Table des matières
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4.1 Définition et composition
4.2 Agents de détérioration et protection
préventive
4.3 Techniques de restauration: matériaux et
procédés
Le parchemin est une peau semi-tannée dont l'utilisation comme support de l'écriture remonte au IIe siècle av. J.-C. au moins, en Asie mineure.
Selon Pline, le parchemin fut inventé dans la ville de Pergame pour remplacer le papyrus dont l'importation avait été interdite, en raison de la rivalité entre les célèbres bibliothèques d'Alexandrie et de Pergame.
Quelle que soit son origine, le fait est que le parchemin a peu à peu remplacé le papyrus en raison de l'abondance de sa matière première et de ses avantages manifestes comme support de l'écriture. Il ne cède du terrain qu'avec la généralisation de l'usage du papier dans le monde européen (au XIVe siècle, approximativement, selon les régions).
Nous avons très peu de renseignements sur la façon dont le parchemin était fabriqué dans l'Antiquité, mais les techniques n'étaient sans doute pas très différentes de celles employées par les moines du Moyen Age.
On utilisait pour la fabrication du parchemin des peaux d'agneau, de chevreau ou de veau, que l'on faisait séjourner trois jours dans de l'eau de chaux pour que les matières inutiles (graisses, chair et poils) se détachent plus facilement. Ensuite, on procédait à l'épilation de la peau en la grattant à l'aide d'un instrument tranchant.
Enfin, la peau était étirée sur un cadre pour le séchage. Après séchage (ou, dans certains cas, sur une peau légèrement humectée), la dernière phase du traitement était le ponçage de la peau sur ses deux faces afin d'homogénéiser son grain et de lisser également l'une et l'autre face de ce qui, déjà, était un véritable parchemin.
Lorsque le matériau ainsi obtenu était destiné uniquement à l'écriture, il était blanchi avec de la poudre de plâtre qui avait également une action dégraissante. Quand il devait être enluminé, le parchemin était recouvert d'une préparation à base de talc destinée à obtenir un fond opaque pour mieux faire ressortir les couleurs.
Le produit de ces traitements était un support moins souple que le papyrus, mais agréable d'aspect et doux au toucher, sur lequel on pouvait écrire recto verso et corriger ou effacer les erreurs par simple grattage.
Ces propriétés, alliées à la robustesse et à la dureté du parchemin, constituent le facteur primordial qui a conduit à l'abandon du rouleau comme format du livre et du document graphique pour le format rectangulaire qui apparaît dès le premier siècle de l'ère chrétienne.
Du point de vue physiologique, le parchemin correspond à la couche profonde de la peau (derme), et ses deux faces ont des caractéristiques bien distinctes: la face superficielle, fleur de la peau dite couche fleur, est plus compacte et plus sombre, sa couleur tire sur le jaune et elle a un toucher granuleux; c'est sur cette face que l'on écrivait de préférence. La face profonde, dite croûte, côté chair, plus blanche, est celle en contact avec les couches plus grasses chez l'animal vivant.
Le parchemin le plus fin, réservé aux livres précieux de petit format, est fabriqué avec la peau d'animaux nouveau-nés ou mort-nés (vélin): dans ce cas, la peau est si fine et d'une telle transparence que l'on ne distingue pas la couche fleur de la croûte, à peine formée.
De tous les éléments constitutifs d'une peau vivante, les seuls qui subsistent dans le parchemin sont les protéines insolubles et l'eau. Les protéines se lient en formant des fibres qui ont une grande cohésion physique et un fort pouvoir d'hydratation; contrairement à celles du papier, ces fibres ne sont pas entrelacées ni enchevêtrées. Le seul élément qui exerce une action cohésive est l'eau qui, comme dans le papier, forme des liaisons intermoléculaires assurant la cohésion chimique des fibres par le biais principalement de ce qu'il est convenu d'appeler les ponts hydrogène. Cette structure, comme nous le verrons ultérieurement, explique que l'eau et plus précisément l'humidité jouent un rôle si important dans la conservation des parchemins.
4.2 Agents de détérioration et protection préventive
De manière générale, on peut dire que le parchemin est attaqué par les mêmes agents de détérioration que les matériaux cellulosiques, mais intrinsèquement, s'agissant d'une substance protéinique, il est moins exposé à la détérioration et résiste mieux au vieillissement naturel.
Les brusques variations d'humidité et de température sont le pire ennemi du parchemin dont elles peuvent déformer la surface et dégrader l'aspect; comme il s'agit d'une peau qui n'a pas été entièrement stabilisée par le tannage, le problème majeur est un problème d'instabilité physico-chimique résultant de sa sensibilité et de ses exigences face au couple température-humidité.
Le parchemin se caractérise par sa forte hygroscopicité étant donné que, comme nous l'avons vu pour les matériaux cellulosiques, la cohésion de ses fibres est due aux molécules d'eau. Ces molécules se combinent avec les atomes d'oxygène et d'hydrogène des fibres contiguës; grâce à ces liaisons chimiques, les fibres protéiniques s'unissent entre elles, et leur cohésion est maintenue aussi longtemps que l'équilibre hygrométrique n'est pas rompu.
Ce phénomène de cohésion chimique est identique à celui des fibres cellulosiques, à cette différence près qu'il n'y a pas dans le parchemin entrelacement des fibres, ni charges ou adhésifs (comme les produits d'apprêt du papier) assurant une cohésion mécanique.
La peau a la propriété d'être souple du fait de cette disposition naturelle des fibres protéiniques, mais lorsque l'équilibre hygrométrique est rompu par suite d'une perte d'humidité, celles-ci adoptent des formes rigides; le dessèchement entraîne l'isolement des filaments protéiques (perte de l'union par les ponts hydrogène) et cette rupture des liaisons occasionne une perte de souplesse qui favorise le craquèlement, l'exfoliation, voire la désagrégation du support.
En cas de sursaturation en eau, le nombre très élevé de molécules présentes dans ce liquide favorise la transformation des fibres en gélatines; la décomposition du parchemin est en outre activée par l'hydrolyse.
Entre autres techniques de protection, celles mentionnées pour les matériaux cellulosiques sont également applicables au parchemin; il convient de leur ajouter la stabilisation hygroscopique des matériaux au polyéthylèneglycol. En outre, pour protéger plus efficacement le parchemin des effets de la température et de l'humidité lorsqu'il est exposé à un microclimat très agressif, on peut le traiter en surface avec de la cire microcristalline.
En tout état de cause, le microclimat idéal pour le parchemin est constitué par une humidité relative comprise en 60 et 50 % et une température de 18 à 22 °C; bien que sensible aux variations hydrothermiques, le parchemin s'adapte relativement bien au milieu ambiant, mais à partir de 40 °C et d'un taux d'humidité relative de 70 %, il subit des altérations graves.
Les causes chimiques de détérioration sont moins fréquentes que pour le papier. Le problème de l'acidité est pratiquement inexistant du fait des substances alcalines (chaux) utilisées pour la fabrication du parchemin; cependant, on peut rencontrer des parchemins acides par suite d'une préparation mal faite, de l'action de micro-organismes ou d'une pollution atmosphérique.
Pour prévenir les effets de l'acidification due à des agents atmosphériques, on peut, outre l'installation de systèmes de filtrage de l'air, utiliser à titre préventif une solution à base de lactate de potassium appliquée directement sur le parchemin (procédé décrit ci-après dans la section relative aux traitements des peaux tannées).
Le problème de l'alcalinité, plus fréquent dans le cas des parchemins que dans celui des papiers, entraîne le Jaunissement du support, mais cet effet, bien que dû généralement à un excès de chaux, peut également s'expliquer par une contamination bactérienne, par la présence d'acides gras résultat d'un tannage défectueux ou par la pollution atmosphérique, en particulier si la poussière est chargée de particules de fer qui se transforment en hydroxyde coloré.
S'agissant des agents de détérioration biologique, on précisera que l'action de nombreux micro-organismes est affaiblie par l'alcalinité du matériau, mais si le milieu est propice à leur prolifération, le parchemin est attaqué par ceux-ci comme par les insectes.
Un problème plus grave pour les parchemins que pour le papier est celui des salissures superficielles. Celles-ci sont plus difficiles à éliminer car elles ont un plus grand pouvoir de pénétration, du fait en partie de la formation d'acides gras, mais également de la structure même du parchemin qui favorise l'incrustation des salissures entre les pores côté croûte et dans le grain côté fleur.