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Climat
Matériaux
Modification de l'environnement
La présente étude est d'abord un guide pratique de lutte préventive et curative contre les attaques de moisissures dans les climats tropicaux où l'installation d'un système de régulation climatique, couramment appelé climatisation, n'est pas toujours possible à l'échelle de toute une bibliothèque et où l'on voit périodiquement réapparaître les moisissures. Dans les climats plus tempérés, d'ailleurs, il arrive aussi que des moisissures fassent irruption à la suite d'inondations ou bien de problèmes localisés dus à des défauts de régulation climatique. Face à la préoccupation croissante que suscite la toxicité d'un grand nombre de substances classiquement utilisées comme désinfectants, les bibliothèques et les musées ont entrepris de revoir leurs stratégies actuelles qui reposent essentiellement sur la lutte chimique contre les moisissures installées. Il est de plus en plus évident qu'il faut travailler davantage sur la prévention et les autres modes de traitement si l'on veut protéger non seulement les collections mais aussi le personnel et le public.
Or, s'occuper de la préservation des documents en climat tropical signifie étudier
On dénombre, sur la base des précipitations annuelles et de la température, cinq types principaux de climat divisés en sous-types correspondant à des variations de ces paramètres. Il existe des formules qui, en quelques lettres, décrivent sommairement les principales caractéristiques des différents climats. Dans la classification de Trewartha (1), le A majuscule désigne l'ensemble des climats tropicaux humides. Dans les climats de Type A, la hauteur annuelle des précipitations est toujours supérieure à 60 pouces (environ 1,525 m) et dépasse communément les 100 pouces, soit environ les 2,50 m. Dans certaines régions, elle va même au-delà de 400 pouces (environ 10,65 m). Les températures dont la moyenne varie entre 70 à 85°F (environ 21 à 30°C) ne dépassent guère 90°F (32°C) et tombent rarement au-dessous de 64°F (18°C). Les climats du Type A, qui forment le groupe climatique le plus étendu, règnent sur environ 36 % de la surface de la planète. Situées à l'intérieur d'une frange irrégulière qui va du tropique du Cancer, dans l'hémisphère Nord, à des latitudes inférieures à celle du tropique du Capricorne dans l'hémisphère Sud, les régions tropicales humides comprennent à la fois des masses continentales et des îles. Dans la plupart des régions, l'humidité relative est élevée tout au long de l'année, aussi le développement de moisissures dans les fonds et collections des bibliothèques et des archives est-il un problème permanent.
A l'intérieur des régions tropicales humides (Type A), on distingue plusieurs types climatiques. Ceux-ci comprennent la forêt tropicale (Af) (dite aussi ombrophile), la forêt de mousson (Am) et la savane tropicale (As ou Aw). Chaque type de climat appelle des techniques spécifiques d'assainissement de l'environnement si l'on veut éviter les moisissures.
Dans les zones de forêt tropicale (Af), il n'y a pas de vraie saison sèche. Les pluies abondantes se répartissent de façon régulière tout au long de l'année. La température annuelle moyenne est comprise entre 77 et 80°F (soit environ 25 et 27°C). Si cette température moyenne n'est pas excessivement élevée, elle est par contre tout à fait constante avec des écarts saisonniers d'environ 3 degrés centigrades des écarts diurnes d'environ 5 à 14 degrés centigrades. L'écart entre les températures diurnes et les températures nocturnes, qui sont plus basses, est suffisant pour provoquer une condensation de l'humidité de l'air au point que le brouillard et la rosée sont des phénomènes fréquents. Les vents, dans les climats de type Af, sont de faibles à inexistants, les régions concernées se situant, d'ordinaire, dans les franges de calme comprises entre les latitudes où soufflent les vents alizés. Vu la très faible circulation de l'air, l'intensité de la lumière et le degré élevé d'humidité, le refroidissement naturel est très faible.
Dans les zones de forêt de mousson (Am), les précipitations annuelles, quoique abondantes, sont saisonnières et il existe des saisons sèches et des saisons humides nettement marquées. Les climats du type A sont ordinairement des climats de régions littorales et une partie des précipitations résulte de l'incidence thermique des montagnes côtières. Cette remarque vaut également pour un grand nombre d'îles situées sous les tropiques. Les vents y sont plus forts et plus réguliers que dans les régions à climat de type Af , et les gammes de température plus étendues, accusant des écarts annuels de 12 à 14 degrés F (6,6 à 7,7°C).
Dans la savane tropicale (As ou Aw), on distingue trois saisons en fonction de la température une saison sèche plus fraîche (températures moyennes d'environ 80°F c'est-à-dire approximativement 27°C; une saison sèche plus chaude (températures parfois supérieures à 100°F (environ 38°C), qui précède immédiatement la saison des pluies; enfin, une saison chaude et humide des pluies. Les symboles s (summer - été) ou w (winter - hiver) sont utilisés selon que la saison sèche intervient durant l'été ou l'hiver. Le vent, la température et la pluviosité sont autant de paramètres qui varient en fonction de la saison.
Le meilleur outil de base pour comprendre le climat d'une région donnée est un bon atlas où l'on trouve généralement de nombreuses cartes spécialisées des régions climatiques du monde, avec des tableaux détaillés indiquant la température et l'humidité relative en fonction de la saison. Les agences météorologiques locales et nationales disposent de renseignements plus précis.
En climat tropical, la conformité aux normes si largement préconisées en Europe et aux Etats-Unis (température comprise entre 68° et 72°F (soit entre 20 et 22°C); humidité relative égale à 50 % + 5 %) est difficile pour ne pas dire impossible à réaliser et à maintenir. L'architecture des bâtiments existants, le coût élevé de l'énergie, les difficultés auxquelles on se heurte dès qu'il faut acquérir et entretenir du matériel, enfin les conditions météorologiques extrêmes qui règnent tout au long de l'année sont autant de raisons qui expliquent pourquoi il est difficile de maintenir la température et l'humidité relative dans les limites préconisées. Dans la plupart des cas, la climatisation générale, autrement dit une régulation totale des conditions climatiques - température, humidité, qualité de l'air, lumière - n'est possible que si elle est prévue dès le départ, au stade de la conception architecturale du bâtiment et à condition qu'on ait la volonté d'assurer la maintenance du système.
Garry Thomson, l'un des plus éminents spécialistes de la climatisation générale des musées, déclarait, dans un exposé présenté lors de l'Asia-Pacific Seminar on Conservation of cultural Property (Séminaire sur la conservation des biens culturels en Asie et dans le Pacifique), tenu à New Delhi en 1972 "On nous objecte que les musées ne peuvent pas s'offrir le luxe de la climatisation. C'est une absurdité lorsqu'il s'agit de musées importants situés dans des pays où fourmillent hôtels et bureaux équipés de coûteux systèmes de climatisation (2)." Si l'on parle de planification et d'objectifs à long terme, c'est Thomson qui est dans le vrai. Tous les conservateurs de bibliothèques et les directeurs d'archives devraient se fixer comme objectif à long terme la maîtrise totale des conditions d'environnement. Malheureusement, c'est faire peu de cas des réalités économiques et politiques au milieu desquelles se débattent les bibliothèques et musées des pays en développement. En attendant qu'une telle maîtrise devienne possible, force est de recourir à des méthodes moins radicales pour modifier les environnements existants.
Bien évidemment, les ouvrages conservés dans les bibliothèques qui sont, pour l'essentiel, fabriqués à partir de matériaux d'origine organique supportent très mal les températures et les taux d'humidité relative particulièrement élevés, d'autant que la détérioration chimique, biologique et microbiologique va très souvent de pair avec ces conditions climatiques. Cela dit, une bonne compréhension des facteurs de détérioration, doublée d'une planification réfléchie, peut compenser de façon appréciable l'incidence négative d'un mauvais environnement. Les directeurs de bibliothèque doivent impérativement tirer parti de toutes les ressources dont ils disposent et appliquer des solutions sur mesure pour résoudre les problèmes d'environnement auxquels ils sont confrontés. Des choix peu judicieux ou encore un excès de confiance dans les solutions technologiques peuvent même se solder par la détérioration d'une situation déjà difficile.
Pendant la deuxième guerre mondiale et durant la période de l'après-guerre, on s'est beaucoup intéressé à l'effet du climat tropical sur toutes sortes de matériaux (3). Alarmés par l'extrême détérioration du papier, du cuir, des textiles et des métaux sur les fronts de l'Asie et du Pacifique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont consacré pas mal d'argent et d'efforts à l'étude des causes des dégradations liées à l'environnement et des moyens de les prévenir. A l'époque, les recherches avaient essentiellement porté sur la mise au point d'agents protecteurs dont l'application sur les matériaux en question, aurait atténué les effets des conditions climatiques, les méthodes qui auraient permis d'agir directement sur ces conditions intéressant beaucoup moins les chercheurs. Au milieu des années 50, les pouvoirs publics cessaient dans l'ensemble de financer ces recherches sur les matériaux, la prévention et le traitement et celles-ci, de ce fait, accusaient un ralentissement. Malheureusement, on le sait aujourd'hui, la plupart des fongicides et des biocides naguère recommandés sont toxiques non seulement pour les moisissures et autres nuisibles mais aussi pour l'être humain. En outre, la recherche actuelle est largement orientée vers la mise au point de systèmes de régulation climatique toujours plus sophistiqués, ce qui limite évidemment leur applicabilité. Ceux qui s'occupent aujourd'hui de la préservation des biens culturels conservés dans les musées, les bibliothèques ou les archives n'ont souvent pas d'autre solution réaliste que la modification de l'environnement.
Modification de l'environnement
Il n'est peut-être pas inutile de définir deux expressions qui sont employées tout au long de la présente étude et qui ne doivent pas être considérées comme synonymes.
On parle de régulation climatique ou de climatisation quand est installé un système qui surveille et régule la température et l'humidité relative et maintient entre elles un équilibre constant, conformément à des critères préalablement définis.
On parle de modification de l'environnement climatique quand on agit sur une ou plusieurs variables de l'environnement. Aucun dispositif de surveillance automatique n'est installé dans ce cas et l'on doit sans cesse procéder à des réglages pour maintenir l'équilibre souhaité. Les climatiseurs individuels dits climatiseurs de fenêtre, les déshumidificateurs portatifs et les ventilateurs relèvent tous de la modification de l'environnement et non de la régulation climatique.
Tout en nous proposant d'examiner ici un éventail très complet de modalités de régulation, de modification des conditions climatiques et les traitements à appliquer en cas d'urgence, nous nous attarderons surtout sur les mesures qui n'exigent ni installations complexes de climatisation générale, ni vastes opérations de désinfection, ni d'imposants traitements de conservation des documents sérieusement endommagés. Les plans et méthodes d'intervention en cas de sinistre sont examinés ici dans le seul cadre de la prévention et du traitement des moisissures.
Ouvrages cités:
1. Glen T. Trewartha. An Introduction to Weather and Climate. New York, McGraw-Hill, 1943.
2. Garry Thomson. "Climate and the Museum in the Tropics," Conservation in the Tropics Proceedings of the Asia-Pacific Seminar on Conservation of Cultural Property, February 7-16, 1972. Ouvrage publié sous la direction d'O.P. Agrawal, Rome, Centre international pour la conservation et la restauration des biens culturels, p. 42.
3. Glenn A. Greathouse and Carl J. Wessel, dir. publ. Deterioration of Materials, Causes and Preventive Techniques. New York, Reinhold, 1954.