Table des matières - Précédente - Suivante


Chapitré trois - Protection

A. Ressources humaines
B. Dispositifs de détection des fuites d'eau et inondations
C. Dispositifs de détection des incendies
D. Systèmes d'extinction de l'incendie
E. Fournitures à prévoir en matière de protection et de sauvetage
F. Formation
G. Régulation climatique
H. Conditonnement et stockage

 

Le travail de prévention, qui a consisté à élucider les risques auxquels les collections sont exposées et à faire le choix des dispositions à prendre en vue de limiter les dégâts, va trouver son aboutissement dans l'adoption de mesures de protection. Il n'est pas exclu que le ou les responsables des plans de lutte aient alors besoin de faire preuve de patience et de leur connaissance des dossiers; les aménagements désirables sont en effet bien souvent longs et coûteux à mettre en oeuvre. Comme l'une des difficultés de la chose tient au fait que rien ne garantit que les mesures préconisées permettront de prévenir un sinistre et que l'on sait seulement qu'elles en réduiront le risque ou limiteront les dommages s'il survient, l'administration devra soigneusement peser les risques par rapport au coût de la protection.

Cela dit - et les enquêtes concernant les risques le montrent - il existe de nombreux moyens peu onéreux d'améliorer la situation, tels que d'éviter le contact des ouvrages avec le sol dans les magasins. D'autres systèmes peuvent être provisoirement adoptés pendant qu'on réfléchit à des aménagements plus coûteux. C'est ainsi que si le plan recommande de gros travaux tels que la réfection complète de la toiture, il comportera également des indications sur les dispositions transitoires à prendre afin de protéger les collections contre tout risque d'inondation jusqu'à ce que ces travaux aient pu être menés à bien: déplacer les collections ou recouvrir les rayonnages de feuilles de matière plastique, ou encore tendre une bâche de matière plastique directement sous la toiture en la fixant solidement de manière à garantir la sécurité du personnel et des lecteurs. Lorsque l'installation d'un système de climatisation semble souhaitable de façon à éviter toute variation de température, l'humidité et les moisissures, on peut alors, le temps de réunir les crédits nécessaires, installer des ventilateurs au plafond afin de faciliter la circulation de l'air.

Dans le cas des grandes bibliothèques comportant tout un réseau de services ou abritant des collections importantes, le comité de lutte contre les sinistres peut confier à des équipes spéciales le soin de s'occuper de tel ou tel aspect de la protection, d'enquêter par exemple sur les différents systèmes de lutte anti-incendie acceptables dans une bibliothèque, de formuler des recommandations à ce sujet et de calculer le coût de l'opération. Dans les bibliothèques de moindre importance, cette activité de protection peut dans bien des cas être confiée à une seule personne chargée d'informer les autorités compétentes des besoins qui se font sentir et de prendre les mesures nécessaires.

On trouvera, dans le présent chapitre, des renseignements sur les principales mesures de protection qui ont été jugées efficaces et utiles par des bibliothécaires et des archivistes. Les dispositifs de détection des risques d'inondation et d'incendie et de protection contre ces risques aident beaucoup à limiter les dégâts. Lorsqu'on a le matériel à portée de la main, on peut réagir plus vite. Quant à la formation du personnel, c'est l'une des meilleures garanties qui soient d'une intervention sûre et bien menée qui réduise considérablement l'ampleur de la catastrophe.

A. Ressources humaines

Si vous êtes à la recherche d'idées neuves, n'oubliez pas toutes les personnes qui peuvent vous aider à protéger vos collections. Dressez la liste de celles à qui vous pourriez vous adresser ou dont vous pourriez utiliser les services et prenez contact par lettre ou par téléphone avec leur accord, vous ferez figurer leur nom sur les listes annexées au plan de lutte. Assurez-vous périodiquement que ces personnes sont toujours en activité, que vous pouvez toujours compter sur leur concours et que leur numéro de téléphone n'a pas changé. On pense immédiatement, en ce qui concerne ces ressources humaines, aux pompiers, à la police, aux sociétés de surveillance, aux compagnies d'assurance, aux sociétés d'entretien des bâtiments et des installations et à certains marchands de

matériel, mais il y a lieu de songer aussi aux bibliothécaires professionnels qui ont eu à affronter des sinistres, aux conservateurs, aux restaurateurs - de livres et de tableaux - aux hommes politiques, aux personnels administratifs appartenant à votre institution ou à d'autres et enfin, aux membres de la communauté bibliothéconomique et archivistique, nationale et internationale. Les bibliothécaires et les conservateurs de Florence ont parfaitement su mettre à profit ces multiples sources d'aide, après les inondations de 1966. Ajoutons, par ailleurs, que nombreux sont les spécialistes qui vous communiqueront volontiers, à titre d'exemple, le plan de lutte contre les sinistres en vigueur dans leur établissement.

N'oubliez pas non plus les personnes qui, au sein même de votre bibliothèque ou de votre dépôt d'archives, sont en mesure, grâce à leur connaissance des collections et des utilisateurs, de faciliter la démarche des planificateurs. Ces spécialistes savent en effet quel document pourra être aisément remplacé et connaissent aussi ceux qui n'ont pas de prix. Ils sont en mesure de dire que tels et tels documents, imprimés sur papier couché, seront irrécupérables s'il leur arrivait d'être mouillés. Et puis, ils peuvent avoir des collègues dans d'autres organismes qui seraient disposés à collaborer en cas de sinistre, à charge de revanche. Quant aux administrateurs, c'est auprès d'eux que vous pourrez vous faire une idée générale des objectifs recherchés, des réalités financières et des rapports entretenus avec l'institution mère ou les autorités de tutelle.

B. Dispositifs de détection des fuites d'eau et inondations

Si vos locaux, qu'il s'agisse d'une bibliothèque ou d'un dépôt d'archives, sont susceptibles d'être inondés ou s'ils sont mal protégés contre l'action de l'eau, il faut s'en prémunir en les équipant de dispositifs de détection des fuites et inondations. Il existe sur le marché toute une panoplie de dispositifs de ce genre fabriqués par des entreprises spécialisées dans la sécurité des bibliothèques ou des centres d'informatique. (Certaines bibliothèques ont improvisé des systèmes à elles au moyen d'éponges et de contacts électriques.) Certains systèmes d'alarme sont autonomes et ne déclenchent qu'une alerte ponctuelle. D'autres sont reliés à un central de surveillance. Leur coût est plus élevé, tant à l'achat qu'à l'installation, mais ils sont plus efficaces que les alarmes ponctuelles qu'on peut ne pas entendre si elles sont installées dans des lieux peu fréquentés ou si la bibliothèque (ou le dépôt d'archives) est fermée. Il importe par ailleurs que les principales conduites d'eau soient équipées d'avertisseurs de pression qui signalent aux responsables de la sécurité ou au personnel toute fuite d'eau due à un incendie ou à une rupture de canalisation. Les détecteurs d'eau sont généralement installés dans les endroits suivants:

1. les zones les plus "sensibles" soit par exemple les sous-sols, les endroits situés à proximité des collecteurs, etc.;

2. les zones susceptibles d'être les premières touchées en cas d'inondation;

3. les zones abritant les collections les plus précieuses ou pouvant être le plus facilement endommagées;

4. les zones abritant du matériel coûteux tel que les ordinateurs, etc.

C. Dispositifs de détection des incendies

L'initiative la plus utile qu'une bibliothèque ou un dépôt d'archives puisse prendre pour protéger ses collections est de se doter de moyens de détection et d'extinction des incendies. Du plus simple (présence d'un veilleur de nuit sérieux ayant reçu une formation en matière de lutte contre l'incendie), au plus perfectionné (installation d'un système d'extinction au fluorocarbure), tous les systèmes sont possibles; l'essentiel est qu'il en existe un.

On a longtemps cru, dans les milieux intéressés, que livres et documents d'archives constituaient un matériau qui brûlait mal. Peut-être était-ce vrai autrefois, mais aujourd'hui on voit bien que les matériaux de construction modernes, les fibres artificielles et les matières plastiques s'enflamment très vite en dégageant des gaz extrêmement nocifs. Ajoutons à cela ces couloirs et ces cages d'escaliers vastes et pleins de courant d'air et ces grands espaces de magasins non protégés où les risques d'incendie sont considérables.

Autre fait irréfutable, l'écrasante majorité des incendies de bibliothèque sont d'origine criminelle. John Morris estime que leur pourcentage pourrait atteindre de 75 à 80 % (3) ' Autant dire que les bibliothécaires et les archivistes ne peuvent se permettre de prendre de tels risques. Les locaux doivent être conçus dans un souci de sécurité anti-incendie. Quant aux agents chargés de la surveillance, il leur incombe d'interdire l'accès des lieux à toute personne non autorisée. Les corbeilles destinées au dépôt des livres rendus doivent être protégées à l'aide de systèmes d'extinction ou alors être isolées des bâtiments. Toutefois, les meilleures des mesures de prévention et de protection ne sauraient suffire et les bibliothèques doivent s'équiper d'un système efficace et rapide d'extinction des incendies. En avril 1986, par exemple, la Bibliothèque publique centrale de Los Angeles a été ravagée par un incendie d'origine criminelle qui a entraîné la destruction d'une partie de ses collections en dépit de la présence à proximité de l'une des meilleures casernes de pompiers du monde, ce qui a permis aux secours d'être sur les lieux dans le quart d'heure. Du fait de son intensité, l'incendie s'est rapidement étendu aux livres et aux microfilms. Bien qu'équipés du matériel le plus moderne, les pompiers ont dû lutter huit heures durant pour maîtriser l'incendie et rester sur les lieux plusieurs jours encore afin de l'éteindre définitivement. La bibliothèque ne possédait aucun système d'extinction automatique par sprinklers. Plus tard, le commandant des pompiers devait déclarer sans ambage que si la bibliothèque avait été dotée d'un système d'extinction, l'incendie n'aurait jamais pris pareille ampleur.

Reste à déterminer quel système d'alarme et quel dispositif d'extinction conviennent le mieux compte tenu de la nature des collections dont vous avez la charge et de votre budget. Pour en décider, il faut savoir entre autres choses qu'il est bien plus facile de se remettre d'un sinistre dû à la seule action de l'eau que de remédier aux dégâts causés à la fois par l'eau et par le feu.

Au système anti-incendie, certains établissements voudront peut-être aussi ajouter un système de surveillance ou un dispositif d'alarme anti-intrusion qui permette de se protéger à la fois contre le vol et contre les incendies d'origine criminelle provoqués de l'intérieur. Il existe sur le marché de nombreux systèmes d'alarme généraux capables de répondre à toutes les exigences de la sécurité, alliant tous les systèmes depuis les dispositifs anti-intrusion et anti-incendie jusqu'à la climatisation. Si, pour certains établissements, la présence d'un gardien ou d'un surveillant constitue une sécurité suffisante, pour d'autres, en revanche, une protection plus poussée s'impose.

L'idéal serait que, les alarmes permettant de signaler la naissance d'un incendie ainsi que les détecteurs d'inondations ou de fuites d'eau, soient reliées à un poste central de surveillance. Le choix de l'équipement varie selon les besoins:

1. les détecteurs à ionisation réagissent aux gaz émis au cours de la première phase d'un incendie; ils conviennent tout particulièrement bien à la détection précoce dans les bibliothèques et les dépôts d'archives;

2. les détecteurs de fumée sont sensibles aux dégagements de fumée visible et sont parfois appelés détecteurs de particules. Ces dispositifs sont aussi recommandés pour la détection précoce dans les bibliothèques ou dépôts d'archives;

3. les détecteurs de flammes, qui sont sensibles aux rayons infrarouges, sont bien adaptés aux zones dans lesquelles l'incendie peut se propager rapidement du fait de l'importance de l'espace ou de la circulation de l'air;

4. les détecteurs thermiques, qui sont sensibles à la température, sont réglés pour réagir à une température donnée ou pour signaler une certaine élévation de la température. Ces détecteurs sont particulièrement bien adaptés à la protection des collections de documents sur microfilms qu'une élévation de la température peut endommager rapidement;

5. les détecteurs à faisceau linéaire détectent la fumée à l'aide d'un faisceau infrarouge.

D. Systèmes d'extinction de l'incendie

Si l'on décide d'installer un système d'extinction pour empêcher la propagation d'un incendie, on le choisira en fonction des risques auxquels sont exposés les bâtiments et les collections ainsi que de son coût. Il est recommandé à cet égard de prendre conseil auprès des spécialistes de la lutte contre l'incendie et des assureurs. Il existe toute une panoplie de systèmes d'extinction correspondant à différents besoins et usages. Par ailleurs, le bon fonctionnement du système doit être périodiquement vérifié. (Cela ne veut pas dire qu'il faille mettre en route les sprinklers. Les spécialistes savent procéder à ces vérifications sans avoir besoin d'en venir à de telles extrémités.)

1. Dispositifs manuels

(a) Des bouches d'incendie sont placées à l'extérieur et à l'intérieur du bâtiment; c'est là que les pompiers raccordent leurs lances d'incendie Seul le personnel qualifié doit être habilité à manier ces lances d'incendie dont l'utilisation peut être extrêmement dangereuse pour les collections et le contenu des bâtiments.

(b) Les extincteurs portatifs contiennent soit de l'eau, soit du gaz, soit des produits chimiques, chaque type étant conçu pour permettre de lutter contre une catégorie précise de feu. A cet égard, il est très important de choisir le type d'extincteur qui convient pour une bibliothèque ou un dépôt d'archives. Les extincteurs à eau pressurisée éteignent parfaitement les feux de bois et de papier mais il ne saurait être question de les utiliser en cas de feu d'origine électrique ou sur des liquides inflammables. Il est évident que leur action a pour effet de détremper les collections. Quant aux systèmes au gaz Halon 1301 ou 1211, ils conviennent tout particulièrement bien dans le cas des collections de bibliothèque ou des fonds d'archives, car leur emploi est parfaitement inoffensif à leur égard; en revanche, ces extincteurs sont plus onéreux. Les systèmes au gaz carbonique (CO2) conviennent tout à fait bien dans le cas des feux d'origine électrique mais ne sont pas aussi efficaces lorsque ce qui brûle est du bois ou du papier. Quant aux extincteurs à produits chimiques, ils permettent d'éteindre tous les types de feux mais laissent sur les documents des traces qu'il est parfois difficile d'enlever. Si l'établissement est équipé d'extincteurs, le service incendie apprendra au personnel à les utiliser correctement.

2. Systèmes à gaz

(a) Les extincteurs au CO2 sont certes efficaces mais ils ne sont nullement recommandés dans les établissements recevant du public du fait de leurs effets asphyxiants.

(b) Le gaz Halon 1301, marque commerciale de la société Dupont Corporation, est extrêmement efficace et relativement peu dangereux pour les humains pour autant que ceux-ci n'y soient pas trop longtemps exposés. En revanche, il est cher et ne convient qu'aux locaux relativement exigus et fermés; en règle générale, on l'emploie pour protéger les musées, les collections spéciales et les pièces rares, ainsi que les locaux abritant des ordinateurs.

3. Systèmes d'extinction automatique à eau

(a) Les systèmes sous eau comportent des têtes de sprinkler individuelles alimentées par des canalisations contenant de l'eau en permanence. Une fois actionné, le dispositif ne peut être refermé qu'à la main. Exception faite des systèmes dits déluge, en l'occurrence inappropriés, il s'agit là du système à eau le moins cher sur le marché.

(b) Les systèmes sous air sont équipés de têtes de sprinkler individuelles montées sur des canalisations qui contiennent du gaz ou de l'air comprimé. Une fois que le système a été déclenché par un incendie et que l'eau s'est accumulée dans les canalisations, l'ensemble du dispositif doit être refermé à la main. L'intervention est dans ce cas moins rapide que dans celui du système sous eau et un nombre supérieur de têtes de sprinkler peuvent se déclencher. Il convient tout particulièrement dans les régions de climat froid où les canalisations peuvent geler. Le danger d'avarie des canalisations ou des têtes de sprinkler est moindre mais le remplissage des canalisations prend un temps qui retarde l'intervention.

(c) Les systèmes à pré-action sont des systèmes sous air où l'envahissement des canalisations par l'eau est déclenché par les détecteurs. Avec ces systèmes, le risque d'une ouverture intempestive des sprinklers est moindre. L'arrêt du système se fait à la main.

(d) Les systèmes à pré-action cycliques sont des systèmes analogues aux systèmes précédents, c'est-à-dire sous air, mais ils en diffèrent sur un point très important. L'eau se coupe automatiquement dès que l'incendie est éteint, mais peut recommencer à se déverser si besoin est. Ce genre de dispositif évite les dégâts inutiles.

(e) Les sprinklers de type "aquamatic" (intermittent) sont sous eau. Chaque tête de sprinkler s'ouvre puis se referme puis s'ouvre à nouveau, selon les besoins, ce qui limite considérablement les dégâts dus à l'eau. C'est la solution la plus onéreuse.

(f) Dans les systèmes dits "déluge", toutes les têtes de sprinkler entrent immédiatement en action, que cela soit nécessaire ou non. Ces systèmes ne sont pas adaptés aux établissements à vocation culturelle en raison des dégâts dus à l'eau que leur utilisation peut occasionner (4).

4. Autres systèmes

(a) On utilise dans bien des cas différentes sortes de mousses pour combattre les incendies survenant dans les locaux industriels. A la condition de choisir la mousse appropriée, c'est un moyen de secours efficace aussi dans les bibliothèques et les dépôts d'archives. Les mousses aqueuses se déposant sous forme de film ne présentent aucun danger pour les documents sur film ou les disques de phonographe.

(b) L'emploi des poudres chimiques n'est pas recommandé dans les établissements à caractère culturel étant donné qu'elles sont conçues pour combattre des incendies d'origine chimique ou industrielle et que leur emploi serait de nature à occasionner de sérieux dommages aux collections.

E. Fournitures à prévoir en matière de protection et de sauvetage

La constitution d'un dépôt de fournitures aisément accessible au sein même de l'établissement constitue une mesure de protection judicieuse. Un stock de quelques caisses dans lesquelles sont regroupés les ouvrages détrempés, de feuilles de matière plastique pour recouvrir les documents en cas de fuite d'eau et de feuilles de papier à glisser entre les pages des ouvrages imbibés d'eau peut suffire. L'idéal serait, pour que la protection soit parfaitement assurée, d'y adjoindre le matériel nécessaire pour mettre en oeuvre les premières mesures de sauvetage. Ces fournitures, qui doivent toujours être prêtes à l'emploi, ne doivent pas être enfermées dans un local difficile d'accès. Tous les départements et services de l'établissement doivent avoir à leur disposition une petite quantité de fournitures de premier secours, le gros des fournitures étant centralisé. On en fera périodiquement l'inventaire, en particulier après usage, et on commandera immédiatement le réassortiment. On trouvera ci-après une liste de fournitures nécessaires pour faire face efficacement à tout début de sinistre:

1. feuilles de matière plastique pour recouvrir les ouvrages afin de les protéger de l'eau; feuilles de polyester pour servir de support aux feuillets manuscrits détrempés;

2. seaux, serpilières, balais et aspirateurs eau/poussière pour évacuer l'eau et la boue;

3. générateurs portatifs, pompes, baladeuses à piles, appareils de radio à piles;

4. ventilateurs, déshumidificateurs, rallonges de modèle industriel;

5. psychromètres ou hygrothermographes portatifs pour relever les niveaux de température et d'humidité;

6. papeterie: emballages isothermes, blocs-notes, papier propre ou serviettes en papier pour intercaler entre les pages des ouvrages détrempés, buvards neufs, rubans adhésifs pour construire des boîtes, carton fort pour servir de support aux articles détrempés;

7. crayons, stylographes à encre indélébile pour marquer les cartons;

8. cutters avec lames de réserve pour découper le papier, les emballages isothermes, etc. (les ciseaux sont peu utiles car ils s'émoussent vite);

9. gants, casques de protection, vêtements de protection (tablier épais en matière plastique ou combinaisons de travail, chaussures solides et étanches, etc.);

10. boîtes ou cageots en matière plastique pour stocker les ouvrages détrempés;

11. poubelles neuves en matière plastique pour laver les ouvrages, bacs en matière plastique pour laver les pièces;

12. éponges, tuyaux, brosses pour nettoyer les documents;

13. tables de travail mobiles;

14. corde pour suspendre les ouvrages ou les documents, pinces à linge;

15. éponges en caoutchouc synthétique pour enlever la saleté, la fumée et la suie;

16. trousse à pharmacie complète;

17. chariots pour le transport des documents;

18. palettes pour le transport des cartons;

19. un nécessaire à outils comprenant notamment un montedu, un tournevis, des pinces et un levier.

Il n'est pas nécessairement utile ni possible de disposer de tout cela. Plusieurs institutions peuvent du reste s'entendre pour constituer ce stock de fournitures en commun et l'entreposer dans un endroit accessible à toutes. La liste pourra en être dressée par le Comité de lutte contre les sinistres et annexée au plan de lutte. Il est évidemment conseillé à toutes les institutions, bibliothèques ou dépôts d'archives, d'avoir sous la main, dans toute la mesure du possible, un minimum de produits: bâches plastiques, boîtes où déposer les documents mouillés, papier pour sécher les documents. Pour le reste, il faudra décider en fonction des risques et des possibilités d'approvisionnement sur place (voir appendice A.4).

F. Formation

La formation est particulièrement importante pour la réussite d'un plan de lutte contre les sinistres et surtout des opérations de sauvetage. Les chapitres du plan consacrés au sauvetage insisteront sur les responsabilités du personnel à cet égard. Il demeure que, pour être efficace, la formation du personnel en prévision des sinistres ne saurait le préparer seulement à réparer les dégâts. Là encore, il convient d'insister sur l'importance des mesures concrètes de planification, de prévention et de protection. Dans les chapitres consacrés à la planification et à la protection, nous avons dit combien la participation du personnel était essentielle à une bonne connaissance des collections au moment de l'établissement du plan de lutte. Elle l'est tout autant pour les petites collections que pour les grandes. Passé le stade de la planification, le personnel a un autre rôle, tout aussi important, à jouer et qui est d'intervenir ou de pouvoir intervenir lors des opérations de sauvetage. Un certain nombre d'institutions ont réfléchi à la démarche à suivre pour s'organiser en prévision d'un sinistre et savoir comment y faire face. Voici une liste de conseils inspirés des mesures jugées les plus efficaces par elles.

1. Organisez une ou plusieurs séances de formation afin de présenter au personnel le plan de lutte contre les sinistres et son emploi. Etudiez soigneusement avec le personnel la marche à suivre afin d'avertir les personnes appropriées en cas de sinistre et les dispositions à prendre en vue de protéger les collections. Des instructions seront notamment données aux nouveaux membres du personnel sur l'application des consignes d'urgence et on leur expliquera le plan de lutte.

2. Nommez un responsable officiel de la prévention et des secours. Une fois le plan de lutte établi, cette personne comptera parmi ses attributions normales le maniement du plan et l'application de ses recommandations, la réalisation de toutes les enquêtes ou études nécessaires et la direction des éventuelles opérations de sauvetage. Ce responsable fera directement rapport à la direction de l'établissement. La personne choisie pourra être un agent des services de conservation ou de restauration, un cadre moyen qualifié, le Président du Comité de planification de la lutte contre les sinistres ou l'un des directeurs de la bibliothèque ou du dépôt d'archives. La complexité ou la simplicité de sa tâche sera fonction de la nature des collections et de la situation.

3. Apprenez au personnel ou aux groupes de travail constitués à cet effet à enquêter sur les risques de sinistre et à formuler des recommandations. Le nombre et la complexité des tâches à entreprendre seront réduits à un minimum de façon qu'elles ne constituent pas une corvée. Etablissez un programme régulier d'enquête, selon l'importance accordée aux divers risques encourus par la personne ou le comité chargé de la planification.

4. Constituez une équipe de secours, conduite par un chef dont les membres sachent réagir comme il le faut en toute circonstance, face à un unique livre mouillé ou à une véritable catastrophe. La constitution d'une équipe s'impose tout particulièrement dans le cas des collections importantes; lorsqu'elles le sont moins, une seule personne qualifiée peut suffire. Formez les membres de l'équipe de façon concrète afin qu'ils sachent exactement l'attitude à adopter dans le cas de chaque catégorie de document menacé. Définissez une procédure qui permettra à chaque membre de l'équipe de secours de prendre la tête d'un groupe d'intervention en cas de sinistre grave. Le cas échéant, faites appel à des spécialistes pour parachever leur formation et si cela n'est pas possible, lisez tout ce qui s'est écrit sur la question et organisez vous-même cette formation. Prenez conseil, de vive voix ou par écrit, auprès de personnes qui ont eu à affronter des sinistres ou ont une expérience de la formation en la matière. Mettez en place des équipes communes ou régionales de formation ou de lutte. Etudiez la possibilité d'obtenir des fonds auprès de sources extérieures pour pouvoir faire intervenir des spécialistes du dehors dans les séances de formation. Organisez un simulacre de sinistre pour faire des exercices d'entraînement.

Lorsque l'établissement a la chance de compter un service de restauration ou qu'il en existe un à proximité auquel il puisse s'adresser, l'équipe de secours n'aura sans doute pas à s'occuper elle-même des traitements d'urgence et il suffira de la préparer aux grosses opérations de sauvetage.

Le chef de l'équipe de secours est responsable de son équipe et organise son déploiement dès qu'il est averti par le directeur des secours; la procédure à suivre doit être consignée dans le plan de sauvetage. Il fait rapport au directeur des secours et assure la liaison entre ce dernier et l'équipe de secours.

5. Mettez-vous en rapport avec toutes les personnes de l'extérieur susceptibles de participer aux opérations de sauvetage. Les sapeurs-pompiers, qui ne sont pas habitués à travailler sur du matériel fragile, doivent savoir à l'avance ce que vous attendrez d'eux le moment venu: cela leur évitera de Jeter les livres par la fenêtre ou de les noyer inutilement. Mieux vaut mettre les lances à incendie en position brouillard si l'on ne veut pas que la force du jet direct déchiquète livres et documents. Lorsqu'il faut déménager les livres pour les congeler ou les stocker ailleurs, il est préférable que les déménageurs connaissent les précautions à prendre pour les manipuler et assurer leur sécurité.

La formation du personnel est l'un des éléments. qui font la qualité d'un plan de lutte contre les sinistres. Les dommages seront d'autant moindre que l'on aura mieux tenu compte de tous les risques appelant des mesures de prévention et de protection et mieux envisagé la conduite à tenir en cas de danger. Des séances de formation doivent être périodiquement organisées à l'intention du personnel permanent et prévues pour tout nouvel embauché.

G. Régulation climatique

Les risques dus aux conditions climatiques intérieures et au nettoyage ont été analysés à la section C du chapitre deux, où il a notamment été question de la manière dont ils peuvent contribuer au déclenchement d'un sinistre. Les mesures énumérées ci-après ont été Jugées utiles dans de nombreuses bibliothèques pour protéger les collections contre ces sources de dommages, certes moins spectaculaires qu'un incendie ou une inondation. Nous ne présentons ici que des généralités dans l'espoir d'inciter le lecteur à poursuivre les recherches voulues pour prendre conscience de l'influence que l'environnement peut avoir sur l'état des collections des bibliothèques et des dépôts d'archives.

1. Les travaux de recherches se poursuivent quant aux normes idéales de température et à l'humidité à recommander; il paraît néanmoins raisonnable de préconiser une température de 20°C ± 2°C et un taux d'humidité relative oscillant entre 40 et 45 %. Ce sont là des normes acceptables dans le cas des collections générales composées d'ouvrages de nature variée. Toutefois, il importe avant toute chose d'éviter les variations extrêmes de la température et du taux d'humidité. En effet, elles entraînent des déformations des reliures et du papier et causent des dommages visibles aux documents photographiques. Un bon système de régulation climatique sera réglable par zone; de la sorte, il tiendra compte du degré de température et du taux d'humidité existants -et requis - dans les différentes zones de la bibliothèque ou du dépôt d'archives.

2. Le température et l'humidité doivent être contrôlées. Ce contrôle est en général opéré à l'aide de thermostats automatiques, qui ne permettent pas cependant une connaissance fine de la situation dans les différentes parties des magasins ou du bâtiment. Il faut donc d'autres moyens de contrôle pour prévenir tout dégât. On pourra utiliser un hygrothermographe enregistreur ou procéder à des relevés réguliers à l'aide d'un psychromètre portatif. Si l'on ne dispose d'aucun de ces instruments, on se rabattra sur un thermomètre à maximum-minimum et un bon hydromètre; il faudra alors effectuer plusieurs fois par jour des relevés manuels. Les risques graves tels que la présence d'un taux d'humidité excessivement élevé dans une collection de documents photographiques se détectent facilement et le remède est aisé à apporter: installation d'un déshumidificateur ou dépôt de produit hydrophile dans les boîtes où les photographies sont conservées sous enveloppe ou sous pochette. Si, au contraire, l'atmosphère est trop sèche, on placera des humidificateurs ou des récipients remplis d'eau dans des endroits bien choisis.

3. Une exposition excessive aux rayons ultraviolets est particulièrement nuisible aux livres, manuscrits et documents photographiques. L'exposition d'une photographie originale à une lumière forte durant ne serait-ce que 24 heures suffit à l'endommager irrémédiablement - une véritable catastrophe. Il faut donc limiter l'émission des rayons ultraviolets (u-v) en équipant les lampes fluorescentes de filtres u-v ou en montant des filtres u-v en matière plastique sur les appareils d'éclairage. Il existe également dans le commerce des tubes fluorescents à faible émission de rayons u-v mais ils sont plus onéreux que les tubes ordinaires. On peut aussi poser sur les vitrages des fenêtres un film plastique filtrant afin d'atténuer la pénétration de la lumière solaire ou encore installer des stores ou des rideaux. Il semble toutefois que ces films filtrants perdent de leur efficacité au bout d'un certain temps. Il convient donc de s'enquérir auprès des fabricants de la durée de vie de ces produits. Il est aussi possible de réduire l'éclairement en plantant des arbres ou des arbustes devant les fenêtres, mais leur arrosage pourra poser des problèmes.

4. Il importe de vérifier régulièrement l'état des appareils utilisés pour filtrer la poussière et les polluants présents dans l'atmosphère, de changer les filtres et de s'assurer que le matériel fonctionne correctement; il s'agit là de mesures normales d'entretien bien compris. Le choix du filtre dépend partiellement de l'agent polluant et/ou des problèmes que cause la poussière dans la région; il convient d'en tenir compte avant d'acheter l'équipement nécessaire.

Réguler le climat n'évite pas seulement les dégâts; cela permet aussi de prolonger considérablement la durée de vie des ouvrages. S'il est impossible d'installer un système parfait, le personnel peut toujours imaginer des solutions artisanales pour limiter de son mieux les risques auxquels les collections peuvent être exposées.


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