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C. restauration: Après séchage

Une fois que les livres et documents sont secs, il s'agit de les trier, de les nettoyer, de les réparer, de les relier, de les loger et de les replacer sur les étagères. Cette phase des travaux doit être planifiée avec soin si l'on veut la réaliser efficacement et économiquement. Voici les problèmes et les principes qui se sont dégagés de l'expérience de ces dix dernières années.

1. Vous aurez besoin d'estimations du personnel et des moyens financiers nécessaires pour réaliser ces travaux. Etablissez un mécanisme rationnel pour obtenir ces estimations en vous fondant sur un calendrier des opérations de remise en état des locaux et des collections. S'il le faut, on collectera des fonds pour financer la remise en état proprement dite. Les dons peuvent être une solution pour remplacer des ouvrages perdus. Quant aux demandes d'indemnisation à présenter aux assurances, elles exigeront une évaluation exacte des dommages, preuves à l'appui.

Comparez les coûts respectifs du remplacement des documents ou de leur copie sur un support d'une autre nature, d'une part, et du séchage, du nettoyage et/ou de la reliure à neuf, d'autre part. Voyez s'il vaut mieux acheter un microfilm qu'un nouvel exemplaire. Enfin, réfléchissez bien au coût du recatalogage des documents qui se présenteront sous une autre forme.

2. Tandis que les documents se trouvent dans le congélateur ou sont en cours d'assèchement, il faut poursuivre les travaux de remise en état du bâtiment qui les abritait. Un nettoyage et une désinfection de son contenu, ainsi que des étagères et des locaux eux-mêmes, peuvent être nécessaires. Il faut parfois remplacer des fenêtres, remettre en état la toiture, voire faire des réparations de gros-oeuvre et aussi vérifier et réparer, si nécessaire, la climatisation et les équipements de détection des fumées et du feu.

3. Après examen des besoins, demandez le personnel requis pour la remise en état des collections, compte tenu du nombre d'articles endommagés et des dégâts causés.

4. Décidez du lieu où ramener les ouvrages (bâtiment d'origine ou un lieu d'entreposage). De nouveaux rayonnages peuvent être nécessaires. Des enveloppes de protection et des fournitures pour le nettoyage et les réparations peuvent devoir être commandés.

5. Elaborez les principes directeurs à suivre pour évaluer l'état des documents asséchés et les trier à leur retour. C'est le moment d'étudier et de fixer les modalités d'acheminement vers l'aire de triage, puis vers les divers lieux de traitement ou de nettoyage (voir appendice A, 5-10).

6. Dès qu'une pièce est sèche, on peut estimer s'il faudra faire appel aux services d'ateliers extérieurs (ateliers privés de reliure ou de restauration, par exemple).

7. Des aires de triage et de manutention doivent être prévues et aménagées de façon à faciliter le cheminement des pièces depuis leur lieu de livraison à travers les différents ateliers de restauration jusqu'à leur mise en rayons ou en réserve. On prendra soin de ne réintégrer aucun article encore humide. Empêcher toute éclosion de moisissure est un impératif. Or, les livres et les manuscrits asséchés semblent plus vulnérables à cet égard que les documents qui n'ont Jamais été mouillés. Idéalement, toutes les pièces touchées devraient être isolées des collections non endommagées durant six mois encore après le séchage mais c'est souvent impossible. Il faudra donc procéder à des inspections régulières et méticuleuses pendant toute cette période. Les conditions climatiques ambiantes doivent être stabilisées.

8. Les documents peuvent être classés en plusieurs catégories (à nettoyer, à réparer et/ou relier, à Jeter) pour être ensuite dirigés sur le secteur approprié. Le travail à la chaîne est plus efficace pour le premier tri. Il importe de prendre, au moment de cette manipulation, autant de décisions que possible quant au sort des ouvrages. Il n'est pas inutile de se faire aider par les personnes qui connaissent à fond les collections, car on peut avoir à décider d'éliminer ou de remplacer un ouvrage. Même à ce stade, l'élimination est moins coûteuse que le nettoyage et la reliure.

9. On apprendra au personnel à nettoyer convenablement les documents, on enverra chez le relieur les ouvrages qu'on a décidé de relier à neuf; on changera si besoin est les enveloppes de protection des livres, des manuscrits et des photographies, on enverra les pièces rares à l'atelier de restauration, dans la maison ou à l'extérieur ou bien on les placera dans des enveloppes protectrices dans l'attente d'un traitement ultérieur.

Il suffit souvent pour nettoyer le papier et les reliures d'épousseter à l'aide d'une brosse douce la saleté que le séchage dans les enceintes à vide a fait remonter à la surface. On peut se servir d'éponges synthétiques pour essuyer les traces de suie et de fumée. Il faut un tour de main pour ne pas incruster ce faisant la saleté ou le noir de fumée dans le papier ou dans les reliures; on demandera à un restaurateur ou à une personne expérimentée de l'enseigner aux intéressés.

10. Le tri peut être effectué à l'aide d'ordinateurs personnels; on retrouvera ainsi l'ordre de classement des articles avant de les placer sur les tablettes. En cas de dégâts importants, si l'opération est bien planifiée, on gagne ainsi beaucoup de temps.

11. Il peut être nécessaire de préparer les rayonnages et en particulier de prévoir des étiquettes d'identification, des pochettes et des étiquettes antivol. Les données de catalogage peuvent devoir être modifiées ou améliorées. Si le fichier a été détruit en totalité ou en grande partie, peut-être faudra-t-il envisager d'établir un nouveau catalogue, éventuellement un catalogue en ligne, et de trouver les moyens financiers nécessaires.

12. Un système d'enregistrement précis de tous les documents qui sont en cours de traitement et ont été remis en place assurera une bonne gestion des opérations.

13. A ce stade, il reste important de maintenir le contact avec les autres services de la bibliothèque ou du dépôt d'archives. On informera régulièrement l'administration et les lecteurs.

14. L'évaluation constante du déroulement des opérations doit faire partie du travail. Elle aide à dresser le bilan final du sinistre et du sauvetage. L'analyse objective des succès et des échecs permettra d'améliorer le plan de lutte contre les sinistres pour l'avenir certes, mais par surcroît, elle sera utile à ceux qui pouvaient se trouver dans la même situation. Le plan est à modifier en conséquence.

15. On remerciera les personnes qui ont participé directement au sauvetage comme celles qui ont été contraintes d'ajouter cette responsabilité supplémentaire à leurs autres attributions.

La tâche que représente le sauvetage d'une bibliothèque après un sinistre grave est impressionnante. Il faut comprendre que pour pallier totalement ou réduire les effets d'une catastrophe, le plus sage est de prendre des mesures de prévention et de protection. Les crédits dépensés à cet effet l'auront été à bon escient. En étant bien préparé, en connaissant les modes d'intervention et les méthodes de sauvetage qui conviennent, on sera mieux armé pour remettre les collections en état de la façon la plus efficace et au moindre coût.


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