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IV. Prévention

Conception et réamenagement des bâtiments
Modification des aménagements intérieurs
Entretien des rayonnages

Il est incontestablement beaucoup plus facile de prévenir la formation de moisissures dans les bibliothèques dont l'atmosphère est régulée, mais les frais d'installation et de fonctionnement d'un véritable système de climatisation sont lourds. Bien que moins onéreuse, la modification des conditions ambiantes n'est pas non plus entièrement donnée, mais l'entretien des fonds et collections des bibliothèques et des archives compte tout autant que leur acquisition et leur classement et doit être prévu à leur budget. A défaut de panacée, il existe un certain nombre de possibilités de modifier le milieu ambiant qui permettent de réduire les risques de détérioration des collections par les moisissures.

 

Conception et réamenagement des bâtiments

Ceux qui ont la chance de participer à la conception d'un nouveau bâtiment équipé d'un système complet et moderne de climatisation trouveront le sujet largement traité dans les publications consacrées aux bibliothèques et aux musées, à commencer par l'excellent ouvrage de Garry Thomson "The Museum Environment" (1), dans lequel les bibliothécaires puiseront une aide inestimable. Nous ne chercherons donc pas à revenir ici sur cette question. Nous nous intéresserons ici uniquement au réamenagement des bâtiments existants et à la conception des bâtiments nouveaux sans système central de climatisation.

Remarquons d'entrée de Jeu qu'il faut se garder de croire, en construisant un édifice, qu'on pourra l'équiper ultérieurement d'un système général de climatisation. En effet, un bâtiment conçu de manière à pouvoir être doté par la suite de dispositifs de régulation climatique efficaces et économiques aurait toutes chances dans l'intervalle d'être aussi inconfortable pour les utilisateurs que dangereux pour les collections. Les faibles hauteurs sous plafond et les pièces fermées indispensables à la régulation climatique créent des conditions aussi néfastes que possible sous les tropiques. Réciproquement, un édifice conçu pour exploiter la ventilation naturelle rend l'installation d'un système complet de climatisation pratiquement impossible et de toute façon hors de prix. Il faut donc que la décision soit arrêtée une fois pour toutes dès les premières phases des études.

Même en l'absence de climatisation générale, un bon projet peut faire beaucoup pour réduire les inconvénients du climat local. Il existe étonnamment peu de publications sur l'architecture tropicale. La bibliographie de Vance (2) contient à peine une quinzaine de pages de références à des ouvrages dont beaucoup remontent d'ailleurs à 20 ou 30 ans. Il n'empêche qu'en unissant leurs efforts, le bibliothécaire et l'architecte peuvent concevoir un bâtiment capable d'abriter les collections en toute sécurité. Il importe pour cela de tenir compte du type particulier de climat tropical qui règne dans la région considérée, car les éléments du programme architectural seront, à quelques exceptions près, différents dans chaque cas.

Situation

Le climat de la région (il a été question de différents types climatiques dans l'introduction) est important quand on établit le programme architectural concernant un bâtiment neuf comme lorsqu'on cherche les meilleures méthodes à utiliser pour modifier l'atmosphère dans un édifice existant. On trouvera dans l'ouvrage de Fry et Drew (3) des informations complémentaires sur les différences de climat entre les sites continentaux et insulaires auxquelles on pourra se référer utilement si l'on doit envisager des modifications d'ambiance dans un bâtiment. Nous nous contenterons ici de donner quelques indications générales.

Dans les climats de forêt tropicale (Am), où les conditions sont relativement uniformes tout au long de l'année, les températures rarement très élevées (elles sont d'ordinaire inférieures à 90°F soit environ 32°C) et le vent léger, quand il y en a, l'essentiel des efforts devrait viser à améliorer la ventilation et à abaisser le taux d'humidité relative.

Dans les climats de mousson (Am), il est passible de mettre à profit les vents généralement plus forts pour améliorer la ventilation et de consacrer davantage de ressources à la réduction du taux d'humidité relative, en particulier pendant les mois humides.

Dans les savanes tropicales (As ou Aw), qui comptent trois saisons distinctes, il peut être nécessaire de recourir à des systèmes plus complexes. Pendant la saison sèche et chaude, la poussière et la saleté posent un problème particulier. Il faut alors que l'on puisse fermer les locaux pour les protéger de la poussière, tout en maintenant une ventilation suffisante pour éviter une élévation de la température à l'intérieur. Compte tenu des problèmes qu'entraînent les très hautes températures, la poussière et la sécheresse, la climatisation peut devenir le meilleur moyen de préserver les collections. Comme il y a deux saisons sèches et une saison humide relativement brève, le problème des moisissures ne se pose que pendant une petite partie de l'année ou pas du tout. Il importe de faire le maximum pour empêcher l'humidité relative de varier trop fortement d'une saison à l'autre. En climat de savane, la ventilation naturelle ne s'utilise pas comme dans les climats Af et An. Oakley (4) propose un certain nombre de schémas utiles concernant les possibilités de ventilation naturelle sous les climats As et Aw.

Architecture et modification des conditions ambiantes

Il est possible d'influer directement sur la température et la ventilation par des aménagements de caractère architectural. L'humidité relative ne peut quant à elle être modifiée qu'indirectement, grâce soit à une utilisation Judicieuse de la ventilation naturelle, soit à un système de régulation artificielle dont il sera question plus loin.

Température

Les murs orientés à l'est et à l'ouest, qui reçoivent le plus fort du soleil du matin et de l'après-midi, doivent être protégés et isolés, de manière à ce que la chaleur ne se transmette pas à l'intérieur de l'édifice. Le toit, qui est très exposé au soleil de midi, doit réfléchir la chaleur; il faut en outre que le reste du bâtiment en soit isolé par des combles ou un espace de ventilation.

Les murs à double paroi constituent un excellent moyen d'isoler les édifices dans les régions tropicales. L'air est un bon isolant qui empêche la chaleur emmagasinée dans la paroi extérieure de pénétrer à l'intérieur des locaux. Sous les tropiques, le parpaing creux de ciment est en maints endroits le matériau de construction de base. Bien que d'un effet en général peu esthétique, il permet d'obtenir une bonne isolation à peu de frais. Les doubles parois véritables sont plus efficaces, mais elles reviennent beaucoup plus cher. Ces dernières sont également utilisées avec profit sous les climats tempérés où l'on est amené, compte tenu des températures extrêmes d'hiver et d'été, à prêter un maximum d'attention au coût de fonctionnement, sur le long terme, d'un système de climatisation générale.

Le brise soleil est une variante du mur à double paroi. Il peut être prévu au stade de la conception du bâtiment ou bien installé sur la façade de bâtiments existants. Bien qu'il ne soit pas aussi efficace que les murs à double paroi, il assure une certaine protection en absorbant le rayonnement primaire du soleil. Il réduit également la luminosité à l'intérieur des locaux en protégeant les fenêtres, qu'il permet de laisser ouvertes, même en saison humide. Il peut couvrir toute la longueur ou simplement une partie des murs, ou encore dans certains cas, uniquement les fenêtres, encore que cette dernière solution soit nettement moins efficace.

Il est possible, pour créer de l'ombre sur les murs exposés, de recourir à un certain nombre d'autres formules, entre autres, planter le terrain alentour d'arbres et de buissons, prolonger l'avancée du toit, ou installer des auvents. Les stores intérieurs, rideaux ou persiennes peuvent également réduire la transmission de la chaleur à travers les vitres des fenêtres. On trouvera dans l'ouvrage de Kukreja (5) un tableau de l'efficacité relative de différents dispositifs de protection du soleil, évaluée en fonction de la réduction du gain total de chaleur que ceux-ci permettent d'obtenir, de leur aptitude à assurer la ventilation transversale des locaux et du pourcentage de lumière naturelle qu'ils laissent passer.

Le verre a la propriété non seulement de transmettre, mais aussi d'intensifier la chaleur. Sous les climats tropicaux, les grandes fenêtres peuvent accroître sensiblement la température intérieure, ce qui n'empêche que beaucoup d'immeubles en sont dotés pour des raisons esthétiques. Il existe des films plastiques absorbant les ultraviolets et la chaleur qui remplissent assez bien cet office sans pour autant obscurcir la vue ou réduire par trop la luminosité.

Les grandes hauteurs sous plafond, habituelles dans les immeubles anciens des tropiques, constituent un moyen efficace d'évacuation de la chaleur intérieure. L'air chaud s'élevant, il peut être évacué des locaux par des ventilateurs installés dans les plafonds ou sous les combles ou encore par des fenêtres placées directement au-dessous de l'avancée du toit.

Ventilation

D'une manière générale, sous les climats tropicaux, il convient d'orienter les édifices de manière à tirer parti des vents dominants et de les aménager de telle sorte que la ventilation transversale y soit partout possible.

Même les locaux conçus pour utiliser la ventilation naturelle exigent des systèmes auxiliaires de ventilation mécanique pour les périodes durant lesquelles les vents dominants tombent ou changent de direction.

La disposition des fenêtres joue un rôle majeur dans l'établissement d'une bonne aération, une fois l'orientation de l'édifice déterminée. L'ouvrage de Kukreja (16) contient d'excellents schémas de la circulation intérieure de l'air résultant de différents types de disposition de ces ouvertures. On s'y reportera avec profit lors de l'établissement des plans ou du réamenagement d'un édifice, mais ils seront aussi utiles pour décider de la disposition des rayonnages et prévoir les éventuels problèmes qui pourraient se poser. Kukreja note qu'une seule fenêtre est sans effet du point de vue de la ventilation et qu'en cas de modification, c'est en perçant des ouvertures dans des murs qui se font face pour assurer une ventilation transversale que l'on obtient les meilleurs résultats. L'agrandissement de la fenêtre d'évacuation se traduit par une nette accélération de la circulation intérieure de l'air, même si l'on ne touche pas à la fenêtre d'admission. Il est possible d'autre part, lorsque les ouvertures d'admission et d'évacuation sont étroites, d'améliorer sensiblement la circulation en en augmentant la hauteur. Il met également en parallèle les taux de circulation établis pour différents rapports, superficie des ouvertures/surface de planches, démontrant ainsi que la circulation de l'air est maximale lorsque, dans un volume, les ouvertures des fenêtres représentent 25 % de la surface de planchers.

Les fenêtres à claire-voie, très répandues sous les tropiques, permettent une excellente ventilation, mais ne protègent guère contre la pluie et les insectes et il convient de leur associer d'autres dispositifs. Toutes les ouvertures de ce type doivent être protégées au moyen de moustiquaires de fibre de verre à maille fine parfaitement ajustées dans le dormant Il est bon d'installer les moustiquaires sur la face intérieure des fenêtres, ce qui en facilite la dépose pour entretien, en particulier si les parois extérieures sont munies d'un pare-soleil.

Dans les immeubles où les pièces sont hautes, l'installation de ventilateurs au plafond représente un excellent investissement. Il est possible, en leur associant des ventilateurs sur Pied ou encastrés dans les fenêtres, d'entretenir une circulation suffisante à relativement peu de frais, même dans les climats Af, où il y a très peu de vent.

 

Modification des aménagements intérieurs

Outre les modifications qui peuvent être apportées à l'architecture des bâtiments pour réduire les phénomènes de transmission et de rétention de la chaleur et de l'humidité, il est possible de réaménager les zones de rangement et de stockage pour le plus grand bien des collections.

Emplacement des zones de rangement et de stockage

Comme, sous les climats tropicaux, le niveau de la nappe phréatique est généralement élevé, les édifices y sont d'ordinaire dépourvus des sous-sols courants sous les climats tempérés. Si d'aventure le bâtiment auquel on a affaire possède un ou plusieurs étages en sous-sol, il faut à tout prix éviter d'y installer des rayonnages ou d'y entreposer les collections inutilisées. Les pièces enterrées sont difficiles, voire impossibles à étanchéifier convenablement et l'humidité du sol finit toujours par filtrer à travers les murs. Qui plus est, quand ceux-ci sont revêtus d'un enduit hydrofuge, l'humidité et les sels ont tendance à s'accumuler sous la couche d'enduit, jusqu'au moment où la surface du mur et l'enduit lui-même commencent à s'écailler, ce qui a pour effet de mettre à nu la partie interne du mur et de faciliter la pénétration de l'humidité. Il est difficile en outre d'y entretenir une ventilation adéquate, d'où une atmosphère chaude, humide et stagnante qui est on ne peut plus propice au développement des moisissures.

Même si les zones enterrées ne sont pas utilisées à des fins de stockage, il importe d'en étanchéifier les murs et les sols aussi parfaitement que possible afin d'empêcher une élévation de l'humidité relative dans l'ensemble des locaux. De fréquentes inspections permettront de surveiller l'état de ces zones et les points vulnérables de l'édifice seront signalés au personnel.

On évitera en outre de créer des pièces aveugles, à moins d'être en mesure de les doter de systèmes mécaniques de régulation de la température et de l'humidité relative. Ces locaux aveugles feront l'objet d'une surveillance régulière. Dans les bâtiments qui en possèdent, il est possible d'obtenir une meilleure aération en remplaçant les parois intérieures pleines par des claustras pour ménager une ventilation transversale, naturelle ou forcée.

Disposition des rayonnages

Les rayonnages ne doivent pas être placés directement contre les murs extérieurs, car c'est là que les transferts de chaleur et d'humidité sont le plus intenses et cette disposition entraverait considérablement la circulation de l'air. Un espace d'une trentaine de centimètres entre le mur et les rayonnages suffira à améliorer cette dernière et à empêcher que la condensation de l'humidité sur le mur ne provoque l'apparition d'un microclimat.

Les rayonnages doivent être disposés dans le même sens que le courant d'air, de manière à ce que ce dernier circule perpendiculairement au dos des livres rangés sur les étagères. Jamais les rayonnages ne doivent faire obstacle au flux d'air venant des fenêtres ou des ventilateurs.

Les rayonnages, en particulier lorsqu'ils sont en épis doubles, doivent être ouverts à l'arrière, ce qui aura pour effet d'améliorer la ventilation tout autour des volumes. Si l'on a des doutes quant à leur robustesse ou à leur stabilité, mieux vaut les entretoiser que les consolider à l'aide des panneaux pleins fournis avec la plupart des étagères du commerce. Si enviables que puissent paraître les économies d'espace qu'ils permettent de réaliser, les rayonnages denses sont à déconseiller sous les tropiques, cela en raison surtout du microclimat dont ils risquent de favoriser l'apparition lorsqu'ils sont en position rapprochée. Qui plus est, les mécanismes servant à les déplacer tendent à se gripper avec l'humidité.

Il convient d'éviter le plus possible les armoires fermées. Si elles sont indispensables pour le stockage de microfilms ou de livres sous écrin fermé, il faut les ventiler à l'avant et à l'arrière ou bien y créer un microclimat favorable, afin de combattre l'humidité relative.

Modification localisée de l'atmosphère ambiante

En dehors des méthodes permettant de tirer parti des conditions naturelles pour agir sur les conditions atmosphériques dans l'ensemble d'un édifice, il existe différents moyens techniques pour modifier l'environnement dans des zones circonscrites. La plupart des collections comportent des documents - souvent des ouvrages rares et précieux ou bien des pièces présentant un intérêt historique particulier - qui exigent une protection renforcée. D'où l'idée d'aménager à l'intérieur des bibliothèques des zones spéciales où ces documents peuvent être conservés en sécurité dans un milieu plus proche de l'idéal. On peut dans ce cas, en plus des mesures citées plus haut, procéder à des modifications localisées de l'environnement où ces documents sont placés, mais il ne faudrait pas croire qu'elles puissent remplacer la modification générale du climat de l'édifice.

Surveillance des conditions climatiques

Avant de tenter de modifier en quoi que ce soit l'environnement dans un lieu donné, il est indispensable de bien connaître les conditions régnant dans les locaux. Il faut faire des relevés très complexes de l'existant en divers endroits à toutes les heures de la journée et pour toutes les saisons de l'année. Si l'on prévoit d'installer des appareils individuels de climatisation, il importe de s'assurer que l'abaissement de la température ne se traduira pas par une élévation excessive du taux d'humidité relative, sur le champ ou plus tard, au changement de saison.

L'appareil le plus efficace de surveillance de la température et de l'humidité relative est l'hygrothermographe enregistreur, qui produit une courbe continue 24 heures sur 24 et sept jours durant. Il est nécessaire de disposer de plusieurs appareils de ce type et de les déplacer d'un endroit à l'autre suivant un calendrier préétabli, de manière à obtenir des informations concernant toutes les saisons et toutes les parties de la bibliothèque. Relativement peu coûteux - 300 à 500 dollars des Etats-Unis ces instruments sont d'un bon rapport coût-efficacité sur la longue période. Il est possible également de recourir à des appareils de mesure sans dispositif enregistreur, fixes ou portatifs. Les thermomètres, les hygromètres et les hygrothermographes mesurent respectivement la température, l'humidité et l'une et l'autre à la fois, mais ils ne produisent pas de graphiques, de sorte que, pour obtenir un état général de la situation, il faut relever régulièrement les mesures, ce qui exige beaucoup de temps du personnel. Ces mesures doivent être opérées en divers endroits, relevées à des heures précises du jour (et de la nuit), puis notées de manière à ce que l'on puisse établir une courbe exacte pour chacun des emplacements choisis.

Il est nécessaire de disposer de psychromètres à bandoulière ou motorisés pour calibrer les autres appareils de mesure et, le cas échéant, procéder à des mesures instantanées dans les zones où se posent des problèmes.

Les bandes de papier indicateur d'humidité ne présentent guère d'utilité sous les climats véritablement tropicaux. Elles se maintiennent presque toujours dans la gamme des roses (humide) et n'indiquent le plus souvent que les variations extrêmement importantes de l'humidité relative. C'est probablement dans les boîtes fermées où l'on a créé un microclimat plus sec que leur emploi est le plus indiqué, mais il faut, pour les utiliser avec profit, les contrôler régulièrement.

Le matériel recommandé plus haut pour faire l'état de la situation avant de procéder à une modification localisée de l'environnement est également indispensable pour entretenir le climat voulu, éviter qu'il ne fluctue et déterminer, le cas échéant, la cause des moisissures. L'achat et la maintenance de ces appareils de mesure sont donc à considérer comme un investissement à long terme propre à assurer la conservation des collections.

Climatisation individuelle

On entend, dans la présente étude, par "climatisation individuelle" l'emploi d'appareils mécaniques individuels pour rafraîchir et filtrer l'air dans certains espaces d'un bâtiment. Les systèmes de climatisation centrale servant à réguler l'atmosphère de tout un édifice sortent du cadre de notre travail. Les appareils individuels de climatisation se répartissent en deux grandes catégories suivant leur principe de fonctionnement le refroidissement par évaporation et le refroidissement à l'eau réfrigérée.

Le refroidissement par évaporation est le système le plus simple et le moins coûteux, mais il ne convient généralement pas pour les régions où les températures et les taux d'humidité relative sont élevés toute l'année.

Les appareils de refroidissement à l'eau réfrigérée comportent un dispositif de réfrigération qui abaissent la température de l'air et un système de chauffage qui le réchauffe peu avant qu'il ne pénètre dans la pièce. Sous les climats tropicaux humides, ce procédé est d'un d'emploi délicat, car il faut que l'air introduit dans les locaux soit au-dessus du point de rosée, sans quoi l'humidité relative augmente dans des proportions inacceptables. Il suffit en effet d'une variation de 1°F (à peine plus de 0,5°C) de la température pour modifier de 3 % le taux d'humidité relative. Les instruments qui régulent ce processus sont donc d'une extrême importance. Il en existe différentes sortes, au nombre desquels les dispositifs à thermomètres sec et mouillé du type employé dans les psychromètres et les hygromètres à cheveu, analogues à ceux qui sont utilisés dans les hygrothermographes (7). Le prix d'un appareil à réfrigération peut atteindre jusqu'à deux fois celui d'un appareil à évaporation et il consomme beaucoup plus d'énergie. On a souvent tendance à réduire les frais de fonctionnement en arrêtant l'élément chauffant, ce qui entraîne inévitablement de graves problèmes d'ambiance. Si l'on opte pour un modèle fonctionnant par refroidissement à l'eau réfrigérée, il faut absolument en respecter le mode d'emploi.

Le type de filtrage choisi et le degré de recyclage souhaitable dépendent très largement des conditions locales. Il est indispensable, pour que le système fonctionne efficacement et économiquement, de nettoyer ou de changer régulièrement les filtres. Les systèmes électrostatiques sont à éviter, car ils dégagent de l'ozone, qui peut endommager les matériaux organiques (8).

Il est un autre facteur dont il convient de tenir compte quand on a recours à des climatiseurs. Tout comme l'eau, l'air introduit dans un local se stabilise à un certain niveau l'air froid qui entre au ras ou au voisinage du sol reste là où il est, tandis que l'air chaud s'établit plus haut. Il faut donc installer les climatiseurs aussi haut que possible dans les murs et les fenêtres, de manière à obtenir une circulation maximale dans la zone concernée. Les rayonnages et les armoires doivent être placés de manière à ne pas entraver la circulation de l'air.

Déshumidification

Sous les climats tropicaux humides, c'est peut-être la déshumidification qui est la meilleure des protections contre les moisissures. Son seul véritable concurrent est une bonne circulation de l'air, et non la climatisation individuelle. Comme nous l'avons noté plus haut, cette dernière peut en effet rendre la déshumidification plus nécessaire encore. Une bibliothèque doit toujours être équipée de déshumidificateurs portatifs, voire parfois d'une installation à demeure.

Les appareils mécaniques à absorption, qui sont les plus largement répandus, ne sont en général utilisés que dans les installations fixes de dimensions relativement importantes. Très performants et d'un entretien relativement facile, ils constituent une solution intéressante pour les institutions qui sont constamment en butte à de graves problèmes d'humidité. L'un des systèmes décrits par Gates a un débit d'air de 1.500 pieds cubes (42 m3) et extrait Jusqu'à 20 livres (9 kg) d'eau à l'heure (10). Les systèmes de déshumidification à l'air chaud ne conviennent en général pas aux climats tropicaux et, sur les trois types existants, sont ceux dont l'usage revient le plus cher.

Les systèmes les plus efficaces et les plus économiques sous les climats chauds sont les appareils agissant par réfrigération, qui extraient l'humidité de l'air par condensation sur des serpentins réfrigérés. Il en existe des versions portatives qui fonctionnent suivant le même principe, consomment peu d'énergie et exigent un minimum d'entretien. La plupart comportent des dispositifs de contrôle très simples et peuvent se régler de manière à maintenir un taux d'humidité relative donné.

L'un des grands avantages des systèmes de déshumidification tient au fait qu'ils ne nécessitent pas d'importants réseaux de tuyauteries comme les systèmes de climatisation. D'après Gates, la vapeur d'eau tend à migrer vers le point de l'atmosphère où la teneur en humidité est la plus faible (11). Il n'est donc pas nécessaire, même lorsque les appareils sont portatifs, de les déplacer pour déshumidifier convenablement une pièce. Dans les locaux de grandes dimensions, il convient de prévoir plusieurs appareils.

Création de microclimats dans les armoires et les vitrines

On dit qu'il s'est créé un microclimat chaque fois que dans une zone restreinte la température et l'humidité relative diffèrent de celles qui règnent alentour. Un microclimat peut être bénéfique ou nocif et apparaître de lui-même ou être artificiellement induit et entretenu.

Il est parfois nécessaire de créer un microclimat dans une portion de bâtiment, soit que le type de documents à y conserver l'exige, soit que l'on ait à protéger des documents précieux ou que l'on veuille faire passer des articles entreposés en milieu climatisé dans des espaces d'exposition qui ne le sont pas. En milieu très humide, les microfilms, les cartes géographiques et les documents rangés dans des tiroirs de classeurs sont tout naturellement les premiers à devoir bénéficier d'un microclimat. Alors qu'il est possible de réduire le risque d'attaques de moisissures dans l'ensemble des fonds et collections grâce à une amélioration de la circulation d'air, les classeurs métalliques fermés conçus pour le stockage des microfilms, des cartes et des documents ont l'inconvénient de retenir l'humidité, surtout lorsqu'ils sont rarement utilisés. On peut, en abaissant artificiellement l'humidité relative de l'air qu'ils contiennent, y ménager un microclimat bénéfique.

Il est possible, pour réduire l'humidité à l'intérieur d'un classeur fermé, d'utiliser des substances hygroscopiques qui absorbent l'humidité de l'air. Les deux produits de ce type qui sont les plus faciles à se procurer sont le gel de silice (disponible en plusieurs qualités), qui est très largement répandu aux Etats-Unis et en Europe, et les pastilles Nikka (également appelées Kaken Gel), en usage au Japon et en Extrême-Orient. Il est établi que par des taux d'humidité supérieurs à 60 %, les pastilles Nikka sont plus efficaces que le gel de silice (12). Ce dernier contient souvent un réactif teinté qui vire du bleu au rose au fur et à mesure que le gel s'imprègne d'humidité et indique le moment où celui-ci parvient à saturation et doit être reconditionné.

Avant usage, la substance hygroscopique doit être portée à 0 % d'humidité relative, ce qui se fait en chauffant le matériau dans un four. Les pastilles ou cristaux peuvent être reconditionnés et réutilisés à de multiples reprises sans perdre de leur pouvoir d'absorption. Une fois conditionné, le produit est placé dans les armoires, soit sur des plateaux déposés dans le bas du meuble, soit dans de petits sacs d'étoffe disposés dans chaque tiroir. Si le produit utilisé ne contient pas de réactif teinté, ou placera en outre dans l'armoire un hydromètre ou des bandes de papier indicateur d'humidité pour déterminer le moment où le reconditionnement deviendra nécessaire. Une fois que le taux voulu d'humidité est atteint et qu'un équilibre s'est établi à l'intérieur de l'armoire, le produit n'a plus besoin d'être reconditionné aussi fréquemment, sauf si les ouvertures de l'armoire sont fréquentes. Plus grandes sont les quantités de produit employées, plus longs sont les intervalles entre deux opérations de reconditionnement.

Les articles et études sur la question des microclimats ne manquent pas en rapport surtout avec l'installation des vitrines d'exposition et l'emballage et le transport des oeuvres d'art; cependant, dans la quasi-totalité des cas, ils ont trait au maintien de conditions climatiques inoffensives dans les armoires fermées et autres lieux fixes. On trouvera dans le récent ouvrage (13) de Stolow des informations sur les dernières techniques dans ce domaine.

 

Entretien des rayonnages

Le nettoyage et l'entretien de routine n'ont la vedette dans aucune bibliothèque; il n'empêche qu'ils jouent un rôle particulièrement important dans les locaux non climatisés. Lorsque la circulation de l'air est assurée par une ventilation naturelle, la saleté et la poussière constituent en permanence un problème. Comme ces particules sont hygroscopiques, c'est-à-dire qu'elles attirent et retiennent l'humidité de l'air, et comme elles contiennent souvent des substances dont se nourrissent les moisissures, des nettoyages fréquents et réguliers des espaces de rangement sont indispensables sous les climats tropicaux. Le passage de l'aspirateur réduira en outre, fût-ce temporairement, le nombre des spores présentes sur les ouvrages. Dans les climats de savane, un nettoyage à fond avant le début de la saison des pluies peut éviter totalement l'apparition des moisissures.

On établira un calendrier pour le nettoyage à l'aspirateur de tous les livres en rayon au rythme d'une fois par an (ou aussi fréquemment que possible), et on le respectera. Il importe en outre de soumettre les magasins, et en particulier les sections peu fréquentées et les zones de stockage mort, à de fréquentes inspections.

Ouvrages cités:

1. Thomson, Garry. The Museum Environment, Londres, Butterworths, 1978.

2. Vance, Mary. "Tropical Architecture A Bibliography", Vance Bibliographies Architectural Series # A 738, 1982.

3. Fry Maxwell et Drew, Jane. Tropical Architecture in the Humid Zone, New York, Reinhold, 1956, p. 34-36.

4. Oakley, David. Tropical Houses; A Guide to their Design, Londres, Batsfor, 1961, p. 119.

5. Kukreja, C.P. Tropical Architecture, New Delhi, Tata McGraw-Hill, 1978, p. 74.

6. Kukreja, p. 96-98.

7. Howarth, F. Hugh. "An approach to air-conditioning", Contributions to the London Conference on Museum Climatology, Thomson Garry (dir. publ.), Londres, International Institute for Conservation, 1968, p. 173-180.

8. Brommell, N.S. "Conservation of Museum Objects in the Tropics", Conference on Museum Climatology, Thomson, Garry (dir. publ.), Londres, International Institute for Conservation, 1986, p. 145.

9. The Dehumidification Handbook, Amesbury, Mass., Cargocaire Engineering Corp., 6e éd., 1987.

10. Gates, Albert S. et al "Dehumidification", Deterioration of Materials, Greathouse and Wessel, p. 726.

11. Gates, p. 728.

12. Cassar, May. "Checklist for the Establishement of a Microclimate", Canadian Conservation Institute, 1984.

13. Stolow, Nathan. Conservation and Exhibitions, Londres, Butterworths, 1987.


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