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4.3 Techniques de restauration: matériaux et procédés
La procédure à suivre pour la restauration des parchemins est:, pour l'essentiel, celle qu'il convient d'appliquer à tout autre document d'archives, mais, compte tenu de la composition particulière du parchemin (matériau protéinique), certains procédés et produits sont à éviter, alors qu'à l'inverse, des techniques différentes, très peu utilisées pour les matériaux cellulosiques, peuvent s'avérer nécessaires.
Cela dit, nous ne reviendrons pas dans cette section sur la description des traitements classiques, déjà mentionnés dans le chapitre relatif aux documents sur papier; nous commencerons donc par les techniques de désinfection et de désinsectisation, en omettant les étapes préalables d'analyse et de photographie déjà évoquées précédemment.
4.3.1 Désinfection et désinsectisation
La principale chose à retenir pour le traitement des parchemins, compte tenu des caractéristiques de ce matériau, est qu'il ne faut jamais utiliser comme mélange gazeux le bromure de méthyle qui a pour effet, vérifié, de durcir et de dénaturer les peaux.
De même, le traitement des parchemins à l'aldéhyde formique est déconseillé car il entraîne leur déshydratation et finit par les durcir.
A l'exception de ces deux produits, tous ceux mentionnés pour la restauration des papiers conviennent, à condition de respecter les concentrations indiquées. Même ainsi, la méthode la plus utilisée à titre préventif, contre l'action possible des micro-organismes sur des parchemins humides, consiste à placer les documents dans des pochettes en polyéthylène imprégnées de pentachlorophénol et de borax (cette technique permet en effet de prévenir l'apparition de problèmes chimiques aussi bien que biologiques: rappelons que le borax a une action de désacidification en même temps que des propriétés fongicides).
Un autre traitement à caractère essentiellement préventif est le placement de papiers buvards imprégnés de thymol au contact des documents, bien que l'efficacité de ce produit soit assez faible à notre avis.
Le traitement le plus efficace est la fumigation en autoclave à l'oxyde d'éthylène en mélange avec du fréon ou du dioxyde de carbone durant 2, 4 ou 6 heures selon le but poursuivi: désinsectisation, désinfection ou stérilisation. Rappelons que ce traitement est uniquement curatif et qu'il doit être combiné, dans un deuxième temps, avec un traitement préventif visant à empêcher une nouvelle contamination.
4.3.2 Fixage des encres et couleurs
Comme pour tout autre matériau, il est évident qu'avant de recourir à un quelconque traitement d'un parchemin, il faut s'assurer que le tracé ne sera pas altéré par les produits utilisés; si tel n'est pas le cas, le fixage des encres et couleurs est nécessaire.
Les techniques de fixage décrites à propos de la restauration du papier peuvent convenir; cependant, pour le parchemin, les produits les plus indiqués sont les suivants:
Le nylon soluble, en solution alcoolique, donne généralement de bons résultats; bien qu'il présente l'inconvénient d'être incompatible, du fait de sa réversibilité, avec l'alcool (substance assez fréquemment utilisée pour les traitements dans le cas du parchemin), il a l'avantage, sur d'autres fixatifs, de former une pellicule protectrice qui facilite la pénétration des produits liquides au lieu d'imperméabiliser totalement la zone traitée.
L'acétate de cellulose (préparé et soluble dans l'acétone) est l'un des produits les plus utilisés pour le fixage des encres et des couleurs. Il donne de très bons résultats sur le parchemin et il présente l'avantage, lorsqu'il est utilisé en couche très épaisse, de former une fine pellicule qu'on peut "éplucher" après le traitement, ce qui évite d'avoir à recourir à des solvants pour l'éliminer. La formation de cette pellicule semble dépendre non seulement du degré d'épaisseur de l'acétate, mais aussi de la nature de l'encre ou de la couleur. Par conséquent, s'il existe un risque, au moment où l'on détache la pellicule d'acétate, d'arracher en même temps la couche pigmentée, il est recommandé d'utiliser de l'acétone pour dissoudre le fixatif.
Le Primal, soluble dans l'eau mais, une fois durci, réversible dans des solvants organiques, xylène et toluène, est également indiqué pour le traitement des parchemins.
Actuellement, le produit le plus largement utilisé est le Paraloïd, préparé et réversible dans le tétrachloro-éthylène, le xylène, le toluène et particulièrement le nitrate de potassium. Ce produit est également commercialisé en atomiseur.
Le fixatif est généralement appliqué au moyen d'un pinceau sur les tracés uniquement, mais lorsque l'on doit traiter des surfaces importantes; l'usage d'un atomiseur est recommandé, à condition de protéger à l'aide d'un cache le reste du document, pour pulvériser le produit uniquement à l'endroit du tracé; dans le cas où il est nécessaire d'appliquer au pinceau un produit commercialisé en atomiseur, il suffit d'en vaporiser une petite quantité dans un récipient. L'application au pinceau est plus sûre que l'usage d'un atomiseur.
4.3.3 Nettoyage mécanique à sec
Le parchemin, matériau généralement plus résistant que le papier et dans lequel la salissure s'incruste davantage, admet et demande l'emploi de traitements légèrement abrasifs, contrairement au papier qui exige des techniques plus douces.
Le nettoyage fait habituellement appel à des gommes de dureté variable ainsi qu'à la gomme électrique et au pinceau en fibre de verre, particulièrement indiqué pour les coins noircis par les doigts qui ont tourné les pages.
Lorsque le nettoyage porte sur le côté fleur, il doit s'accompagner d'un soin tout particulier pour ne pas abîmer ni altérer cette surface très fine.
4.3.4 Nettoyage à l'aide de solvants
Il est établi que les solvants sont moins efficaces pour le parchemin que pour les matériaux cellulosiques; cette réserve faite, nous recommandons pour l'élimination des taches grasses le dichloréthylène, le tétrachloroéthylène et le chloroforme.
Les taches d'oxyde ou de fer peuvent être traitées à l'aide d'une solution à 5 % d'acide oxalique dans l'eau tiède; cependant, ce traitement doit être appliqué avec précaution et neutralisé ensuite avec un agent de désacidification.
4.3.5 Nettoyage aqueux
Ce traitement est nécessaire dans la plupart des cas, moins pour éliminer la salissure du parchemin que pour faciliter son étirage ultérieur. On peut pour cela utiliser un bain d'eau avec adjonction d'un tensioactif neutre, bien que ce procédé ne soit pas très répandu, les résultats étant à peine supérieurs à ceux que l'on obtient avec un simple bain d'eau; en outre, le risque existe qu'à long terme certains résidus puissent être nocifs.
La méthode la plus couramment utilisée est l'immersion des parchemins dans un bain d'eau et d'alcool dans des proportions variables. L'alcool a pour effet d'accélérer l'ouverture des pores et d'accroître le pouvoir de pénétration du liquide en même temps qu'il favorise un séchage plus rapide en activant l'évaporation.
A des fins de nettoyage toujours, on peut également employer des mélanges d'eau, d'alcool, d'acétone et d'ammoniaque (ce dernier ayant en outre une légère action de blanchiment). Les proportions varient selon la solubilité des encres et des couleurs dans les différents milieux. A conditions égales, il est préférable d'employer l'alcool et d'éviter l'acétone, qui tend à provoquer un léger durcissement du parchemin.
La méthode la plus usitée consiste à immerger le parchemin durant une heure dans un bain d'eau, d'alcool et de glycérine dans les proportions de 15, 70 et 15 % respectivement, car la glycérine favorise l'assouplissement du parchemin.
4.3.6 Blanchiment
Comme nous l'avons vu précédemment, le parchemin réagit assez mal aux traitements chimiques, et plus mal encore aux produits chlorés qui, outre une efficacité très moyenne, ont des effets extrêmement nocifs puisqu'ils entraînent un ramollissement du parchemin et des déformations; malgré tout, la littérature fait état de l'emploi de chloramine T à 5 % rincée rapidement à l'eau et ensuite neutralisée. Mais les piètres résultats obtenus ne justifient jamais, à notre sens, le risque pris.
Un agent de blanchiment moins dangereux, mais offrant des résultats tout aussi peu satisfaisants, est l'eau oxygénée (peroxyde d'hydrogène) diluée ou non.
En tout état de cause, l'usage d'hypochlorites est totalement déconseillé en raison de leur fort pouvoir de dégradation sur la structure du parchemin (gélatinisation).
4.3.7 Désacidification
Du fait même de leur méthode de fabrication (semi-tannage des peaux traitées par la chaux), il est assez rare de rencontrer des parchemins présentant un degré d'acidité tel que leur neutralisation soit nécessaire; nous avons vu cependant que ce problème pouvait se poser par suite d'une préparation mal faite et, surtout, d'une pollution atmosphérique.
En règle générale, les produits utilisés pour la désacidification du papier sont aussi valables pour celle du parchemin; les plus indiqués sont cependant l'hydroxyde de calcium (parce qu'il n'entraîne aucune adjonction de substance étrangère au parchemin), en solution aqueuse saturée, et l'hydroxyde de baryum, soluble dans le méthanol, milieu auquel le parchemin réagit particulièrement bien (15 g par litre de méthanol en bain de 20 mn).
Pour faciliter l'opération et obtenir une meilleure efficacité, il est recommandé, plutôt que de procéder à une désacidification isolée à l'aide des produits mentionnés, de combiner ce traitement avec le nettoyage aqueux. Pour cela, il suffit, dans le bain d'eau, d'alcool et de glycérine précédemment décrit, de remplacer l'eau ou l'alcool par l'hydroxyde de calcium ou de baryum respectivement.
Les proportions à respecter sont les suivantes:
- 15 % d'hydroxyde de calcium, 70 % d'éthanol et 15 % de glycérine, ou
- 15 % d'eau, 70 % d'hydroxyde de baryum et 15 % de glycérine.
L'avantage de l'une et l'autre formule est de permettre d'effectuer simultanément deux traitements: le nettoyage et la désacidification.
4.3.8 Stabilisation hygroscopique
La stabilisation hygroscopique ou hydroscopique est le traitement par excellence du parchemin puisque cette phase du processus de restauration, à quelques rares exceptions près, s'applique uniquement à ce type de support.
Il s'agit par ce traitement de réguler l'humidité, en cas d'humidité excessive comme en cas d'humidité insuffisante. Le parchemin étant un matériau fortement hygroscopique,: l'humidité à laquelle il s'est trouvé exposé tout au long de son histoire a une incidence directe sur son état de conservation, et la stabilisation hygroscopique est le seul moyen susceptible de lui redonner la souplesse perdue.
Lorsqu'on parle de stabilisation hygroscopique en général, on fait référence à l'opération de restauration qui vise à restituer au parchemin l'humidité perdue, mais ce terme doit également s'appliquer aux traitements rendus nécessaires par un excès d'humidité: dans ce cas en effet, le parchemin tend à se gélatiniser, favorisant ainsi l'activité des micro-organismes, d'où la nécessité d'un traitement d'assèchement.
En dehors de la simple exposition à l'air, méthode trop lente pour un matériau comme le parchemin, les traitements les plus indiqués sont les suivants:
1. L'immersion du document dans un bain d'éthanol: l'alcool en s'évaporant a une action déshydratante, qui facilite le séchage du parchemin tout en prévenant toute altération éventuelle due à des agents biologiques.
2. La pulvérisation sur le document de produits régulateurs d'humidité en même temps qu'inoffensifs pour le parchemin, parmi lesquels le carbonate de calcium, la sépiolite et le gel de silice sont particulièrement indiqués. Ces substances sont appliquées par saupoudrage sur: le parchemin, afin d'en absorber l'humidité, et renouvelées à intervalles réguliers jusqu'à l'obtention du degré d'humidité souhaité. Parmi les produits cités, le gel de silice est le plus adapté parce que sa coloration est un indicateur de son action asséchante: bleu à l'origine, c'est-à-dire sec, il vire: en effet progressivement au rouge à mesure qu'il s'humidifie. Ces produits peuvent être réutilisés après chauffage, qui leur fait perdre l'humidité absorbée.
En dehors de ces deux procédés, relativement peu coûteux, il existe des enceintes d'humidification-déshumidification. Cet équipement, beaucoup plus onéreux, assure un traitement efficace: il permet en effet de réduire l'humidité du parchemin par un procédé de déshydratation contrôlée, l'eau s'évaporant progressivement à mesure que l'on augmente la température.
Le degré optimal d'humidification d'un parchemin est fonction de l'atmoshère où il sera finalement installé (humidité relative de 50 à 60 % de préférence).
Il est beaucoup plus courant d'avoir à restituer au parchemin l'humidité perdue que le contraire. Lorsque l'humidité est insuffisante, le parchemin perd sa souplesse et présente en outre de nombreuses ondulations.
Il existe deux méthodes traditionnelles pour remédier à ce problème épineux de la déshydratation du parchemin. La première consiste à en corriger les effets en apportant au parchemin de l'humidité, la seconde à lui appliquer des produits lubrifiants (graisses) comme on le ferait pour une peau tannée.
Dans le premier cas, le traitement consiste à maintenir le parchemin en milieu humide en utilisant une enceinte d'humidification à l'intérieur de laquelle le parchemin est soumis à une humidité relative de 80 % à environ 15 °C, jusqu'à totale récupération de l'humidité. Cet appareil, relativement coûteux, peut être remplacé par une vitrine ou une installation du type armoire, dans laquelle on entretient une forte humidité par évaporation d'eau ou simplement à l'aide d'humidificateurs.
Mais le maintien du parchemin en milieu humide jusqu'à sa complète stabilisation s'accompagne du risque de favoriser l'activité microbiologique (à laquelle on peut remédier en utilisant des fongicides), de provoquer la dissolution des encres ou l'apparition de taches d'humidité et de poussière. Il s'agit en outre d'un traitement peu efficace à long terme dans la mesure où, une fois le parchemin replacé dans son milieu d'origine, le même problème resurgit, même si le degré d'humidité ambiante est adéquat.
Les traitements à base de corps gras sont encore moins adaptés au parchemin que la méthode que nous venons de décrire; en effet, comme nous l'avons vu dans le chapitre consacré aux causes de détérioration, ce n'est pas de graisse que le parchemin desséché a besoin, mais d'humidité. Les substances huileuses confèrent au parchemin une relative souplesse, sans poser le problème d'une prolifération microbiologique ou de la dilution des encres, mais elles peuvent occasionner des transparences dues à un excès de graisse, un toucher onctueux propre à retenir davantage la poussière, un changement de coloration de la peau et, enfin, l'oxydation des huiles; en outre, les résultats ne sont pas satisfaisants étant donné le faible pouvoir d'absorption des graisses du parchemin, qui limite considérablement la souplesse acquise.
Les "huiles" sont généralement appliquées par "frictions légères", après immersion du parchemin dans un bain d'éthanol et d'eau à parts égales durant 24 heures environ.
Parmi les produits utilisés jusqu'ici, citons les lanolines, les cires, les paraffines, les glycérines et des huiles d'origines diverses comme l'huile de castor, l'huile de pied de boeuf (qui, outre un toucher onctueux, propre à toutes les huiles, a la particularité de laisser des brillances et des transparences) et l'huile de cèdre; pour cette dernière, on utilise de préférence un tampon de coton pour en imprégner le parchemin, qui est ensuite placé entre deux plaques de verre dégraissées au talc.
En théorie, le traitement idéal pour un parchemin déshydraté serait la combinaison des deux méthodes citées: conférer à la peau l'humidité interne la plus adéquate et ensuite imperméabiliser la surface en l'enduisant d'une substance qui empêche l'évaporation. Dans la pratique, cependant, il n'est pas possible d'allier convenablement ces deux traitements car la peau semi-tannée ne possède pas le pouvoir d'autorégénération propre à la "peau vivante" et les agents atmosphériques sont capables de percer cette défense artificielle.
D'autres substances ont également été utilisées, au fil du temps, pour rendre au parchemin sa souplesse: les vitamines, les albumines, le spermaceti (ou blanc de baleine) et l'urée, ces deux dernières parfois associées dans un même traitement.
Les résultats fournis par ces techniques ne sont guère satisfaisants. Dans le cas de l'urée, nous savons qu'elle entraîne des transparences, et les émulsions de spermaceti pour leur part laissent des traces blanches que l'on peut, il est vrai, éliminer au benzol. En tout état de cause, elles sont supplantées par la méthode que nous décrivons ci-après.
Elle consiste à traiter le parchemin par le polyéthylèneglycol, qui a permis de résoudre de manière totalement satisfaisante le problème de la stabilisation hygroscopique.
Le polyéthylèneglycol est un dérivé des glycols (polyalcool) obtenu industriellement par condensation de différents polymères de l'oxyde d'éthylène.
On le trouve dans le commerce sous différentes formes de poids moléculaires distincts, depuis l'état solide Jusqu'à l'état très fluide; pour la stabilisation hygroscopique du parchemin, on utilise les polyéthylèneglycols 200 à 400, d'aspect visqueux mais suffisamment fluides.
Les propriétés qui justifient l'emploi du polyéthylèneglycol pour la conservation des parchemins sont les suivantes: il a un pH pratiquement neutre; il n'est pas volatil; il ne favorise pas l'activité des micro-organismes; il a une pénétrabilité acceptable, il a une action adoucissante et lubrifiante et, surtout, il a un pouvoir élevé de régulation de l'humidité car c'est un corps hygrométrique qui agit comme une éponge: en fonction du degré d'humidité ambiante, il absorbe ou cède de l'eau, sans que les constantes internes soient modifiées.
Ses éléments (carbone, hydrogène et oxygène) ont une totale affinité avec ceux du parchemin, aucune substance étrangère n'étant ajoutée.
On pourrait dire que le polyéthylèneglycol se comporte comme un substitut de l'eau en rétablissant, grâce à ses groupes hydroxyles, les ponts hydrogène coupés; il offre en outre l'avantage d'être un traitement permanent en raison de sa non-volatilité.
Jusqu'ici, aucun essai, pas même les essais de vieillissement artificiel, n'a permis de mettre en évidence un quelconque effet secondaire indésirable lié à l'utilisation du polyéthylèneglycol.
Le seul facteur qui demande des précautions est la solubilité des encres, qu'il est dans certains cas nécessaire de protéger au moyen de fixatifs.
Le traitement par le polyéthylèneglycol consiste simplement à imprégner le parchemin de cette substance; il peut être appliqué par bain, par frictions douces ou à la brosse selon le type de manipulation autorisé par l'état de conservation du parchemin.
Dans le cas d'une application à la brosse, après imprégnation le parchemin est placé, jusqu'à l'absorption du produit, entre deux feuilles de polyéthylène ou entre deux plaques de verre (bien que ce dernier procédé soit dangereux du fait d'une adhérence possible). Dans les frictions, on frotte doucement avec les doigts en décrivant des mouvements circulaires. Pour le bain, le produit est également utilisé pur jusqu'à pénétration totale; la saturation est mise en évidence par le fait que le parchemin acquiert une transparence caractéristique qui disparaît totalement avec le séchage du document.
Pour ce qui concerne le traitement par immersion, les premiers essais ont été réalisés avec du polyéthylèneglycol à 50 % en solution aqueuse ou alcoolique au bain-marie, dans des bacs à thermostat maintenant la température à 30 °C. Ces essais avaient pour but d'accroître la pénétrabilité du produit, sans quoi, dans le cas de parchemins extrêmement épais, desséchés et satinés, le traitement pouvait demander des semaines.
Aujourd'hui, on résout ce problème en plongeant au préalable le document dans un bain d'eau, d'alcool et de glycérine (15 %, 70 % et 15 % respectivement) durant une heure; autrement dit, on peut profiter du bain utilisé pour le nettoyage du parchemin afin de procéder à la stabilisation hygroscopique par le polyéthylèneglycol. Le premier bain prépare les pores du parchemin à l'absorption du polyéthylèneglycol. L'alcool ouvre en quelque sorte les pores, facilitant ainsi le passage de l'eau, laquelle à son tour favorise la pénétration de la glycérine, et cette dernière celle du polyéthylèneglycol.
Le principe du bain préalable n'est pas réservé aux parchemins épais; il peut être appliqué à tous les types de parchemin pour réduire la durée du traitement.
En résumé, la stabilisation hygroscopique par le polyéthylèneglycol comprend un premier bain d'eau, d'alcool et de glycérine d'une durée d'une heure, suivi de l'imprégnation de polyéthylèneglycol (par immersion de préférence) jusqu'à saturation.
Le traitement est complété par le séchage - mise à plat. Cette opération permet d'éliminer les transparences dues à la saturation, qui disparaîtront pour finir lors du séchage sous presse entre des buvards.
Ce traitement sert non seulement à rendre au parchemin la souplesse perdue, mais aussi à éliminer les rides et à prévenir les effets possibles de variations de l'humidité ambiante.
4.3.9 Séchage et mise à plat
La méthode la plus classique est le séchage sur cadre qui permet d'étirer le parchemin dont les bords sont maintenus au moyen de pinces spéciales. Cette méthode entraîne habituellement des déformations, de sorte que le pourtour du document ainsi traité présente de légères irrégularités du fait d'une tension plus importante à l'endroit des pinces. Pour les éviter autant que possible, on place les pinces bord à bord et on interpose entre les machoires et le parchemin une protection en matériau mou comme le feutre, pour éviter toute éraflure ou déchirure. Cette technique, encore utilisée de nos jours, présente l'avantage de permettre un traitement d'humidification local, utile dans le cas d'encres ou de couleurs très solubles ou susceptibles de s'altérer.
Dans ce cas, on procéderait par frictions pour humecter les endroits voulus à l'eau ou au polyéthylèneglycol, l'ensemble du document étant soumis à un étirage progressif.
Une autre méthode classique est la simple mise sous presse entre des buvards après humidification. Dans ce cas, pour éviter une attaque par des micro-organismes, il est recommandé de changer très fréquemment les buvards, surtout si l'on n'a pas utilisé du polyéthylèneglycol. Ce système n'est efficace que pour les parchemins présentant peu de rides, étant donné que les rides trop importantes pourraient se changer en plis.
Une autre solution consiste à placer le parchemin, une fois humidifié, sur une plaque de verre préalablement dégraissée au talc et de le recouvrir d'un buvard. L'étirage est réalisé en plaçant sur les extrémités du buvard des poids ou des baguettes de plomb destinés à maintenir l'ensemble, mais sans empêcher le parchemin de se rétracter durant le séchage, afin d'éviter naturellement toute déchirure. On réduit ce risque en évitant des poids trop lourds et un séchage trop rapide; dans certains cas, il est conseillé, pour l'étirage, d'alterner les opérations d'humidification et d'étirage autant de fois qu'il apparaît nécessaire.
Un inconvénient de la mise à plat des parchemins au moyen de buvards est que ceux-ci peuvent, dans certains cas, absorber les encres amollies et affaiblies par le traitement de stabilisation.
La méthode la plus indiquée en particulier dans le cas de parchemins présentant des rides très importantes, est la suivante:
- on prépare deux plaques de verre ou de bois bien lisse dégraissées au talc;
- sur l'une de ces plaques, on pulvérise un peu d'eau;
- sur cette plaque, on place une feuille de polyéthylène que l'on étire à l'aide d'un rouleau, afin que, l'humidité aidant, la feuille soit parfaitement tendu;
- sur la feuille de polyéthylène, on place le parchemin préalablement traité par le polyéthylèneglycol, le mélange d'eau, d'alcool et de glycérine ou tout autre produit selon le cas;
- le parchemin humide est entièrement recouvert d'une autre feuille de poloyéthylène;
- à l'aide du rouleau, on fait adhérer ce film au parchemin en éliminant toutes les bulles d'air et en aplanissant le parchemin, lequel, sous la pression du rouleau, doit être à plat et parfaitement lisse entre les feuilles de polyéthylène. Pour faciliter la mise à plat et l'élimination des bulles d'air, il est recommandé d'étendre au rouleau la feuille de polyéthylène en commençant l'opération par le centre pour finir par les bords, ce qui permet d'expulser par les côtés le produit en excédent;
- sur ce "sandwich" (polyéthylène, parchemin, polyéthylène), on place enfin un second support, en verre de préférence. Le poids du verre évite la réapparition des rides et permet, du fait de sa transparence, de surveiller à tout moment le comportement des encres et couleurs et du parchemin en général;
- au bout de 24 heures, approximativement, on enlève le verre et on remplace la feuille de polyéthylène du dessus par un buvard, avant de remettre en place la plaque de verre ou la planchette;
- au bout de 24 heures encore, l'autre feuille de polyéthylène est également remplacée par un papier buvard et le document, entre ces deux buvards, est mis sous presse jusqu'à séchage définitif. Ces buvards sont régulièrement changés jusqu'à absorption totale de l'humidité, afin d'éviter les moisissures et l'altération du tracé.
Le temps indiqué pour le séchage est donné uniquement à titre indicatif et doit être modulé en fonction des caractéristiques du parchemin et de son épaisseur.
4.3.10 Restauration du support, entailles et déchirures
Les techniques les plus anciennes de réparation des déchirures sur un parchemin font appel à la couture, effectuée à cheval comme une reprise de préférence, avec de la ficelle, du boyau et, plus récemment du fil de nylon, mais il est évident que ces méthodes sont peu indiquées. En effet, elles supposent qu'on perfore le support d'origine et, malgré certaines coutures étonnamment réussies, le résultat reste toujours inesthétique.
Une autre méthode traditionnellement utilisée pour la pose de pièces ou la réparation d'entailles ou de déchirures consiste à appliquer sur les bords à assembler de l'acide acétique qui a un effet adhésif du fait qu'il provoque la gélatinisation du parchemin, lequel, en séchant, reste collé. Mais cette technique est déconseillée du fait de sa faible efficacité et de la détérioration qu'elle entraîne inévitablement.
La méthode la plus indiquée pour la restauration des parchemins déchirés est l'emploi de colles, mais celles utilisées pour la restauration des matériaux cellulosiques ne conviennent pas toutes au parchemin.
Parmi les colles d'origine naturelle, on a d'abord utilisé pour réparer les parchemins des colles animales: elles ne sont pourtant pas le matériau le plus indiqué dans la mesure où, avec le temps, elles noircissent, cristallisent et perdent leur pouvoir adhésif. Il en va de même pour les colles cellulosiques (colle de pâte) qui, de surcroît, n'offrent aucune adhérence.
Pour ce qui concerne les colles cellulosiques semi-synthétiques, leur faible pouvoir adhésif ne justifie pas leur utilisation, même s'ils ne posent pas les problèmes des colles animales.
Parmi les colles synthétiques, celles dont l'application exige des températures élevées sont totalement contre-indiquées étant donné que le parchemin ne supporte pas les températures supérieures à 40 °C.
D'autres types de produits adhésifs comme le Primal, le Paraloïd, l'acétate de cellulose, etc., bien qu'appliqués à l'aide de solvants, ne sont pas non plus conseillés pour la restauration des parchemins en raison de leur pouvoir adhésif insuffisant.
Les colles contact, qui ont un pouvoir adhésif suffisant, ne sont pas non plus conseillées parce qu'elles salissent la surface traitée.
Le produit adhésif le plus adapté est l'acétate de polyvinyle, bien que le résultat dépende de la marque du produit et de son degré de pureté. Il convient toutefois d'utiliser en priorité ce type de colles pour la restauration des parchemins en raison de leur efficacité parfaitement vérifiée. Rappelons que ces colles polyvinyliques sont réversibles uniquement dans l'éthanol, et que, bien que cette réversibilité ne soit pas totale dans certains cas, on peut l'améliorer en incorporant un peu de colle cellulosique semi-synthétique, de préférence de la méthylcellulose.
Contrairement au cas du papier, dans le cas du parchemin, le séchage de l'adhésif ne doit jamais être accéléré au moyen de spatules thermostatiques; il est préférable de ne pas trop insister avec la spatule manuelle et de laisser le parchemin sécher seul en lui appliquant des poids légers.
Lorsque les déchirures du parchemin présentent des bords suffisamment larges pour qu'un simple collage soit suffisant, il suffit de les gratter légèrement pour rendre lisse la surface interne. Dans le cas d'incisions ou de bords très étroits, l'emploi d'un renforcement est nécessaire.
Les renforcements utilisés traditionnellement pour réunir les deux bords d'une entaille sont les boyaux de boeuf ou de porc, conservés dans l'alcool et appliqués sur l'entaille comme une pièce; il est préférable d'utiliser du vélin, voire la face fleur elle-même.
Le côté fleur du parchemin correspond à la partie légèrement granuleuse et plus résistante, et sa couleur tire parfois sur le jaune. Pour le séparer du côté croûte, il suffit de déchirer un morceau de parchemin neuf et d'en détacher soigneusement, à l'aide de pinces, des bandes les plus longues et les plus larges possible (la déchirure doit être semblable à celle que l'on fait sur un papier lorsque l'on veut laisser une barbe très large).
La face fleur ainsi obtenue est extrêmement fine et transparente, et, appliquée habilement, elle est pratiquement invisible. On l'applique sur le recto du parchemin (côté fleur de l'original) et, s'il est nécessaire de consolider le verso, on utilise du voile de Japon, de la mousseline ou du non-tissé ou, mieux encore, des raclures provenant de croûte.
Dans le cas de parchemins épais, il est nécessaire, en l'absence de débord à la déchirure, d'appliquer un renfort que l'on peut réaliser, comme pour le carton, en posant une pièce, pour autant que l'une des deux faces du parchemin soit vierge.
Pour la réalisation de ces pièces, il existe deux techniques: la découpe classique en biseau au scalpel, ou la technique dite "du petit chapeau" spécifique de la restauration des parchemins.
La première présente l'inconvénient d'abîmer le document dans la mesure où elle exige de biseauter au scalpel non seulement la pièce à ajuster mais aussi les bords de la lacune de l'original, de sorte qu'elle est déconseillée lorsque les deux faces du document sont écrites.
La seconde méthode dite "du petit chapeau" permet de ne pas toucher à l'original, puisque toutes les manipulations sont effectuées sur la pièce d'apport:
- le côté croûte vers le haut, on applique l'original sur la pièce et on relève avec précision les contours de la lacune; il est préférable pour cette opération d'utiliser une pointe fine (la pointe d'un bistouri) plutôt qu'un crayon susceptible de salir le document;
- on découpe la pièce en laissant une marge extérieure de trois à cinq millimètres par rapport aux contours de la lacune;
- on gratte tout le côté chair sur le débord Jusqu'à la couche fleur qu'on rend aussi fine et transparente que possible. Il faut faire en sorte qu'entre le débord et la pièce proprement dite, il se forme non pas un biseau mais un angle aussi proche que possible de 90°;
- on encastre la pièce dans l'original en rabattant le mince débord constitué par la face fleur mise à nu. S'il apparaît des transparences, cela signifie que le débord empiète sur la lacune; dans ce cas, il est préférable de recommencer l'opération, bien qu'il soit possible d'y remédier en colmatant la lacune avec des débris de la croûte, une fois la pièce fixée;
- une fois que l'on a vérifié que la pièce s'ajustait parfaitement, on applique une fine couche d'acétate de polyvinyle sur le débord; après avoir laissé sécher un court instant, on assemble les parties, on place un poids et on attend le temps nécessaire.
En cas de surépaisseur, il ne faut en aucun cas amincir les bords de l'original.
Le comblage des lacunes des parchemins au moyen d'autres matériaux (comme le papier, par exemple) est totalement déconseillé car des matériaux de composition différente réagissent différemment: très vite, des déformations apparaîtraient.
Une autre méthode de comblage des lacunes des parchemins, qui n'est pas encore tout à fait au point, s'inspire d'une certaine manière du colmatage mécanique des lacunes (procédé pour l'instant inapplicable aux matériaux protéiniques).
Ce procédé vise à combler les lacunes de petite taille avec de la poudre de parchemin obtenue par broyage et tamisage; il est recommandé dans le cas de parchemins attaqués par les insectes bibliophages. Le procédé est le suivant:
- on colmate les lacunes en appliquant du voile côté croûte;
- on imprègne de colle les petits orifices;
- on saupoudre les lacunes de poudre de parchemin;
- on recouvre les lacunes côté fleur de boyau de boeuf.
Le produit adhésif utilisé pour ce traitement est la gélatine (20 g.) dans une solution d'eau (500 cc), d'éthanol (500 cc) et d'acide acétique (250 cc).
Une variante qui, à notre avis, améliore le traitement consiste à utiliser comme colle de l'acétate de polyvinyle, ce qui évite de poser les deux couches extérieures en plus de la poudre de parchemin. De la sorte, outre qu'on utilise un produit adhésif mieux adapté, on ne risque pas de tensions entre matériaux différents.
4.3.11 Coloration des pièces d'apport
Souvent, les parchemins à restaurer ont acquis avec le temps, ou du fait de leur méthode de préparation, une teinte jaunâtre caractéristique. Il est normal que les pièces de parchemin neuf utilisées pour combler les lacunes d'un parchemin ancien n'aient pas la même coloration et qu'elles soient plus blanches.
La pose d'une pièce de couleur différente peut avoir un effet inesthétique qui, selon le type de document, aura plus ou moins d'importance.
On peut colorer la pièce pour obtenir une teinte proche de celle du parchemin original, bien que les principes de la restauration imposent de clairement différencier la "retouche" opérée pour éviter tout soupçon de falsification.
Cette opération peut être réalisée par différents moyens:
La méthode la plus ancienne, celle qu'utilisaient de préférence les relieurs désireux de masquer des retouches sur des reliures anciennes, fait appel au permanganate de potassium, plus ou moins concentré en fonction de l'intensité souhaitée. On dissout le permanganate de potassium dans de l'eau et on l'applique sur le parchemin à l'aide d'un coton; pour obtenir un ton plus soutenu, on répète l'opération ou on augmente la quantité de produit. Si l'on veut au contraire atténuer la coloration, on "efface" avec la substance neutralisante correspondante: du métabisulfite de sodium à la concentration appropriée.
Le problème avec cette méthode tient au fait que le permanganate, outre son pouvoir colorant, a aussi une action oxydante et qu'à long terme, il peut détériorer le document. Sa neutralisation entraîne la disparition de la teinte. Il est donc déconseillé pour la coloration des parchemins utilisés en restauration.
La technique la plus répandue actuellement consiste simplement à appliquer des peintures à l'huile à l'aide d'un coton, et il est recommandé, pour améliorer l'adhérence de la couleur, de mélanger un siccatif à la peinture.
En ce qui concerne la conservation, les couleurs acryliques sont supérieures aux huiles, sujettes à oxydation, bien que, s'agissant de pièces rapportées, ce problème soit minime. Les couleurs acryliques sont des peintures stables, qui adhérent sans difficulté au parchemin du fait de la présence d'acétate de polyvinyle dans leur composition; elles ont pour principal inconvénient de sécher rapidement, ce qui fait que l'homogénéité de l'application est difficile à maîtriser quand on traite une surface relativement importante.
Une autre méthode plus délicate et moins efficace est la teinture du parchemin à l'infusion de thé. On peut également utiliser des crayons à aquarelle: on applique la couleur au crayon selon l'intensité souhaitée, puis on estompe à l'aide d'un coton imbibé de xylène qui est un solvant à évaporation lente et permet donc de nuancer les tons recherchés.
Concernant la restauration des tracés sur le parchemin, voir le chapitre 2.3.
4.3.12 Lamination
Etant donné l'épaisseur et la solidité du parchemin, il est rare de rencontrer des documents si fragiles et si abîmés qu'il soit nécessaire de les plastifier.
Si le cas se présente pourtant, on ne doit en aucun cas procéder à une lamination mécanique à chaud sur des matériaux protéiniques.
La méthode la plus efficace est la lamination manuelle à l'aide d'un voile appelé en Espagne "crepelina" collé avec de l'acétate de polyvinyle: c'est un textile synthétique très fin, du type tulle, totalement transparent et ayant suffisamment de maintien.
La colle peut s'appliquer indistinctement sur le parchemin ou sur le textile, ou encore sur les deux. On peut soit appliquer la colle sur le parchemin puis poser le voile, soit placer le voile: sur le parchemin et appliquer la colle jusqu'à ce qu'elle pénétre le parchemin (la seconde méthode est plus rentable).
L'emploi d'autres types de colle est déconseillé puisque, comme nous l'avons vu dans la section sur les déchirures, elles ont un faible pouvoir adhésif, cristallisent ou laissent des taches. De même, il est préférable d'éviter d'utiliser des matériaux de renforcement comme le voile de japon, le papier ou autres matériaux cellulosiques, généralement fragiles; les toiles, pour leur part, n'offrent pas la transparence requise, et la soie naturelle, d'un usage autrefois répandu, doit également être écartée du fait de sa faible durabilité.