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6. Stratégies antipollution applicables aux archives

On a vu, dans les paragraphes précédents, toute la diversité des polluants et de leurs origines, internes et externes. La plus grande vigilance et une curiosité de tous les instants sont recommandées avant toute action de prévention. S'il est vrai qu'aucun service d'archives n'est absolument semblable à un autre, spécialement du point de vue des ressources techniques, financières et humaines, quelques principes généraux peuvent être suivis par tous, quand la situation locale le permet.

Le service établira donc un programme à long terme, en tenant compte de toutes les spécificités locales, et le reverra périodiquement. Le plan peut utilement être divisé en quatre parties, correspondant aux axes d'action possible :

  1. Elimination des sources de pollution.
  2. Défense contre la pénétration de la pollution dans les bâtiments.
  3. Elimination ou désactivation de la pollution au sein des bâtiments.
  4. Protection des documents d'archives au moyen de conditionnements de petites dimensions.

Dans la plupart des cas, les améliorations interviendront très progressivement; il faut toujours considérer que le plan vise un idéal lointain qu'on peut s'atteler à réaliser immédiatement.

6.1 Elimination des sources de pollution

Toute réduction du niveau général de pollution atmosphérique externe suppose d'importantes modifications techniques et administratives qui seront toujours coûteuses, lentes et difficiles. Les archivistes auront rarement voix prépondérante lors de la détermination de la stratégie générale de lutte contre la pollution, car beaucoup d'autres questions entrent en ligne de compte comme la santé, la corrosion, les effets sur les forêts et l'agriculture, pour n'en citer que quelques-uns. L'archiviste doit savoir que toute mesure de lutte contre la pollution prise pour d'autres raisons que les siennes doit être la bienvenue. Aussi lui sera-t-il utile d'être au courant des autres aspects de la lutte générale contre la pollution, ne serait-ce que pour éviter les redondances et le gaspillage de ressources qui s'ensuit.

L'action réglementaire antipollution de l'air peut s'exercer sur différents plans, notamment les suivants :

La pollution aux abords d'un bâtiment d'archives peut sans doute être évitée plus aisément quand on connaît exactement les particularités locales, spécialement les implantations industrielles qui se trouvent à proximité. On peut alors ajuster la direction, l'emplacement et la régulation des admissions d'air afin d'interdire l'entrée des polluants ou d'en réduire le volume. Le vent comme le régime de la production de polluants varient considérablement au cours de la journée ; on pourrait facilement réduire leurs effets grâce à des mesures simples. Mieux vaut peut-être couper la ventilation pendant les courtes périodes où la pollution est maximale. Toute sorte d'idées ingénieuses peuvent être trouvées en la matière.

Il est facile de prendre très rapidement des mesures pour remédier aux problèmes qui se posent à l'intérieur des locaux ; l'ennui est qu'elles devront rester en place de manière quasi permanente. Une analyse de toutes les activités qui mettent en jeu des matériaux révélera les sources de polluants. Toutes les opérations de maintenance et de réparation du bâtiment réalisées ou projetées devront être passées au crible. On étudiera les procédés de nettoyage ainsi que les modes d'évacuation des déchets. De telles enquêtes mettront généralement en évidence les causes de pollution locale et on pourra proposer l'emploi d'autres méthodes ou d'autres matériaux.

Les articles eux-mêmes seront examinés ; cela permettra de repérer les matériaux dont on connaît la propension à émettre des vapeurs chimiques nocives. En particulier, on éloignera en tout premier lieu des autres archives, les pièces en nitrate de cellulose, films négatifs photographiques ou épreuves au collodion, pour cette raison et aussi parce que ces objets sont hautement inflammables. L'inventaire montrera également si d'autres matériaux indésirables - mentionnés dans d'autres parties de cette étude - sont présents en grande quantité parmi les documents d'archives.

6.2 Défense contre la pénétration des polluants

Il est nécessaire et utile de bien connaître le fonctionnement du système de ventilation et son mécanisme de régulation. En théorie, il faudrait éliminer complètement les polluants, mais cela n'est jamais possible ne serait-ce que parce que les archives doivent pouvoir être consultées et que les gens qui en assurent la conservation souhaitent travailler aussi normalement que possible ; un service d'archives ne peut pas être seulement un lieu où l'on stockerait les documents en atmosphère stérile. L'identification des principaux polluants et l'emplacement des documents les plus fragiles sont des points importants. Il ne sera généralement pas possible d'effectuer une analyse chimique en continu qui porte sur d'aussi petites quantités de polluants atmosphériques, car d'une part elle impliquerait des dépenses importantes et d'autre part les concentrations varient énormément. Il sera très utile d'établir une collaboration étroite avec un autre organisme collectant déjà des données sur la pollution dans le voisinage.

Indépendamment de l'existence éventuelle d'un conditionnement d'air installé ou prévu, on veillera en priorité à éliminer les polluants présents dans le système de ventilation. Les coûts d'investissement d'un système de purification de l'air seront bien moindres que ceux d'une climatisation générale. De plus, en cas de panne des installations, les conséquences seront moins graves si ces installations ne procèdent qu'à la purification de l'air. Un système de climatisation qui se dérègle peut faire beaucoup de dégâts, on en a eu de nombreux exemples. Quoi qu'il en soit, pour faire fonctionner un système de ventilation forcée n'est pas négligeable et le coût du système est encore plus élevé si l'on installe des filtres pour éliminer les poussière les plus fines.

Laver l'air avec de l'eau de préférence basique est un moyen efficace pour en extraire les acides, ainsi que les sels et certaines particules. Mais le lavage accroît inévitablement l'humidité relative et n'est donc souhaitable que si le climat est naturellement très sec ou que l'installation comporte un dispositif de déshumidification. L'adjonction de tels dispositifs supplémentaires augmente le coût et la complexité de l'installation. Il peut être plus judicieux de ne pas éliminer les polluants par lavage si l'air ne peut être asséché convenablement et à faible coût : d'autres moyens existent pour éliminer les polluants acides.

On étudiera de près la quantité effective de poussières qu'on peut éliminer, en particulier lorsque ces poussières sont produites par le travail gui se fait dans le service d'archives lui-même. Les poussières sont soulevées par les mouvements, notamment au cours des nettoyages. Un service d'archives ne peut être exempt de toute poussière, car des particules ultrafines, souvent des sulfates acides, pénètrent pratiquement partout et sont trop fines pour être filtrées ou même pour se déposer complètement sur une surface. Les particules de poussières suffisamment grosses pour être filtrées le seront autant que possible, bien qu'il ne s'agisse pas là d'un critère vraiment chimique. Elles souillent les documents et, de plus, y implantent des matériaux hygroscopiques abrasifs. Les particules organiques constituent une source de nourriture pour les micro-organismes.

Les filtres absorbants au charbon actif éliminent très bien les vapeurs et les gaz polluants. Les oxydes d'azote semblent plus difficiles à arrêter que le dioxyde de soufre. Une étude en continu des archives faite aux Pays-Bas a révélé des niveaux de pollution par les gaz acides beaucoup plus élevés en hiver. Ce genre d'études portant sur des services d'archives réels sont toujours rares car, pour obtenir des courbes précises il est nécessaire d'employer des appareils d'analyses extrêmement sensibles et coûteux. Les variations rapides de la concentration de la pollution rendent très difficile l'interprétation des données.

L'enlèvement des fines poussières peut être réalisé au moyen de précipitateurs électrostatiques, mais ils ne sont pas recommandés, car leurs décharges électriques peuvent générer de l'ozone et des oxydes d'azote, qui dégradent la plupart des matériaux constitutifs des archives.

Dans la pratique, le fonctionnement des installations d'épuration de l'air se heurte à certaines limites. La proportion d'air frais admis est une donnée importante du problème, en particulier dans les zones urbaines polluées. Normalement, l'air qui circule dans les locaux est autant que possible, de l'air recyclé que l'on a fait passer au travers d'un dispositif d'épuration car il a été contaminé par de nombreuses sources et activités à l'intérieur du bâtiment du service d'archives.

Dans bien des cas, il est préférable d'envisager l'installation d'appareils de filtration et d'absorption plus petits, éventuellement mobiles, à proximité des documents d'archives les plus vulnérables. Les appareils mobiles sont très commodes ; on peut facilement les transporter afin d'en assurer l'entretien ou le nettoyage - remplacement du filtre - et on peut aussi aisément en augmenter le nombre au besoin. Une installation mobile est probablement moins coûteuse qu'un grand système central et permet de surcroît un ciblage plus fin des ressources techniques et financières sur la protection des endroits les plus vulnérables du service.

Dans toutes ces installations, il faut veiller au bon état des filtres et des systèmes absorbants et ne pas hésiter à prévoir un budget généreux pour assurer leur remplacement. Après des travaux de réparations, de décoration ou de maintenance, des opérations de remplacement plus fréquentes peuvent s'imposer. Il existe certes des documents indiquant avec précision les normes de pollution admissibles dans les services d'archives et les bibliothèques mais il est presque toujours difficile, en pratique, de déterminer dans quelle mesure un service d'archives s'écarte des seuils recommandés. Une surveillance continue et précise est rarement réalisable, mais il est possible de mettre sur pied des systèmes plus simples. Si des pièces fragiles sont exposées régulièrement en différents endroits du bâtiment, elles pourront être soumises à des analyses et à des tests à des intervalles réguliers. On obtiendra ainsi un relevé des niveaux moyens de pollution, et, au cours d'un audit de pollution annuel, on pourra vérifier, par comparaison, les effets des remèdes apportés. En faisant appel à un personnel scientifique et technique compétent, on pourra, au moyen des techniques existantes, surveiller en continu la présence de poussières, d'agents oxydants et de sulfure d'hydrogène.

6.3 Désactivation des polluants à l'intérieur d'un service d'archives

La désactivation est l'ultime défense contre l'attaque de la pollution ; les matériaux comme le contenu des bâtiments jouent un rôle important dans l'absorption des polluants. C'est un fait connu que les bâtiments eux-mêmes réduisent environ de moitié la concentration du dioxyde de soufre. Il est absorbé par la pierre, le ciment, le béton, le bois utilisé dans la construction et par le mobilier. La concentration de l'ozone est réduite de la même manière ; il se transforme graduellement en oxygène du fait de son instabilité. Il est bon, par conséquent, de se demander si l'on peut accroître cette capacité d'absorption, puisque ce serait nettement moins coûteux qu'une installation centrale de dépollution. En même temps, on mettrait en évidence les matériaux non fiables qui pourraient être disséminés dans le bâtiment et qui contribueraient à la pollution par leurs émissions. La première pollution visée sera généralement la pollution acide ; d'où l'intérêt des matériaux de construction basiques tels que le ciment et les plâtres qui peuvent constituer de bons absorbants, la difficulté étant qu'ils peuvent produire des poussières, à moins que celles-ci ne soient maintenues d'une manière qui n'altère pas la faculté d'absorption des acides du matériau. On sait que ces poussières basiques ultra-fines sont nocives dès lors qu'elles se déposent sur des pièces d'archives et sur des détecteurs d'humidité.

La cellulose elle-même retient l'acide sulfurique, et, par conséquent, tous les renouvellements des papiers peints et des textiles muraux seront utiles. Ils devront être réalisés de manière à ne pas accroître le risque d'incendie, et les revêtements seront éventuellement ignifugés. Une imprégnation de borate de sodium (borax) y contribuera.

L'étanchéisation des surfaces pour empêcher la dispersion des fines poussières dans l'air peut provoquer une pollution supplémentaire lorsque les peintures et les vernis sèchent. Un examen technique complet des matériaux de revêtement et d'étanchéisation est toujours souhaitable.

Il y a, dans ce domaine, un large champ d'action pour l'ingéniosité et beaucoup d'autres expériences peuvent être envisagées.

6.4 La protection des documents par des rangements et des conditionnements de petites dimensions

Les armoires, vitrines, meubles de rangement, boîtes et cartons offrent tous une certaine protection contre les polluants de toutes sortes. Lorsqu'on passe en revue les fonds d'un service d'archives, il faut étudier soigneusement la qualité de chaque système de rangement, non seulement en tant que barrage contre la pollution mais aussi comme moyen de limiter les dommages liés à la manipulation et au transport, et comme mesure de sécurité générale et dernier obstacle vis-à-vis des risques inhérents au feu et dégâts par les eaux.

Le plus difficile est d'assurer la ventilation des meubles et conditionnements. Le meuble ou le conditionnement peuvent émettre des polluants qu'il faudra évacuer à l'extérieur ou bien absorber sans risque à l'intérieur. Il conviendra de prendre l'une ou l'autre de ces précautions en cas de doute.

On a souvent recours, comme c'est le cas lorsqu'on expose des manuscrits sur parchemin, à des vitrines d'exposition où une humidité constante peut être maintenue. Il est souvent commode d'y placer à cet effet une quantité appropriée d'un matériau tampon hygroscopique (granulés de gel de silice ou pastilles Nikka Pellets), mais ces vitrines doivent être aussi étanches à l'air que possible et, de ce fait, des polluants nocifs pour les objets exposés peuvent s'y trouver enfermés.

Il arrive que ces vitrines soient faites de matériaux impropres à leur usage - contreplaqué ou bois aggloméré - il convient alors de les doubler de feuilles d'aluminium, totalement imperméables à tous les gaz et à toutes les vapeurs, pour que les objets y soient plus en sécurité. Pour l'esthétique, on recouvre l'aluminium d'une couche d'un matériau offrant toutes garanties de sécurité comme un revêtement en coton.

Les éléments de rangement en bois doivent être ventilés, car il est généralement difficile d'étanchéiser les surfaces au moyen d'une doublure imperméable. L'idéal est d'utiliser plutôt des armoires métalliques revêtues d'une peinture au four non nocive.

Dans le cas des boîtes et cartons, l'étanchéité à l'air dépendra de la nature de la boîte et de son contenu ; on n'oubliera pas que les polluants produits à l'intérieur pourraient y rester confinés. Il faut établir, avec généralement peu d'informations, un compromis entre les risques de pollution externe et interne.

L'air extérieur pourra toujours pénétrer à l'intérieur des boîtes et des cartons, soit par les interstices, soit à travers le bois ou le carton. Souvent, le service n'a pas les moyens d'acheter des boîtes faites d'un matériau tamponné ou non acide ; une solution meilleur marché consiste à envelopper les documents, avant la mise en carton, dans du papier chargé de craie non acide ou à garnir l'intérieur des boites avec un papier de ce type en utilisant une colle non polluante, éventuellement une pâte d'amidon.

En tant qu'ultime précaution, on pourra également placer du charbon actif, dans la boîte, enveloppé au besoin dans un sachet de cotonnade. C'est sans doute là une protection à réserver aux pièces rares ou très fragiles.

La nature des documents photographiques justifie des conditions de conservation très rigoureuses. De vastes champs d'investigation restent ouverts aux chercheurs car bien des améliorations pourraient être apportées à l'archivage des photographies par le simple moyen d'un rangement plus adapté. Vu le grand nombre des boîtes et des systèmes de rangement possibles pour les archives, un choix judicieux des priorités s'impose.


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