Table des
matières -
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Objet
de l'étude
Problématique
Les
risques
Risques sanitaires liés à l'utilisation de
pesticides dans les bâtiments
Mettre en oeuvre un programme de lutte
efficace et sans danger: responsabilités incombant aux
directions d'institutions
La présente étude a été rédigée pour National Preservation Program Office de la Biliothèque du Congrès, Washington DC, au titre d'un contrat passé avec la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA, La Haye, Pays-Bas) et sous le parrainage de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO, Paris, France). Son objet est d'apporter de nécessaires éclaircissements sur les problèmes posés par les rongeurs, insectes et micro-organismes qui s'attaquent aux fonds des bibliothèques et archives. Il y sera traité des principaux agents de détérioration biologique présents dans ces institutions, des dégâts qu'ils causent aux collections et des techniques de prévention et de défense à leur opposer, ainsi que de la mise au point et du lancement d'un programme intégré de lutte contre ces agents destructeurs dans les locaux abritant des livres et des documents d'archives.
Plusieurs raisons portent les bibliothécaires et les archivistes à s'inquiéter de la présence d'insectes, de moisissures et autres agents de détérioration biologique parmi les ouvrages et documents qu'ils ont en garde. La première est qu'ils ont le devoir d'assurer la sauvegarde de ces fonds pour que l'humanité puisse continuer à les consulter. Or, les insectes et les moisissures peuvent réduire un imprimé en poussière, faire disparaître des pages et des pages sous les taches et auréoles et détruire reliures, couvertures et documents précieux.
Leur deuxième sujet de préoccupation est la perte financière qu'entraînent les insectes et moisissures. Les attaques d'insectes peuvent prendre une intensité telle que l'atelier de restauration ne suffit pas à remédier aux ravages commis par exemple par les larves de coléoptères qui se nourrissent de la colle et des autres constituants des reliures. Les moisissures peuvent occasionner en très peu de temps des dommages très coûteux lorsqu'une rupture de canalisation entraîne une inondation, qu'un incendie s'assortit d'importants dégâts des eaux, qu'une panne du système de climatisation engendre une forte humidité ou qu'une inondation d'origine naturelle crée des conditions favorables à leur prolifération. Ces dégâts sont coûteux parce qu'il faut non seulement remplacer les ouvrages et documents abîmés mais aussi sauver, traiter et restaurer les fonds attaqués par les moisissures à la suite de sinistres de ce genre.
La répulsion instinctive du personnel et du public à l'idée que des "bêtes" puissent les côtoyer dans les locaux est une troisième raison de s'en préoccuper. Les souris, les blattes et autres insectes suscitent crainte et angoisse chez de nombreuses personnes. Les gens ne veulent tout simplement pas travailler ni se rendre dans des lieux où ils pullulent. Dans de nombreuses régions du monde, l'être humain n'admet plus leur présence.
Enfin, dernière considération entrant en ligne de compte: le respect de la réglementation applicable en matière de santé et d'hygiène. Si certains organismes nuisibles ne menacent que les collections des bibliothèques, d'autres peuvent être un risque pour la santé publique. Les infestations de rongeurs et de blattes préoccupent en particulier les autorités parce que ces animaux peuvent transmettre des maladies à l'homme.
Les organismes nuisibles ne font pas qu'endommager les collections et les bâtiments qui les abritent; ils peuvent également être très nocifs pour les êtres humains. Partout où ceux-ci sont exposés à la présence de rongeurs, insectes ou moisissures, il existe un risque qu'ils soient mordus ou piqués, amenés à toucher excréments et urines, contaminés par des agents infectieux, voient leurs aliments polluer et souffrent de réactions allergiques. En outre, les ectoparasites des rongeurs peuvent piquer l'homme et lui transmettre des maladies. L'entomophobie ou crainte des insectes peut également être un sujet de préoccupation, s'agissant du personnel et du public.
Les fèces et l'urine déposés par les rats et les souris dans des lieux où ils risquent d'être touchés par des êtres humains ou de contaminer la nourriture et l'eau qu'ils consomment peuvent transmettre diverses sortes d'agents infectieux. Différents organismes cryptogamiques se développent dans des environnements contaminés par la fiente de pigeon et de sansonnet et l'on sait que leurs spores transportées par le vent provoquent chaque année des infections chez plusieurs centaines de personnes (Fraser et al., 1979). L'envahissement des êtres humains par les puces qui accompagne l'invasion d'un lieu par des rongeurs, celle des bâtiments par les blattes et celle des collections par les poux du livre sont la cause de malaises physiques, de gènes, de phobies et de risques de maladies.
Les poils très fins des larves de certaines espèces de dermestidés entraînent des réactions allergiques chez l'homme (Okumura, 1967). Et selon Richard Brenner, du Laboratoire de recherches sur les insectes nuisibles à l'homme et aux animaux du Ministère de l'agriculture des Etats-Unis, situé à Gainesville en Floride, "On sait que 8 à 25 % de la population totale et 70 % des asthmatiques sont allergiques aux blattes..."
Risques sanitaires liés à l'utilisation de pesticides dans les bâtiments
Dès l'apparition des pesticides de synthèse, qui étaient à l'origine principalement destinés à la lutte phytosanitaire agricole, on s'est empressé d'en fabriquer des variantes pour combattre la présence des rongeurs et des insectes dans les bâtiments. La découverte d'effets néfastes des pesticides sur la santé humaine n'a pas tardé à modérer l'engouement initial pour les stratégies de lutte fondées exclusivement sur l'utilisation de ces composés chimiques. Les conséquences de l'exposition chronique ou accidentelle à ces produits, ajoutées au fait que les organismes nuisibles y sont de plus en plus résistants, sont un sujet de préoccupation majeure dans le monde entier.
Depuis les années 60, époque où les pesticides organo-chlorés ont été remplacés par des insecticides aux organo-phosphates et aux carbamates, qui agissent plus vite mais sont aussi plus toxiques, il s'est produit un nombre indéterminé de cas d'intoxication systémique due à une exposition excessive à ces produits (Davies, 1977). Les effets de ces pesticides chez l'homme se font plus nettement sentir dans les régions du monde où l'information sur les précautions d'emploi à observer n'a pas progressé au même rythme que la recherche chimique (Davies et al., 1978). Des problèmes surviennent lors des manipulations et du mélange des concentrés chimiques, mais aussi à la suite de leur application, les concentrations de produit transportées dans l'air formant des dépôts en surface.
Lorsqu'un insecticide est pulvérisé sur une surface à l'intérieur d'un bâtiment, les solvants et de petites quantités de la substance active se volatilisent dans l'espace occupé par les collections et les êtres humains. Quoique faiblement concentrés, ces produits chimiques peuvent se redéposer sur d'autres surfaces à bonne distance du lieu de leur application initiale. De petites quantités de produit risquent également d'être inhalées par des êtres humains chez lesquels elles peuvent provoquer des réactions pathologiques. La quantité de composé chimique libérée dans l'air est d'autant plus forte que l'insecticide est volatil. Ces aérosols se déposent au bout d'un nombre d'heures ou de jours variables selon leur mode d'application et l'insecticide proprement dit est finalement décomposé en plusieurs éléments non toxiques par l'action de l'humidité atmosphérique et du rayonnement ultraviolet. Les intoxications chroniques et accidentelles par ces produits ont pris une importance médicale égalant celle des intoxications aiguës (National Academy Press, 1980).
C'est d'abord à propos des emplois agricoles des pesticides que l'on s'est inquiété de leurs effets sur la santé humaine. A l'heure actuelle, on pense toutefois que l'exposition à ces produits est également importante en milieu urbain, où la population menacée est non seulement différente mais aussi beaucoup plus nombreuse. En outre, les composés chimiques utilisés par les citadins diffèrent souvent de ceux en usage dans l'agriculture et il est fréquent qu'ils soient improprement employés.
Malheureusement, la préoccupation, quant à ses répercussions sur la santé que fait naître l'utilisation des pesticides en milieu urbain, se fonde en grande partie sur leurs effets connus et documentés en milieu agricole; il n'existe pratiquement aucune étude approfondie de leurs effets en milieu urbain (National Academy Press, 1980).
La présence de polluants chimiques dans les bibliothèques et les archives, en particulier après les vaporisations et fumigations de produits toxiques contre les insectes et les moisissures, est un grand sujet de préoccupation. La campagne en faveur d'une meilleure isolation des bâtiments provoquée par le renchérissement de l'énergie a fait prendre conscience à bien des gens des dangers liés à la pollution chimique dans les lieux clos.
Les directions d'institutions doivent savoir qu'il n'existe aucune solution simple qui permette de prévenir et de combattre au mieux les méfaits des agents de détérioration biologique dans les bibliothèques et les archives, avec un minimum de risques pour les collections, pour le personnel et pour le public. Il faut faire appel simultanément à plusieurs techniques si l'on veut mettre en place un programme de lutte dont l'efficacité soit maximale. L'expression "lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique" entend exprimer l'idée qu'aucun programme de lutte contre ces agents ne saurait parvenir au résultat souhaité sans s'appuyer sur plusieurs approches conjuguées. Les directions d'institutions doivent donc tabler sur ce type de stratégie si elles visent à la fois l'efficacité et la sécurité.
Les bibliothèques et archives où sont stockés, consultés et exposés des livres, des imprimés, des manuscrits, des cartes, des estampes, des photographies et autres documents divers ne sont pas sans point commun avec les entreprôts agricoles où sont emmagasinées pour de longues périodes d'énormes quantités de denrées alimentaires. Une bibliothèque où abondent les amidons, la cellulose et les protéines est le lieu de tous les festins pour les insectes, les rongeurs et les micro-organismes. C'est aussi un endroit qui regorge de caches tranquilles où nidifier pour d'autres insectes et animaux nuisibles qui ne se nourrissent pas directement des collections. C'est un milieu clos où les aliments sont stockés à l'abri des rigueurs climatiques extrêmes et où les populations d'organismes nuisibles particulières à ce micro-environnement sont aptes à proliférer de façon exponentielle et à commettre de véritables ravages si les moyens de la lutte intégrée ne sont pas pleinement mis en oeuvre pour les en empêcher.
Mieux vaut n'utiliser les produits chimiques comme moyen de lutte qu'en dernier ressort. L'emploi des pesticides est réglementé et il s'y attache des dangers pour les utilisateurs et une responsabilité juridique pour la direction que celle-ci ne doit pas ignorer. Si des êtres humains sont exposés à l'action de pesticides pendant des durées plus ou moins longues, la direction court elle-même le risque d'être poursuivie en justice pour avoir provoqué des pathologies réelles ou ressenties comme telles.
Il lui incombe donc de concevoir un bon programme de lutte intégrée qui comprenne les cinq actions clés suivantes (Baur, 1984):
1. mettre en place pour l'établissement un programme ou un système d'inspection ou de surveillance permettant d'être rapidement averti d'un problème éventuel;
2. déterminer l'étendue et la nature de tout problème éventuel, autrement dit identifier l'espèce animale ou le micro-organisme en cause, sa population et les lieux où elle est présente;
3. concevoir un plan de lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique afin de prévenir, maîtriser ou éliminer le problème;
4. veiller à la mise en oeuvre du plan conçu et être prêt à le modifier comme il convient;
5. assurer un suivi des actions.