Table des matières
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Les bâtiments et équipements d'archives dans les pays tropicaux
par
Michel DUCHEIN,
Inspecteur général,
Direction des Archives de France, Paris
1.
Introduction.
2. Notions générales sur la climatologie et la
conservation des documents d'archives.
3. Les champignons, bactéries et insectes des
pays tropicaux; conditions climatiques de leur développement.
4. La lumière solaire et la conservation des
documents d'archives.
5. Conception générale des bâtiments
d'archives en pays tropical. Emplacement et orientation.
6. Matériaux et procédés de construction.
Généralités
7. Climatisation, ventilation, filtrage de
l'air.
8. La protection contre l'excès de lumière
solaire.
9. Le conditionnement des documents.
10.
Les rayonnages.
11. La lutte contre les insectes et les
champignons. La désinfection.
12.
La lutte contre le feu.
13.
La lutte contre le vol.
14. La lutte contre la poussière et la saleté.
15. La destruction des papiers et des ordures.
16. Les ateliers: reliure, restauration,
photographie etc.
17. Résumé des équipements techniques.
18.
Conclusion.
La notion de «pays tropicaux est, dans la pratique, assez floue. Elle s'applique couramment non seulement aux zones tropicales proprement dites, mais aussi aux zones équatoriales et subtropicales, et d'une façon générale à toutes les régions où règne un climat chaud et humide, soit en permanence, soit en alternance selon les saisons'.
Le terme de «pays tropicaux» recouvre donc des régions géographiquement très différentes, réparties en Afrique, Asie, Océanie et Amérique, l'Europe appartenant dans son ensemble à la zone des climats dits tempérés. La totalité des Antilles (Caraïbes) en fait partie.
Ce type de climat entraîne des conditions de conservation extrêmement mauvaises pour les documents d'archives ainsi que pour les bâtiments eux-mêmes, pour plusieurs raisons:
- cyclones, inondations, raz-de-marée;
- séismes et éruptions volcaniques.
Pour toutes ces raisons, les bâtiments destinés à la conservation des archives en pays tropical doivent présenter, pour assurer au maximum la sauvegarde des documents, diverses caractéristiques qui les distinguent des bâtiments d'archives élevés en pays tempérés.
Ils doivent aussi, dans leurs parties consacrées au travail du personnel des services d'archives ou des chercheurs, ainsi que dans les autres locaux ouverts au public, assurer des conditions de séjour compatibles avec le climat.
Enfin, les équipements techniques doivent assurer non seulement la protection des documents contre les agents de destruction, mais aussi, dans toute la mesure du possible, la restauration des documents endommagés.
C'est l'ensemble de ces dispositions architecturales d'une part, de ces équipements techniques d'autre part, qui définit les caractéristiques des bâtiments et équipements d'archives en pays tropicaux.
La présente communication concerne donc uniquement, dans les constructions et équipements de dépôts d'archives, ce qui est propre aux pays tropicaux. Pour tout ce qui concerne les problèmes de construction et d'équipement d'archives en général, on se reportera aux ouvrages de base consacrés à ce sujet.
2. Notions générales sur la climatologie et la conservation des documents d'archives.
L'humidité et la chaleur agissent sur les éléments constitutifs des documents d'archives à la fois en provoquant des processus de désintégration interne (action physico-chimique) et en favorisant le développement des champignons et des insectes (action biologique).
La chaleur seule et l'humidité seule sont déjà dangereuses, mais leur combinaison est particulièrement nocive, selon des proportions qui ont été étudiées en laboratoire.
En effet, le point de saturation de l'air (ou point de rosée) est d'autant plus haut que la température est élevée. La quantité de vapeur d'eau que peut contenir 1 mètre cube d'air est de 8 gr. à 10° C., de 15 gr. à 20° C. et de 48 gr. à 40° C. En abaissant la température, on abaisse donc du même coup le point de saturation et on provoque la condensation, c'est-à-dire le ruissellement. Un tel abaissement n'a d'intérêt, du point de vue de la conservation des documents, que s'il s'accompagne d'un dessèchement de l'air, de façon à diminuer le taux d'humidité relative (l'humidité relative, ou HR, étant le rapport entre le poids de vapeur d'eau contenu dans un mètre cube d'air et le poids maximum de vapeur d'eau que ce volume d'air pourrait contenir à la même température).
Nous savons que les pays tropicaux sont, dans leur ensemble, caractérisés par une température élevée et par la température moyenne de l'année est de 25,3° C. (23,5° C. en janvier; 26,7° C. en juillet), et l'humidité relative moyenne de 80% (70% en février, 84% en octobre-novembre). Dans d'autres zones tropicales les variations saisonnières sont plus marquées (par exemple dans les pays à mousson), mais les moyennes annuelles restent toujours élevées. En comparaison, la température moyenne de Paris est de 10,2° C., et l'humidité relative moyenne de 74%; à Rome, ces chiffres sont respectivement de 15,6° C et 63%. Les conditions climatiques optimales pour la conservation des documents d'archives ont fait l'objet de plusieurs études techniques dont les résultats ne coïncident pas toujours tout à fait. Le taux d'humidité relative optimale est fixé par certains auteurs entre 45 % et 60 %, par d'autres entre 55 % et 65 %; de même, la température optimale est tantôt fixée entre 15° et 22° C., tantôt entre 15° et 18° C. Quoi qu'il en soit - et une certaine marge est certainement acceptable
Le simple rapprochement de ces données montre que la conservation des documents d'archives en pays tropicaux exige des mesures de dessèchement et de refroidissement de l'air ambiant, faute de quoi les processus de dégradation chimique et biologique entraînent une rapide détérioration des documents. Ajoutons que si l'atmosphère des régions tropicales est souvent moins polluée du point de vue chimique que celle des régions industrialisées des zones tempérées, la forte salinité de l'air des îles, aggravée par les vents puissants, constitue un danger supplémentaire pour les documents d'archives.
Cette question de la chaleur et de l'humidité est primordiale pour la conservation des archives en pays tropicaux. Presque toutes les dispositions évoquées dans la suite de cette étude y sont plus ou moins liées.
Il n'entre pas dans notre propos d'énumérer ici les champignons, bactéries et insectes qui s'attaquent aux documents d'archives en pays tropicaux; on trouvera d'abondants développements sur ce sujet dans tous les ouvrages consacrés à la conservation des archives et des bibliothèques.
Nous rappellerons seulement les conclusions des études sur ce sujet pour ce qui concerne les conditions climatiques du développement de ces nuisances. Les champignons prolifèrent au-dessus d'une température de 22° C. et d'une humidité relative supérieure à 65 %, avec une prédilection pour les lieux sombres et peu aérés; quant aux insectes qui s'attaquent au papier, ils sont tous plus ou moins lucifuges et affectionnent les lieux humides, chauds et obscurs.
Les termites, particulièrement dangereux en pays tropicaux, vivent (selon les espèces, au nombre de plus de 900) dans le sol, dans le bois, dans le papier, partout où la chaleur, l'obscurité et la stagnation de l'air se trouvent associés à la présence d'un matériau cellulosique susceptible de leur servir de nourriture.
4. La lumière solaire et la conservation des documents d'archives.
La lumière solaire (et, dans une moindre mesure la lumière lunaire) comporte une proportion variable de rayons bleus, violets et ultra-violets, dont la nocivité pour la conservation des documents d'archives a été souvent étudiée et mise en évidence.
Or la lumière des pays tropicaux, en raison de la hauteur du soleil sur l'horizon et de la forte ozonisation, est particulièrement riche en rayons de cette nature, comme le savent bien les photographes, obligés de se servir de filtres et d'écrans pour éviter les phénomènes de surexposition.
Il ne faut pas cependant négliger le fait que les rayons ultra-violets de la zone inférieure du spectre (au-dessous de 300 millimicrons) ont un fort pouvoir germicide et fongicide et qu'à ce titre il est dangereux de les exclure totalement des bâtiments d'archives; on sait par ailleurs le rôle que joue la lumière solaire dans la lutte contre les termites et les autres insectes lucifuges.
5. Conception générale des bâtiments d'archives en pays tropical. Emplacement et orientation.
Le rôle d'un service d'archives n'est pas différent en pays tropicaux, de ce qu'il est en pays tempérés. Ici, comme là, il s'agit d'assurer sept fonctions de base:
A cela peut s'ajouter une huitème fonction: la destruction des documents jugés sans intérêt historique.
Le plan d'un bâtiment d'archives est donc, dans son principe, identique en pays tropicaux et en pays tempérés. Cependant, les contraintes climatiques évoquées ci-dessus entraînent un certain nombre de conséquences particulières dans la conception du bâtiment et dans le choix de son emplacement et de son orientation.
6. Matériaux et procédés de construction. Généralités
Les quelques indications qui suivent n'ont pour but que d'attirer l'attention des architectes sur quelques points essentiels propres aux pays tropicaux, étant bien entendu que d'une façon générale tous les matériaux de construction seront choisis en fonction de la protection contre les dangers climatiques et telluriques locaux.
(a) Fondations.
Il est fortement recommandé de surélever le rez-de-chaussée des bâtiments sur piliers de béton, de façon à laisser une circulation d'air entre le sol naturel et le rez-de-chaussée. Les avantages de cette formule sont multiples:
En aucun cas on ne conservera des documents d'archives en sous-sol. Pour les zones de séismes, voir ci-dessous e.
(b) Murs et toitures.
Murs et toitures doivent être conçus pour une isolation thermique et hygrométrique maximale; on choisira donc des matériaux et revêtements thermo-isolants et hydrofuges.
Les toitures seront spécialement étudiées pour résister aux vents violents (cyclones) et aux pluies tropicales; les éléments de couverture (ardoises, plaques d'amiante-ciment, aluminium) seront fortement accrochés. Les toitures plates (terrasses) sont àdéconseiller en raison des risques d'infiltration en cas de fortes pluies.
Pour protéger le bâtiment contre les pluies et le soleil, les toits débordants formant auvent sont traditionnels en pays tropicaux, avec des balcons ou galeries faisant écran en avant des façades vitrées. C'est une excellente formule à tous égards, sauf peut-être pour les risques de vol nocturne.
Une excellente protection thermique est assurée par une double toiture avec vide d'air intermédiaire; il faut toutefois veiller à ce que cette solution ne soit pas au détriment de la solidité, notamment en cas de cyclone. A défaut, une couche isolante sous la toiture est au moins recommandée.
Le bois employé dans la construction est spécialement
traité contre les termites.
Les éléments de métal exposés à l'air extérieur, surtout en
zone maritime, sont spécialement traités contre la corrosion.
(c) L'ossature et les rayonnages.
Il est devenu courant, depuis environ un demi-siècle, de construire les dépôts d'archives selon le système de l'ossature métallique auto-porteuse, système dans lequel l'ossature des rayonnages soutient en même temps les planchers. Le climat tropical n'a pas d'incidences directes sur ce point, àcondition que le métal de l'ossature, comme des rayonnages, soit convenablement traité contre la rouille et la corrosion saline (cf. ci-dessus, b).
En revanche, l'ossature métallique est à déconseiller en zone de séismes si elle doit s'élever sur plusieurs niveaux (plus de 2 ou 3 niveaux). En tout état de cause, la construction de cette ossature doit être faite selon des règles propres aux zones de séismes (cf. ci-dessus, e) pour éviter l'effondrement en cas de secousse.
(d) Ouvertures.
Les ouvertures (portes et fenêtres) doivent être protégées contre l'impact solaire et contre les cyclones; la galerie ou balcon extérieur (ci-dessus, b) est excellente à cet égard. Des volets on persiennes solides sont également indispensables.
Des verres filtrants (inactiniques) et isolants sont recommandés pour les fenêtres des locaux d'habitation et de travail.
(e) Précautions spéciales contre les séismes.
Les constructions en zone de séismes doivent obéir à diverses prescriptions techniques exposées dans les publications spécialisées. En voici les principales:
D'une façon générale, on doit éviter en zone de séismes:
(f) Précautions spéciales contre les cyclones et pluies tropicales.
Voir ce qui a été dit ci-dessus à propos des toitures et
des ouvertures.
Veiller au parfait état des chêneaux et tuyaux de gouttières.
Assurer le rapide écoulement des eaux de ruissellement.
(g) précautions spéciales contre les termites.
Eviter de placer des arbres ou des plantations tout contre le bâtiment. Arracher systématiquement toutes les souches d'arbres dans le rayon le plus large possible autour du bâtiment. Isoler le bâtiment par un espace de ciment nu facile à surveiller. Dans les zones fortement infestées, entourer le bâtiment d'un fossé de 1 m. de largeur et 1,50 m. de profondeur, aux parois verticales.
Surélever si possible le bâtiment sur des pilotis en béton (cf. ci-dessus a). Les pilotis doivent être munis de « boucliers anti-termites » ou collerettes métalliques qui empêchent les termites de remonter. Même protection pour les canalisations.
Tous les éléments de bois seront traités spécialement contre les termites (produits à base de pentachlorophénol). Des enduits spéciaux, à base de sels de Wolman (fluor, chrome et dinitrophénol) ou de pentachlorophénol, peuvent être appliqués sur les murs ou les sols, à condition de ne pas être en contact direct avec le documents.
7. Climatisation, ventilation, filtrage de l'air.
Il est devenu courant, depuis une quinzaine ou vingtaine d'années, de climatiser («air-conditioning») dans les pays tropicaux les locaux destinés à la conservation des archives et bibliothèques, ainsi que les locaux de travail et d'habitation.
La climatisation est un ensemble complexe de techniques (réchauffement -refroidissement - assèchement - humidification - ventilation), qui permet, en principe, d'assurer en permanence une température et un degré hygrométrique constants dans un local donné. Pour les locaux d'archives, la température choisie est en général de l'ordre de 18° C, et l'humidité relative de 55 %, pour les locaux de travail et d'habitation, les conditions varient selon les habitudes locales et selon le climat ambiant, mais on peut admettre qu'une température de 23 à 25°C et une humidité relative de 55 % à 60% constituent, en pays chaud, une climatisation confortable.
Les résultats de la climatisation pour la conservation des archives sont certes excellents dans l'ensemble, mais ils ne doivent pas faire oublier deux inconvénients réels:
En fait, pour ce qui concerne la conservation des documents, une température de l'ordre de 25° C, habituelle en pays tropical, ne serait pas particulièrement nocive par elle-même, si elle ne s'accompagnait d'une forte humidité relative. C'est pourquoi un traitement couplé assèchement plus ventilation/filtrage, sans refroidissement peut fort bien être considéré comme suffisant pour les locaux de conservation, la «climatisation» proprement dite étant réservée aux locaux de travail et d'habitation.
L'assèchement de l'air est assuré par l'emploi de déshydratants solides ou liquides, dont les plus courants sont le gel de silice, sous forme de granulés qui absorbent une partie de la vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère et le chlorure de lithium. Le gel de silice et les autres déshydratants solides ou liquides sont utilisés dans des appareils qui assurent à la fois la circulation et le renouvellement de l'air et la régénération du déshydratant après usage; ils sont connus sous le nom d' « assécheurs d'air » ou «déshumidificateurs». Ces appareils consomment beaucoup moins d'énergie que la climatisation proprement dite et sont en général d'un fonctionnement et d'un entretien plus simples. Les appareils à déshydratants solides sont les plus simples, mais aussi les plus encombrants; ceux à déshydratants liquides sont plus complexes, mais d'une plus grande précision de régulation.
Le filtrage de l'air présente de grands avantages en pays tropical, pour éliminer d'une part les spores de champignons, larves d'insectes et poussières en suspension dans l'atmosphère, d'autre part le sel abondant dans l'air marin, sans oublier (dans les régions urbanisées ou industrielles) les éléments polluants. Tout système d'assèchement/ventilation doit donc être muni, à l'entrée de l'air, de filtres appropriés (filtres dits «à couche poreuse»).
Une fois assuré l'assèchement de l'air, avec ou sans refroidissement, il importe d'en contrôler en permanence l'efficacité. A cette fin, tout dépôt d'archives en pays tropical doit être équipé de thermo-hygromètres enregistreurs qui tracent sur une bande de papier, déroulée par un mécanisme d'horlogerie, la double courbe de la température et de l'humidité relative. Ces appareils sont placés dans différents endroits du bâtiment et leurs bandes enregistreuses sont examinées chaque semaine.
En cas de doute sur l'humidité des murs, on peut recourir aux services d'une entreprise spécialisée qui procédera à une mesure de cette humidité par des appareils à électrodes. Le traitement de l'humidité des murs est complexe et nécessite souvent des travaux d'architecture pour assainir les fondations; I'application d'un revêtement hydrofuge sur un mur humide peut donner momentanément de bons résultats, mais il est rare qu'il résolve définitivement le problème.
En résumé:
- une aération continue au moyen de fenêtres, bien protégées contre la pluie et l'ensoleillement, et/ou de bouches d'aération judicieusement disposées,
- un assèchement de l'air au Moyen de gel de silice ou d'un autre déshydratant,
- un minimum de filtrage de l'air au moyen de treillis métalliques ou composés de fils textiles synthétiques.
8. La protection contre l'excès de lumière solaire.
Autrefois les bibliothèques et dépôts d'archives étaient souvent munis de larges fenêtres, pour éviter d'avoir à y introduire des moyens d'éclairage artificiels présentant des risques d'incendié. Les rayons ultra-violets ont, de ce fait, exercé de grands ravages sur les documents qui étaient ainsi exposés à la lumière solaire.
Depuis une vingtaine ou trentaine d'années les architectes ont renoncé à cet excès. Certains d'entre eux ont même proscrit complètement les fenêtres dans les locaux de conservation de livres et d'archives. Les inconvénients d'une totale obscurité pour les documents ne doivent pourtant pas être sous-estimés:
obligation d'une climatisation efficace en permanence, avec tous les risques déjà signalés en cas de panne;
obligation d'utiliser l'éclairage électrique pour toutes recherches ou tra vaux;
privation du rôle germicide et fongicide des rayons solaires.
Il est parfaitement possible d'éviter ces inconvénients tout en assurant une protection satisfaisante des documents contre les rayons ultra-violets. Il suffit pour cela:
Dans le cas de bâtiments anciens présentant de trop grandes surfaces vitrées, on peut y remédier,
9. Le conditionnement des documents.
On désigne par le terme «conditionnement» l'ensemble des techniques et matériaux utilisés pour l'isolation des documents contre les agents extérieurs.. Cette isolation est nécessaire dans tous les climats, mais surtout dans les pays tropicaux étant donné la variété et la gravité des dangers propres à ces climats. Avant tout, il faut éliminer, en climat chaud et humide, tout élément métallique susceptible de rouiller. On débarrassera donc soigneusement les documents des agrafes, épingles, pinces métalliques, etc., qui pourraient s'y trouver; On les retirera, s'il y a lieu, des classeurs à pinces ou broches métalliques dans lesquels ils ont pu être placés.
Des boîtes en carton solide, si possible avec angles renforcés, constituent pour les documents la plus efficace des protections contre la lumière, la poussière, l'humidité, et dans une certaine mesure contre les insectes. On s'efforcera d'avoir des vartons assez grands pour que les bords des documents ne soient pas repliés ou froissés. A l'intérieur des boîtes, les documents ne doivent être ni trop serrés, ni trop peu. Le classement des cartons à plat (plutôt que sur le côté) évite aux documents de se replier sur eux-mêmes, danger particulièrement grand en climat humide.
A défaut de boites, les documents seront soigneusement empaquetés dans des couvertures de papier fort («Kraft»), couvrant les documents sur les six côtés. Les paquets, ou liasses, seront maintenus fermés par des cordonnets plats ou sangles, en évitant de trop serrer pour ne pas risquer de déchirer les documents. Les systèmes de fermeture avec agrafes ou boucles métalliques seront proscrits, toujours pour éviter la rouille.
De grandes enveloppes en papier fort, fabriquées aux dimensions des liasses de documents, constituent une protection satisfaisante, à condition d'être munies de grands rabats permettant une fermeture efficace.
Pour éviter la condensation de l'humidité, les boîtes et liasses d'archives ne seront pas rangés directement contre les murs des locaux, de façon que la circulation de l'air soit assurée sur toutes leurs faces.
L'acidité des papiers et des cartons est un danger qui ne doit pas être sous-estimé (selon le mot de G. M. et D. G. Cunha, elle est «l'archi-ennemi» des papiers.
Il est donc souhaitable de n'utiliser, pour les boîtes d'archives et pour l'empaquetage des liasses, que des cartons et papiers à faible taux d'acidité (pH égal ou supérieur à pH 5); mais le plus souvent, force est de reconnaître que les archivistes n'ont pas la possibilité d'influer sur le choix des matériaux dont se servent les fabricants: Pour protéger les reliures des livres et registres contre les insectes et les champignons, on recommande à les enduire d'une cire ou vernis spécial (commercialisé en France sous le nom de cire 212, brevet du Centre national de la Recherche scientifique).
Les rayonnages métalliques sont universellement utilisés pour l'équipement des bibliothèques et dépôts d'archives. Les rayonnages de bois ont l'inconvénient d'être combustibles et d'être attaqués par les termites.
Pour éviter les inconvénients du climat tropical, les rayonnages métalliques doivent présenter quelques caractéristiques spéciales:
11. La lutte contre les insectes et les champignons. La désinfection.
La lutte contre les champignons et les insectes s'exerce à deux niveaux: préventif et curatif.
Nous avons vu ci-dessus les mesures préventives (choix des matériaux de construction et de revêtement, procédés de construction, climatisation/ventilation...), parmi lesquelles il ne faut pas oublier le rôle que joue une hygiène scupuleuse, c'est-à-dire le nettoyage fréquent des locaux et des abords (cf. ci-dessous § 14) et la désinfection des documents arrivant de l'extérieur.
Malgré toutes ces précautions, il peut arriver, que des invasions de champignons et/ou d'insectes se produisent et nécessitent d'urgence des mesures curatives.
(a) Surveillance des locaux; détection des dégâts.
Il est du devoir de tout archiviste, surtout en pays tropical, d'exercer une surveillance fréquente et régulière de ses locaux pour détecter les éventuelles invasions de champignons et d'insectes. Une visite approfondie du bâtiment doit avoir lieu au moins une fois tous les deux mois, ou mieux une fois par mois; en outre une telle visite doit être faite après tout incident susceptible d'avoir des conséquences fâcheuses (orage/cyclone, séisme même léger, panne de climatisation, etc.).
Au cours de ces visites on vérifiera le fonctionnement des hygromètres (cf. § 7). Les sols, murs et plafonds seront examinés pour déceler toute trace d'humidité et de moisissure, lézardes, fuites d'eau, etc. Les documents placés sur les rayonnages seront, de place en place, examinés en ouvrant les boîtes ou les liasses et en feuilletant les livres ou registres. Les documents suspects (taches de moisissures, trous d'insectes, oeufs d'insectes, à plus forte raison corps d'insectes vivants ou morts) seront aussitôt enlevés et les documents voisins seront examinés attentivement.
Les éléments de bois, s'il y en a, seront frappés de la main ou du pied pour éprouver leur solidité et déceler une éventuelle invasion de termites.
(b) La désinfection des documents attaqués.
Les documents attaqués par les insectes et/ou par les champignons doivent être aussitôt désinfectés. Par mesure de précaution, en pays tropical, tous les documents entrant dans le dépôt en provenance de l'extérieur (versements) doivent subir le même traitement.
Le meilleur procédé de désinfection est la désinfection en autoclave à oxyde d'éthylène, qui est seul efficace à la fois contre les insectes et contre les champignons. Un autoclave de 2 m3 est suffisant pour un service d'archives de faible ou moyenne importance; 3 ou 4 m3 sont préférables pour un grand service d'archives. Les autoclaves à oxyde d'éthylène sont d'une utilisation facile; ils nécessitent un local bien aéré, avec cheminée d'évacuation pour les gaz usés. Leur seul inconvénient est leur prix élevé.
Faute d'un tel équipement, on peut utiliser une étuve, armoire hermétiquement close et munie de rayonnages à claire-voie, dans laquelle on vaporise soit de l'aldehyde formique ou formaldéhyde (pour traitement anti-champignons) soit du lindane ou du thymol (pour traitement antiinsectes); mais cette façon de procéder est à la fois plus longue et moins efficace que l'autoclave à oxyde d'éthylène.
Les insecticides courants du commerce (camphre, paradichlorebenzène, D. D. T., etc.) sont d'une efficacité moyenne contre les insectes qui attaquent le papier. Ils peuvent être utilisés soit en imprégnation, soit en vaporisation, mais avec précaution car leur contact prolongé peut endommager le papier.
Les termites posent un problème particulier, car ils résistent à la plupart des insecticides courants. Le traitement en autoclave à oxyde d'éthylène est efficace contre eux. En cas d'infestation grave et si les termites résistent aux traitements courants, il faut faire appel à un laboratoire spécialisé qui utilise alors des produits toxiques à base d'arsenic moyennant des précautions spéciales.
(c) La désinfection des locaux infestés.
Les locaux où est constatée la présence des champignons doivent être également désinfectés. Il existe pour cela deux procédés:
En outre, les murs, planchers et rayonnages seront lavés à l'aide d'éponges ou linges humides imbibés de Caequartyl BE.
Pour les locaux envahis par les insectes, la désinfection se fait par sublimation de lindane (1,5 gr. par m3). Les bois attaqués par les vrillettes et termites seront traités avec un produit spécial à base de pentachlorophénol.
Un contrôle fréquent, pendant plusieurs mois est nécessaire après désinfection pour surveiller le retour offensif des champignons ou insectes.
La lutte contre le feu n'est pas propre aux pays tropicaux; on peut donc, en ce qui la concerne, se référer aux ouvrages généraux sur les bâtiments d'archives. Nous ne donnerons ici que quelques indications très générales. Cette lutte s'exerce à trois niveaux: prévention, détection, extinction.
Il est indispensable de protéger les dépôts d'archives contre le vol mais il est rarement nécessaire de recourir, pour cette protection, aux dispositifs électroniques coûteux utilisés dans les banques ou les bijouteries.
Une première précaution, élémentaire, consiste à munir de grilles, de barreaux ou de volets métalliques solides toutes les ouvertures situées au rez-de-chaussée ou d'accès facile.
A l'intérieur du bâtiment, les parties non accessibles au public doivent être isolées en permanence par des portes fermés. Le soir, avant la fermeture des bureaux, une ronde générale dans le bâtiment permettra de vérifier que personne ne s'y est introduit indûment.
Aucune porte ne donnera accès directement de l'extérieur
dans les locaux de conservation, à l'exception des portes de
secours impossibles à ouvrir de l'exté rieur.
Les portes de service seront rigoureusement fermées en dehors
des heures de service.
Enfin, autant que possible, un gardiennage permanent sera assuré
la nuit.