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3. Les supports cellulosiques

3.1 Le papier: définition et composition
3.2 Autres supports cellulosiques
3.3 Facteurs de dégradation et méthodes de prévention
3.4 Techniques de restauration: matériaux et procédés

 

3.1 Le papier: définition et composition

Le papier est actuellement le principal support de l'écriture; du point de vue physique, il n'est rien d'autre qu'un enchevêtrement de fibres, généralement végétales, étalé en feuille.

Ses origines sont extrêmement lointaines; sa composition et sa fabrication ont varié au fil du temps, mais sans changer dans le principe.

Le papier proprement dit fit très probablement son apparition au IIe siècle ap. J.-C., en Chine. On l'obtenait à l'origine à partir de résidus de soie, de tissu ou de plantes comme le mûrier et la ramie, broyés, mélangés à de l'eau et filtrés à l'aide d'une sorte de tamis de bambou où se déposait la âte. Une fois sèche, collée (généralement avec des agents de collage extraits de racines et d'algues) et purifiée, cette pâte devenait une surface apte à recevoir l'encre.

Le procédé de fabrication chinois, dont le secret était jalousement gardé, s'est à l'origine relativement peu répandu. Il gagna tout d'abord la Corée, puis le Japon (VIIe siècle), où l'on parvint en perfectionnant les méthodes à obtenir des papiers de meilleure qualité.

Après la conquête de Samarcande, au VIIIe siècle, les Arabes arrachèrent ce secret à des prisonniers chinois et propagèrent l'usage de ce support sur l'ensemble de leurs territoires, l'introduisant ainsi en Occident par l'Espagne. L'utilisation du papier est attestée en Europe, et plus précisément à Cordoue et à Séville, dès le Xe siècle; à partir de ce moment, son usage se répandit lentement dans le reste du continent, le papier ne parvenant en Russie qu'au XVIIIe siècle, c'est-à-dire plus tard qu'en Amérique, où il fut introduit au XVIe siècle par les Espagnols.

Dans le même temps, les matières premières entrant dans sa fabrication allaient se modifiant. Les Arabes y incorporèrent des fibres de coton, tandis qu'en Europe on utilisa essentiellement les chiffons de coton, mais aussi et surtout, de chanvre et de lin.

Le procédé consistait à laisser pourrir les morceaux de chiffon dans de la chaux pour en faciliter le défibrage; on les broyait ensuite à l'aide de maillets hydrauliques ou, à partir du XVIIe siècle, d'une pile hollandaise (roue cylindrique armée de couteaux), systèmes qui permettaient d'obtenir un meilleur raffinage.

La pâte ainsi obtenue était extraite de la pile au moyen de formes métalliques qui laissaient leur empreinte sur le papier, et celui-ci, une fois sec, était collé. Au début, on se servait de colles végétales; plus tard, on passa aux colles animales et, enfin, on recourut à l'alun pour durcir la pâte.

Le papier ainsi obtenu est de très bonne qualité, en raison de sa légère alcalinité, qui le protège contre l'acidité, et de la nature de ses additifs, qui sont intrinsèquement inoffensifs. Seule la présence d'alun suscite des problèmes de conservation. Ses principales caractéristiques sont les marques (vergeures) laissées par la forme et l'uniformité de la dilatation, dans toutes les directions, due à la régularité de répartition des fibres.

Le procédé manuel céda progressivement la place à des méthodes de plus en plus mécanisées qui permirent d'obtenir un papier aux caractéristiques différentes, dit papier continu. La première machine de ce type apparut vers la fin du XVIIIe siècle et est l'ancêtre des machines actuellement utilisées dans l'industrie papetière.

Les machines à papier continu consistait en une toile sans fin sur laquelle se déposait la pâte, donnant non pas des feuilles mais de longues bandes de papier. Le papier continu se distingue essentiellement par le fait qu'en raison du mouvement de la machine les fibres tendent à se disposer de préférence dans le sens longitudinal, si bien que le papier se dilate davantage transversalement. Ce type de papier se reconnaît aussi à l'absence de vergeures, mais cette absence n'est qu'une preuve relative, puisque l'on peut fabriquer des papiers avec de fausses vergeures ou, à l'inverse, fabriquer des papiers à la main en se servant de formes de toile qui ne laissent pas d'empreinte (papier vélin).

En même temps qu'apparaissait le papier continu, s'amorçaient d'autres changements; par exemple, la pénurie de chiffons blancs obligea à recourir à des chiffons de couleur, qu'à partir du XVIIIe siècle on réussit à blanchir au moyen de substances chlorées. Les colles végétales et animales furent peu à peu remplacées par un apprêt à base d'alun, plus avantageux dans la mesure où l'on pouvait le mélanger à la pâte et supprimer ainsi la phase d'encollage.

L'utilisation du chlore conduisit à une dégradation des matériaux composant le papier, dont 1e chlore facilite l'oxydation; de même, l'alun (sel de l'acide sulfurique) se révéla lui aussi nocif, car en se dissolvant dans l'eau, il provoque une forte réaction acide qui détruit la réserve alcaline et endommage les fibres de cellulose.

Mais le problème de la qualité du papier prit une acuité nouvelle avec la pénurie de chiffons qui obligea à recourir à une autre matière première, le bois, utilisé pour la première fois au XIXe siècle. Ce nouveau matériau avait l'inconvénient de contenir moins de cellulose et davantage de lignine. Cette dernière, présente en assez grande quantité dans le bois, est un élément qui contribue à l'acidification et à l'oxydation du papier.

Les méthodes de fabrication de la pâte de bois influent elles aussi sur la qualité du papier; ainsi, la pâte dite mécanique, obtenue par défibrage du tronc au moyen de systèmes abrasifs, donne un papier de moins bonne qualité, présentant des fibres courtes et inégales.

L'industrie papetière a remédié au problème de la lignine en éliminant celle-ci grâce au défibrage chimique; parmi ces systèmes, on notera le procédé au sulfate, qui donne le papier dit kraft, remarquable par sa résistance.

Fruit d'une association des systèmes de défibrage mécanique et chimique, la pâte semi-chimique est de meilleure qualité que la pâte mécanique et plus économique que la pâte chimique, bien que de moins bonne qualité qu'elle.

Les papiers à pâte chimique n'ont pas apporté de solution au problème de leur conservation, car s'ils sont à l'abri des effets nocifs de la lignine, ils contiennent toujours des éléments chlorés, de la colophane et de l'alun.

La solution réside dans le papier stable-durable, fabriqué à partir de pâte de bois de bonne qualité, doté d'une réserve alcaline et collé au moyen de résines stables.

A l'avenir, la fabrication du papier pourrait s'orienter vers l'utilisation de fibres synthétiques qui permettraient d'obtenir un matériau très résistant; on en citera pour exemple le polyester, déjà utilisé comme substitut du papier végétal.

De nos jours, la composition du papier est extrêmement complexe, dans la mesure où l'on peut y introduire de multiples additifs qui modifient les caractéristiques du produit et permettent d'obtenir des types de papier aussi divers que le papier couché ou le papier végétal, lesquels demandent, en matière de conservation, des traitements très différents.

3.2 Autres supports cellulosiques

Bien que le papier soit aujourd'hui le support de l'écriture par excellence, nous ne devons pas oublier que d'autres époques et d'autres civilisations en ont connu d'autres.

Nous laisserons de côté pour l'instant les matériaux qui sont du ressort de la conservation archéologique (pierre, argile, métaux, os, ivoire...) et les supports d'origine animale (parchemin et peaux tannées), dont il sera question dans d'autres chapitres, pour consacrer toute notre attention aux matériaux d'origine organico-végétale (cellulosique) qui sont dans bien des cas d'authentiques ancêtres du papier.

Le premier support cellulosique de l'écriture fut probablement, en raison de la facilité qu'il y avait à se la procurer, l'écorce des arbes; appartiennent aussi à cette catégorie des supports cellulosiques les feuilles de palmier, utilisées en Inde jusqu'au XVe siècle, les cannes de bambou de la culture chinoise (500 av. J.-C. - Xe siècle) et les tablettes de bois enduites de cire ou de stuc qui furent utilisées dans le monde romain et en Egypte du Ve siècle av. J.-C. jusque dans les débuts de l'ère chrétienne.

Parmi les supports, dont l'obtention est déjà l'aboutissement d'un processus relativement élaboré de fabrication, figurent en premier lieu, les feutres, qui sont l'ancêtre direct du papier. Ils furent caractéristiques non seulement de la civilisation chinoise, mais aussi d'autres peuples, qui obtenaient un support d'écriture en broyant des morceaux de toile ou simplement au moyen de fibres enchevêtrées.

Les tissus aussi furent utilisés à cette fin, par exemple, les soies en Orient et les tissus de "pita" (fibre d'agave) dans les cultures précolombiennes.

Mais les deux supports cellulosiques les plus importants, parce que caractéristiques de peuples d'un haut degré de civilisation, qui les utilisèrent de manière habituelle et les répandirent chez leurs voisins, sont le papyrus et l'amatle ou amate, dont nous allons parler plus longuement.

3.2.1 Le papyrus

Le papyrus, Cyperus papyrus, est un végétal de la famille des cypéracées qui poussait spontanément et en abondance au bord des cours d'eau dans certaines régions (il est aujourd'hui en voie de disparition). Il en existe trois variétés: C. nyloticus, qui pousse spontanément le long du fleuve et dans le delta du Nil, C. syriaca, isolé en Syrie, et C. siciliaca, identifié en Sicile. On peut considérer comme des variétés du papyrus les "matas" qui poussent spontanément en Amérique centrale.

Le papyrus peut mesurer jusqu'à quatre mètres de haut et sa tige, qui a généralement une épaisseur d'une dizaine de centimètres, a un aspect lisse et se termine par un panache de feuilles allongées à l'extrémité duquel se développent de petites fleurs verdâtres. La section de la tige, formée de couches concentriques, a l'aspect d'un triangle aux angles légèrement arrondis.

Les Egyptiens furent les premiers à utiliser le papyrus comme support de l'écriture. Dès le troisième millénaire, il apparaît représenté dans les hiéroglyphes et l'on en a conservé un qui remonte à 2200 av. J.-C.

De l'Egypte, le papyrus gagna le monde gréco-romain, puis se répandit dans toute l'Europe, où il fut le principal support utilisé jusqu'au XIe siècle ap. J.-C. et où il resta en usage dans l'Eglise romaine Jusqu'au XVe siècle.

Ce que l'on sait de la fabrication des rouleaux de papyrus nous est connu grâce aux écrits d'auteurs classiques comme Pline. Les choses se passaient, semble-t-il, ainsi:

1. On coupait la tige de la plante transversalement en tronçons de 30 à 50 cm et on prélevait l'écorce.

2. On y découpait de fines bandes longitudinales.

3. On les disposait de manière à obtenir une surface plane.

4. Sur cette première couche, on plaçait transversalement une ou plusieurs autres séries de bandes, toujours disposées transversalement les unes par rapport aux autres.

5. On martelait la surface à l'aide d'un maillet de bois et l'on pressait le tout sous une lourde planche.

6. Une fois séché au soleil, le papyrus était lissé à l'aide d'un polissoir de pierre ou d'os.

La sève libérée par le végétal au moment du martelage favorisait l'union des bandes de papyrus qui formaient une feuille à superficie compacte. Elle faisait également fonction d'apprêt, si bien que la feuille était à ce stade déjà à demi apte à recevoir l'écriture. Le processus de polissage et, dans certains cas, l'application de chaux achevait de lui donner les caractéristiques nécessaires.

Le fait que l'on ait parlé de différentes qualités de papyrus selon que celui-ci était fabriqué à partir de couches plus ou moins superficielles de la tige, suggère quelques variantes dans la fabrication. Il est possible qu'en pratiquant une coupe longitudinale à partir de la moelle on ait réservé les couches intérieures à la fabrication de papyrus plus blanc et plus doux et celles de l'extérieur, plus sombres, à la production de supports plus grossiers.

Le rouleau de papyrus proprement dit, qui résultait de la réunion de "feuillets" de 15 à 17 cm chacun, pouvait atteindre jusqu'à 30 m de long. Ces longues bandes étaient enroulées sur un bâton que les Romains appelaient "umbilicum", qui en facilitait la manipulation et évitait les déchirures.

L'encre la plus habituellement utilisée sur ce support était le noir de fumée lié à la gomme arabique, encore qu'il existe des papyrus portant des illustrations en couleurs.

3.2.2 L'amate

Principal support de l'écriture en usage dans les plus grandes civilisations de l'Amérique précolombienne, les civilisations maya et aztèque, l'amate remonte peut-être à une culture plus ancienne du golfe du Mexique. L'utilisation de l'amate est attestée pour la première fois dans la culture de Teotihuacan, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, et se maintient jusqu'au XVIe siècle, où il est remplacé par le papier.

L'amate est une espèce de feutre (fibres enchevêtrées) obtenu à partir d'un figuier sauvage portant le même nom qui pousse dans de vastes régions d'Amérique centrale, et en particulier dans le Yucatan.

Botaniquement, il appartient au genre "Ficus" et parmi les variétés les plus appréciées de cette plante figurent le "F. Cotinifolia", le "F. Petiolaris" et le "F. Lancifolia". Ces arbres, qui atteignaient des dimensions gigantesques, portent des racines aériennes qui servent à étayer leur énorme ramure. Ce sont ces racines qui étaient utilisées dans la fabrication de l'amate.

Différents chroniqueurs décrivirent sommairement le procédé employé par les Mayas, les Aztèques et autres peuples moins importants de Méso-Amérique pour transformer la matière végétale de ces arbes en "papier".

De toutes ces descriptions, la plus complète est peut-être celle que donna en 1570 le naturaliste Francisco Hernandez; selon cet auteur, les indigènes coupaient les grosses branches et les immergeaient dans les rivières en les maintenant sous l'eau à l'aide de pierres. Ils les y laissaient plusieurs jours de manière à les ramollir. Ensuite, ils en enlevaient l'écorce et les battaient sur une surface plane avec une pierre rainurée montée sur un manche afin de faire éclater et de défibrer le bois jusqu'à en faire une masse de consistance molle qu'ils coupaient en petits morceaux. Cela fait, ils battaient ces morceaux à l'aide d'une pierre plate jusqu'à obtenir un agglomérat fibreux qu'ils aplatissaient et lissaient pour former des feuilles ou des lamelles de grandeur variable. Une fois sèches, ces dernières présentaient les caractéristiques d'un papier grossier et compact, mais d'aspect plus fruste que le papier fabriqué à la même époque en Europe.

D'autres chroniqueurs donnent une description légèrement différente du procédé de fabrication et parlent de fibres cuites - auxquelles on ajoutait une substance collante en guise d'apprêt - et d'une sorte d'enduit à la chaux utilisé pour boucher les pores de l'amate et le rendre plus propre à l'écriture.

Des recherches sur la composition de l'amate d'anciens codex ont permis d'identifier les fibres de différentes espèces de ficus, mais aussi de maguey. Il est probable qu'on se servait de préférence de ficus, mais que l'on utilisait aussi, selon la région, de plantes locales comme le maguey et, peut-être, le palmier.

Concernant l'apprêt, les chercheurs inclinent à penser qu'il vient du gluten d'une orchidacée qui sert aussi bien d'apprêt pour le papier que de liant pour les couleurs.

Quant à l'enduit à la chaux de certains codex, les analyses réalisées indiquent qu'il s'agit d'un carbonate de chaux d'origine végétale: provenant probablement d'un arbuste du Yucatan. Il se peut que l'on ait utilisé les cendres blanches obtenues en le brûlant pour en enduire certains codex et leur conférer ainsi un aspect plus lisse.

Ce qui paraît hors de doute, c'est qu'avant d'être utilisé comme support de l'écriture, ce type de "papier" servit à confectionner des offrandes, des ornements et des habits à caractère sacré ainsi que des pièces de vêtement et des couvertures dans les classes modestes.

Pour ce qui est de la forme des livres écrits sur amate, on n'a conservé que des documents repliés en accordéon, écrits sur les deux faces et protégés par des couvertures de bois, dont l'aspect extérieur rappelle assez celui des livres européens. Il en est de dimensions variées, mais en moyenne, ils comportaient une cinquantaine de pages de 25/18 cm et pouvaient atteindre 10 à 15 m, une fois dépliés.

Aux époques plus modernes, la technique de fabrication s'est légèrement modifiée: après lavage à l'eau courante, on cuit les fibres dans une marmite avec des cendres de bois et de la chaux vive, puis on les lave à nouveau et on les bat, de manière à obtenir une pâte plus homogène. On étale sur une surface plane et l'on polit.

Certains peuples d'Asie orientale et d'Océanie ont utilisé des supports analogues à l'amate, par exemple, le tapa, obtenu à partir d'un mûrier et utilisé à Hawaii, à Tahiti et ailleurs dans le Pacifique.

3.3 Facteurs de dégradation et méthodes de prévention

Il ne faut pas oublier que toute substance, surtout si elle est organique, est périssable.

Les techniques de protection préventive visent à freiner autant que possible le processus de dégradation, et leur application exige une analyse préalable des causes possibles d'altération.

La protection est une tâche prioritaire en matière de conservation et, même si l'on entreprend des travaux de restauration, il est nécessaire de mettre l'accent sur les traitements préventifs pour éviter des dommages ultérieurs.

S'agissant de la nature des causes, on peut parler de causes extrinsèques (qui tiennent à l'environnement et aux conditions dans lesquelles sont conservés les documents) et intrinsèques (qui tiennent aux matériaux entrant dans leur composition et leur structure).

Les causes extrinsèques sont extérieures à l'objet et sont pour la plupart entièrement prévisibles, dans la mesure où elles tiennent au microclimat dans lequel est entreposé le document. C'est vers la lutte contre ces causes, dites naturelles, que sont de préférence orientées les opérations préventives, car, bien souvent, un environnement agressif favorise l'apparition d'altérations d'origine intrinsèque.

Parmi les altérations d'origine naturelle, celles qui sont provoquées par le couple température-humidité occupent une grande place. L'eau est un élément indispensable à la bonne conservation des matériaux cellulosiques, puisque les fibres qui les composent sont réunies entre` elles par des liaisons semi-chimiques dans lesquelles l'eau favorise la formation des ponts hydrogène qui assurent la cohésion des molécules de cellulose.

L'absence d'humidité entraîne la disparition d'une partie de ces liaisons, et fragilisent le document. La sécheresse fait en outre craquer les colles.

En revanche, l'excès d'humidité entraîne la décomposition par hydrolyse et favorise la formation d'acides, la fragilisation de l'apprêt et le ramollissement des colles.

Les changements brusques de température et d'hygrométrie provoquent la dilatation, l'arrachement des couches superficielles et le craquèlement des documents d'archives et, lorsque ces deux variables atteignent des valeurs élevées, la prolifération de micro-organismes.

Le microclimat qui convient aux matières cellulosiques se caractérise par une humidité relative de 50 à 60 % et une température se situant entre 16 à 21 °C

La prévention doit être envisagée dès le choix de l'emplacement et la construction de l'édifice qui abritera les documents graphiques. Il ne faut pas qu'il y ait d'humidité dans le sous-sol; on imperméabilisera les ciments, les murs, les couvertures, les cloisons et les plafonds et l'on utilisera de préférence pour les sols des dalles de granito ou de matériaux imperméables pour éviter l'absorption d'humidité. Sont également recommandés les murs à double paroi et le recours aux isolants thermiques. En outre, il est préférable de placer les magasins au-dessus du radier.

La régulation de la température et de l'humidité peut être assurée par le système de climatisation, sous réserve que celui-ci fonctionne en permanence, mais le mieux est la ventilation naturelle établie grâce à un courant d'air ascendant qui entre par le niveau le plus bas du local et sort par l'extrémité supérieure opposée.

Pour éviter les phénomènes de condensation, on veillera à ne pas adosser les rayonnages contre les murs et on surélèvera les étagères de six centimètres au moins par rapport au sol.

Pour réguler l'hygrométrie à l'intérieur des vitrines, on peut utiliser des appareils de climatisation ou bien des substances hygroscopiques comme le gel de silice, dans la proportion de un à trois kilogrammes par mètre cube, qui convient pour les vitrines ou les locaux de petites dimensions.

La lumière est un autre facteur de dégradation très important. Elle peut donner lieu à des altérations chimiques (surtout dues aux ultraviolets) et physiques (surtout dues aux infrarouges). Les modifications physiques provoquées par le réchauffement dû à la lumière entraînent le jaunissement du papier, une intensification des réactions chimiques, des vibrations internes qui produisent à leur tour une agitation moléculaire et, enfin, la désagrégation du matériau.

Les altérations chimiques sont dues à la photolyse qui occasionne la rupture des chaînes moléculaires, entraînant la fragilisation et la désagrégation du document, ainsi qu'une photo-oxydation, qui apparaît après la libération d'oxygène intervenue pendant la désagrégation. Cet oxygène libéré peut agir en solitaire comme décolorant (jaunissement du papier et décoloration des encres); il peut aussi former de nouvelles molécules nuisibles aux matériaux telles qu'oxydes, acides, péroxyde d'hydrogène et autres, dont l'action est à son tour favorisée par l'excès de chaleur et d'humidité.

Moins il y a de lumière dans les dépôts d'archives, mieux les documents se conservent. Une intensité de 50 lux paraît convenir: elle n'endommage pas la matière cellulosique, mais est suffisante pour permettre d'identifier et de manipuler les ouvrages en rayon. Il est bon de réduire les ouvertures de l'édifice pour diminuer la lumière solaire et de poser sur les vitres des filtres à ultraviolets (vernis, feuilles de plastique...). La lumière la moins nuisible est la lumière fluorescente, à condition que les lampes soient équipées d'écrans diffuseurs filtrants; dans les vitrines, un éclairage indirect est dans tous les cas préférable.

Une autre cause d'altération physique due à l'environnement réside dans les vibrations, dont l'effet peut aller jusqu'à désagréger les pièces. Pour les éviter, la solution consiste à implanter l'édifice sur un terrain solide, dans une zone non sismique, loin des trains, des aéroports et autres sources de vibration, et où il y a peu de bruit. Si toutes ces conditions sont impossibles à réunir, il faudra en tenir compte au stade de la construction de l'édifice et placer les rayonnages et les vitrines sur des patins amortisseurs (caoutchouc).

Autre catégorie de dommages naturels, les dommages d'origine physicomécanique occasionnés par les manipulations, un rangement défectueux, etc., qui sont causes de déchirures, de taches et autres malheurs. Pour prévenir ce type de dommages, il faut d'une part prévoir des modes de rangement convenables et d'autre part réduire les manipulations - et, du même coup, la détérioration des originaux - en en établissant des reproductions (microfilms, microfiches, etc.).

Les détériorations chimiques d'origine environnementale sont liées à la pollution de l'atmosphère, qui transporte des particules nocives comme le dioxyde de soufre combiné à l'humidité et catalysé par des particules métalliques, celui-ci finit par former de l'acide sulfurique. Les matières que véhiculent la poussière, la fumée et les vapeurs (spores, métaux, sels, gaz et autres) peuvent agir comme des abrasifs, des catalyseurs, des agents de contamination biologique, etc.

Le moyen le plus efficace d'empêcher les particules et vapeurs d'entrer dans les locaux consiste à installer des systèmes de filtrage (filtres au charbon actif, secs ou semi-secs...).

Dernière cause d'altération extrinsèque et naturelle, la contamination biologique est déjà de l'ordre de la catastrophe. Eu égard aux dégâts qu'ils provoquent, les organismes vivants - petits mammifères, insectes, champignons et bactéries - peuvent en effet être considérés comme un fléau.

Les petits mammifères et les insectes rongent le papier, y laissant des trous et des salissures. Les altérations provoquées par les micro-organismes se traduisent par des taches de différentes couleurs et, en général, par un ramollissement très caractéristique du support cellulosique.

La lutte contre les bibliophages peut commencer dès la fabrication même des éléments qui entrent dans le document graphique, avec l'introduction de substances à effet répulsif dans leur composition surtout dans celle des colles naturelles, si "appétissantes" pour beaucoup d'insectes.

Mais ce type de défense dès le stade de la fabrication n'est pas du ressort des services de conservation-restauration des archives, qui devront chercher d'autres moyens pour éviter ce genre de dommages.

La première défense, face aux agents biologiques, consiste à agir sur l'environnement de manière à rendre difficile ou impossible la présence d'organismes. On évitera la conjonction de fortes températures et de taux élevés d'humidité, qui est propice à leur prolifération. On évitera aussi la poussière et la saleté, le manque de ventilation, l'obscurité totale, les recoins et les zones inaccessibles aux regards où les insectes et les rongeurs peuvent se cacher, ainsi que les ouvertures donnant directement sur l'extérieur, par lesquelles ils peuvent s'introduire dans les locaux.

Il importe de procéder à des contrôles périodiques pour s'assurer de leur absence et de s'abstenir de faire entrer dans les locaux des documents et objets nouveaux sans être sûr qu'ils sont exempts de toute contamination. En tout état de cause, il faut prévoir dans les dépôts des dispositifs de prévention (cf. 3.4.5 et tableau 1- Désinfection/désinsectisation) qui empêchent les bibliophages d'y pénétrer et de s'y développer.

Outre les causes de détérioration naturelles, il existe des risques de sinistres et d'actes délictueux dans une certaine mesure imprévisibles comme les inondations, les incendies, le vandalisme et autres, qu'il convient de prévenir.

Bien qu'il soit impossible de maîtriser totalement ces risques, il existe toujours des moyens de les réduire et d'atténuer les éventuels dommages.

Pour éviter les incendies, on utilisera du mobilier ininflammable et l'on recourra, dans la construction de l'édifice, à des matériaux ignifuges. On évitera les planchers de bois et les étagères seront métalliques et traitées au moyen d'anti-oxydants. Il est souhaitable que les matériaux des murs, du sol et des plafonds puissent résister au feu pendant deux heures au moins. Il faudra, pour réduire les risques, veiller à ce que l'installation électrique soit bien conçue et en bon état et installer un paratonnerre. Des cloisons et portes coupe-feu empêcheront la propagation des flammes.

Les portes seront renforcées au moyen de deux tôles d'acier enfermant un matériau isolant et on laissera suffisamment de jeu entre elles et leur bâti pour permettre la dilatation. Il faudra prévoir pour l'évacuation des escaliers extérieurs ou, mieux encore, des toboggans pour accélérer le sauvetage des documents.

On installera des détecteurs d'incendie, du type à détection ionique de gaz de combustion, et de systèmes d'extinction, si possible, à poudre polyvalente pour les extincteurs portatifs et à halon pour l'installation fixe.

La question de la prévision des inondations et dégâts des eaux est traitée dans le chapitre relatif à la prévention de l'humidité dans les aménagements et le gros-oeuvre de l'édifice. En cas de sinistre, il est recommandé de lyophiliser les ouvrages et documents mouillés ou, en dernier ressort, de les congeler en attendant de les restaurer, pour éviter l'apparition d'autres facteurs d'altération susceptibles de se manifester du fait de l'humidité accumulée (cf. 3.4.11).

Les causes intrinsèques d'altération du papier tiennent aux substances qui entrent dans sa composition (matières premières et adjuvants); les risques diffèrent suivant les matériaux employés et sont en relation directe avec l'évolution technique, les papiers continus étant plus exposés que les papiers fabriqués à la main.

Les premiers papiers fabriqués à la main ne contiennent presque pas d'agents nocifs, sauf dans les cas, très occasionnels, où sont restées prises dans la pâte à papier des particules métalliques qui, outre qu'elles provoquent des taches par oxydation, peuvent déclencher une dégradation chimique.

En ce qui concerne le papier de fabrication plus récente (à partir du XVIIIe siècle), l'adjonction de composés chlorés, l'alun, la colophane et, en particulier, la pâte de bois elle-même favorisent l'altération des supports par des facteurs chimiques (oxydation et acidité) qui diminuent leur résistance mécanique et provoquent leur jaunissement.

L'acidité est l'élément le plus nuisible aux supports cellulosiques car son action n'apparaît que lorsque le mal est fait.

Le meilleur moyen de prévenir l'acidité consiste à désacidifier les documents dont le pH est inférieur à 7 à l'aide de substances qui y laissent une réserve alcaline.

Enfin, rappelons que, bien souvent, le format ou l'aspect particulier du document peuvent constituer un risque d'altération. Quand les documents sont de dimensions importantes ou peu courantes, ils se trouvent facilement écornés ou déchirés. Dans d'autres cas, certains accessoires comme les sceaux plaqués sont des facteurs de risque. Très souvent, les reliures, attaches, etc., défectueuses sont cause de déchirures, de taches, etc. Le seul moyen de prévenir les dégradations consiste à ranger correctement les documents et à donner en consultation des copies à la place des originaux.


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