très important de maintenir de façon contrôlée la température et l'humidité relative de l'atmosphère des magasins, si l'on veut bien conserver les archives pour longtemps. On a établi que la conservation des archives requiert une température de 39°C à42°C et une humidité relative maintenue un peu au-dessous de 55 pour cent.

La pollution atmosphérique

La pollution de l'air n'est, habituellement, un problème que dans les grandes villes et les zones industrielles où l'on emploie des combustibles sulfureux. Les huiles minérales et le charbon peuvent contenir entre 1 et 2 pour cent de soufre. Ils s'oxydent facilement, produisant du soufre et finalement de l'acide sulfurique, avec lequel se déposent de fines particules, de suie notamment. Cependant, l'anhydride sulfureux, même à un degré de concentration plus élevé que celui qu'on trouve normalement dans l'air, n'est pas en soi nocif pour le papier ou les reliures mais quand ces matériaux contiennent de petites quantités de fer ou de cuivre - comme c'est presque toujours le cas du papier - ces éléments ont le pouvoir de transformer l'inoffensif anhydride sulfureux en acide sulfurique, hautement destructeur, qui peut s'accumuler dans le papier jusqu'à un taux de 1 pour cent. A ce niveau, il détruit rapidement la structure fibreuse du papier et le rend cassant 3. La pollution atmosphérique est donc un élément important qu'on ne doit considérer que quand il s'agit de conservation à long terme. L'air conditionné est le seul moyen courant pour empêcher les gaz sulfureux d'entrer dans les magasins.

La moisissure

Le problème posé par les champignons qui attaquent les archives et leurs supports est particulièrement sérieux dans la zone tropicale. Le nombre des espèces fongoïdes dites 'papivores' est d'environ une centaine. On les appelle communément moisissure ou mildiou. Les champignons sont des organismes végétaux qui se reproduisent grâce à de minuscules spores. La détérioration des archives et de leurs documents est due aux spores microscopiques qui sont dans l'air et à la poussière des magasins. Les spores sont toujours présents dans l'atmosphère et elles s'installent là où elles trouvent des conditions favorables à leur développement.

La moisissure peut se développer sur les archives et les livres si l'humidité relative de l'atmosphère demeure aux environs de 75 pour cent même pendant une courte période. Son développement est plus fréquent sur les livres bien serrés l'un contre l'autre et cela parce qu'une poche d'air humide, fine et stagnante, s'y trouve, qui favorise ce développement. Afin d'assurer une bonne circulation de l'air, il faut éviter que les livres ne soient rangés serrés sur les tablettes. Cela doit réduire la formation de la moisissure.

L'air stagnant, combiné à une humidité élevée, est susceptible d'accélérer la croissance de la moisissure. La circulation d'air frais dans les magasins est nécessaire pour renouveler l'air et empêcher les spores de se déposer sur les livres et les archives. La moisissure ne risque guère de se former dans les magasins où l'humidité relative reste un peu au-dessous de 55 pour cent et où l'on maintient une température de 39°C à 42°C. Il faut toutefois utiliser l'air conditionné pour obtenir ce niveau de qualité dans les magasins, mais on peut effectuer un contrôle partiel de l'humidité au moyen de déshumidificateurs ou d'éléments déshydratants comme le gel de silice. On peut construire, de façon artisanale, un déshydrateur simple : il suffit de faire des réceptacles de grillage et de les remplir de gel de silice ; on les place à différents endroits du local. Pour calculer la quantité de gel de silice nécessaire, on peut admettre que 7 livres suffisent pour déshumidifier une pièce de 1.000 pieds cubes. Quand le gel de silice est saturé d'humidité, sa couleur passe du bleu au rose ; on peut alors réactiver le gel de silice en le chauffant dans un four et le réutiliser ensuite. Une autre méthode pratique consiste à vaporiser des fongicides au moyen d'un vaporisateur ordinaire. A nouveau, une solution artisanale de 10 pour cent de thymol dans de l'alcool à brûler (1/10 du volume) empêchera le développement de la moisissure. Les vapeurs de thymol sont irritantes et il est donc préférable de vaporiser la solution à la fin de la journée de façon à pouvoir garder closes pendant la nuit les pièces et les fenêtres.

L'attaque des champignons sur les archives se manifeste par la formation de taches blanches qui, ensuite, prennent différentes couleurs : jaune, rose, jaune-verdâtre, noire, etc. Parfois, la moisissure se développe dans le papier sans manifester aucun de ses signes caractéristiques, à cela près qu'elle forme une tache d'un brun loger, jusqu'à ce que le papier devienne cassant. D'ailleurs, la moisissure ou les champignons peuvent exercer une action mécanique sur le papier car leurs hyphes s'insinuent entre les fibres du papier sans les pénétrer réellement, ou ce sont les parties reproductrices des champignons, couvertes de poils, qui s'introduisent entre les feuilles : dans un cas comme dans l'autre, les pages se trouvent collées 4. Cette moisissure produit aussi des taches sur le papier. En termes techniques on les appelle 'rousseurs' (foxing).

Si la moisissure infecte des archives, il faut prendre immédiatement des mesures contre cette éruption. Le matériau attaqué doit être mis à part et placé au grand air, la moisissure doit être enlevée avec un morceau d'ouate mais on doit veiller à ne pas éparpiller les spores en procédant à ce nettoyage. Quand l'infection est considérable, on doit fumiger le matériau avec du thymol. La fumigation au thymol est simple et le premier venu peut l'effectuer sans y avoir été beaucoup exercé. Pour effectuer cette fumigation au thymol, il existe un dispositif satisfaisant qu'on peut faire en adaptant une boîte ou un caisson étanche à l'air. Grâce à un grillage, on y soutient les documents infectés à 6 pouces du fond. Et, dans le fond, on branche une ampoule de 40-60 watts au-dessus de laquelle on chauffe un récipient contenant du thymol. Le gaz de thymol détruit la moisissure des archives placées dans la boîte ou le caisson.

La poussière

En ce qui concerne la protection des archives, la poussière est un autre facteur qu'on doit tenir pour nocif. Les courants d'air charrient de petites particules de sable et de suie dans les magasins, et ces particules se déposent sur les archives, sur les tablettes et sur le sol. Leur accumulation à des endroits humides favorise le développement des champignons et des insectes et aussi celui des vapeurs acides. En outre, la poussière contient de petites particules dures de silice, qui peuvent griffer le papier et le cuir. Enfin, il est malsain pour le personnel de manipuler les archives dans la poussière : celle-ci peut aussi contenir des bactéries dangereuses pour les hommes. Il faut donc procéder régulièrement au dépoussiérage des archives dans les magasins. Le dépoussiérage au moyen de plumeaux ou de chiffons fait ordinairement flotter la poussière dans la pièce : ce procédé ne convient donc pas. Pour enlever véritablement la poussière et la saleté des magasins, il faut utiliser des aspirateurs.

Les insectes

Les plus vieux cas connus de livres et de documents analogues attaqués par des insectes remontent à près de 2.000 ans. Depuis toujours, cela a été un problème que de protéger les archives des dégâts dus aux insectes, et tous les conservateurs d'archives connaissent bien les ravages que font les insectes dans les livres, les imprimés et les manuscrits. Le papier et les ouvrages reliés attirent les insectes en raison de leur valeur nutritive. La cellulose du papier, de la colle, de la gélatine, de la pâte et des matériaux similaires employés dans l'apprêtage des papiers et des reliures entrent dans la catégorie des aliments et des matières qu'ils apprécient.

Les blattes, les poissons d'argent, les atropides, et les lépidoptères domestiques bruns sont largement responsables de la détérioration des matières composant les reliures, telles que les pâtes et les colles, et ils peuvent aussi attaquer le cuir et d'autres matériaux d'origine animale ou végétale. Des insectes comme les coléoptères et les termites peuvent réellement dévorer le papier comme un aliment et ils attaquent également les reliures de toile et les plats de bois ou de carton. On peut donc leur attribuer les plus graves dégâts que subissent les archives ou encore les rayonnages de bois. On dit que l'appareil digestif de ces insectes est spécialement adapté pour digérer la cellulose. Nous citons ci-dessous certains des insectes que l'on trouve le plus communément dans les archives en précisant le genre de dégâts qu'ils risquent de causer.

a) Les blattes

Il y a plusieurs espèces de blattes mais l'espèce dite 'domestique' se nourrit d'une grande variété de matériaux. Elles sont particulièrement attirées par les matières sucrées ou féculentes et elles mangent les couvertures pour parvenir à la colle amidonnée utilisée pour coller la couverture à la reliure. Hormis la destruction superficielle des couvertures, les blattes sucent les colorants, dégradent les toiles ou les bougrans et, ainsi, transforment les tranches en pâte putride. Dans la journée, elles se retirent habituellement dans l'obscurité et dans les recoins humides, et, la nuit, elles se répandent partout à la recherche de nourriture. Elles prolifèrent dans les canalisations et les latrines et elles pénètrent dans les locaux par les tuyaux d'écoulement et de petits orifices dans les murs.

b) Les poissons d'argent

On les trouve souvent dans les vieux livres et documents et ils manifestent une prédilection particulière pour le papier à pâte de bois blanchie, la colle de farine, la gélatine photographique et certaines sortes de fibres textiles i. Ils pénètrent les livres par le dos pour atteindre la colle de farine. Ils rongent les papiers de façon irrégulière. Les poissons d'argent se déplacent rapidement, se nourrissent surtout la nuit et se cachent le jour. Pour eux, les conditions idéales à leur développement et à leur reproduction ce sont des magasins chauds et humides.

c) Les poux de bois.

Les poux de bois ou psoques grouillent souvent sur les dos, ou entre les feuillets des livres. Ils se nourrissent de colle de farine et de papier. Les dégâts qu'ils provoquent se limitent donc aux parties de la reliure proches du dos où la colle est plus abondante. On ne les considère pas généralement comme très dangereux pour les livres et les papiers. Ils s'alimentent aussi de champignons microscopiques qui se forment sur les reliures, le papier et le cuir et ils se multiplient donc dans des conditions d'humidité favorables au développement des moisissures. On les trouve rarement dans des milieux bien éclairés et aérés ou dans des livres utilisés quotidiennement.

d) Les teignes brunes domestiques

Les larves des teignes brunes domestiques ont des mandibules et, outre les livres, elles mangent toutes sortes de matières, y compris les plantes séchées et le liège. En ce qui concerne les livres, leur attaque se borne aux dos et transperce rarement le volume. L'humidité dans les magasins est favorable au développement de cette espèce.

e) Les coléoptères

Il y a plusieurs espéces différentes de coléoptères. Les adultes pondent sur la tranche des livres ; de petites larves blanches en sortent, qui pénètrent dans le livre et creusent les galeries bien connues des 'vrillettes'. Les larves mangent d'abord la colle du livre jusqu'à ce que leurs mandibules soient assez puissantes pour commencer à broyer la reliure elle-même ; cela dure jusqu'à ce qu'elles deviennent des chrysalides puis des adultes ; le cycle se répète alors.

f) Les termites

Connues communément sous le nom de fourmis blanches, les termites peuvent détruire complètement les livres ou tout matériau cellulosique, mais elles commencent généralement par attaquer le bâtiment. Les termites vivent en colonies, dans des nids placés dans le sol ou dans l'épaisseur des murs ; ne supportant pas la lumière, elles construisent des galeries de terre gâchée sur les briques ou le béton et travaillent à couvert. Elles dévorent rapidement et silencieusement tout ce qui est composé de cellulose, creusant un dédale de galeries et provoquant parfois la destruction quasi-totale du matériau qu'elles infestent, tout en laissant intacte l'enveloppe externe sous laquelle se dissimulent les ravages. L'infestation par les termites n'est souvent détectée que lorsqu'elle est déjà considérable et qu'elle a fait de gros dégâts.

Les mesures de prévention

Les insectes ailés, comme les coléoptères, attaquent rarement les archives dans les magasins à air conditionné qui sont plus ou moins hermétiques ou dans ceux qui sont défendus par des persiennes de grillage fin ou par des portes à fermeture automatique rapide.

Nous avons noté que la poussière, la saleté et l'accumulation de résidus, même petits, offrent aux insectes un milieu favorable à leur reproduction. Les magasins doivent donc être nettoyés fréquemment, et les articles, les tablettes, les travées, les sols, les plafonds et les murs doivent rester propres et nets. L'emploi d'insectifuges chimiques, tels que la naphtaline ou le paradichlorobenzine, éloigne les insectes des archives. Une bonne dose de l'un ou l'autre de ces produits chimiques placée dans des cuvettes, tous les six pieds, sur les tablettes suffit pour dégager une odeur assez forte pour écarter les insectes. D'autre part, on peut obtenir un bon degré de protection en pulvérisant dans les magasins, une fois par mois, des mélanges insecticides contenant des produits chimiques tels que le dichlorodiphényl-trichlotéthane (DDT), le pyrèthre ou l'hexachlorure de gamabenzine. On les trouve, prêts à l'emploi, dans le commerce sous des marques variées. On peut aussi faire des mélanges de DDT dans du kérosène, à raison de 40 gr. par litre; on pulvérise ensuite ce mélange avec un pulvérisateur à main ordinaire. On doit veiller à diriger la pulvérisation vers les murs, les recoins obscurs et les lézardes, et non sur les archives : les produits contiennent ordinairement des solvants qui peuvent attaquer les couleurs des reliures ou l'encre des textes.

Quand l'infestation par les insectes a pris des proportions sérieuses, il est nécessaire de fumiger abondamment les documents attaqués. On doit placer ces derniers dans un local spécial qu'on emplit de fumigènes, comme le bromure de méthyle ou l'anhydride carbonique-oxyde d'éthylène, pour exterminer les insectes. Ces fumigations ne doivent être effectuées que par des spécialistes patentés àcause de la haute toxicité de ces produits chimiques. Pour une petite masse d'archives, on se contente toutefois de fumigation à la paradichlorobenzine ; pour cela on se sert d'une boîte étanche qu'on remplit de cette substance, et l'on peut avoir de bons résultats si l'on remet du produit dans la boîte au fur et à mesure qu'il s'évapore et si l'on laisse les documents dans cette boîte une quinzaine de jours au moins. Il faut environ deux livres de paradichlorobenzine par pied cube d'air. Ce procédé tue les insectes et leurs larves mais pas leurs oeufs ; il est nécessaire par conséquent de mettre àpart les archives infestées et de répéter l'opération après une quinzaine de jours afin de venir à bout des insectes.

Quoique les produits chimiques des fumigations soient toxiques, leur effet n'est pas continu sur les insectes ; il faut donc replacer les documents traités dans des boîtes propres et employer des insectifuges comme la paradichlorobenzine ou la naphtaline, dans les rayonnages de la façon que l'on a dite pour empêcher les insectes de s'installer ou de se réinstaller.

Il convient de dire un mot des précautions à prendre avec les fumigènes. Il ne faut jamais inhaler les vapeurs des produits toxiques qui servent aux fumigations. Cela vaut également pour les matières solides volatiles qui peuvent servir de fumigènes : paradichlorobenzine et thymols. Elles peuvent encore irriter sérieusement les muqueuses, les yeux ou la peau, surtout lorsque le climat est moite et humide et que l'on transpire.

Les rongeurs

Les rats et les souris pénètrent dans les magasins grâce à des trous existant dans les plafonds et les murs et dévorent les papiers et le cuir à une vitesse incroyable. Il faut s'assurer que les plafonds et les murs défectueux seront réparés sans délai afin d'empêcher les rongeurs de s'introduire dans les magasins.

LES LOCAUX

Les magasins d'archives idéaux sont un local dépourvu de fenêtres, àl'épreuve du feu, équipé de l'air conditionné et éclairé par des ampoules de faible wattage. Dans les cas où il est difficile d'aménager des locaux de cette sorte dans un bâtiment qui existe déjà, il faut au moins trouver des salles sèches, protégées contre les intempéries, correctement éclairées et ventilées. Les portes et les fenêtres, s'il y en a, doivent être munies de petit grillage. La lumière du jour ne doit pas atteindre directement les archives. Tout risque d'inondation due à des réservoirs qui crèvent ou à des gouttières ou des tuyaux qui se bouchent, doit être exclu. Il est préférable que des canalisations ne passent pas dans les locaux.

Les équipements

Les archives doivent être conservées sur des tablettes métalliques ou dans des armoires métalliques. On préférera des tablettes métalliques ouvertes, réglables, aux armoires fermées pour la raison que les tablettes s'adaptent au volume et au format des archives. Les rayonnages doivent être montés et disposés à quelque distance des murs. Dans chaque travée, la tablette inférieure doit être à six pouces du sol ; cette disposition permet à l'air de circuler et facilite les travaux de nettoyage du magasin.

Les tablettes et les bibliothèques en bois demandent d'autres précautions car le bois lui-même demande de l'attention, et des traitements chimiques contre les insectes, telles les termites et les vrillettes. Les épis, bibliothèques et almirah doivent être éloignés des murs et montés sur des pieds métalliques puisque les termites ne traversent pas le métal. Tout autour, les pieds de l'almirah, de la travée, ou de la bibliothèque doivent être mis dans des cuvettes ou dans des boîtes remplies de goudron ou d'huile de créosote. Cela forme un écran chimique et protège les archives des insectes. A titre de précaution, on peut aussi enduire toutes les pièces de bois d'une solution de chlorure de zinc (20 pour cent) et d'eau.

Les cartes, les plans et les documents de format extraordinaire doivent être conservés avec des précautions particulières. Les cartes et plans de petit format doivent de préférence être mis à plat dans des armoires ordinaires à tablettes ou suspendus dans des meubles à rangement vertical ; mais on peut aussi les conserver en rouleaux, enveloppés dans du papier fort et rangés sur des tablettes. Quant aux cartes et plans de grande taille ou de format extraordinaire, il faut les rouler, les envelopper avec du papier fort et les ranger sur les tablettes.

Les dossiers se conservent mieux si l'on les place dans des cartons qu'on range ensuite dans les travées. Les boîtes cartonnées de la sorte qu'on emploie aux Archives nationales de Malaisie conviennent parfaitement : on trouvera dans l'appendice A un schéma de ces cartons. Un paquet de dossiers, épais d'environ six pouces, se range commodément dans un carton, qu'on met proprement sur la tablette. On peut munir chaque carton d'une étiquette extérieure indiquant son contenu, ce qui facilite sa recherche et son identification.

Les livres doivent être rangés debout sur les tablettes : on gagne ainsi de l'espace et l'on peut prendre les livres plus facilement. Toutefois, quand le livre est rangé verticalement, les feuillets, par leur poids, s'arrachent du dos ; il est donc essentiel que les livres se soutiennent les uns les autres sur des tablettes bien ajustées ou qu'ils soient soutenus par des serre-livres. Mais, les livres de grande taille ou de format extraordinaire doivent être rangés à plat.

Contre l'incendie, il faut disposer dans les magasins d'archives des matériels de défense, des extincteurs à eau diffusée de préférence et des couvertures d'amiante. Chaque employé du service doit savoir de quels matériels on dispose, où ils se trouvent, où et quand on doit s'en servir. On doit toujours demander aux pompiers de contrôler l'installation de ces équipements et de donner des instructions au personnel à propos de leur utilisation. Dans ce domaine, il y a quelques points importants qui méritent d'être retenus:

  1. un feu, à l'intérieur d'un carton, s'éteint très facilement si l'on couvre le carton ;
  2. un feu sur un bureau ou sur une table s'éteint très facilement si l'on le couvre d'une couverture d'amiante ;
  3. il faut envelopper d'une couverture d'amiante une personne dont les vêtements ont pris feu ;
  4. en dirigeant un jet d'eau sur des matières organiques enflammées, on risque plus de propager le feu que de l'éteindre ;
  5. un feu important peut être éteint avec de l'eau diffusée ;
  6. si l'on ne maîtrise pas rapidement le feu, donner l'alerte.

Dans un service, un aspirateur peut être bien utile pour dépoussiérer et nettoyer les archives. On ne doit pas conserver dans les services d'archives des matières chimiques et inflammables. Il doit être formellement interdit de fumer ou de manger dans le service ; tout feu nu doit également être interdit.

LES PREMIERS SECOURS A DONNER AUX DOCUMENTS ENDOMMAGES

Les menues réparations

Les archives doivent être nettoyées avant d'être rangées. Il faut enlever les agrafes et les épingles de métal oxydable et les remplacer par des attaches de plastique ou de cuivre inoxydable. Si les coins des documents ont été cornés, on doit les déplier et les rabattre. Les pièces jointes volantes doivent être réinsérées dans le bon ordre. Les pièces abîmées par l'humidité doivent être séchées dans un courant d'air mais celles qui sont attaquées par la moisissure ou par les insectes, dont la prolifération est rapide, doivent être mises à part et traitées comme on l'a esquissé plus haut dans ce guide. De même, il faut réparer sans tarder toute déchirure des documents pour empêcher son agrandissement, dans les textes manuscrits ou imprimés, lors des manipulations à venir.

Les pages arrachées

On peut réparer les petites déchirures des documents sans être très qualifié en matière de restauration documentaire. Pour une déchirure marginale dans une pièce d'archive ou dans une page de livre, il suffit d'un morceau de papier solide mais fin; on coupe une bande de ce papier large d'un demi-pouce et un peu plus longue que la déchirure ; on enduit cette bande de colle et on la pose soigneusement sur la déchirure, en veillant à ce que les deux lèvres de la déchirure soient bien rapprochées. La bande doit déborder légèrement sur le côté sain et au-delà du bord de la feuille. Pour finir, on coupe ce qui dépasse du bord avec des ciseaux et la réparation est terminée.

Quand la déchirure a atteint le texte de documents utilisés recto verso, la réparation est un peu délicate mais avec un peu de soin et de patience on peut l'effectuer correctement. On procède comme suit : mettre un peu de colle sur les lèvres de la déchirure et les rapprocher, poser ensuite une bande de papier de soie tendre, et le frotter doucement pour le faire adhérer à la déchirure. Mettre ensuite le document sous presse jusqu'à ce que la colle soit sèche. Enlever le papier de soie qui dépasse en ayant soin de rapprocher les lèvres. Les fibres tendres du papier de soie servent non seulement de liants mais bouchent aussi l'espace qui peut subsister dans la déchirure et donnent tout autour une surface égale. Une fois le travail achevé, il est presque impossible de voir comment il a été fait.

Les rubans adhésifs

On ne devrait jamais utiliser ce genre de rubans pour réparer des documents. Ce sont des rubans fins, de viscose transparente (cellophane) dont un côté est collant. Ils adhèrent très solidement à presque tous les solides qu'ils touchent. Le problème, dans ces conditions, c'est de les enlever sans arracher en même temps la surface du papier. De plus, ils ont tendance àjaunir le matériau auquel ils s'appliquent, à tacher et à voiler les écritures qu'ils recouvrent. Finalement, l'adhésif peut se décomposer et abîmer le papier. De même, la colle forte et la gomme arabique ne doivent pas servir aux réparations de documents : elles ont tendance à se durcir avec le temps et leur surface calleuse a un effet abrasif sur les papiers.

La fabrication de la colle de farine

En général, le plus simple est d'acheter cette colle chez un bon papetier ou marchand de fournitures pour bibliothèques ou ateliers de reliure. Mais on peut la fabriquer avec de la farine et de l'eau. Dans un bol, on ajoute petit à petit de l'eau à une demi-tasse de farine environ et l'on touille sans arrêt jusqu'à ce que la farine et l'eau soient mélangées, que les grumeaux aient disparu et que le mélange soit devenu comme une sauce. On ajoute alors de l'eau bouillante, on met la mixture sur le feu et on la fait bouillir pendant une minute en remuant. Si elle s'épaissit, on rajoute assez d'eau pour lui donner la bonne consistance. Le liquide ne doit pas avoir la fluidité du lait, être grumeleux, ni figé : il doit couler facilement de la brosse. A la place de la farine, on peut utiliser de l'amidon.

Il faut se rappeler, quand on se sert de cette colle, que moins on en met, mieux c'est. On a ordinairement tendance à en mettre trop. Il suffit d'une fine couche de colle, quelle qu'elle soit, pour assujettir les feuilles à condition qu'elle soit étalée également et introduite par une forte pression dans les pores des documents à assembler.

Les documents mouillés

L'eau sert à diverses phases de la fabrication du papier, mais elle est, pour le papier fait, une ennemie mortelle. L'eau endommage le papier de différentes façons : les couvertures des livres et des volumes reliés sont détrempées, gonflées et tachées ; les documents et les pages sont gondolés et fripées. Le papier très encollé, enduit d'amidon, de colle forte et d'argile, est détruit par l'eau. La colle, ramollie par l'eau, fait se coller les pages et, si celles-ci sèchent dans cet état, le livre ou la liasse de feuilles devient un paquet solide. Sans une habitude particulière, des matériels et un équipement coûteux, il est difficile de les séparer. On doit envoyer à des professionnels les archives qui sont sérieusement endommagées.

Avant de recevoir l'aide de ces professionnels, on peut toutefois effectuer un premier traitement, qui doit se faire dès que l'on découvre les dégâts afin d'éviter la détérioration du document et l'infestation par les champignons. Une fois qu'on a exprimé l'eau des liasses ou des dossiers, on les étale sous un ventilateur ; on sépare les feuilets mouillés, et on intercale entre eux du papier buvard ou du papier ciré ; on presse pour exprimer l'eau qui peut rester. Ensuite on les met à sécher dans une pièce sous un ventilateur ; s'il n'y a pas de ventilateurs on laisse les fenêtres ouvertes pour que l'air circule librement. On doit déplacer souvent les documents, de manière à ce que toutes leurs parties soient exposées à l'air. Les archives abimées peuvent sécher, étalées sur des tables ou pendues à des fils. Une fois sèches, elles doivent rester sous presse.

La restauration de documents carbonisés

Quand des papiers ont été sérieusement abimés par une flamme, ou par un autre facteur, au point d'être noircis ou carbonisés, leur traitement relève du spécialiste. Il faut, si possible, les protéger dans des enveloppes de papier de soie et les placer dans des boîtes.

Lorsqu'ils ont seulement été soumis à une chaleur intense, ils deviendront probablement cassants, et on ne doit pas les manipuler plus que nécessaire jusqu'à ce qu'ils aient eu le temps de réabsorber une quantité normale d'humidité atmosphérique. Si, après quelque temps, ils semblent encore cassants, ils peuvent avoir besoin d'être réencollés, et cette opération encore relève du spécialiste.

Quand un coffre-fort métallique (plus ou moins étanche à l'air) s'est trouvé au milieu d'un incendie, il est souvent possible qu'une bonne partie des documents qu'il contenait, surtout les papiers, puissent n'avoir pas trop souffert, même s'ils ont beaucoup chauffé. Mais il est également possible qu'une entrée d'air frais provoque une vive combustion. En général, il faut donc laisser refroidir un coffre avant de l'ouvrir.

APPENDICE A

Schéma d'une boite d'archives

Pliage de la boîte

BIBLIOGRAPHY

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