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5.4 Techniques de restauration: matériaux et procédés

Il convient d'appliquer pour la restauration des reliures les mêmes principes que pour celle des autres parties des documents graphiques (chapitre 1), mais fréquents sont les cas qui laissent place au doute quant à la bonne marche à suivre.

D'une manière générale, il se présente quatre cas de figure: (1) la reliure est inutilisable et sans grande valeur documentaire; (2) la reliure a disparu; (3) la reliure est vide:, le corps du livre ayant disparu; et (4) la reliure est détériorée et irremplaçable.

5.4.1 Reliure inutilisable

C'est le cas de nombreux livres de fabrication moderne, reliés de manière rudimentaire, les feuilles étant simplement collées et les couvertures en papier-carton.

Dans ce cas, le mieux est de remplacer la reliure par une autre plus fonctionnelle et plus solide; il ne faut pas oublier en effet que l'une des principales fonctions de la reliure est de protéger le livre.

Le mieux est de décoller les feuillets en enlevant par un procédé mécanique la colle, puis de les coudre à plat, seule manière d'éviter qu'elles ne se détachent au bout de peu de temps.

Une solution moins coûteuse consiste à recoller les feuilles au moyen d'un produit adhésif à l'acétate de polyvinyle. Dans ce cas, on étale la colle vers la droite et la gauche en disposant le dos en éventail de manière à ce qu'elle pénètre de quelques millimètres entre les bords des feuillets. Pour renforcer encore la cohésion du tout, on pratique à la scie des entailles transversales dans le dos (en les disposant de préférence obliquement) et l'on y insère des cordelettes qui font office de nerfs. Elles se détachent moins facilement lorsque les incisions sont disposées en oblique.

On confectionne ensuite la reliure en veillant à ce que les plats soient dans un matériau et d'une teinte similaires au matériau et au coloris d'origine. Habituellement, on recolle l'ancienne couverture sur le plat supérieur; si l'on préfère éviter cette solution, il faut alors la glisser dans une pochette ménagée sur le contreplat pour la conserver comme témoin. On peut aussi la placer au moyen d'un onglet à l'intérieur du livre, après les pages de garde, à la manière d'un frontispice.

5.4.2 Reliure disparue

C'est un cas très fréquent dans lequel on s'interroge généralement beaucoup sur la marche à suivre. Si l'on ne sait rien de l'ancienne reliure, on confectionne une reliure conforme au style de l'époque et aux caractéristiques de l'ouvrage, mais d'aspect anodin, autrement dit, en fuyant l'originalité et l'ostentation. On se gardera d'oublier que si l'on confectionne une nouvelle reliure, c'est pour protéger le livre, et jamais l'on ne cédera à la tentation de faire un travail de reliure artistique qui prétende rivaliser avec l'oeuvre elle-même.

On n'oubliera pas non plus que, pour éviter de tomber dans la falsification, il ne faut utiliser que des matériaux et des techniques modernes, en veillant toutefois à ce qu'ils s'harmonisent avec l'ensemble et n'occasionnent pas de problèmes de conservation par la suite.

Si l'on dispose de descriptions, de dessins ou de photographies permettant de se rendre compte de l'aspect de la reliure d'origine ainsi que des techniques et des matériaux utilisés, on s'efforce de réaliser un montage semblable, mais toujours avec des matériaux et des procédés contemporains, pour éviter le piège de la falsification; dans ce cas, il est indispensable d'établir une fiche sur laquelle on notera tout ce que l'on sait de la reliure primitive. Normalement, cette fiche s'insère dans le livre même à la manière d'un appendice ou dans un endroit discret comme, par exemple, dans une pochette à l'intérieur du plat verso.

5.4.3 Reliure vide

Le cas n'est pas très fréquent, mais il arrive que l'on se trouve en présence d'exemplaires sans texte pour des raisons aussi variées que l'action de bibliophages ou des facteurs physiques ou, tout simplement, la manie d'un collectionneur qui ne conservait des livres que les couvertures.

Dans ce genre de circonstances, deux solutions s'offrent au restaurateur: confectionner un corps de feuillets blancs ou réaliser un montage à la manière d'une maquette.

Dans le premier cas, on emploiera du papier de bonne qualité, du type employé à l'époque de la reliure, et l'on confectionnera les coutures ainsi que tous les éléments disparus selon les mêmes principes (bonne qualité et harmonie avec l'ensemble, mais sans risque de falsification).

L'autre solution, peut-être la plus élégante, consiste à adapter la reliure sur un pavé de méthacrylate transparent du format du livre. De cette manière, on rend l'aspect du livre ancien sans y rien ajouter, tout en laissant voir par transparence la structure interne de la reliure. Ce système convient tout particulièrement pour les expositions.

Une autre solution possible, plus incomplète, consiste à restaurer la couverture et tous les matériaux restant de l'ancienne reliure et à conserver le tout dans une pochette de polyéthylène (encapsulation). La sauvegarde est ainsi assurée, mais au détriment de la valeur esthétique et fonctionnelle de l'objet.

5.4.4 Reliure détériorée et irremplaçable

C'est statistiquement le cas le plus fréquent dans les ateliers de restauration. Il faut alors tenter avec les moyens disponibles de retrouver l'aspect originel en restituant à la reliure sa fonctionnalité et en conservant la plus grande quantité possible d'éléments anciens. Les parties manquantes les plus nécessaires seront reconstituées suivant les principes maintes fois exposés tout au long de ces pages.

Les différentes phases du travail de restauration des reliures, abstraction faite de celles qui sont identiques à celles qui interviennent dans la restauration du papier (analyse, photographie et désinsectisation-désinfection), sont les suivantes:

5.4.4.1 Démontage

Le démontage peut être considéré comme faisant partie de la phase d'analyse, puisque c'est à ce stade que l'on relève les particularités du montage primitif du livre et de la disposition de ses éléments, pour pouvoir ensuite les réassembler de la même manière. Pour ce travail, on établit des schémas, on prend des photographies et on note tout autre renseignement; il ne faut en aucun cas se fier à sa mémoire.

Le démontage sera fait avec un soin extrême; on peut y voir en effet un véritable travail de recherche, puisqu'il aide à découvrir comment étaient confectionnées les reliures à telle ou telle époque et en tel ou tel lieu.

La première opération à effectuer pour éviter les erreurs consiste à paginer le livre, ce qui est très important, surtout pour les livres les plus anciens, dont la numérotation n'est pas toujours exacte. La pagination s'effectue à l'aide d'un crayon à mine tendre, de préférence dans l'angle inférieur interne de la feuille. Cette zone est peu visible et généralement plus résistante que les coins extérieurs, que l'on risque d'endommager en gommant les chiffres après le traitement.

Le crayon est le moyen le plus indiqué pour paginer un livre, car il s'enlève facilement à la gomme et ne s'altère pas lors du lavage ou du blanchiment des feuillets.

La pagination doit se faire à partir de la première page du livre (même si elle est blanche), quelle que soit la pagination d'origine.

Exemple de schéma pour un document comprenant trois cahiers de quatre feuillets

La pagination faite, on peut dérelier le livre; il est conseillé de commencer le travail en tranchant les nerfs ou près des plats; si la couture est en bon état et qu'on souhaite la conserver, on ne tranchera pas les nerfs, on les décollera simplement des plats.

S'il est nécessaire de recoudre, on procédera au démontage du texte. On enlèvera d'abord des tranchefiles et les renforts du dos. On s'efforcera de ne pas abîmer les tranchefiles pour les réutiliser; si elles sont en trop mauvais état, on en gardera les restes comme témoins du matériau utilisé et du mode de fabrication.

Les papiers, tarlatanes ou toiles servant de renfort au dos seront enlevés par des moyens mécaniques, à l'aide d'un scalpel, car s'il est vrai que l'humidité en faciliterait le décollement, on risquerait en ramollissant la colle de tacher les cahiers au niveau du mors; mais si le livre a besoin d'être lavé, l'inconvénient ne sera sans doute pas très grave, puisque ce type de tache disparaît généralement par simple immersion dans de l'eau additionnée d'un produit tensioactif. Si le nettoyage mécanique ne suffit pas, on humidifie légèrement le dos, en veillant toujours à ce que l'humidité n'abîme pas les cahiers.

Pour faire tomber du dos les restes de colle, la meilleure solution consiste à lui donner de part et d'autre quelques coups de marteau: la colle cristallisée se casse et saute. Il vaut mieux ne pas trop insister, si les feuilles menacent de craquer.

Avant de découdre le livre, on prendra la précaution d'établir un schéma de la couture primitive pour pouvoir la reproduire ensuite; on notera ces renseignements au fur et à mesure que l'on démonte le livre ou, mieux encore, avant, en passant les cahiers en revue un à un.

Schéma des deux types de couture les plus courants:

Cahier par cahier

Par cahiers alternés

Pour découdre le livre, on peut couper au dos les fils visibles autour des nerfs. Si l'on veut découdre quelques cahiers seulement ou analyser la couture au fur et à mesure qu'on la défait, on cherche à l'intérieur du livre le centre des cahiers en question et on tranche les fils un à un. Si l'on souhaite conserver une partie de la couture, on la défait en tirant le fil par les trous pour conserver un brin long auquel rabouter, le moment venu, le nouveau fil.

Pour séparer les cahiers sans risquer de déchirer la pliure, il est préférable de laisser le livre à plat sur une surface lisse et de pincer du bout des doigts le cahier au milieu du bord, de manière que, sur la tranche, les feuillets restent bien alignés. On lève ensuite le cahier en ouvrant le livre et l'on tire doucement, à petits coups secs. Si, en tirant, on laissait les bords des feuillets disposés en éventail, l'effort porterait entièrement sur la pliure, qui risquerait de se déchirer.

Dans la plupart des livres, il existe une numérotation qui indique l'ordre des cahiers (signature); nous pourrons donc en nous aidant de ces signes repérer facilement le début et la fin d'un cahier et la position des feuillets correspondants.

En ce qui concerne le démontage des plats, on en séparera tous les éléments en notant leur position et en gardant toujours des échantillons des matériaux détériorés; il est souvent très utile de réaliser une réplique en maquette pour éviter les erreurs.

5.4.4.2 Nettoyage et restauration des cahiers

Une fois tous les cahiers séparés, on procède à un nouveau nettoyage consistant à détacher les derniers restes de colle au scalpel, en travaillant tout d'abord sur le cahier plié, tel qu'il a été extrait du livre, puis, si nécessaire, sur les feuillets extérieurs détachés et dépliés.

Si les feuillets n'ont pas besoin d'être traités, on fera disparaître l'éventuelle déformation du mors en aplanissant les cahiers contre le rebord d'une table et, enfin, en mettant tout le livre sous presse.

Il arrive très souvent qu'en raison de l'état du corps du livre ou que pendant le nettoyage des cahiers, quelques feuilles se soient coupées sur la pliure, surtout à l'extérieur.

Si les deux feuilles présentent des déchirures ou de petites lacunes, on les réunira à l'aide d'une bande de voile et de méthylcellulose. Si les lacunes sont importantes, il faudra les combler.

Le problème de la restauration des pliures au moyen de voile est que si l'on en restaure un grand nombre, il en résulte une augmentation excessive de l'épaisseur du dos du livre. Pour éviter cela, on s'efforcera d'en restaurer le moins possible en ne réparant pas les déchirures les plus petites, que la colle que l'on appliquera au dos suffira à maintenir.

Dans certains cas et pour aller plus vite, lorsqu'un feuillet extérieur s'est coupé au niveau de la pliure, on recolle le bord de la feuille détachée sur le pli suivant. C'est la technique qu'utilisent la majorité des relieurs, mais ce n'est pas la meilleure car elle ne respecte pas la structure originelle du livre.

Le remplacement des feuilles de garde disparues ou inutilisables ne pose pas de problèmes; on cherchera un papier analogue à celui du reste du livre (vergé ou continu, blanc cassé ou blanc pur...) en veillant à ce qu'il soit de bonne qualité.

S'il manque un feuillet intérieur, on peut ou suivre la règle du non-remplacement ou la remplacer par un feuillet blanc de caractéristiques analogues, cette dernière solution étant la plus juste, puisqu'en démontant le livre, on peut vérifier facilement, d'après la structure des cahiers, s'il manque un feuillet ou plusieurs, alors que cela est difficile à voir quand le livre est encore relié. De cette manière, le lecteur saura très exactement ce qu'il manque de l'ouvrage.

D'autre part, si le feuillet disparu appartenait à la même feuille qu'un autre feuillet qui est toujours là, celui-ci tiendra mieux si on le réunit à un feuillet de substitution et si l'on coud la feuille pliée normalement.

Dans certains cas, quand il existe un autre original identique au livre en restauration, on peut remplacer le feuillet disparu par une copie du feuillet de l'autre exemplaire, encore qu'il soit préférable que cette copie ne fasse pas partie du livre, mais soit placée en annexe pour éviter toute confusion quant à sa nature.

L'opération de restauration des cahiers se termine par la mise sous presse du corps du livre, puis par la couture, qui devra être une imitation de la couture d'origine.

5.4.4.4 Couture, collage, tranchefiles et garniture du dos

Le mieux consiste à respecter la couture primitive, mais si cette dernière est détériorée ou si l'on a décousu le livre pour en traiter les feuilles, il faudra la refaire. Pour cela, on reproduira la couture d'origine en repassant par les mêmes trous. On utilisera de préférence du fil de lin ou de chanvre (ce dernier est tout à fait indiqué pour les nerfs), étant entendu que l'on recherchera toujours des matériaux identiques aux matériaux primitifs.

Il arrive que l'on n'ait à recoudre que les premiers et derniers cahiers, soit que l'on n'ait traité que cette partie du livre, soit qu'avec le temps et l'usage, ces cahiers se soient détachés. Dans ce cas, il n'est pas nécessaire de refaire toute la couture; on peut rabouter un nouveau fil à l'ancien et terminer la couture. Si une partie du nerf a disparu ou est très endommagée, on colle un cordon de chanvre effiloché sur le nerf d'origine (en passant par-dessous un fil de nylon, on obtient une meilleure tenue), puis on ajoute un fil de lin à l'ancienne couture et l'on continue par une couture cahier par cahier pour plus de solidité.

Si la couture primitive est mal adaptée, soit qu'elle gêne l'ouverture du livre, soit qu'elle augmente excessivement l'épaisseur du dos, on devra la changer, tout du moins en tant que couture fonctionnelle, mais on gardera toujours une trace de la couture d'origine. Pour ce faire, on desserre la couture primitive (bien qu'il faille pour cela découdre un cahier) et on surajoute une couture moderne pour assembler les cahiers. Cette nouvelle couture peut être réalisée sur des rubans superposés au nerf d'origine.

Il existe une grande variété de types de coutures. En général, on utilise la couture cahier par cahier pour donner davantage de tenue aux livres et la couture par cahiers alternés lorsque l'on risque d'augmenter l'épaisseur du dos, soit que le fil soit trop gros, soit que l'on ait utilisé trop de voile lors de la restauration des cahiers.

L'étape suivante est l'encollage du dos. On emploie généralement des acétates de polyvinyle, mais si ces colles sont de bonne qualité du point de vue de la prévention, elles ont l'inconvénient d'être réversibles; c'est pourquoi l'utilisation de colles naturelles n'est pas déconseillée, à condition que l'on y ajoute, au stade de la fabrication, des substances qui préviendront les attaques d'agents biologiques (par exemple, de l'orthophénylphénol); la colle de pâte additionnée de fongicides et de bactéricides est ce qu'il y a de meilleur pour coller les couvertures de cuir.

Comme on l'a déjà dit, les tranchefiles doivent être conservées, si leur état le permet; si elles sont trop endommagées et si l'on n'a pas eu d'autres solutions que de les enlever en décousant le livre, on les remplacera par d'autres de caractéristiques analogues fabriquées à la main. Souvent, la tranchefile à refaire comportait à l'origine une âme de basane, qu'il vaudra mieux remplacer, si cela n'est pas trop visible, par du chanvre, qui ne vieillit pour ainsi dire pas.

En ce qui concerne la garniture du dos, le matériau le plus indiqué en raison de son innocuité et de sa solidité est le papier kraft. L'usage de la tarlatane est également recommandé et, s'il faut employer une toile, on la choisira de préférence en coton.

Pour les renforts du dos, le matériau le mieux adapté est un bristol souple à base de fibre de coton.

5.4.4.5 Les plats

Les plats sont en général à changer: d'une part ils sont faits d'un matériau de mauvaise qualité et d'autre part ils n'entrent pas en ligne de compte du point de vue de l'esthétique de l'ouvrage, puisqu'ils sont rarement visibles.

Quand un livre a été lavé et que la dimension des feuillets a de ce fait augmenté, l'ancienne reliure se trouve être trop petite; il faut donc refaire des plats de plus grande taille.

Comme les plats en carton et en bois anciens se conservent mal, le mieux est de les remplacer les premiers par du carton neutre et les autres par du contreplaqué qui ne gauchit pas et qui, en raison de son collage, est moins sujet aux attaques des bibliophages. Parmi les matériaux de substitution actuellement utilisés pour les plats, figurent également les plaquettes de méthacrylate ou d'acétate de polyvinyle, qui donnent d'excellents résultats; outre qu'elles ne posent pas de problème d'esthétique, puisqu'elles restent cachées, elles sont absolument sans danger et se conservent parfaitement.

Pour faciliter le démontage ultérieur de la reliure, il ne faudra coller ni la matière de recouvrement ni les feuilles de garde directement sur ces nouveaux plats. On intercalera une feuille de papier ou de carton neutre de bonne qualité que l'on collera au méthacrylate ou à l'acétate de polyvinyle au moyen d'une colle contact ou synthétique et à la matière de recouvrement et aux feuilles de garde avec de la colle de pâte.

Les plats sont souvent confectionnés avec du papier dit contrecollé. Le papier contrecollé est composé d'un grand nombre de feuilles de papier collées entre elles de manière à former une sorte de carton; on employait généralement à cette fin des documents sans valeur ou des restes de livres. En aucun cas, on ne jettera le papier contrecollé utilisé pour les plats d'un livre, car ces papiers jadis sans valeur peuvent un jour devenir d'importants documents pour les chercheurs. Ces feuilles devront être décollées, lavées, restaurées et réinsérées en appendice en compagnie de la fiche concernant la restauration de l'ouvrage.

Il est parfois nécessaire de conserver les ais de bois, surtout lorsque la matière de recouvrement de reliure d'origine manque. Il faudra alors, et dans tous les cas, les traiter au moyen d'insecticides, car ils représentent la partie du livre la plus sujette aux attaques des bibliophages et peuvent devenir un foyer de contagion pour l'ensemble de l'ouvrage.

Lorsqu'ils portent des traces d'attaques d'insectes, il convient de les consolider en y injectant de la résine de pâte de bois, de préférence sous vide ou bien en remplissant les orifices à l'aide d'une seringue. Pour ce type d'opération, on utilise aussi de l'acétate de polyvinyle et, surtout, des résines époxy et du polyester, qui ont l'avantage de ne pas se rétracter en séchant.

Si le bois est gauchi, on le redresse en insérant des coins, lesquels seront plus efficaces et plus résistants s'ils ont la forme de pastilles ou, mieux encore, de queue d'aronde; ce même système convient également pour assembler des pièces entre elles.

Enfin, on pourra appliquer sur le bois un revêtement légèrement isolant à base de cire microcristalline.

5.4.4.6 Les couvertures

La restauration des couvertures sera fonction de la matière et de son degré de détérioration.

Les pièces doivent toujours être réalisées dans un matériau analogue à la matière d'origine et une solution très courante pour les couvertures de toile comme de cuir consiste à remettre l'ancienne couverture sur la nouvelle, cette dernière assurant la véritable fonction, tandis que la couverture d'origine, posée par dessus, sert simplement de témoin.

Comme la zone des mors, des bords et des coins est celle qui se détériore en premier, dans la plupart des cas, on procédera au montage de l'ancienne couverture sur la nouvelle après avoir coupé la première en trois morceaux correspondant respectivement au dos et aux deux plats, en faisant généralement abstraction des remplis de la couverture, à moins que ceux-ci ne soient en très bon état ou ne soient ornés sur les chasses.

La pose sur une nouvelle couverture évite d'avoir à combler les lacunes de l'ancienne couverture.

Il se pose assez fréquemment un autre problème en ce qui concerne les couvertures aussi bien de toile que de cuir, qui est celui de la nécessité d'augmenter les dimensions des plats et des couvertures du fait que le corps du livre a été dilaté par un lavage. La solution, très simple, consiste à prendre sur la matière du rempli, étant entendu qu'il faut que les chasses restent recouvertes.

Les couvertures sont le plus souvent en cuir; ce matériau est en général une proie facile pour les bibliophages. Pour le désinsectiser, on suivra les indications fournies pour le parchemin (partie 4.3.1).

Décoller la couverture de cuir des plats ne pose généralement pas de problème, surtout si les plats sont en carton. On la détachera en tirant doucement et, pour terminer, on nettoiera les restes de carton et de colle avec des moyens mécaniques (scalpel et papier de verre); on peut s'aider parfois d'un peu d'eau pour enlever plus facilement le carton, auquel cas on veillera à ne pas mouiller le cuir.

Lorsque les plats sont en bois, si le cuir se détache mal, il risque de se déchirer. Une solution peut coûteuse consiste à dégrossir le bois jusqu'à ce que le cuir soit complètement dégagé.

Un problème plus difficile se pose pour les remplis que l'on risque, si le cuir s'est durci, de casser en cherchant à les ouvrir pour ôter la couverture. Le mieux est d'utiliser des substances lubrifiantes (citées plus haut) ou d'humidifier légèrement le rempli en appliquant immédiatement un apprêt (mais l'humidité peut alors tacher la couverture).

On utilisera pour nettoyer la couverture du savon neutre ou du fiel de boeuf, que l'on frictionne à l'aide d'un tampon de coton ou d'un chiffon.

La lubrification est un traitement spécifique des cuirs, qui consiste à les assouplir par application de substances grasses qui pénètrent entre les fibres et les aident à glisser les unes sur les autres, empêchant le matériau de se craqueler et de durcir. Pour lubrifier le cuir, on l'imprègne par frictions légères en veillant à ne pas utiliser trop de produit pour éviter les taches; le mieux est d'utiliser un morceau de chiffon bien essoré et de polir le cuir après séchage.

Les produits les plus utilisés sont les huiles de bois de cèdre et de pied de boeuf, le baume du Canada, les crèmes nutritives, la lanoline, les cires teintées, les bitumes et les cires naturelles contenant des fongicides, la cire microcristalline, la cire au polyéthylèneglycol... Il est recommandé d'utiliser un mélange de lanoline ou de cire 213, qui pénètrent, et de cire 212 ou analogue, qui demeure en surface et sert de protection. Plenderleith recommande le produit utilisé au British Museum, mélange de lanoline anhydride (200 g), d'huile de cèdre (300 ml), de cire d'abeille (15 g.) et d'hexane ou d'éther de pétrole (300 ml).

Pour restaurer le cuir, on emploie de préférence des cuirs à tannage végétal; pour boucher les petits trous dus aux insectes, on emploiera de la croûte de cuir mélangée à de la colle de pâte. Pour combler des lacunes de plus grandes dimensions, on dolera ou amincira le cuir d'origine par la croûte (l'envers) jusqu'à ce qu'il ne reste que la fleur, que l'on posera en ménageant un recouvrement sur le cuir neuf légèrement aminci auparavant (du côté de la fleur) ou après (du côté de la croûte). Si l'on met la couverture sous presse, on obtiendra un bien meilleur résultat.

Lorsqu'on pose une couverture ancienne sur une nouvelle, on se contente d'amincir légèrement les bords de l'ancienne, que l'on devra, une fois cette dernière coulée, sceller à l'aide d'un adhésif thermoplastique ou avec de la cire pour éviter qu'ils ne s'exfolient et ne se détachent. Les adhésifs les plus indiqués pour les cuirs sont les colles additionnées de fongicides et, dans certains cas, l'acétate de polyvinyle.

Les règles à respecter pour reconstituer les manques dans les ornements des reliures (gaufrures et dorures) ne sont pas très fixées et l'on a, au cours de l'histoire de la restauration, adopté de multiples solutions (parmi lesquelles la reconstitution complète de filets ornés au moyen de plaques photomécaniques). La plus largement acceptée aujourd'hui consiste à ne pas reconstituer la décoration primitive sur les pièces d'apport et de laisser vierges celles-ci. Dans certains cas, pour ne pas nuire à l'harmonie de l'ensemble, on prolonge les lignes principales dans la pièce à la manière de filets gaufrés, mais sans refaire de dorure.

En ce qui concerne les reliures en toile, s'il s'agit de matériaux riches, la restauration pose d'importants problèmes; il est souvent nécessaire de procéder à une lamination avec du voile non tissé ou une automatière synthétique pour leur redonner de la tenue et les conserver en couverture.

Pour le nettoyage, on utilisera des moyens mécaniques - brossage, aspiration, jet d'air pulsé, en protégeant la toile sous une résille, si son état de conservation est précaire. Le nettoyage à l'eau réclame de très grandes précautions et ne doit être pratiqué qu'en cas d'absolue nécessité. On utilisera alors des agents tensioactifs, de la saponite ou tout simplement de la vapeur. Pour éviter les déchirures et les déformations, on fixera la toile sur une surface plane à l'aide d'épingles et l'on procédera au lavage en frottant légèrement avec un chiffon humide préalablement imprégné de produit. Au cas où l'emploi d'un solvant serait nécessaire, on utilisera de préférence le dichloroéthylène, encore que ceux qui sont mentionnés à propos de la restauration du papier (section 3.4.6) conviennent également, à condition qu'ils ne décolorent pas la toile. Outre la facilité avec laquelle il supprime certaines taches, le nettoyage aux solvants a l'avantage, sur le nettoyage à l'eau, de réduire les risques de déformation de la toile, mais aussi de permettre un séchage beaucoup plus rapide. Les solvants les plus couramment employés pour nettoyer les toiles par immersion sont le tétrachloro-éthylène et le white-spirit additionnés, pour plus d'efficacité, d'une solution alcoolique de savon.

Pour sécher la toile, on la tamponne avec du papier buvard avant de la retirer de la plaque sur laquelle on l'a fixée.

Il peut y avoir aussi sur les couvertures des ornements métalliques, tels que fermoirs, coins et autres; ceux-ci seront nettoyés avec de l'eau et des produits tensioactifs, puis traités avec des laques et des vernis spéciaux qui les protégeront des salissures et de l'oxydation (Paraloïd et produits similaires).

Lorsqu'il s'avère nécessaire de reproduire une pièce, on la confectionne en laiton et, pour lui donner un aspect ancien qui ne détonne pas dans l'ensemble, on la traite avec un mélange composé de deux parties d'acide nitrique, d'une partie d'eau oxygénée et d'une partie d'eau; après une rapide immersion, on lave la pièce et on la chauffe à la flamme. Pour éviter de la faire passer pour authentique, on simplifie le modèle et l'on veille à ce que le vieillissement n'imite pas exactement la patine de l'original.


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