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3.4.9 Stabilisation hygroscopique

Ce traitement de restauration est surtout réservé aux matériaux protéiniques, mais on peut à titre exceptionnel l'appliquer à des matériaux cellulosiques excessivement déshydratés et cassants, comme il peut arriver avec les papyrus, les manuscrits sur "amate" ou les papiers ayant des caractéristiques particulières telles que le papier végétal friable et gondolé. On utilise dans ce cas du polyéthylèneglycol, comme on le verra dans le chapitre consacré à la restauration des parchemins.

La stabilisation hygroscopique pour pallier l'excès d'humidité est abordée dans le cadre de la section sur le séchage - mise à plat.

3.4.10 Consolidation

A cause du lavage ou d'autres types de bains, ou en raison de la perte naturelle des propriétés du support, il peut s'avérer nécessaire d'appliquer aux matériaux cellulosiques un nouvel encollage ou apprêt afin de suppléer à la perte de matière adhésive qui en renforçait la structure.

Tableau 3 - Agents de blanchiment

  Etat % Durée Observations
Hypochlorite de sodium L 2-10 % 15 mn max. O Très efficace, particulièrement indiqué pour les taches provoquées des micro-organismes. N.
Hypochlorite de calcium S 0,5 %   O Blanchit un peu moins que le précédent (ton jaunâtre). Pour le traitement local, on l'utilise sous forme de pate. N.
Chloramine T et B S 5 % 15 mn max. O Action plus lente que celle des hypochlorites. Résidus difficiles à éliminer. N.
Chlorite de sodium S     O Peu nocif (ne forme pas d'oxycellulose). Toxique et explosif (utiliser une hotte aspirante). C'est la base des produits suivants:
Bioxyde de chlore L   10 mn max. O Chlorite de sodium 2 % + 25 ml de formaldéhyde/1 ou Chlorite de sodium 1 % + acide sulfurique pH 3.
Bioxyde de chlore G   5 mn O En enceinte spéciale. Il ne blanchit que le papier humide. Peu stable. Décolore les encres organiques et métalloacides.
Acide chloreux L     O Lent. Chlorite de sodium 5 % avec acide acétique pH 3,6.
Permanganate de potassium S 0,5-1 %   O Nocif. Sa couleur pourpre empêche de voir le degré de blanchiment. N avec métabisulfite 5 % ou acide oxalique 3 %.
Borohydrure de sodium S 1 g/100 g papier   R Recommandé pour les papiers contenant de la lignine. Inflammable (hotte aspirante). Peu nocif.
Peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée) L variable   O Détériore la cellulose contenant des particules métalliques. Acide. Après le traitement, laver et désacidifier. Peu efficace.
Perborate de sodium S 1-2 % 15 mn O Peu efficace. On obtient de meilleurs résultats en faisant sécher le document au soleil. Très lent et faible.
Blanchiment solaire       O Soleil naturel ou rayons UV. . Seulement pour les papiers dépourvus de lignine. On obtient de meilleurs résultats en immergeant le papier dans un milieu alcalin. Expositions prolongées.
Abréviations: O - Oxydant
  R - Réducteur
  N - Neutraliser

L'encollage se fait par bain ou imprégnation à la brosse et sera plus ou moins fort selon les caractéristiques et l'état du document. Les produits employés seront les mêmes que les agents de collage utilisés dans la restauration comme fixatifs ou pour réparer les entailles, mais ils seront beaucoup plus dilués.

Les plus recommandés sont les dérivés cellulosiques semi-synthétiques comme la méthylcellulose ou l'hydroxypropylcellulose lorsque le traitement aqueux n'est pas possible (voir tableau 4), car ils sont beaucoup plus stables que les colles d'origine naturelle.

3.4.11 Séchage et mise à plat

Tout traitement impliquant l'usage d'un liquide crée une série de défauts car il fait gonfler les fibres; le papier se déforme et se gondole fortement. On remédie à tous ces problèmes par une mise à plat.

Pour que le document reprenne son ancienne dimension, il ne faut pas recourir à des procédés de séchage rapide ni exercer de fortes pressions qui ne feront qu'aggraver la déformation. Il faut que l'eau s'évacue lentement pour que les fibres se remettent librement en place.

La méthode la plus recommandée est le séchage à l'air, suivi d'un pressage doux à température ambiante ou modérée, entre des planchettes ou sous une presse à faible pression.

Lorsque l'on soumet un document à une pression, il faut prendre garde à ne pas en abîmer la texture; pour cela, on le recouvre d'un matériau plus ou moins rugueux ou satiné selon le cas (Reemay, feuilles de polyester ou de polyéthylène, papier paraffiné...). Si le document porte des marques telles que les empreintes d'une gravure, il faut les protéger en plaçant le document entre deux feuilles bristol ou de buvard.

Les livres mouillés lors d'un sinistre posent de graves problèmes de séchage. Pour éviter les problèmes d'attente prolongée, la solution optimale est la lyophilisation (dessication par le froid sous vide). Si l'on ne dispose pas des installations nécessaires, on peut recourir à la congélation simple. Il faut préciser que les reliures en peau supportent mal ces deux traitements.

Un moyen facile d'éviter l'action des micro-organismes consiste à faire sécher à l'air les livres ouverts à température égale (moins de 25 °C) et, lorsqu'il sont presque secs, de les soumettre à un léger pressage.

On peut activer le séchage en utilisant des produits hygroscopiques qui absorbent l'humidité (gel de silice, sépiolite...) ou en humidifiant les documents avec une substance volatile qui favorise l'évaporation (bain d'alcool).

Avec les documents difficiles à traiter et que l'on ne peut humidifier ou que l'on ne parvient pas à mettre à plat, on obtient de bons résultats en utilisant une table à aspiration. L'air aspiré à travers la table fait adhérer le document sur une surface lisse et poreuse et l'on obtient ainsi, à l'aide de solvants volatils, de vapeur ou par le simple courant d'air, le séchage et la mise à plat souhaités.

3.4.12 Réparation des entailles et des déchirures et comblage des lacunes

La réparation des entailles et des déchirures consiste à remettre en place les parties abîmées en leur conférant cohésion et solidité. On colle les déchirures avec un produit adhésif, par exemple de la méthylcellulose mélangée à un peu d'acétate de polyvinyle (voir tableau 4) en se servant des barbes ou, à défaut, en renforçant la zone détériorée avec du voile transparent ou du papier plus épais selon le document.

Tableau 4 - Agents de consolidation, colles et fixatifs

Gélatine Protéinique. 30 g/l d'eau au bain-marie à 60 °C. S. dans l'eau mais peut être durcie au formol (1/16e de son poids) jusqu'à devenir insoluble. Attaquable par les micro-organismes. Cristallise à la longue.
Colle de pâte Cellulosique. Se prépare dans de l'eau chaude. S. dans l'eau. Attaquable par les micro-organismes. Peut cristalliser à la longue.
Amidon Cellulosique. S. dans l'eau. Attaquable par les micro-organismes. Peut cristalliser à la longue.
Méthylcellulose Semi-synthétique cellulosique. S. dans l'eau et quelques hydrocarbures chlorés et alcools. Stable face aux micro-organismes. Rec. Culmina L52 et Tylose MH 300.
Carboxyméthylcellulose de sodium Semi-synthétique cellulosique. S. dans l'eau et mélanges d'eau et d'alcool ou acétone. Stable face aux micro-organismes. Rec. Tylose CMC.
Hydroxypropylcellulose Semi-synthétique cellulosique. S. dans l'eau, l'alcool ou le chlorure de méthyle. Rec. Klucel G.
Nylon soluble Polyamide. S. dans le méthanol et l'éthanol chaud. En séchant, forme une pellicule souple et perméable. Activable par chaleur. Rec. Calaton.
Polyamide Polyamide en feuilles Absence de sens des fibres dans le tissu. Fond à 80 °C. Application réversible avec de l'alcool chaud. Perméable. Jaunit en vieillissant. Rec. Bifix F95.
Paraloïd Acrylate. S. dans perchloroéthylène, hydrocarbures aromatiques (toluène, xylène), acétone. Fond à 80-90 °C Rec. B72.
Plexigum Semblable au Paraloïd. Fond à 60-70 °C. Rec. MB 319.
Primal Acrylate en dispersion aqueuse. S. dans les mêmes produits que le Paraloïd. Fond à 90 °C. Rec. AC 234 et AC 61.
Plextol Semblable au primal. Rec. D 542.
Acétate de polyvinyle Polymère synthétique thermoplastique, en émulsion aqueuse. S. dans l'alcool. Rec. Mowilith DMO 25 et A 34 K 3.
Alcool de polyvinyle Polymère synthétique thermoplastique. S. dans l'eau.
Acétate de cellulose Ester cellulosique en feuilles. S. dans l'acétone. Fond à 150 °C. Dans les essais de vieillissement, dégage de l'acide acétique.
Polyéthylène (stabilisé) En feuilles. Réversible dans le tétrachloro-éthylène xylène ou tolène à 70-80 °C sur plaque électrique sans flamme. Fond à 110 °C. Imperméabilise le document face aux agents extérieurs.
Abréviations: Rec.: recommandé
  S: soluble

Note: La plupart de ces produits adhésifs peuvent servir pour le renforcement s'ils sont très dilués, ou le fixage, à concentration plus forte. On utilisera un produit plus ou moins concentré selon l'usage qu'on veut en faire et le type de support à traiter.

On obtient un ajustage parfait en s'aidant d'un négatoscope (table de verre éclairée par-dessous) qui permet de vérifier par transparence si les bords de l'entraille sont bien assemblés ou s'ils sont trop écartés.

Lorsque le papier déchiré est épais, le simple renforcement à l'aide de voile ne suffit pas en général car la déchirure tend à se rouvrir; dans ce cas, il est recommandé de tailler chaque bord en biseau pour constituer un sillon en "V" dans lequel on placera un renforcement en forme de coin.

Pour la reconstitution du support (comblage de lacunes), on peut utiliser des procédés manuels ou mécaniques.

Les procédés manuels consistent à greffer des pièces en utilisant un matériau semblable à celui du document. L'ajustage de la pièce se fait de diverses façons: effilochage des bords au scalpel; au pointillé avec une épingle; déchirure suivant une rainure ou collage direct d'un fragment de papier sur le pourtour de la lacune, en éliminant ensuite le matériau en excédent. On peut aussi colmater les petits trous avec de la pâte à papier.

Les procédés mécaniques reposent sur le principe de la fabrication du papier à la main. Ils consistent en gros à disposer le document sur un treillis qui agit comme une ancienne forme à façonner les feuilles: on fait couler sur cette forme de l'eau contenant de la fibre en quantité proportionnelle au volume de matériaux qu'il s'agit de redéposer.

Lorsque l'eau s'écoule, les fibres sont retenues par un filtre disposé entre le document et le treillis et viennent remplir le trou par lequel l'eau passe (précisément là où se trouvait la lacune).

Avec ce système, on peut aussi assembler des fentes, car il subsiste toujours des fibres entre les deux bords; mais s'il y a une grande barbe de papier, il faudra la coller au préalable sinon elle restera volante. En l'absence de barbes, on effectue un léger défibrage des bords pour favoriser la fixation des fibres.

Une fois que les fibres se sont déposées dans les lacunes, on soumet la feuille à la pression nécessaire pour aplanir les fibres qui, en séchant, auront fusionné avec le papier grâce à la formation de ponts hydrogène (adhésion chimique) ou de façon mécanique si on a ajouté dans la dispersion de fibres une ` substance collante` (résine synthétique, gélatine, méthylcellulose...).

Outre qu'elle implique l'adjonction d'une matière étrangère au document, l'utilisation d'un agent de collage risque de nuire au bon fonctionnement de la machine; la simple liaison chimique par ponts hydrogène suffit en général.

Pour obtenir une bonne liaison chimique, il suffit que les fibres aient subi un raffinage et un défibrage adéquats (valeurs recommandées 2530° et 2-3 mm) et que l'on utilise une presse de préférence hydraulique, capable de fournir la pression nécessaire (5 kg/cm2) pour que se forment les ponts hydrogène.

Les systèmes mécaniques diffèrent par le principe utilisé pour faire passer l'eau à travers le document. Le plus simple est celui de la chute libre, dans lequel l'eau est entraînée par son propre poids. Cette méthode peut donner lieu à une aspiration, qui, si elle n'est pas suffisamment rapide, entraîne le dépôt de fibres en surépaisseur sur des endroits qui ne présentaient pas de lacunes à combler.

On remédie à ce problème en utilisant des machines dans lesquelles on crée un appel d'air au moyen d'une pompe (système Vinyector, espagnol) ou grâce au système d'absorption Venturi (Recurator, israélien).

Dans le procédé Vinyector, l'aspiration assurée par la pompe fait que les fibres se déposent seulement dans les trous. L'eau peut en outre être réutilisée.
Le Vinyector est aussi employé dans divers traitements de restauration et une fois que le document est déposé sur le tamis, on peut effectuer toutes les opérations (désinfection, nettoyage, désacidification, blanchiment, neutralisation...) en se contentant d'incorporer différents produits selon le but recherché.

Les fibres employées pour le colmatage mécanique doivent être analogues à celles du document original, mais on utilise souvent, par commodité et parce que l'efficacité en est avérée, un mélange standard de fibres de pâte de bois au sulfate, blanchie ou brute (25 g.), de coton (3 g.) et de lin (2 g.). L'emploi d'une quantité déterminée de pâte de bois au sulfate blanchie ou brute, ou mieux encore, de pâte de: coton teint d'une: couleur foncée, donne le ton jaunâtre typique des papiers (en général on mélange 5 g de pâte de bois brute ou de pâte de coton foncé et 20 g de pâte blanchie). Le lin confère la dureté et le coton la spongiosité. Pour les supports d'une autre couleur, on teint les fibres de coton avec des colorants directs dans une suspension aqueuse. On utilise à cet effet des teintures de couleur rouge (magenta), bleue (cyan) et jaune, que l'on peut combiner avec le blanc pour obtenir la couleur voulue (quadrichromie).

3.4.13 Lamination

La lamination consiste à appliquer sur une ou des faces du document ou les deux un renforcement qui lui donne plus de corps et le rend ainsi plus durable et plus facile à manier.

Ce revêtement doit être aussi mince et aussi transparent que possible, sauf dans le cas des documents qui, étant vierges au verso, admettent sur cette face la pose d'un renforcement opaque plus épais.

La lamination est une technique curative, à laquelle on ne doit pas recourir systématiquement,: car elle modifie toujours la surface et augmente l'épaisseur du document. Elle peut rendre le tracé moins net et elle augmente la nocivité des facteurs intrinsèques de détérioration si on ne les a pas préalablement éliminés. Aussi n'est-elle recommandée que lorsque le support est fragilisé ou cassant et que sa durabilité n'est pas garantie. La lamination est donc nécessaire et même indispensable dans le cas de documents souffrant d'acidité, d'oxydation des encres ou attaqués par des agents bibliophages.

Ce serait une grave erreur que de procéder à la lamination d'un document sans avoir débarrassé son support de tous les facteurs de détérioration présente ou passée. Ces agents pourraient en effet être activés et causer un grave dommage à l'oeuvre qu'il faudrait alors délaminer, opération qui ne va pas sans risque pour l'intégrité du document.

Il existe des procédés manuels et mécaniques de lamination. Le procédé manuel le plus classique comprend les opérations suivantes:

1. Une fois que le document a été nettoyé, mis à plat, fixé, neutralisé, etc., on le pose face retournée sur un support souple et imperméable en matériaux de type téflon ou polyéthylène. On l'humecte avec un pulvérisateur pour qu'il se plaque entièrement sur support afin d'éviter des dilatations ultérieures qui pourraient provoquer des déformations ou des ondulations.

2. On fait de même avec le papier, le voile de non-tissé, la toile ou autre matériau choisi comme renforcement.

3. Une fois que l'on a mis parfaitement à plat le document et le renforcement dans leurs supports respectifs et que l'on a éliminé l'excès d'humidité à l'aide d'un buvard ou d'un papier absorbant, on applique avec une brosse douce la colle choisie, en allant du centre vers les bords pour éviter la formation d'ondulations ou de pliures.

4. On prend le support qui contient le renforcement et en le retournant on le pose sur le document de telle façon que les fibres, si elles ont un sens dominant, se croisent avec celles du document afin d'éviter les tensions ou un enroulement.

La façon dont on pose le renforcement est très importante pour la réussite de l'opération. Le document quant à lui doit, dans tous les cas, rester à plat et fixe sur son support, lui-même posé sur la table de travail. On procédera selon l'une ou l'autre des manières suivantes:

(a) On commence par poser un des côtés du renforcement sur le côté correspondant du document, puis on abaisse lentement le reste.

(b) On opère à partir du milieu du document au-dessus duquel on présente le renforcement plié en V. On continue ensuite à coller les deux côtés qui viennent recouvrir le reste du document.

5. Une fois que l'on a obtenu une superposition parfaite, on presse légèrement avec un rouleau, en allant du centre vers les bords, afin d'éliminer l'excédent de colle et de chasser les bulles qui auraient pu se former pendant l'opération.

6. Après ce premier repassage, il convient d'ôter le support du renforcement (resté sur la partie supérieure). Quelques entailles effectuées - perpendiculairement au document - dans la bordure du renforcement éviteront l'apparition de déformations lors du séchage.

S'il n'y a pas de trace de colle, on peut couvrir le tout d'un buvard ou d'un papier absorbant pour favoriser le séchage définitif. Dans le cas contraire, il vaut mieux utiliser une feuille anti-adhésive, perméable, en tissu non tissé (type Reemay), pour activer le séchage.

7. Pour la mise à plat et le séchage définitif, on place le document laminé d'abord entre des buvards renouvelés périodiquement, puis dans une presse ou entre deux planchettes.

Une solution rapide, mais qui n'est valable que si l'on utilise un matériau de renfort mince (voile, mousseline, etc.), consiste à poser celui-ci directement sur le document et à appliquer une colle suffisamment fluide pour traverser le renfort et le souder au document.

On peut aussi utiliser des papiers de renfort préalablement revêtus d'une colle thermoplastique ou réactivable à l'aide d'un solvant. Les colles les plus utilisées sont le Primal, le Paraloïd ou d'autres analogues qui effectivement peuvent être ramollis par la chaleur produite par un fer à repasser et/ou le solvant correspondant appliqué avec une brosse ou un tampon de coton, une fois que le renforcement a été superposé au document. Dans les deux cas, il faut exercer une pression suffisante pour favoriser l'adhérence des deux couches.

Les procédés de lamination mécanique ont pour principe l'application d'une température capable de faire fondre un adhésif thermoplastique (par exemple du polyéthylène) pour souder le renforcement au document. Pour cela, il existe sur le marché différents types de machines qui en gros sont formées de deux plaques électriques à température contrôlée par thermostat, entre lesquelles on place les documents à laminer, et de deux rouleaux qui chassent l'air et aplanissent les feuilles.

Quand on veut laminer un document sur les deux faces, on place sur la servante de la machine à laminer un carton (de préférence en fibre d'amiante à cause de sa résistance) qui sert de support général à l'ensemble, on superpose comme isolant une feuille de téflon, puis on place le voile de renforcement, ensuite la pellicule d'adhésif thermoplastique et enfin le document, que l'on recouvre d'une autre pellicule d'adhésif, de voile, de téflon et de carton.

Le sandwich ainsi formé est glissé entre les plaques chauffantes où il devra rester le temps nécessaire pour atteindre le point de fusion de l'adhésif (en principe entre 25 et 30 secondes). Immédiatement, les rouleaux entrent en action, chassent l'air et compriment le sandwich jusqu'à adhérence complète du renforcement et du document.

Si on veut laminer une seule des deux faces, on ne place pas de pellicule d'adhésif et de renforcement sur l'autre face.

Lorsque le document présente des lacunes, on peut les combler avec des pièces, en procédant de la façon suivante: on fait comme s'il s'agissait de ne laminer que le recto, en plaçant sur le verso des morceaux du papier choisi pour le comblage, de façon à recouvir les lacunes. Par-dessus, on pose le téflon et le carton correspondant et on procède à la lamination.

On constate alors que chaque pièce s'est fixée au document précisément à l'endroit voulu grâce à l'action de l'adhésif. A l'aide d'un scalpel, on rogne le papier en excédent qui n'a pas collé. Une fois l'opération terminée, on lamine le verso, ce qui fait que le document est laminé des deux côtés et les trous sont rebouchés.

Dans tous les cas, il convient de laisser une marge de 2 à 5 mm sur tout le pourtour du document afin d'éviter un arrachement des couches superficielles par la suite et aussi de mieux protéger le document contré une éventuelle attaque de micro-organismes qui pourraient s'introduire par la tranche de la feuille.

Les presses thermostatiques sont un moyen de procéder de façon simplifiée à la lamination par pression et chaleur. On peut y introduire simultanément plusieurs documents placés dans leurs sandwichs respectifs, que l'on empile les uns sur les autres. L'inconvénient, c'est qu'il peut se produire des irrégularités dans la fusion de l'adhésif à cause des écarts de température et de pression que subissent les documents selon leur emplacement.
A côté de ces systèmes traditionnels, il existe un autre type de machine à laminer, équipée d'une bande transporteuse sur laquelle on dépose l'ensemble décrit plus haut, mais sans les cartons extérieurs Le tout passe dans une zone où l'on provoque une élévation de température par injection d'air chaud et finalement, des rouleaux de caoutchouc assurent le pressage final.

Dans les cas où il est possible de recourir à un traitement aqueux et où le document, s'agissant en particulier de gravures et de dessins, a besoin d'un comblage et d'une consolidation, on peut obtenir un renforcement type lamination à l'aide de la machine à colmater décrite au paragraphe 3.4.12. Il suffit pour cela de surdoser la quantité de pulpe introduite dans la machine. L'excédent de pulpe recouvrira alors le verso du document sur toute la surface, en une couche d'épaisseur proportionnelle à la quantité de pulpe injectée. Le document devra être placé face dessous et ne comporter aucune inscription au verso, le revêtement obtenu étant opaque.

Enfin, il faut citer la table d'aspiration, instrument de travail utile pour effectuer les laminations manuelles, surtout dans le cas de documents très abîmés ou en morceaux, car elle permet de maintenir le document bien à plat pendant qu'on applique l'adhésif et le renforcement.

L'appareil s'est également révélé efficace pour des laminations utilisant un adhésif thermoplastique, fondu sur place avec de l'air chaud fourni par des spatules thermostatiques.

3.4.14 Encapsulation

L'encapsulation est utilisée en lieu et place de la lamination pour protéger des documents fragiles et des documents appelés à être déplacés, exposés, etc., ou pour assurer la conservation définitive d'oeuvres planes (gravures, dessins, etc.). Elle consiste à installer le document entre deux feuilles transparentes dont on scelle les quatre côtés pour former une pochette plate, qui donne de la consistance au document et le soustrait en outre aux facteurs extérieurs d'agression. Le document n'est maintenu par aucun système de fixation à l'intérieur de la pochette dont les dimensions intérieures épousent celles de l'oeuvre pour éviter tout jeu susceptible de l'endommager.

La façon de procéder la plus simple est la suivante: on étend une feuille du matériau choisi, de préférence du téréphtalate de polyéthylène (mylar, melinex) ou un matériau analogue, dont les dimensions sont adaptées à celles du document à encapsuler. Sur la feuille on place l'oeuvre que l'on entoure, en ménageant une marge extérieure de 3 à 5 mm, d'un ruban autocollant double-face. Après quoi, on recouvre d'une autre feuille qui se collera grâce au ruban adhésif. Ensuite, on passe un rouleau sur la capsule pour chasser l'air emprisonné qui s'échappera par un coin que l'on aura pris soin de ne pas coller (un très petit trou suffit).

Enfin, on massicote le tout sur le pourtour extérieur.

Au lieu de faire ce travail à la main, on peut aussi clore la pochette au moyen d'un appareil spécial à thermofusion ou à ultrasons qui font fondre le polyéthylène et permettent d'obtenir une fermeture hermétique d'une plus belle finition.

Bien entendu, avant de procéder à l'encapsulation, il faudra, comme dans le cas de la lamination, s'assurer que le document est exempt de tout facteur intrinsèque de détérioration.


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