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H. Conditonnement et stockage

Le conditionnement des collections est un excellent moyen d'assurer leur protection. Cette pratique est principalement considérée comme une mesure générale de conservation. Or, l'emploi de boîtes, d'enveloppes ou d'emballages est aussi un moyen d'ériger une barrière entre l'article et les agressions de l'environnement. L'expérience montre d'ailleurs qu'en cas d'inondation ou d'incendie, c'est le conditionnement qui a permis le sauvetage d'articles qui, sans lui, auraient été perdus. Il n'est ni possible ni souhaitable de placer dans des boîtes tous les ouvrages en circulation. Cependant, on peut toujours protéger les volumes rares de la poussière, des manipulations fautives, des insectes et, ce qui est plus important, de l'eau, de la fumée et de la chaleur, en les enfermant dans des boîtes individuelles même rudimentaires. Par ailleurs, aux dires de nombreux spécialistes, le seul fait de couvrir un ouvrage d'une simple jjquette de polyester le protège de manière on ne peut plus efficace contre la fumée et la chaleur et, dans une moindre mesure, le feu. Il est possible de mettre à l'abri les documents de toutes sortes dans des chemises, des boîtes d'archives ou des pochettes en polyester de bonne qualité. Quant aux cartes, à la condition d'être posées dans des tiroirs et non enroulées ou suspendues au mur, elles résistent aux catastrophes dont elles sortent souvent sans une égratignure. L'essentiel est de savoir que le fait d'interposer le maximum d'obstacles possibles entre les articles et ce qui risque de les endommager fait gagner du temps et limite les dégâts.

Tels sont les moyens qu'il convient de mettre en oeuvre, autant que possible, dans les bibliothèques et les dépôts d'archives pour préserver les collections. Le conditionnement, nous l'avons dit, sert aussi à prolonger la vie des ouvrages. L'idéal serait d'enfermer chaque document, dès sa réception, dans un conditionnement protecteur avant rangement. On devrait aussi, par ailleurs, entreprendre une opération, même modeste, de reconditionnement des collections.

Les conditionnements protecteurs peuvent se fabriquer facilement sur place, mais on en trouve aussi dans le commerce. C'est aussi un service dont des centres régionaux peuvent se charger contre rémunération. En tout état de cause, l'important est que les conditionnements soient de bonne qualité et faits de matériaux non acides, sans danger pour les ouvrages des bibliothèques et les documents d'archives. Il faut prendre soin de s'assurer, lors de l'acquisition des conditionnements ou des fournitures nécessaires à leur fabrication, que le vendeur est parfaitement au courant des normes auxquelles ils doivent satisfaire et qu'il est en mesure de garantir sa marchandise.

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises la question de l'entreposage des collections dans les chapitres consacrés à la planification et à la prévention. Il n'est pas inutile d'y revenir plus en détail dans la mesure où un entreposage bien conçu non seulement protégera les collections en cas de danger, mais en prolongera aussi l'existence. Les rayonnages doivent être faits de matériaux solides et inertes, exempts d'humidité, de moisissures et d'insectes. Dans le cas des bibliothèques et des dépôts d'archives, ce sont les rayonnages en acier émaillé au four qui conviennent le mieux. Lorsque l'on a opté pour des rayonnages en bois, toutes les surfaces doivent être revêtues de plusieurs couches de peinture acrylique inerte de longue durée. Contre l'eau et la fumée, les rayonnages doivent être inoxydables et pouvoir se laver facilement; leur surface doit présenter un minimum d'anfractuosités où l'eau puisse s'emmagasiner. Dans les zones sujettes aux tremblements de terre, les rayonnages seront contreventés de façon à pouvoir supporter une faible secousse sans pour autant se déformer. Le cas échéant, les collections disposées sur les rayonnages seront retenues par des cables élastiques ou par tout autre dispositif fixé en façade. Cette précaution est particulièrement recommandable pour protéger les disques de phonographe et autres objets de collections fragiles. Par mesure de protection contre les inondations de faible ampleur, il convient de ménager un vide d'au moins une dizaine de centimètres entre le plancher et les tablettes inférieures.

Les documents ne doivent en aucun cas être placés à même le sol, même à titre provisoire. Des volumes enfermés dans des cartons peuvent supporter un beau déluge, si les cartons ne boivent pas l'eau qui coule sur le sol. En l'absence de rayonnages, on peut toujours empiler les cartons sur des palettes ou sur des planches isolées du sol par des briques ou des parpaings en ciment. Des ouvrages stockés bien à la verticale (mais non point comprimés) sur les tablettes et maintenus par des serre-livres, peuvent résister à l'eau pendant une brève période. Lorsque l'on dispose de l'espace nécessaire, il convient d'éviter de disposer ouvrages et documents sur les tablettes supérieures où ils peuvent être endommagés par des fuites d'eau provenant des canalisations ou de la toiture. Les spécialistes des incendies de bibliothèques ou des dépôts d'archives font remarquer que bien souvent les documents placés sur les tablettes supérieures sont irrémédiablement brûlés tandis que ceux qui se trouvent sur les étagères du bas sont en bon état. On s'attachera, dans toute la mesure du possible, à en tenir compte lors du stockage des collections et à placer les documents les plus précieux, les plus fragiles, voire les pièces irremplaçables, sur les tablettes inférieures mais non sur la plus basse. C'est ainsi par exemple que les documents photographiques, particulièrement sensibles à la chaleur, peuvent être stockés plus bas que les livres. Les volumes aisément remplaçables peuvent quant à eux être rangés en hauteur.

A l'évidence, une protection appropriée peut contribuer à prévenir un sinistre. Dès lors que les risques sont bien compris, des mesures de protection peuvent être recommandées. Lorsque les recommandations formulées sont nombreuses, il convient de définir un ordre de priorité de façon à pouvoir s'attaquer en premier aux problèmes les plus graves. Tous les bibliothécaires et les archivistes sont instamment invités à tout mettre en oeuvre pour se prémunir contre l'incendie, le feu étant sans doute le pire ennemi de la bibliothèque ou du dépôt d'archives.

Enlèvement de l'eau et de la boue des rayonnages après une inondation et avant déménagement des ouvrages, Stanford University 1978. (Avec l'aimable autorisation des News and Publication Services de l'Université de Stanford.)


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