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Chapitre cinq - Sauvetage des documents endommages par l'eau

A. Lutte contre les dommages causés par l'eau
B. Techniques de remise en état
C. restauration: Après séchage

 

L'eau joue un rôle dans la plupart des grands sinistres qui endommagent les bibliothèques et les archives. Si l'eau n'est pas la cause première de la catastrophe, elle peut être une cause de dégâts secondaires comme dans le cas d'un tremblement de terre qui entraîne la rupture des canalisations et l'effondrement des toits. Le sauvetage des documents touchés exige évidemment que l'on sache comment remédier aux dommages causés par l'eau. Les méthodes et les techniques exposées dans le présent chapitre ont été largement expérimentées et sont utilisées depuis deux décennies. Il existe sans doute d'autres solutions tout aussi valables mais celles-là se sont révélées efficaces dans un certain nombre d'opérations de sauvetage menées dans différents pays.

A. Lutte contre les dommages causés par l'eau

S'il est une règle absolue en matière d'intervention, c'est bien la suivante: plus vite on intervient comme il faut là où il faut, meilleurs sont les résultats. La phrase clé est "Comme il faut" car une fois mouillés, le papier et les émulsions photographiques gonflent, les reliures se déforment, le cuir et le vélin se détendent. Plus rapidement la situation sera maîtrisée moins les dégâts seront catastrophiques. Parallèlement aux efforts déployés pour régulariser les conditions climatiques qui continuent d'altérer les documents mouillés, une action immédiate est indispensable afin de limiter les dégâts finals. Dès que les mesures adéquates auront été prises pour déménager les articles endommagés et les stabiliser, les méthodes de sauvetage à adopter pourront être choisies. Si quelques pièces seulement ont été touchées, les mesures recommandées ci-après sont normalement évitables et on peut se prononcer sans attendre sur la technique qui sera utilisée.

Les conseils donnés dans le présent chapitre et au chapitre six portent sur les techniques privilégiées à l'heure actuelle parce qu'elles donnent les meilleurs résultats mais nous ne vivons pas dans un monde idéal et chacun n'a pas accès à l'ensemble des méthodes évoquées. Les principes à respecter en matière de sauvetage doivent être bien compris pour que l'on puisse prévoir plusieurs formules fiables et raisonnables adaptées au lieu ou à l'établissement concerné. Si l'on pense n'avoir à disposition ni congélateurs, ni fabriques de glace, ni glace carbonique et que l'on ne puisse compter sur une température extérieure inférieure à zéro pour stabiliser les documents mouillés (voir section 3), il faut évidemment en tenir compte et inclure dans le plan des recommandations pertinentes. Si la seule solution est le séchage à l'air, il faudra l'effectuer de la meilleure façon et dans les meilleures conditions. La consultation de personnes ayant pratiqué avec succès cette technique ou d'autres formules devrait permettre de dégager des suggestions et des idées utiles. Il faut agir au mieux dans les circonstances mais, cela dit, aussi promptement que possible.

Les principes directeurs énumérés ci-après supposent que l'origine de l'inondation a été identifiée et que tout danger a été écarté - que l'eau a été coupée sur la conduite principale si elle n'est pas sûre; qu'on s'est employé à régaler les conditions climatiques en abaissant la température et le taux d'humidité et en ventilant en permanence les locaux; que les fournitures ont été commandées et les services extérieurs contactés; que des instructions ont été données aux équipes d'intervention. Le moment est donc venu de s'occuper des documents.

Un bon sauvetage exige que les documents se présentant sur des supports différents soient traités différemment et qu'ils ne soient pas emballés ou manipulés de façon identique, ni placés dans la même caisse. Il vaut toujours mieux pêcher par excès de prudence qu'avoir des regrets parce qu'on n'a pas pris les mesures qu'il fallait. Lorsque, dans une zone touchée par l'inondation, on n'est pas certain que tels ou tels documents soient mouillés, mieux vaut considérer que c'est le cas.

Il ne faut jamais oublier que tous les documents mouillés sont extrêmement fragiles et doivent être manipulés avec soin.

1. Priorités immédiates

(a) Relire sur le plan de lutte contre les sinistres la liste des collections hautement prioritaires.

(b) Evacuer dans l'ordre les documents les plus mouillés, les documents moins mouillés, les documents humides.

(c) Se rappeler que les pellicules et les supports magnétiques se détériorent rapidement et qu'il faut s'en occuper aussi rapidement que possible si on veut les sauver.

(d) Savoir que le papier couché (à surface brillante) adhère très vite et est irrécupérable si on le laisse sécher plus de quelques heures sans surveillance.

(e) S'occuper du cuir, du vélin et du parchemin qui nécessitent une manipulation spéciale. Si les collections contiennent des ouvrages en ces matières, demander conseil à un restaurateur et en prévision, voir d'ores et déjà quelles sont les possibilités mentionnées dans les appendices.

(f) Stabiliser les articles comportant des éléments solubles à l'eau pour éviter que l'encre ne disparaisse ou ne bave. Demander d'avance l'avis d'un restaurateur sur la marche à suivre si la congélation est impossible.

2. Manipulation et déménagement

Le sort des documents mouillés dépend au premier chef du soin qui sera apporté à leur manipulation et à leur déménagement. Les personnes qui s'en chargeront doivent avoir appris à utiliser les techniques appropriées et être conscientes de l'extrême fragilité des pièces qu'elles déplacent. Les livres mouillés, mal rangés dans des caisses garderont une mauvaise forme en séchant. Ceux qui tomberont seront définitivement abîmés. Une déchirure nécessitera des réparations, d'où des dépenses supplémentaires inutiles. Le responsable de la planification ou le Comité devra prévoir, dans la section du plan relative au sauvetage, les précautions à prendre et des séances de formation du personnel. Voici des recommandations en la matière inspirées d'un grand nombre d'expériences vécues.

(a) Manipulation

Il ne faut pas redresser les volumes déformés en forçant, mais on peut les remettre en forme doucement si on a le temps et à condition de procéder avec délicatesse La forme qu'a un livre lorsqu'il est mis à sécher dans une enceinte à vide est celle qu'il aura à la fin de l'opération. Si les fortes déformations peuvent être évitées, le résultat final sera meilleur. Si la couverture est arrachée ou si des pages se détachent, mieux vaut ne pas chercher à les remettre en place. Toutes les parties d'un même ouvrage doivent être enveloppées, sans être serrées et disposées ensemble dans une caisse en vue d'une remise en état ultérieure.

(b) Déménagement

Les documents peuvent être emballés pour leur transport dans un lieu où l'on pourra s'en occuper aisément. Il n'est pas rare que l'emballage doive se faire ailleurs que dans la zone touchée, auquel cas on pourra organiser une chaîne de personnes pour leur enlèvement ou utiliser des chariots. Si les ascenseurs ne fonctionnent pas, on installera des rampes provisoires ou des tapis roulants dans les escaliers pour acheminer les caisses ou on enlèvera celles-ci, chargées sur des palettes, par les fenêtres au moyen d'une grue. Il arrive que l'on puisse travailler et emballer les documents sur place dans la zone sinistrée. L'idéal est de manipuler les documents le moins possible avant de les empaqueter et de les évacuer.

(c) Identification des caisses et enregistrement des opérations

On portera sur les caisses un numéro et des renseignements signalétiques à l'encre indélébile. On tiendra à part un inventaire minutieux du nombre d'articles contenu dans chaque caisse. On y ajoutera, si besoin est, d'autres renseignements utiles: numéro de la tablette d'origine, importance des dommages (par exemple "légèrement humide"), ou une mention de l'état de priorité des pièces. On notera aussi le lieu de destination des documents s'ils sont envoyés ailleurs.

(d) Nettoyage

Pour les documents couverts de boue ou de débris, un rinçage précautionneux et surveillé à l'eau claire est admissible. Les volumes doivent être saisis délicatement avec les deux mains et plongés dans plusieurs bains d'eau propre. Les piles de manuscrits peuvent être traitées de même. On peut aussi faire couler très doucement de l'eau d'un tuyau d'arrosage. Le rinçage est à exclure si les ouvrages comportent des éléments solubles dans l'eau ou s'il y a le moindre doute à ce sujet. Au cours du rinçage, il ne faut ni brosser les livres ni les ouvrir pour en nettoyer l'intérieur.

Dans le cas d'une bibliothèque ou d'un dépôt d'archives situé à proximité de la mer, l'eau qui a mouillé les documents est peut-être de l'eau salée. Peu d'expériences ont été faites en la matière mais il paraît évident qu'un rinçage doux réduira la gravité des éventuels dommages. On procédera de la même façon que pour éliminer la boue.

Les Photographies peuvent être rincées très doucement dans un bac peu profond rempli d'eau claire et fraîche. Elles ne doivent jamais être frottées ni brossées. On les mettra ensuite à sécher dans un lieu frais et sec ou, à défaut, on les congèlera en attente de séchage. Les photographies en couleurs s'abîment beaucoup plus facilement que celles en noir et blanc et sont plus difficilement récupérables. Les diapositives peuvent être traitées comme les photographies, mais il faut sortir de leur cadre si la vase y a pénétré. Dans tous les cas, il est recommandé de demander conseil à un bon laboratoire de photographie.

Les microfilms et les bobines de pellicule peuvent aussi être rincés dans de l'eau claire et fraîche. La solution idéale serait de les expédier dans des récipients remplis d'eau claire à un centre de traitement digne de confiance. Les négatifs en noir et blanc peuvent rester immergés dans l'eau jusqu'à trois jours sans dommage; pour les films en couleur, cette durée se réduit à deux jours. Des microfilms et des bobines de pellicule ont déjà été congelés sans dommage. Si on n'a pas le choix, mieux vaut essayer cette méthode que tout perdre. Il ne faut jamais laisser sécher une bobine de pellicule sans la dérouler (12).

Les bobines de bandes magnétiques supportent mal d'être mouillées. Tous les documents importants enregistrés sur ce support seront rembobinés et entreposés ailleurs. Les disquettes peuvent être rincées dans de l'eau fraîche et claire, séchées à l'air, placées dans des pochettes neuves lorsqu'elles sont sèches et recopiées mais les disques durs qui ont été endommagés ne doivent jamais être introduits dans du matériel coûteux. Les cassettes ne peuvent pas être ouvertes et la bande est presque toujours totalement perdue parce qu'elle colle.

Conclusion évidente: la prévention est impérative pour cette catégorie de documents.

(e) Emballage

Les livres doivent être placés sur le dos, en une seule couche, dans des cageots en plastique ou des boîtes en carton. Cela empêche le corps du livre de se détacher de la couverture et la rangée du bas d'être écrasée sous le poids de la rangée du haut. A moins que le temps ne presse, il est préférable d'envelopper un livre sur deux dans un emballage peu serré, de papier paraffiné ou pour congélation, afin d'éviter que les couvertures des volumes ne se collent entre elles ou ne déteignent l'une sur l'autre. Les livres mouillés étant très lourds, les boîtes doivent être solides et suffisamment petites pour être maniables.

Les documents seront laissés dans leurs chemises ou empilés et rangés verticalement en une seule couche. On ne cherchera pas à séparer les feuilles. Pour les empaqueter facilement, on peut coucher la boîte sur le côté, déposer les documents à plat à l'intérieur et redresser l'ensemble.

Une fois remplies et clairement marquées, les caisses peuvent être empilées sur des palettes, ce qui permet de les transporter facilement jusqu'aux camions à l'aide d'un engin porte-palettes. Elles peuvent aussi être empilées pour être enlevées à la main. Afin d'éviter de nouveaux dégâts, les cartons ne doivent jamais être posés directement sur le sol, pas plus à l'intérieur qu'à l'extérieur. Comme ils sont mouillés et que leur contenu est lourd, il ne faut pas en superposer plus de trois. On a avantage à maintenir les caisses empilées sur la palette à l'aide de courroies, de cordes ou d'une enveloppe plastique.

Les articles volumineux ou de forme peu courante nécessiteront un emballage spécial. Pour les évacuer du lieu du sinistre, n'importe quelle surface plane résistante fera l'affaire comme, par exemple, de grandes feuilles de carton plat, du contreplaqué recouvert de plastique, des plaques de boulanger, etc. Comme pour emballer les in-folio le dos tourné vers le bas, on a besoin de très grandes caisses, mieux vaudra peut-être un conditionnement à plat, auquel cas, il ne faudra pas empiler plus de deux ou trois ouvrages sous peine d'écraser celui du dessous.

Les documents rangés dans des tiroirs peuvent être transportés dans ces derniers jusqu'aux installations de séchage à l'air ou de séchage sous vide.

Quand les locaux sinistrés auront été vidés et que les ouvrages et documents seront à l'abri dans des congélateurs ou dans des lieux appropriés de séchage ou de stockage, il ne restera plus qu'à choisir les meilleures méthodes à employer pour les remettre en état. Des tableaux statistiques établis à partir des notes prises lors du déménagement donneront une bonne idée du nombre et du type des documents concernés ainsi que de l'étendue des dommages subis.

3. Stabilisation

Il est essentiel de stabiliser les ouvrages et documents mouillés le plus rapidement possible si l'on veut réussir à les sauver. L'un des procédés de stabilisation les plus sûrs pour les livres, les papiers non reliés, les photographies, les textiles et les cartes est la congélation Cette dernière arrête toute déformation physique ainsi que toute dégradation biologique. Il n'en va pas forcément de même pour les ouvrages reliés en cuir et en vélin mais on n'a guère de pratique dans ce domaine et si le sinistre porte sur une grande quantité de pièces, la congélation peut être la seule solution. Plusieurs ateliers de restauration qui ont procédé à des expériences limitées sur des ouvrages de ce type ont constaté qu'ils pouvaient être aussi bien remis en état après avoir été congelés et séchés sous vide qu'après avoir été séchés directement à l'air.

Une précaution déjà mentionnée est également à prendre dans ce cas. Les livres mis déformés au congélateur seront plus difficiles à restaurer une fois séchés. Le soin apporté à l'empaquetage joue donc un grand rôle.

Les livres et les documents mouillés doivent être congelés dès que possible. La congélation à basse température non seulement est plus rapide mais produit des cristaux de glace plus petits qui, selon certains restaurateurs, endommagent moins la structure cellulosique. Il y a de légères divergences de vues concernant la température idéale. Pour nous, mieux vaut une congélation à une température tout juste inférieure à zéro que pas de congélation du tout. Le degré (c) optimal se situe entre -20 et -30.

Les documents abîmés seront acheminés sans attendre vers des installations frigorifiques. Si le sinistre est important, plusieurs congélateurs seront peut-être nécessaires. Si la distance à parcourir est grande, il faudra transporter les ouvrages dans des camions frigorifiques ou dans de la glace carbonique. Il faut savoir que les camions frigorifiques ne permettent pas de congeler les livres mais produisent suffisamment de froid pour empêcher la prolifération des moisissures ou la décongélation. S'il fait très froid au moment du sinistre, on pourra déménager les pièces à l'extérieur; ainsi elles resteront au frais ou gèleront en attendant que leur transport soit organisé.

Il existe des congélateurs dans quantités d'entreprises et de lieux divers: entrepôt de stockage des denrées alimentaires, usines de conditionnement de la viande, entreprises de transports, usines à glace, ateliers de taxidermistes, cantines scolaires, usines et ateliers de fabrication de crèmes glacées, départements de recherche des universités. Pour un petit nombre de pièces, un congélateur domestique suffira.

Il faut veiller à ce que les palettes et les cartons soient convenablement disposés à l'intérieur du congélateur afin d'éviter de nouveaux dégâts. Si les palettes sont empilées, le poids de celles du dessus ne doit pas porter sur celles du dessous.

Si la congélation ou la réfrigération est impossible, il convient de stabiliser les ouvrages et documents avant de les assécher; on les transférera donc dans un lieu où la température et l'humidité sont aussi basses que possible et où l'air peut circuler librement. Si les documents ont été transportés dans des caisses, il faut les en sortir immédiatement à l'arrivée pour les faire sécher ou, au moins, ouvrir toutes les boîtes pour que leur contenu soit à l'air libre et sèche superficiellement. Toutefois, le risque de moisissure est grand et les livres et les documents continueront à se déformer tant qu'ils seront mouillés.

B. Techniques de remise en état

Au fil des ans, on a beaucoup appris sur le sauvetage des ouvrages endommagés par l'eau et de nombreuses expériences ont été faites tant par des entreprises privés que par des spécialistes de la restauration Ces travaux ont eu l'avantage de dégager une liste de techniques possibles selon la nature des dégâts, le type de document concerné et le lieu du sinistre. On trouvera mentionnées ci-après cinq techniques d'assèchement qui ont fait leurs preuves. Les résultats obtenus sont inégaux mais ce sont là des moyens de se remettre, quelles que soient les circonstances, d'un sinistre dû à une inondation. En matière de séchage, les règles générales suivantes devront être respectées:

- stabiliser les ouvrages aussi rapidement que possible;

- assurer des conditions climatiques aussi idéales que possible étant donné les circonstances;

- éviter d'endommager irrémédiablement les documents au cours des opérations de sauvetage;

- réduire les effets du sinistre sur les documents;

- éviter tous problèmes futurs qui pourraient résulter du sinistre.

Il ne faut jamais hésiter à faire appel aux experts ou aux institutions mentionnées dans les appendices pour leur demander des conseils ou une aide si l'on éprouve des doutes ou des inquiétudes. Les ouvrages rares ou uniques doivent être traités et manipulés avec un soin particulier. Il est important, au moment de l'établissement du plan de lutte contre les sinistres, de demander aux restaurateurs des instructions sur la conduite à tenir en ce qui concerne tel ou tel élément des collections.

1. Séchage à l'air

Le séchage à l'air est une technique qui est utilisée depuis des siècles pour assécher les livres et les papiers. C'est une bonne méthode si le nombre d'ouvrages en cause est faible, si ces livres ne sont que légèrement humides ou si l'on ne peut faire mieux. Le séchage à l'air d'une grande quantité de livres, qui exige une main-d'oeuvre importante, est plus coûteux qu'il ne le paraît au premier abord. Si de nombreux livres sont endommagés et si le séchage à l'air est la seule solution, on peut réduire les besoins en espace de séchage et en personnel en congélant les livres et en les séchant par petits lots.

Il est naturel de maintenir de bonnes conditions climatiques pour éviter que les livres ne moisissent et ne gonflent excessivement. Le séchage doit se faire en atmosphère peu humide avec une bonne circulation d'air. Les spécialistes ne sont pas d'accord sur la température mais, en règle générale, comme les documents sont imbibés et qu'il est difficile d'abaisser le taux d'humidité, elle devrait être maintenue en dessous de 21° C (par temps froid, le séchage peut être étonnamment rapide à l'extérieur si la température est inférieure à zéro, l'atmosphère faiblement humide et le vent vif). Un courant d'air assuré par des ventilateurs, l'ouverture des fenêtres ou une soufflerie facilitera grandement l'évaporation et empêchera la formation de poches d'air stagnant très favorable aux moisissures. Si l'humidité relative est supérieure à 60 %, l'emploi de déshumidificateurs sera d'un grand secours.

(a) On séchera les livres en les plaçant debout sur la tranche inférieure, si possible sur du papier absorbant. Les livres brochés ou à couverture souple devront sans doute être calés. S'ils sont seulement humides, on peut éventer leurs pages pour favoriser le séchage. S'ils sont imbibés, il faut les laisser s'égoutter et sécher avant de les éventer et/ou de les interfolier. On remplacera de temps à autre le papier sur lequel ils s'égouttent par du papier sec. Les livres sécheront plus vite s'ils sont interfoliés avec du papier absorbant propre, lequel devra être introduit aussi profondément que possible dans le pli et déborder de la tranche supérieure et de la tranche latérale (mais non de la tranche inférieure puisque le livre doit tenir debout sur cette dernière). L'interfoliage permet l'aspiration, par le papier absorbant, de l'humidité du livre et son évaporation.

Dès que le papier absorbant sera saturé, on prendra soin, surtout au début du processus, de le remplacer par du papier sec. Il faudra ensuite retourner l'ouvrage sur sa tranche supérieure pour éviter que son corps ne s'incurve. L'interfoliage, s'il est trop abondant, déforme la reliure et mieux vaut le limiter à environ un tiers du volume. On mettra les livres devenus secs au toucher sous presse pour les aplatir. Il faut toujours attendre que les livres ne soient plus mouillés ni même humides.) A cette fin, on peut utiliser une presse ou encore placer les livres entre deux planches lestées à l'aide de blocs de ciment ou de briques.

Les livres en papier couché réagissent mal au séchage à l'air. Si cette méthode est la seule possible, il faut interfolier presque toutes les pages malgré la déformation que cela peut provoquer Il faut aussi éventer avec précautions mais fréquemment les feuilles en cours d'assèchement pour diminuer les risques d'adhérence.

Si les livres ne sont pas trop mouillés, on peut aussi les faire sécher sur des cordes suffisamment rapprochées pour supporter leur poids, ce qui empêche la déformation du dos. La technique est particulièrement valable pour les brochures ou les petits volumes.

(b) La meilleure façon d'assécher à l'air une feuille manuscrite est de la poser à plat sur du papier absorbant propre. Elle peut aussi être posée à plat sur deux ou trois fils très rapprochés ou suspendus à une corde à linge. La dernière solution n'est sûre que si les documents ne sont que légèrement humides, autrement le papier se déchire. On a obtenu de bons résultats en faisant adhérer la feuille mouillée à une pellicule de polyester ou à du tissu extrêmement fin pour accrocher ensuite l'ensemble à une corde avec des pinces à linge. Au fur et à mesure que la feuille sèche, elle se dégage de son support. Après le séchage, on peut, si cela est nécessaire, aplanir les documents manuscrits en les comprimant doucement entre deux buvards propres à l'aide d'une presse à livres ou, en interposant une protection, entre deux planches légèrement chargées. Si un grand nombre de manuscrits mouillés sont collés les uns aux autres, il existe, pour les séparer et les sécher, une technique proposée par Peter Waters dans son ouvrage intitulé Procedures for Salvage of Water-Damaged Library Materials (13).

(c) Pour le sauvetage des photographies mouillées, il faut faire appel aux services d'un restaurateur et les congeler pour les stabiliser en attendant. Sinon, on asséchera les photographies en les plaçant l'une à côté de l'autre sur du papier absorbant propre dans un endroit frais, peu humide et bien ventilé. Les moisissures se développent rapidement sur les épreuves et l'émulsion de l'une colle au dos de l'autre si on les superpose. Il faut donc prendre des précautions. Il faut s'attendre qu'à la fin de l'opération les photographies aient gauchi car le support de papier et la couche photographique sèchent différemment.

(d) Les bobines de pellicule devront être envoyées à un centre de traitement. Si cela n'est pas possible, la pellicule sera déroulée et mise à sécher à l'air sur une corde. Il faudra sans doute ensuite la nettoyer ou la traiter de façon à ce qu'elle ne détériore pas le projecteur lors d'une éventuelle utilisation.

(e) Les bandes magnétiques peuvent être nettoyées, séchées à l'air, puis copiées pour une éventuelle réutilisation. Elles supportent des chaleurs allant jusqu'à 200° F (93.3° C) pendant un maximum d'une heure. On s'est parfois servi de sèche-cheveux pour accélérer l'assèchement. Les cassettes et les cartouches qui, on l'a déjà signalé, ne peuvent pas être ouvertes et réemployées, seront donc sans doute irrémédiablement perdues.

La moisissure risque toujours de proliférer lors du séchage à l'air. Quand elle fait son apparition, il ne faut pas essayer de l'enlever en frottant ou en brossant. Si elle prend la forme d'une toile d'araignée, elle peut être éliminée par un léger brossage. Dès que sa présence est constatée, il faut procéder à une fumigation et demander le concours d'un chimiste ou d'un spécialiste de ces procédés. L'utilisation par du personnel non qualifié du thymol, de l'oxyde d'éthylène, de l'orthophenylphénol ou de produits chimiques plus toxiques est déconseillée. S'il n'y a pas d'autre solution, on peut exposer brièvement les livres et les manuscrits qui ne sont pas des pièces rares aux rayons ultraviolets pour stopper le développement des moisissures, bien que cela risque de faire passer les encres et les couleurs et de noircir le papier acide. La congélation à des températures de -20° C ou à des températures inférieures pendant au moins 48 heures s'est aussi révélée utile pour retarder le développement de la moisissure, mais les expérimentations demandent à être prolongées.

2. Séchage par le froid

De nombreux types de documents, y compris les photographies, qui supportent la congélation, réussiront fort bien à sécher lentement dans le congélateur, surtout s'ils ne sont pas totalement trempés. Si le congélateur est équipé des dispositifs de contrôle perfectionnés qu'exige le séchage des livres et des papiers, les résultats seront encore meilleurs. Les documents seront déballés avant d'être mis au congélateur où on les placera de préférence sur des étagères ou dans des cageots à claire-voie en plastique pour qu'ils soient exposés à l'air autant qu'il est possible. Mieux l'air circule dans le congélateur, plus l'assèchement est rapide et inoffensif. Les photographies perdront malgré tout leur brillant en raison de la saleté et des impuretés qui remonteront à la surface. La méthode est donc à déconseiller pour les photographies rares, à moins qu'on ne puisse faire mieux (voir appendice C).

3. Déshumidification

Une nouvelle méthode d'assèchement des fonds et collections des bibliothèques et des archives est actuellement expérimentée et semble très prometteuse. Elle consiste à laisser les livres et documents mouillés sur leurs tablettes et à amener dans les locaux de très gros déshumidificateurs. L'hygrométrie est abaissée au degré voulu et l'on envoie de l'air très sec qui fait s'évaporer l'humidité. Cet air peut être froid ou chaud. La formule a été utilisée avec beaucoup de succès pour assécher des établissements entiers après de sérieux dégâts des eaux. On manque encore d'expérience en la matière mais les premiers essais laissent bien augurer de cette technique au moins pour certains types de documents (voir appendice C).

4. Séchage sous vide (ou séchage thermique sous vide)

Le séchage sous vide nécessite l'emploi d'une enceinte à vide. Les documents peuvent être placés à l'intérieur mouillés ou congelés, dans des caisses ou sur des étagères. Par évacuation de l'air, on réalise un vide dans l'enceinte qui est chauffée pour accélérer le processus de séchage. L'efficacité et la rapidité de l'assèchement dépendent de la taille de l'enceinte et de son degré de perfectionnement. C'est là une technique d'assèchement en masse très performante, meilleure que le séchage à l'air. Cependant comme les ouvrages mouillés restent immobiles pendant la durée de l'opération, les feuillets en papier couché adhèrent souvent et une déformation du corps du livre peut être observée. Les encres et autres éléments solubles dans l'eau risquent de couler. Par contre, avec une enceinte à vide, le risque de prolifération des moisissures est moindre qu'avec le séchage à l'air. Si des moisissures font leur apparition, on peut, avec l'accord d'un spécialiste, accompagner l'opération de séchage d'une fumigation. Une fois que les livres sont secs, il restera beaucoup de vase et de saleté qu'il faudra éliminer par brossage.

Les photographies et autres documents sur support pelliculaire ne seront jamais séchés sous vide car ils s'agglutinent et les émulsions se détachent de leur support (voir appendice C).

5. Lyophilisation

C'est actuellement par la lyophilisation que l'on parvient le mieux à sécher en masse les documents de bibliothèque ou d'archives. Ces derniers sont introduits préalablement congelés dans l'enceinte à vide et demeurent congelés pendant toute la durée du séchage. C'est la grosse différence entre le séchage sous vide et la lyophilisation. L'air est évacué de l'enceinte pour créer un vide, la température est légèrement relevée pour accélérer le processus et les cristaux de glace se transforment par sublimation en vapeur d'eau, laquelle est ensuite attirée hors des documents. La lyophilisation déforme moins les livres reliés que le séchage à l'air ou le séchage sous vide, et n'aggrave pas la dilution des encres ou autres éléments solubles dans l'eau provoquée par l'inondation. Les papiers couchés réagissent bien à la lyophilisation à condition d'avoir été congelés avant d'être trop collés ensemble. Ni le séchage sous vide ni la lyophilisation, répétons-le, ne remettent un livre ou un document en état. Les articles conservent après le séchage la forme qu'ils avaient lorsqu'ils ont été placés dans l'enceinte, mais ils n'y subissent pas de déformation supplémentaire, surtout si, dans le cas des livres, ils sont légèrement maintenus pendant l'opération. Comme dans le séchage sous vide, on peut, sur l'avis d'un spécialiste, ajouter un fongicide pour retarder le développement de la moisissure si cela est nécessaire. La lyophilisation semble aussi faire remonter la saleté et la vase à la surface beaucoup plus efficacement que le séchage sous vide.

Bien qu'il soit préférable de sécher les photographies à l'air, ces dernières, s'il y en a beaucoup, peuvent être lyophilisées, étant entendu qu'elles perdront leur brillant. Aussi ce moyen ne sera-t-il utilisé que pour les pièces qui ne sont pas rares ou qui font partie d'un album.

Dans un cas au moins, des bandes magnétiques ont aussi été lyophilisées sans dommage pour les données qu'elles contenaient (voir appendice C).


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