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3.4 Techniques de restauration: matériaux et procédés

Il serait impossible de généraliser ou d'établir des principes intangibles concernant les techniques de restauration à mettre en oeuvre, qu'il s'agisse de documents en matériaux cellulosiques ou en tout autre matériau, car chacun nécessite un traitement différent selon sa condition et sa problématique propre.

Mais l'on ne saurait davantage prétendre que la restauration recourt à une démarche scientifique et technique s'il n'existait pas un modèle théorique avec une méthodologie regroupant et coordonnant toutes les phases de l'opération.

Ce modèle, dit "processus de restauration", correspond au traitement idéal, en ce sens qu'il décrit toutes les opérations possibles, à exécuter dans un ordre déterminé de manière à ce que les produits et méthodes utilisés au cours d'une phase soient compatibles avec ceux qui l'ont été avant ou le seront après.

Le processus de restauration établit des règles qui évitent les improvisations, mais il n'en reste pas moins que chaque ouvrage ou document est unique en son genre et qu'il faudra lui appliquer telle ou telle phase du traitement, selon ses besoins propres.

Sur la base de ce modèle théorique, et pour proposer un prototype de ce que devrait être un travail de restauration, les phases successives du travail sont les suivantes:

3.4.1 Contrôle

La restauration commence par l'ouverture d'un dossier qui accompagnera la pièce tout au long du processus et par l'inscription dans un registre de l'historique et de la provenance de cette dernière ainsi que des renseignements nécessaires à son identification.

Ce dossier peut être réduit à une simple fiche normalisée où l'on note aussi bien les caractéristiques du document que son état de conservation et les procédés et produits utilisés lors du traitement. Ces fiches, que l'on commencera à établir dès cette phase de contrôle, seront complétées au fur et à mesure que progressera le travail de restauration et, celui-ci achevé, on y fera figurer les recommandations concernant la future conservation de l'ouvrage.

Ce type de fiche pourrait se présenter, par exemple, comme ceci:

N° d'enregistrement: Date d'entrée et de sortie:
Objet Etat de conservation: Processus de restauration
Technique . Lacunes: . Nettoyage mécanique
Dimensions . Déformations: à l'eau
Auteur, titre . Déchirures: aux solvants
Lieu et date . Décoloration: . Désacidification
Déposé par... . Dommages d'origine extrinsèque . Lamination
  (taches, insectes...) ...

3.4.2 Examen

Il commence par l'analyse de la pièce, de ses caractéristiques aussi bien physiques que culturelles, et aboutit, une fois identifiées les altérations et leurs causes, à un véritable diagnostic. A partir de ces données, on prescrit le traitement adapté aux caractéristiques et à l'état de détérioration du document.

L'analyse s'effectue avec le secours des sciences appliquées à la restauration, lesquelles permettent d'établir, grâce aux indices physiques, chimiques et biologiques appropriés, la nature et l'état de conservation de la pièce.

3.4.3 Photographie

La photographie intervient elle aussi pour la constitution du dossier ouvert lors de la phase de contrôle. Un cliché sert de témoin de l'état de conservation de la pièce, de son évolution au cours du processus de restauration et du résultat final (photographie sous éclairage zénithal, frisant, par transparence...); il constitue en outre l'un des moyens d'analyse qui permettent de déceler certains dommages et certaines particularités invisibles à l'oeil nu (macro et microphotographie, photographie aux infrarouges, aux ultraviolets...).

La photographie a une autre fonction importante, à savoir celle de sécurité face aux risques inhérents à tout processus de restauration. On l'utilise également parfois pour établir un "double" de l'original (microfilm, microfiche, facsimile...), et préserver celui-ci des détériorations liées à sa consultation. Mais nous avons déjà fait à maintes reprises allusion à ce type d'utilisation de la photographie à des fins préventives.

3.4.4 Protection physique du document

Avant de se lancer dans certaines interventions impliquant l'utilisation et l'application de produits étrangers à la pièce à restaurer, il est nécessaire de procéder à certains préparatifs propres à garantir la sécurité des manipulations et à protéger l'original contre les risques éventuels.

Les documents devront être protégés:

(a) En attendant le traitement; entreposés dans des réceptacles appropriés qui les protègent pendant le transport (étuis, chemises, enveloppes, sacs...).

(b) Pendant les traitements gazeux; correctement placés sur des étagères ou sur des supports supplémentaires et éventuellement enveloppés dans une résille rigide ou souple (gaze ou toile fine, résille de plastique...).

(c) Pendant les traitements partiels; la zone non traitée sera couverte d'une feuille imperméable semi-rigide et, si possible, transparente (par exemple une feuille de méthacrylate).

(d) Pendant les traitements par immersion; selon l'état du document, on emploiera un support simple ou double (chemises) rigide ou souple, perméable ou imperméable, étant entendu que, dans les cas extrêmes, on pourra recourir à la lamination préalable de l'une des faces. Le support de type souple et perméable le plus fréquemment utilisé est le "Reemay". Parmi les supports rigides et perméables, figurent essentiellement les résilles métalliques inoxydables ou en fibres synthétiques et, s'agissent de matériaux imperméables, les plus utilisés sont le méthacrylate transparent pour les matériaux rigides et le téflon, le térephtalate de polyéthylène et le film de polyéthylène pour les matériaux souples.

S'agissant de la protection des encres et des couleurs (fixatifs), nous avons déjà donné des indications dans le chapitre correspondant.

3.4.5 Désinfection et désinsectisation

En principe, que l'on ait ou non détecté la présence d'altérations dues à l'action de facteurs biologiques, il faut procéder systématiquement à la désinsectisation et à la désinfection de toute pièce qui entre dans l'atelier de restauration pour prévenir une éventuelle contagion.

Cette opération vise à stopper l'action nuisible des insectes (désinsectisation) et des micro-organismes (désinfection). Les moyens utilisés pour éliminer ces agents bibliophages sont en général chimiques et portent le nom d'insecticides, fongicides ou bactéricides, selon qu'ils détruisent les insectes, les champignons ou les bactéries. Quand le procédé utilisé est mortel pour tout organisme vivant, on l'appelle stérilisation.

A côté des produits chimiques (tableau 1), il existe pour lutter contre les bibliophages des méthodes physiques et biologiques, mais celles-ci soit sont en cours d'expérimentation soit relèvent du domaine de la protection préventive.

Les produits chimiques peuvent être utilisés à l'état solide (par sublimation), liquide (par pulvérisation et, moins fréquemment, immersion) et gazeux (fumigation).

Ce sont les substances solides qui ont les effets les plus durables, mais leur pouvoir léthal est faible, de sorte que le plus indiqué est de les utiliser à titre préventif. Le traitement le plus efficace est la fumigation, mais l'action des produits est alors extrêmement éphémère. C'est pourquoi il est recommandé d'associer les gaz et les liquides ou les solides ou bien de procéder à une deuxième fumigation dans les 15 à 20 Jours suivant le premier traitement, pour le cas où le produit n'agirait pas sur les oeufs des insectes.

Il convient de préciser que tous les produits utilisés dans ce type de traitement sont extrêmement toxiques, surtout les produits gazeux, et il est toujours souhaitable que les traitements de désinfection et de désinsectisation soient appliqués par du personnel spécialement formé.

On procédera au traitement par fumigation dans des enceintes sous vide ou en surpression et, si le produit le permet, dans des pièces hermétiquement closes. La pulvérisation peut s'effectuer plus simplement à l'intérieur de récipients fermés, les précautions nécessaires étant prises pour éviter les fuites de produit.

Il faut être conscient du fait que ces techniques (surtout celles faisant appel aux gaz) suppriment temporairement la cause d'altération, mais que la présence de bibliophages a son origine dans la conjonction d'une série de facteurs tenant à l'environnement qui conduiront, s'ils subsistent, à l'apparition d'une nouvelle invasion.

Par conséquent, il faut, comme nous l'avons indiqué dans la section 3.3, supprimer ce risque en prenant les mesures préventives voulues pour que les documents puissent bénéficier d'un microclimat propice à leur bonne conservation.

Tableau 1 - Elimination des bibliophages

Produit B F I % Milieu Quantite/ m3 D Caracteristiques particulieres
Solide:
Paradichlorobenzène     X     225 g 15 j En cristaux. Se sublime à 18 °C. Ne détruit pas les oeufs.
Paraformaldéhyde X X X     5-6 g 15 j Pastilles blanches. Se sublime à partir de 28 °C.
Thymol X X X     30 g 15 j Se sublime à plus de 20 °C, 50 % H.R. Ramollit les encres d'imprimerie dans certains cas.
Liquide:
Formaldéhyde 30-40 % X X X   Eau et éthanol     Inflammable à 50 °C. Cristallise à moins de 18 °C. Emploi fréquent dans les adhésifs.
En traitement général du local       100-150 cc/l Eau 0,01 l.   Après le traitement, neutraliser l'acidité avec de l'ammoniaque. 100 cc/l pour 100 m3.
En enceinte close           250 g 24-48 h Pénètre peu. Appliquer de préférence à 30 °C et 60 % R.H.
En bain       20 cc/1 Eau   15 mn  
Pentachlorophénol sel sodique X X X 1-5 % Eau ou éthanol 0,1 9   En immersion, dégrade la cellulose et peu altérer les couleurs.
Phénol X X   1 % Ethanol 0,01 g   En immersion, dégrade la cellulose. Pénètre peu (pulvériser les livres ouverts).
Paradichlorobenzène     X 22,5 % Ethanol 225 g    
Orthophénylphénol sel sodique X X   1,5 % Eau 0,01 g   En immersion, dégrade la cellulose. S'utilise dans les adhésifs.
Bendiocarb (2,2 - diméthyl - 1,3 - benzodioxol - 4 - y1 - N - méthylcarbamate)     X 0,6 % Eau 24 g   Indiqué pour les insectes rampants.
N-phényl saliclamide   X   0,5-1 % Ethanol et eau à parts égales   15 m Nébulisation (superficielle) ou bain (dégradation possible).
Xylamon     X         Spécial pour bois. Application directe par imprégnation.
Gaz:
Oxyde d'éthylène X X X          
        100 %   800 g 48 h Très réactif et dangereux.
        12 % Anhydride carbonique et fréon 100-300 g 48-72 h Ni inflammable ni explosif; ne nécessite pas d'enceinte spéciale; un récipient ou une pièce qui peuvent se fermer hermétiquement suffisent.
Bromure de méthyle     X     20 g 48 h Employer à 20 °C et 60 à 70 % R. H. Produit des oxydations. Faible pouvoir de pénétration.

 

Abréviations: B - Bactéricide D - Durée Mn - minutes
  F - Fongicide j - jours R.H. - Humidité relative
  I - Insecticide h - heures g - grammes

3.4.6 Nettoyage

Par nettoyage, on entend toute action destinée à éliminer les traces de salissures ou les ajouts qui déparent l'ouvrage ou portent atteinte à son intégrité.

Le mode de nettoyage dépend du type de salissure:

(a) Nettoyage mécanique: il sert à éliminer les particules solides telles que la poussière. Il doit être systématiquement pratiqué avant tout traitement par immersion dans un liquide, car les particules solides peuvent rester incrustées dans le support si elles ne sont pas éliminées au préalable.

On utilise pour ce faire des instruments qui agissent à sec par extraction (aspirateurs, air comprimé, pinceaux...) ou abrasion (gommes à effacer, brosses en fibre de verre, poudre de glaise, scalpel, gommes électriques).

(b) Nettoyage à l'aide de solvants non aqueux: il est utilisé de préférence pour enlever les taches de graisse et les substances non aqueuses. Les solvants s'appliquent en bain ou localement (à l'aide de tampons de gaze, papier absorbant, agents colloïdaux, pinceaux, compte-gouttes...).

Avec les solvants organiques, des précautions doivent être prises car les produits peuvent être explosifs, inflammables et toxiques.

Les taches les plus communes s'enlèvent avec les produits suivants:

Les vernis avec du méthanol, de l'éthanol ou de l'acétone. La cire, d'abord mécaniquement et par la chaleur, puis avec de l'éther de pétrole, du chloroforme ou du toluène. Le ruban adhésif avec de l'éther sulfurique et du chloroforme à 50 %; les taches de rouille avec de l'acide oxalique à 3 %; les taches de couleur à l'huile avec de l'essence de térébenthine ou du diméthylformamide; les taches d'encre à tampon avec de l'acide acétique et de l'éthanol à 50 %; les taches d'encre de stylo et de feutre avec de l'éthanol, du diéthylèneglycol ou du polyéthylènaglycol; les taches d'encre d'aniline avec de l'éthanol et les taches de graisse avec du tétrachloro-éthylène, de l'éther de pétrole, du diméthylformamide ou de l'essence de térébenthine.

Lorsque les taches de graisse sont à ce point oxydées que les solvants deviennent inefficaces, on peut recourir à la saponification, si le support du document est solide.

La saponification consiste en gros à transformer la graisse de la tache en savon, lequel est ensuite éliminé avec de l'eau. C'est une méthode récente, qui n'est pas encore très éprouvée; l'usage d'une substance très caustique (l'hydroxyde de sodium) expose le document à de grands risques.

On prépare une solution d'hydroxyde de sodium à 5 % dans de l'eau chauffée à environ 50 °C, puis on ajoute la même quantité d'alcool que d'eau (pour éviter un gonflement des fibres). On applique localement le mélange sur la tache, avec une baguette de verre et on neutralise avec de l'acide acétique à 5 %. On répète alternativement ces deux opérations jusqu'à disparition de la tache, en épongeant la saleté avec un buvard. Enfin, on neutralise avec de l'hydroxyde de calcium.

S'il subsiste des traces de salissure, on achève de les éliminer par un blanchiment à l'hypochlorite de sodium.

(c) Lavage: il supprime les taches occasionnées par des suspensions ou des solutions aqueuses; on plonge la pièce dans un bain d'eau additionnée ou non d'autres susbtances, telles que des tensioactifs, des agents colloïdaux ou des enzymes.

En général, il est recommandé d'utiliser de l'eau dont la température ne dépasse pas 40 °C et d'y ajouter des tensioactifs (type détergents) à raison de 0,1 à 0,5 %, à condition qu'ils soient inoffensifs, puis de rincer. Les tensioactifs les plus couramment employés dans les ateliers de conservation des documents graphiques sont le Lissapol N. le Teepol G et le Triton X 100.

3.4.7 Désacidification

L'acidité est l'un des agents les plus pernicieux pour la conservation du papier. Son action caustique rompt la chaîne moléculaire de la cellulose dont elle affaiblit les propriétés physiques au point d'en provoquer la désagrégation.

La désacidification élimine la cause de ces altérations (acidité) mais non les effets (jaunissement et fragilité).

Bien qu'elle n'agisse pas sur l'aspect extérieur, la désacidification n'en revêt pas moins une importance primordiale dans la mesure où elle "soigne" le document en éliminant un des plus graves facteurs d'altération.

Il existe une large gamme de produits de désacidification aussi bien gazeux (peu efficaces ou excessivement compliqués à employer et onéreux, comme le diéthyle de zinc), que liquides, tant aqueux (hydroxyde de calcium) que non aqueux (hydroxyde de baryum). La plupart de ces produits, outre qu'ils éliminent l'acidité, laissent dans le document une charge alcaline qui renforce leur pouvoir neutralisant (tableau 2).

L'excès d'alcalinité aussi est une cause d'altération et ce qu'il faut c'est parvenir à un état neutre ou légèrement alcalin selon le cas (papiers modernes pH 7 et papier de chiffon pH 8-9). Si l'action désacidificatrice est excessive ou si le produit laisse un voile blanc en se décantant, on remédie au problème en plongeant la pièce dans une solution légèrement acidulée (pH 5) au moyen de quelques gouttes de citron ou de tout autre acide faible.

3.4.8 Blanchiment

Le blanchiment a pour objet de faire disparaître la couleur de la tache ou le Jaunissement général d'un document, mais non la substance qui en est à l'origine; il faut le considérer non comme une méthode radicale de nettoyage, mais comme un traitement esthétique.

Le blanchiment est un procédé qui vise exclusivement l'aspect extérieur du document, et qui a, du point de vue de la conservation de celui-ci, des effets négatifs puisqu'il peut détériorer gravement la cellulose.

Cette détérioration se traduit par une perte de consistance du papier, car la plupart des agents de blanchiment agissent en décolorant les taches par oxydation et ce faisant attaquent aussi la cellulose en détruisant les chaînes moléculaires.

Bien que les agents de blanchiment soient le plus souvent des substances très alcalines (ce qui est en soi un éventuel facteur d'altération), ils peuvent à la longue abîmer le document par oxydation et acidification à cause de la formation de petits groupes carboxyles dans la cellulose. En outre, dans le bain de blanchiment, des acides organiques sont libérés par les taches et par la décomposition même des produits de blanchiment, ce qui accélère le processus de blanchiment, mais aussi la dégradation.

Tableau 2 - Desacidifiants

  Etat % Milieu Durée Observations
Aqueux:
Eau L 100 %     Efficace seulement dans le cas d'acides solubles, n'a pas de pouvoir tampon et n'apporte aucune alcalinité.
Hydroxyde de calcium S saturé eau 10 mn Employer liquide surnageant. Bon marché, facile à appliquer et excellents résultats. Se transforme en carbonate au contact de l'air.
Hydroxyde de magnésium S 1 % eau 10 mn Favorise la prolifération de micro-organismes. Se transforme en carbonate au contact de l'air.
Tétraborate de sodium S 2,5 % eau 10-30 mn Désinfectant, mais confère moins d'alcalinité que l'hydroxyde de calcium et dégrade légèrement la cellulose.
Carbonate de calcium S 0,3 % eau 1-2 h Faire barboter du CO2 pour transformer le carbonate en bicarbonate et procéder au bain. Active le développement des micro-organismes.
Carbonate de magnésium S 1 % eau   Même chose que pour le carbonate de calcium. Produit des taches sur les particules de fer. Peu permanent.
Non aqueux:
Hydroxyde de baryum S 1-2 % méthanol 15-30 mn Antiseptique, toxique, utiliser sous une hotte aspirante. Se transforme en carbonate au contact de l'air.
Acétate de calcium S 0,2 % eau et éthanol 15-30 mn 20 g/20 ml d'eau et le reste d'éthanol. Laisse une faible réserve alcaline. Réduit l'activité des micro-organismes.
Acétate de baryum S 5 % méthanol 15-30 mn Toxique. Comme les acétates de calcium et de magnésium, il se transforme en carbonate au contact de l'air.
Acétate de magnésium S 1 % éthanol ou méthanol 15-30 mn Laisse une faible réserve alcanine. Altère la cellulose.
Méthylate de magnésium L 1 % méthanol 15-30 mn Préparation commerciale se présentant en vaporisateur ou sous forme liquide. Appliquer sur un document très sec.
Carbonate de méthylmagnésium S 8 % méthanol 15-30 mn à 8 % à 25 °C. Faire barboter du CO2 dans du méthylate de magnésium
Gazeux:
Diéthyle de zinc L 1 kg pour25 kg de papier   3-8 j Traitements de masse en enceinte à vide spéciale. Très cher et dangereux.
Ammoniac L     18-48 h Exposer le document aux vapeurs. Ni tampon, ni alcalinité ni permanence. Décolore certains papiers.
Cyclohexylamine S 1 g/m3       Très toxique et explosif. Pénétration limitée.
D.P.V. S     46-56 j Préparation commerciale de cycloexylamine sous forme de pochettes à intercaler dans les livres ou à déposer dans des récipients.
Abréviations: S: solide mn: minutes
  L: liquide h: heures
    j: jours

L'emploi de produits chlorés pose un problème important, car leur action se poursuit une fois que le processus est achevé, d'où la nécessité, pour la freiner, de recourir à des antichlores qui en outre suppriment les résidus nocifs.

Malgré tous ces dangers, le blanchiment est nécessaire dans le cas de documents dont la valeur esthétique est primordiale et qui sont gravement abîmés par une tache qui les dénature. Si l'on opte pour ce traitement, on doit le faire en prenant des précautions pour réduire les problèmes qui viennent d'être exposés.

Avant tout, il faut commencer par désacidifier les documents (de préférence avec de l'hydroxyde de calcium) afin d'éliminer l'excès d'acidité dans la solution que l'on peut, par ailleurs, tester au fur et à mesure pour y ajouter des substances alcalines en cas de forte baisse du pH.

Après le blanchiment, on rince le document dans de l'eau et, si on a employé un produit chloré, on neutralise au moyen d'un antichlore. On utilise en général du thiosulfate de sodium, du métabisulfite de sodium ou du bisulfite de sodium en solution aqueuse à 2-5 %, mais on y préfère de plus en plus une solution aqueuse légèrement acidulée (pH 5) avec un acide faible (acétique, citrique), car il semble que les résidus des produits cités plus haut peuvent à terme provoquer l'apparition de taches. Après la neutralisation, on rince à nouveau le document et on mesure le pH pour le désacidifier une deuxième fois si nécessaire.

En règle générale, on effectue le blanchiment par bain, mais on peut aussi le faire par application locale de pâtes contenant des agents colloïdaux, avec un pinceau, un buvard, un coton-tige ou une mèche de coton enroulée sur un bâtonnet, un compte-gouttes, etc. Il existe également un produit que l'on peut appliquer sous forme de gaz (voir tableau 3).

Des expériences ont été faites avec des rayons lumineux, mais la méthode ne paraît pas sans danger, car elle agit par photo-oxydation et présente d'autres inconvénients, notamment la lenteur même de l'opération et son inefficacité sur des papiers de pâte de bois, qu'elle jaunit plus qu'elle ne blanchit.

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