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14. La lutte contre la poussière et la saleté.

La lutte contre la poussière et la saleté est particulièrement impérative en pays tropicaux, en raison des dangers que présente l'accumulation de poussières ou de détritus pour le développement des champignons et la prolifération des insectes et rongeurs.

Les abords du bâtiment seront, nous l'avons vu (§5), dégagés de outes plantations, hales, buissons où risqueraient de s'accumuler des détritus. Ils seront balayés chaque jour avec soin.

À l'intérieur, les bureaux, locaux de travail et locaux ouverts au public seront nettoyés chaque jour au moyen d'aspirateurs. Les sols seront périodiquement lavés avec des produits désinfectants. Un soin particulier sera consacré aux w.c., qui sont souvent, en climat tropical, envahis d'insectes de toute nature. Les locaux de conservation seront nettoyés au moins sommairement une fois par semaine, au moyen d'aspirateurs sur les planchers. Une fois par mois, on nettoiera plus à fond (murs, plafonds, angles des rayonnages). Deux fois par an on procèdera à un nettoyage intensif avec dépoussiérage des rayonnages et des boites ou liasses d'archives. On évitera toutefois, lors de ce nettoyage, de mettre les boîtes ou liasses d'archives en contact avec des produits «nettoyants» qui sont souvent acides et dangereux pour les papiers.

15. La destruction des papiers et des ordures.

La destruction des papiers jugés sans intérêt pour l'histoire est une des fonctions des services d'archives.

Dans certaines villes, il existe des entrepreneurs qui achètent les vieux papiers pour les livrer à l'industrie. Dans ce cas, il est prudent, avant de leur vendre les papiers, de déchiqueter ceux-ci au moyen d'une petite machine àdéchiqueter. Lorsqu'il n'existe pas, localement, de possibilité de vendre le vieux papier, il faut le détruire soi-même en le brûlant. Il existe des incinérateurs spécialement conçus pour cet emploi, dans lesquels on peut aussi brûler les ordures et détritus et notamment les matières attaquées par les champignons ou les insectes. Ces incinérateurs doivent obligatoirement être installés à l'écart du bâtiment (par ex. dans le jardin) ou être munis de dispositifs de protection sanitaire et de protection contre l'incendie.

16. Les ateliers: reliure, restauration, photographie etc.

Les ateliers techniques des services d'archives ne sont pas fondamentalement différents en pays tropical, de ce qu'ils sont en pays tempéré. Il n'est donc pas nécessaire de leur consacrer ici de longs développements.

(a) Ateliers de reliure et de restauration.

Les ateliers de reliure et de restauration ont fait l'objet de deux études récentes, très complètes, par M. Kathpalia et M. John Davies; nous y renvoyons globalement.

Qu'il nous suffise de rappeler:

(b) Atelier de photographie.

Deux techniques photographiques sont d'usage courant dans les archives, aussi bien en pays tropical qu'en pays tempéré: le microfilm (et/ou la microfiche), et la photocopie.

L'équipement des ateliers dans ces deux domaines a fait l'objet de nombreuses études qui nous dispensent ici de plus longs développements.

(c) Autres ateliers.

Selon l'importance du service, divers autres ateliers peuvent être utiles ou nécessaires dans un service d'archives: ateliers de menuiserie et d'emballage notamment. Ils sont à étudier localement, en fonction des besoins et des possibilités propres à chaque service.

17. Résumé des équipements techniques.

Il est pas inutile de résumer sommairement ici tous les équipements techniques énumérés au cours des paragraphes précédents:

18. Conclusion.

Tout ce qui précède constitue, dans une certaine mesure, une description quelque peu «idéale» d'un bâtiment d'archives en pays tropical. Les installations décrites, qu'il s'agisse de la climatisation, de la désinfection, de la lutte contre l'incendie, des ateliers de reliure/restauration ou de photographie, sont assez coûteuses et d'un entretien parfois délicat.

Il n'est donc pas toujours possible, surtout dans les dépôts d'archives de faible importance, de réaliser la construction et l'équipement en suivant intégralement toutes ces recommandations.

Au moins est-il nécessaire, en toute circonstance, d'attirer l'attention des autorités gouvernementales et administratives sur les dangers que courent les archives, qui sont la mémoire culturelle d'un peuple, si elles ne sont pas protégées contre leurs ennemis climatiques par un minimum d'équipements appropriés. L'investissement financier que représente la construction ou l'aménagement d'un dépôt d'archives, même s'il n'est pas négligeable, est une nécessité absolue pour une nation si celle-ci ne veut pas perdre son patrimoine historique et rester frappé d'amnésie. Cette obligation est d'autant plus grande que le climat menace les papiers de destruction accélérée. Il appartient à tous les archivistes du monde, groupés au sein du Conseil international des Archives, d'en faire prendre conscience aux gouvernants des diverses nations.

 

Conservation et préservation des archives

Y. P. KATHPALIA,
attaché scientifique,
École d'archivistique,
Archives nationales de l'Inde

La conservation de documents, sous une forme ou une autre, se fait depuis des temps très anciens. Avec l'utilisation des techniques modernes et des produits chimiques, une nouvelle science est née: la conservation préventive, qui est moins coûteuse que la restauration, seule autre solution possible. Diverses techniques d'entreposage, de création d'un milieu ambiant approprie, de désacidification préventive, de protection contre l'incendie et de restauration sont décrites.

Les archives qui sont actuellement en notre possession auraient été inutilisables si elles n'avaient pas fait l'objet de soins appropriés à travers les siècles. Autrefois, les conservateurs, voire les producteurs de documents, se préoccupaient avant tout de la conservation. On utilisait donc des matériaux durables tels que le parchemin, le vélin, la feuille de palmier et l'écorce de bouleau, les tablettes d'argile, la pierre, les feuilles de cuivre, le papyrus et la toile. De nos jours, on utilise des supports tels que le papier, le film, la bande magnétique, la feuille de sortie d'imprimante et la carte perforée, dont certains ont une durabilité incertaine. C'est la conservation de ces documents par des méthodes scientifiques qui pose actuellement des problèmes aux conservateurs d'archives. Comme on le sait, les techniques utilisées à cet effet se sont développées pendant et après les deux guerres mondiales. On s'efforce actuellement de les perfectionner et un certain nombre de pays mènent des recherches visant à mettre au point de nouvelles techniques plus fiables.

Au cours des années soixante et soixante-dix, un grand nombre de pays sont devenus indépendants. Comme les autres pays libres, ils ont pris conscience de leurs fonds d'archives et se rendent en même temps compte qu'il importe de les sauvegarder grâce aux méthodes scientifiques modernes. Toutefois, ils n'ont pas, pour prendre soin de leurs archives, les connaissances techniques, l'expérience et la documentation nécessaires, ni un personnel qualifié ou ayant reçu une formation appropriée. Pour cette raison, ils ont sollicité l'aide de deux organisations internationales, le Conseil international des archives (CIA) et l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), qui ont répondu dans les limites de leurs ressources budgétaires. Les associations professionnelles de pays développés ont également contribué à accélérer cette prise de conscience.

La conservation dans les temps anciens

Aux premiers temps de l'Histoire, on mettait l'accent sur l'entreposage comme moyen de prolonger la vie des documents. On plaçait les rouleaux de parchemin dans des boîtes cylindriques en bois ou en ivoire, ou on les enveloppait dans de la toile de coton ou de lin pour les protéger contre les insectes, la poussière et l'humidité. Pour les protéger de l'action de la lumière et de la chaleur, on les gardait dans des endroits sombres. Des documents ont été mis au jour dans des tombeaux et des pyramides ainsi que dans des lieux de culte tels que les temples et les églises. La plupart d'entre eux étaient dans des sous-sols infestés d'insectes et de champignons. On a trouvé dans les pyramides d'Égypte de précieuses collections de documents en bon état de conservation. La fraîcheur et la bonne ventilation à l'intérieur des pyramides semblent avoir contribué à la préservation de ces documents.

L'huile de cèdre et l'essence de citron sont sans doute les premiers insectifuges qu'on utilisait dans les temps anciens pour la conservation des archives de papyrus. Parmi les autres insectifuges utilisés selon les époques en fonction du matériau constituant les documents, on peut citer notamment le camphre, les clous et l'essence de girofle, l'essence d'eucalyptus et le musc. On insérait certaines fleurs et feuilles aromatiques entre les pages des livres pour les protéger des insectes. Cette pratique était courante et, même de nos jours, elle n'a pas tout à fait disparu, bien que ses effets soient nocifs. Parmi les insectifuges, l'huile de cèdre et le camphre sont toujours utilisés.

Jusqu'au Moyen Age, la conservation ne constituait pas un problème majeur. La raison principale en était la bonne qualité des matériaux utilisés comme support et le nombre limité de documents établis. Le parchemin et le vélin, qui, à cette époque, étaient devenus le support normal de l'écriture, possédaient une bonne durabilité. Les problèmes que pose la conservation des archives sont devenus aigus avec l'invention de l'imprimerie et l'accroissement de la demande de papier. Comme on n'avait pas suffisamment de fibres de papier pour faire face à cette demande, des changements néfastes dans les méthodes de fabrication du papier ont été introduits. C'est ce papier qui est essentiellement à l'origine des problèmes de conservation, du fait de la rapidité avec laquelle il se détériore. Ce monstre des temps modernes, la pollution, est un autre agent qui participe à la destruction silencieuse et rapide des documents d'archives. Il est donc devenu absolument indispensable d'avoir recours à des méthodes et des techniques permettant de réduire autant que possible la détérioration causée par ces agents. Ces mesures sont aujourd'hui plus connues sous le nom de « conservation préventive ».

La conservation préventive

ENTREPOSAGE

Pour que les archives soient conservées d'une manière rationnelle et scientifique, il faut qu'elles soient gardées dans un environnement approprié. Un certain nombre de fonds d'archives sont conservés dans des bâtiments conçus à cette fin, mais, dans la majorité des cas, les archives sont conservées dans des bâtiments loués qui ont été adaptés de façon àrépondre aux besoins d'une institution d'archives. Toutefois, dans ce genre de bâtiments, les conditions de conservation suivant des critères scientifiques sont loin d'être idéales ou même satisfaisantes. Pour remédier à cette situation, la plupart des institutions d'archives envisagent la construction de bâtiments qui leur soient spécialement destinés. On peut donc s'attendre que de nouveaux bâtiments seront construits pour les archives dans un certain nombre de pays au cours des dix prochaines années. Les pays qui ont récemment construit de nouveaux bâtiments à cette fin sont l'Australie, l'Inde (Uttar Pradesh, Gujarât, Andhra Pradesh), l'Indonésie, le Japon et le Royaume-Uni. La Belgique, l'Inde, l'Iran, l'Irak, le Kenya, la Malaisie et Singapour, pour ne citer qu'eux, envisagent la construction de nouveaux bâtiments.

Plusieurs bâtiments nouvellement construits comportent des installations de conservation souterraines, solution adoptée depuis un certain temps par les pays scandinaves et qui semble faire de plus en plus d'adeptes dans le monde. Parmi les mesures de protection contre l'incendie et l'humidité figure notamment l'utilisation de cloisons coupe-feu, de portes métalliques, de fibre de verre et de plaques d'amiante. Il convient toutefois de signaler une particularité regrettable, quoique souhaitable d'un point de vue architectural: l'utilisation de murs constitués de panneau:; de verre, qui ne protègent ni de la lumière ni de la chaleur. Ailleurs, dans certains cas, les installations sanitaires se trouvent à côté ou juste au-dessus des salles d'archives. L'humidité s'infiltre dans les murs et les plafonds, ce qui non seulement risque de causer des dégâts, mais encore perturbe la régulation hygrométrique des bâtiments climatisés. En outre, les installations sanitaires deviennent un milieu favorable pour les insectes, qui envahissent tant et plus les magasins. On pourrait énumérer, en ce qui concerne ces nouveaux bâtiments, un certain nombre de caractéristiques techniques de ce genre qui constituent des erreurs du point de vue de la conservation. Toutefois, on se bornera à souligner ici que la conception d'un dépôt d'archives climatisé et le choix des matériaux utilisés dans sa construction doivent être guidés par le souci de fournir la plus grande protection possible contre les insectes, les champignons, la chaleur, la lumière, les moisissures, l'incendie, les champs magnétiques et les intempéries, qui sont les principaux agents de détérioration des documents d'archives. Le CIA comme l'Unesco ont publié des études sur les spécifications des dépôts d'archives modernes. Il convient d'accorder une attention particulière à la surface utile ainsi qu'au facteur de charge par mètre carré à chaque niveau, à l'installation électrique - notamment sa capacité et ses possibilités d'extension future - ainsi qu'aux dispositions en vue de la construction éventuelle d'une annexe ou d'une extension du bâtiment, car les dépôts d'archives ne sont pas des bâtiments faciles à construire et l'on n'en construit un que toutes les trois générations ou davantage.

Les documents d'archives diffèrent quant au volume, à la forme et au format. C'est pourquoi il y a lieu de concevoir spécifiquement des rayonnages en fonction de la nature, du format et du volume des documents. La plupart des institutions d'archives gardent leurs documents sur des rayons et dans des armoires métalliques afin de leur assurer une protection maximale contre l'incendie et les insectes. Dans certains cas, cependant, les archives sont rangées sur des rayonnages en bois, en béton ou en brique. Ces zones d'entreposage nécessitent une surveillance attentive et constante pour être à l'abri des agents de détérioration, en particulier les insectes et l'humidité. Une pratique qui est adoptée partout dans le monde consiste à placer les documents dans des chemises ne contenant pas d'acidité ou dans des boîtes de rangement faites en matériau ne contenant pas non plus d'acidité avant de les ranger sur les rayons.

MILIEU AMBIANT

Pour garantir la longévité des documents d'archives, il est indispensable de créer des conditions ambiantes appropriées dans la zone de conservation. En d'autres termes, il faut mettre les documents à l'abri des agents biologiques nuisibles, de la lumière, de la température et de l'humidité, de la pollution atmosphérique et de la poussière.

Protection contre les agents biologiques

Les archivistes connaissent les dégâts que les insectes causent aux documents. Pour les éliminer, ils ont recours à des insecticides sous formes d'aérosols ou à des insectifuges. Ils prennent également d'autres précautions pour mettre les zones d'entreposage à l'abri des insectes. Parmi les méthodes couramment appliquées, on peut citer des pulvérisations d'insecticides tels qu'un mélange de pyrèthre et de DDT en solution, et l'utilisation d'insectifuges tels que le camphre, le naphtalène ou le paradichlorobenzène. Ces traitements sont surtout appliqués dans les pays tropicaux où les hydrocarbures chlorés tels que le dieldrine et le dieldrex sont également couramment utilisés contre les termites.

Certains dépôts d'archives ont recours aux fumigations à titre de précaution contre l'infestation par les insectes. Toutefois, quelques-uns d'entre eux seulement disposent d'une installation de fumigation sous vide utilisant du carboxide gazeux ou du bromure de méthyle. Cette dernière technique est de plus en plus fréquemment adoptée par les dépôts d'archives, probablement parce qu'elle est relativement facile à utiliser et peu coûteuse. Un peu moins répandues sont les fumigations au paradichlorobenzène auxquelles ont toutefois recours, notamment, la plupart des pays anglophones. L'aldéhyde formique est également fréquemment utilisé, probablement du fait qu'il exerce aussi une action fongicide. Parmi les autres produits chimiques utilisés figurent le mélange phosphines, tétrachlorure de carbone et chlorure d'éthylène et l'acide cyanhydrique gazeux, mais ceux-ci sont toxiques pour l'homme et ils doivent être utilisés avec de grandes précautions. Des fongicides tels que l'orthophényl phénol, le 4-chloro-m-crésol et le thymol sont utilisés universellement. Ce dernier est un bon produit fumigatoire contre les champignons.

L'auteur a expérimenté avec succès la stérilisation comme moyen de mettre les documents à l'abri des insectes A cet effet, il les a exposés à une température de 65 °C dans un autoclave pendant une courte durée. Ce traitement détruit les insectes, leurs larves et leurs œuEs, sans qu'aucune détérioration immédiate du papier soit constatée. Toutefois, des études sont en cours afin de déterminer si ce traitement ne risque pas d'endommager le papier lorsque les documents sont entreposés pendant un certain temps. Si les résultats sont probants, il s'agira là de l'un des moyens les plus simples de se débarrasser des insectes qui infestent les dépôts d'archives.

Les installations de fumigation étant onéreuses, de nombreux petits dépôts souhaiteraient les utiliser en commun avec d'autres. Il conviendrait donc de prévoir des appareils mobiles que pourraient louer les petits dépôts.

La plupart des pays situés dans les régions froides de l'hémisphère nord n'ont pas ces problèmes d'infestation par les insectes et n'ont par conséquent pas d'installations de fumigation. La Belgique, la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal et la Suisse ainsi que quarante-six institutions situées pour la plupart en France, en Espagne et au Royaume-Uni n'ont pas d'installations de fumigation.

Lumière

Dans les bâtiments d'archives de construction récente, l'intensité de la lumière naturelle est réglée par la conception architecturale ainsi que par l'utilisation de stores vénitiens, de glaces teintées et de rideaux. L'utilisation de peinture réfléchissante permet d'obtenir un meilleur éclairement des salles. En ce qui concerne la lumière artificielle, la tendance actuelle est à l'utilisation d'un éclairage diffus dont l'intensité varie suivant les salles. La plupart des dépôts d'archives utilisent l'éclairage fluorescent, les salles d'archives n'étant éclairées que lorsque le besoin s'en fait sentir. Toutefois, certains dépôts utilisent encore des lampes à filaments. Dans certaines institutions, en particulier en Italie, aucun éclairage n'est prévu dans les zones d'entreposage d'archives et l'on se sert de torches électriques pour sortir ou ranger les documents. Lorsque les documents sont exposés au public, il y a lieu de prévoir dans tous les cas un éclairage diffus ainsi que des filtres ultraviolets. C'est là un point que la plupart des dépôts d'archives oublient dans les expositions qu'ils organisent pour porter certains documents à la connaissance du public.

Température et humidité

La chaleur et les moisissures sont les deux agents qui causent le plus de dégâts dans les pays tropicaux et subtropicaux. Le problème est moins grave dans les pays à climat froid ou dans les régions tempérées. Pour combattre l'action néfaste de la chaleur et de la lumière, un grand nombre de dépôts d'archives situés dans les régions tropicales ont été équipés d'installations de climatisation, mais celles-ci ne fonctionnent malheureusement pas 24 heures sur 24. Pour qu'une installation de climatisation soit efficace, il est indispensable qu'elle fonctionne en permanence tout au long de l'année. Dans les dépôts dotés de la climatisation, il convient de maintenir la température entre 18 et 22 °C et l'humidité relative entre 45 et 55 %. Il n'existe cependant pas de règles générales en ce qui concerne la température et l'humidité relative. Aux Bahamas, par exemple, la température est maintenue à 18 °C et l'humidité relative à 59 %, alors qu'au Canada, on préfère une température de 17 °C et une humidité relative variant entre 50 et 55 %. Aux Archives nationales des États-Unis, la température est maintenue entre 20 et 24 °C et l'humidité relative entre 46 et 54 %. En Malaisie et à Singapour, la température varie entre 21 et 24 °C mais le taux d'humidité relative est plus élevé et se situe entre 50 et 65 %. En Europe, la température varie entre 14 et 21 °C mais elle est en général plus près de 14 que de 21 °C. L'humidité relative, elle, varie entre 40 et 65 % mais tend à se rapprocher de 65 % dans la plupart des cas. Au Danemark, en URSS et dans d'autres pays des régions froides du nord, lorsque la température est supérieure à 10 °C, les gens trouvent qu'il fait chaud et que cette température n'est pas propice au travail.

Dans les bâtiments non climatisés, en particulier sous les tropiques, on peut maintenir la température dans les salles d'archives dans des limites raisonnables en utilisant les salles situées au centre du bâtiment ou protégées par une véranda. L'été, on peut faire baisser les températures trop élevées à l'aide de climatiseurs individuels installés aux fenêtres. Il conviendrait de prévoir l'installation de distributeurs d'air, de ventilateurs et d'extracteurs qui, en assurant la circulation de l'air, permettent de lutter contre les effets de la forte humidité et évitent la formation de poches d'air stagnant dans les zones d'entreposage. Pour assurer la régulation de l'humidité, certains dépôts ont utilisé du gel de silice, mais les humidificateurs se révèlent plus efficaces. Cette dernière solution est appliquée dans un certain nombre de pays. Pour être efficace, l'humidificateur doit, de même que l'installation de climatisation, fonctionner 24 heures sur 24 dès que l'humidité relative est au-dessus (ou au-dessous) du niveau souhaité. Chaque dépôt doit être équipé d'appareils de mesure de la température et de l'humidité relative et les mesures effectuées doivent être relevées et consignées régulièrement.

Pollution atmosphérique et poussière

La forme de pollution la plus répandue est celle causée par la présence dans l'air de gaz acides tels que les oxydes de soufre, d'azote et de carbone. Ces gaz sont le produit de la combustion du charbon, du pétrole et des produits pétroliers. Ils rendent les documents d'archives acides et accélèrent ainsi leur détérioration. La poussière ayant des propriétés hygroscopiques, le taux d'humidité de l'atmosphère augmente, des taches apparaissent et d'autres dégâts sont constatés. Avec les poussières nucléaires est apparue une nouvelle cause de détérioration.

Pour lutter contre ces agents polluants, on veillera donc à ce que l'air qui pénètre dans les bâtiments soit épuré dans une solution alcaline au cours de son passage dans les appareils de climatisation, à ce que les salles soient dépoussiérées à l'aide d'aspirateurs, à ce que les fenêtres et les portes ferment hermétiquement et à ce que les dépôts ne soient pas implantés près d'installations nucléaires.

PROTECTION CONTRE L'INCENDIE

Presque tous les dépôts d'archives ont pris des mesures de prévention d'incendie. Les câbles électriques sont protégés par des gaines et des interrupteurs sont prévus à l'extérieur des salles d'archives. Dans de nombreux dépôts, des matériaux résistant au feu sont utilisés et les zones d'entreposage sont divisées en compartiments coupe-feu. Dans les bâtiments climatisés, des registres automatiques sont installés dans les gaines de climatisation pour éviter la propagation de l'incendie. Des dispositifs de détection de l'incendie tels que les capteurs de chaleur ou les détecteurs de fumée sont prévus. Pour l'extinction de l'incendie, les deux agents les plus employés sont le gaz carbonique et les halogènes. Dans certains dépôts, les installations de lutte contre l'incendie comprennent en outre un système de diffuseurs d'eau équipé d'un dispositif de régulation de la chaleur, de canalisations d'eau et de manches d'incendie. Toutefois, pour que ces installations soient efficaces, il faut que tout le personnel sans exception sache utiliser les bouteilles à gaz pour combattre les incendies accidentels. Il est en outre indispensable de prévoir en même temps dans les bâtiments d'archives modernes des issues de secours pour le personnel et pour l'évacuation des documents des zones d'entreposage ainsi qu'une liaison avec les casernes de pompiers en cas d'incendie de grande envergure.

LA DÉSACIDIFICATION POUR LA CONSERVATION

L'une des causes principales de détérioration du papier est l'acidité, qui est due à un certain nombre de facteurs tels que le manque de pureté de la pâte de cellulose, l'utilisation de colophane et d'alun pour le collage, la présence de résidus chimiques résultant de défauts de fabrication, le milieu ambiant, l'utilisation de produits acides entrant dans la composition de la pâte à papier, etc. Il est indispensable de connaitre le degré d'acidité d'un document et donc de déterminer si le papier qui le compose est très acide, légèrement acide, neutre ou alcalin Chaque dépôt d'archives doit être doté de moyens et de personnel pour déceler la présence d'acide dans les archives et y remédier. Si les documents sont par ailleurs en bon état, il n'est pas souhaitable d'avoir recours à des techniques de désacidification coûteuses impliquant le traitement de chaque feuille avec des solutions neutralisantes. On peut utiliser des procédés plus simples, en tirant parti des installations existantes telles que les installations de fumigation, pour la désacidification à l'ammoniaque. C'est une technique simple; elle n'exige pas d'installation coûteuse et n'endommage pas les documents mais contribue réellement à neutraliser l'acidité. Si les documents ayant subi un tel traitement sont conservés dans un milieu ambiant approprié, c'est-à-dire dans des salles climatisées dont l'air est épuré avant de passer dans les appareils de climatisation, il y a peu de chances que le papier redevienne rapidement acide. Tout dépôt d'archives devrait se doter de moyens à cet effet. A cet égard, les travaux de chercheurs allemands - qui ont fait l'objet d'une communication sur le traitement des documents à l'ammoniaque à basse température, à la Conférence de Cambridge de 1980 - sont d'un grand intérêt.

Il est vrai qu'on dispose maintenant d'autres produits tels que la morpholine et le diéthylzine pour le traitement de grandes quantités de documents, mais l'utilisation de ces produits chimiques présente des dangers dans un dépôt et elle n'est pas recommandée.

Restauration

Les fonds de nombreuses institutions sont dans un état de détérioration avancé. Toutefois, la proportion de documents qui nécessitent une restauration varie d'un dépôt à l'autre. En moyenne, 15 à 25 % des documents composant le fonds sont fragiles et ont besoin d'être restaurés. Dans certains dépôts, cette proportion représente jusqu'à 50 % du fonds. Certains dépôts connus de l'auteur n'ont pas même commencé leurs activités de restauration, mais ils prévoient toutefois de le faire dans un proche avenir. Par ailleurs, certains dépôts qui se sont dotés d'ateliers de restauration n'ont ni les ressources financières ni le personnel qualifié nécessaires pour faire le travail. Il ne fait aucun doute que les moyens disponibles sont insuffisants et qu'on a grand besoin de stopper les détériorations et de restaurer les documents sans tarder.

Il n'est pas dans l'intention de l'auteur de passer en revue dans le présent article les diverses techniques de restauration utilisées. Il suffira de dire que les méthodes qui ont supporté l'épreuve du temps sont les méthodes traditionnelles connues aujourd'hui sous les noms de technique florentine et de lamination par solvant. Tous les services d'archives devraient avoir un personnel qui a reçu la formation nécessaire pour restaurer les documents par ces techniques. De fait, les dépôts des pays en développement ne devraient appliquer que ces procédés. Ce n'est qu'une fois qu'ils auront acquis les compétences, les connaissances spécialisées et les fonds nécessaires qu'ils pourront envisager les traitements mécaniques.

La lamination à la machine convient tout spécialement pour la restauration des journaux conservés dans les dépôts. Le matériel nécessaire est toutefois coûteux et le manque de crédits auquel viennent s'ajouter les doutes, même s'ils ne sont pas justifiés, qu'a émis la Library of Congress (États-Unis), risque d'en retarder l'utilisation. En attendant, la technique florentine ou la lamination par solvant suffiraient.

La machine à pulpe de papier est une machine dont l'utilisation va sûrement se développer lorsque sa construction se fera sur une plus grande échelle. Elle est très utilisée par les institutions d'archives de pays développés, surtout en Europe et aux États-Unis. La machine est d'un prix élevé, mais si les travaux de restauration appellent l'utilisation de moyens mécaniques, il y a lieu de la préférer à la machine à laminer.

Personnel

Pour faire le travail de conservation et de restauration, il est toutefois indispensable d'avoir un personnel qui a les qualifications techniques voulues et qui a reçu une formation appropriée. L'effectif n'a pas besoin d'être important, mais il devrait être suffisant pour répondre aux besoins immédiats. Ce personnel devrait être apte à déterminer le taux d'acidité des documents et à se servir du matériel utilisé pour la conservation et la restauration. Il devrait également résister àla tentation d'utiliser des techniques prétendues rapides ainsi que des matériaux présentant des caractéristiques discutables, car on fait davantage de mal à un document en le traitant avec de mauvais matériaux qu'en ne le traitant pas du tout. Cela est particulièrement vrai pour les nouveaux supports d'archives tels que les cartes perforées, les feuilles de sortie d'imprimantes, les bandes vidéo, les films, etc. Les connaissances techniques en la matière sont encore très limitées.

Formation

Les pays en développement connaissent actuellement une pénurie aiguë de personnel ayant reçu une formation. La plus grande partie du personnel dont ils disposent a acquis son savoir-faire par une formation en cours d'emploi dans les archives nationales, à force de tâtonnements et d'erreurs ou en observent les institutions de pays développés. Cette situation tend toutefois à se modifier progressivement, car les pays en développement utilisent de plus en plus les moyens de formation offerts par les institutions qui ont été, ou qui sont mises sur pied avec le concours du CIA et de l'Unesco.

Néanmoins, on estime que les techniciens d'aujourd'hui doivent non seulement recevoir une formation portant sur les aspects pratiques de leur travail, mais avoir également des notions des sciences, notamment de chimie, ainsi que des techniques des matériaux auxquels font appel les procédés de conservation et de restauration. On commence à trouver des personnes ayant ces connaissances scientifiques de base. L'auteur espère que, de plus en plus, des personnes qualifiées choisiront le métier de conservateur d'archives, car la conservation des archives est aussi importante que leur administration ou gestion. De fait, ces trois grands aspects de l'archivistique sont interdépendants.

Conclusion

S'agissant des moyens de conservation préventive dans la plupart des dépôts qui ont répondu à diverses enquêtes, la situation générale semble être satisfaisante. Ce n'est toutefois pas le cas des dépôts de création récente ou des dépôts qui sont en train de se doter de tels moyens. La cause en est probablement le manque de personnel qualifié et de documentation sur la question. Toutefois, ils sont conscients de la nécessité de prendre des mesures pour la conservation. En effet, la seule autre solution possible, la restauration, dépasse les possibilités financières des services d'archives, même ceux de certains pays développés, étant donné son coût élevé et le très grand nombre de documents qui attendent déjà d'être restaurés.

La conservation préventive peut sembler coûteuse, mais elle est indispensable. Même lorsqu'elle fait appel à des équipements modernes, elle représente à peine 10 % du coût de la restauration, la solution de rechange.

Notes

  1. Ouvrage non publié de l'auteur.
  2. Recueil de communications présentées lors de l'International Conference on the Conservation of Library and Archives Materials and the Graphic Arts qui s'est tenue à Cambridge en 1980. Ces communications sont réunies dans un volume des Actes de la Conférence.

Bibliographie sélective

Cunha, G. M.; CUNHA, D. G. Conservation of library rnaterials. Metuchen, NJ., Scarecrow Press, 1972.

Diverses revues telles que: American archivist (États-Unis), Journal of the Society of Archivists (Royaume-Uni) Indian archives (Inde), et Archivum (CIA, Paris).

DUCHEIN, M., Archives buildings and equipment. Munich, Verlag Dokumentation, 1977. (Série des manuels du CIA, vol. 1.)

Kathpalia, Y. P. Conservation et restauration des documents d'archives. Paris, Unesco, 1973.

—, Consevation and restauration of archive materials: a survey of facilities. Paris, Unesco, 1978. La préservation des biens culturels. Paris, Unesco, 1968.


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