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Principaux agents de détérioration biologique des fonds de bibliothèques et d'archives: leurs habitures et leur cycle de développement

Poissons d'argent et thermobies
Les "vers des livres"
Les blattes
Les psoques ou poux des livres

 

Nombreux sont ceux qui, au fil des siècles, ont observé l'existence d'insectes nuisibles aux livres et documents de bibliothèque et en ont parlé dans leurs ouvrages. Il y a 2.200 ans, Aristote écrivait: "Dans les livres aussi, il y a des animalcules, certains semblables aux larves que l'on trouve dans les vêtements, d'autres à des scorpions sans queue, mais très petits." Son "scorpion sans queue" était probablement le scorpion des livres (Chelifer cancroides). En 1922, déjà Reinicke estimait à plus de 800 le nombre des références à ce sujet faites par des écrivains, parmi lesquels 33 poètes.

En 1936, Weiss et Carruthers en dénombraient 439 dans leur bibliographie consacrée aux principaux insectes bibliophages. Depuis lors, des centaines d'articles ont été publiés sur des sujets allant des anti-appétants (Zaitseva, 1987) aux programmes de protection des collections d'ouvrages (Dvoriashana, 1987). La prévention de la biodégradation des documents de bibliothèque est un sujet qui suscite manifestement beaucoup d'intérêt.

Les attaques directes sont l'effet des rongeurs, des insectes et des moisissures, mais les collections peuvent aussi souffrir indirectement de la présence d'autres vertébrés - d'oiseaux par exemple qui viennent y nicher. Les insectes détériorent livres et papiers et s'en nourrissent, ce que font à l'état de larve et d'imago, les blattes, les poissons d'argent, différents coléoptères, les termites, les mites et les poux des livres.

S'agissant des coléoptères, c'est essentiellement au stade larvaire qu'ils s'attaquent aux documents. Les larves creusent le livre, au voisinage de la couverture et du dos, avec leurs mandibules et ingèrent le matériau, laissant derrière elles une galerie remplie de poussière d'excréments. Lorsqu'elles ont achevé leur croissance, elles passent au stade de nymphes, puis l'adulte sort du livre en se frayant un passage avec ses mandibules d'où l'apparition de petits trous ronds à la surface du livre.

Nous étudierons ici les principaux facteurs biologiques d'altération des fonds de bibliothèque et d'archives. Les espèces d'insectes ne sont pas forcément les mêmes partout dans le monde, mais d'une manière générale leurs habitudes, leur cycle de vie et les dommages qu'ils provoquent peuvent être repérés et décrits en dépit de différences mineures.

Poissons d'argent et thermobies

Figure 1 - Le poisson d'argent, Lepisma saccharina L., est l'un des bibliophages les plus répandus (d'après Kingsolver and Pest Control in Museums).

Le poisson d'argent ou lépisme (fig. 1) est l'un des insectes ravageurs les plus courants dans les bibliothèques et les édifices en général. Il se nourrit de préférence de produits riches en hydrates de carbone (amidon) et en protéines. Il recherche plus particulièrement les matériaux comme le papier, les produits d'encollage, les gravures, la colle, le papier peint et le placoplâtre. Il lui arrive aussi de se nourrir d'étoffes à base de fibres végétales comme le lin, la rayonne, le fil d'Ecosse et le coton, et en particulier de lin et de coton amidonnés. Il envahit parfois la farine et autres produits à base de céréales.

L'un des plus primitifs de tous les insectes, le poisson d'argent, a une croissance sans métamorphose. 11 est long et mince, en forme de carotte, avec un renflement du côté de la tête et l'arrière du corps qui va en s'amincissant. Superficiellement, il a l'aspect d'un poisson, d'où son nom. Il possède des pattes courtes, de longues antennes et des appendices en forme de queue à l'arrière corps. Il n'a pas d'ailes et son corps est généralement recouvert d'écailles. Certains sont argentés, d'autres tachetés avec alternance de zones sombres et claires. Les jeunes ressemblent aux adultes, taille mise à part. Ce sont des insectes qui peuvent vivre plusieurs années. Contrairement aux autres insectes, le poisson d'argent continue de muer et de grandir à l'âge adulte. Il se cache ordinairement dans des endroits sombres et fuit le contact direct avec la lumière du soleil. C'est pourquoi, dans les lieux habités, il n'est en général actif que la nuit.

Le poisson d'argent peut explorer de vastes domaines en quête de nourriture, mais une fois qu'il a trouvé une source à sa convenance, il demeure à proximité. Il s'attaque au papier, surtout au papier glacé. Il est friand des matériaux d'encollage employés dans la fabrication du papier, qui peuvent contenir de l'amidon, de la destrine, de la caséine, de la gomme et de la colle (Mallis, 1982). Il recherche les papiers peints et la colle qui les tient. Lorsqu'il s'y attaque en grand nombre, le papier se décolle et peut présenter des zones plus minces. Ce sont souvent la colle, les produits d'encollage et les encres qui attirent les poissons d'argent. Certains affectionnent le papier pelure et la cellophane, négligeant le papier journal, le carton, imprimé ou non, et le papier d'emballage. Les papiers à base de pâte chimique uniquement risquent davantage d'être attaqués que ceux qui comportent une partie de pâte mécanique. Les papiers à pâte chimique très raffinée sont fréquemment la proie des poissons d'argent.

Parmi les nombreuses espèces de poissons d'argent existant dans le monde, 13 ont été identifiées aux Etats-Unis. Certains préfèrent les endroits frais et humides, d'autres les endroits humides mais chauds. Ils déposent leurs oeufs un par un ou par deux ou trois. La ponte peut durer des jours, voire des semaines. Les oeufs des espèces qui recherchent les endroits frais et humides incubent 45 jours environ avant d'éclore. Le jeune poisson d'argent atteint l'âge de la reproduction en trois ou quatre mois. Les températures de 22°C et plus favorisent le développement de ce type de lépisme, mais à partir de 37°C les nymphes sont détruites. Les températures les plus propices à toutes ces variétés de poissons d'argent se situent entre 22° et 27°C, avec une humidité relative de 75 à 97 %. Certains peuvent, quand ces conditions sont réunies, vivre jusqu'à trois ans et demi.

Figure 2 - La thermobie ressemble au poisson d'argent, mais elle affectionne les lieux clos, chauds et humides (d'après Illinois Natural History Survey).

La thermobie (fig. 2) aime les températures beaucoup plus élevées: l'idéal pour elle se situe entre 32° et 40°C. On la trouve généralement à l'intérieur ou aux alentours des fours, des fournils, des chaufferies et autres lieux très chauds. Les thermobies et autres insectes apparentés sont lucifuges et détalent dès qu'on allume la lumière. Comme les poissons d'argent, elles se réfugient dans les fentes et interstices pendant la journée.

Les thermobies ont un développement rapide; il leur suffit d'une période d'un mois et demi à quatre mois et demi pour atteindre l'âge adulte. Elles déposent leurs oeufs par paquets dans des fentes. Lorsque les conditions optimales sont réunies, l'incubation dure douze ou treize jours. La thermobie peut passer par 45 à 60 stades de croissance au cours de son existence (Sweetman, 1938). Les appendices abîmés repoussent toujours. Il est difficile de voir la différence entre l'insecte adulte et l'insecte jeune. Les nymphes ne résistent pas au gel.Dans les climats tempérés, les poissons d'argent ont tendance à migrer verticalement avec les saisons. Pendant les chaleurs estivales, ils descendent dans les profondeurs des édifices à la recherche de la fraîcheur et de l'humidité et ils remontent vers les combles et les étages supérieurs en automne et en hiver. Chauffer les espaces d'habitation d'un immeuble en hiver, ce qui a pour effet de les assécher, contribue à réduire les populations de poissons d'argent. En outre, la chaleur élimine des parois de plâtre et de placoplâtre les moisissures microspiques dont ils se nourrissent. Dans les sous-sols humides et, d'une manière générale, dans les édifices en béton, le problème des poissons d'argent se pose été comme hiver.Il est impossible de ne pas introduire de poissons d'argent dans une bibliothèque, dans la mesure où ils sont très fréquents dans les usines de fabrication de carton et de placoplâtre et où ils recherchent les creux du carton ondulé employé dans les emballages pour y pondre. Si le poisson d'argent adulte ne se nourrit pas à proprement parler de carton, il est friand de la colle qui tient les boîtes. Il est clair que toute entrée de nouvelle boîte de carton dans une bibliothèque s'accompagne nécessairement de l'arrivée d'un lot supplémentaire de poissons d'argent et d'oeufs, dont l'éclosion va donner de nouveaux individus qui peuvent, suivant les conditions dans lesquelles est entreposée la boîte, se répandre largement en quête de nourriture.

Les "vers des livres"

L'expression "vers des livres" s'emploie pour désigner pratiquement tous les ravageurs qui s'attaquent aux livres, des lépismes communément appelés poissons d'argent aux blattes et aux vers ou larves de coléoptères. Dans la présente étude, l'expression "vers des livres" est réservée aux larves de coléoptères bibliophages. Les larves de certaines espèces se nourrissent exclusivement de colle de pâte et de la colle forte du dos et des plats des reliures. D'autres sont connus pour creuser des galeries pénétrantes à travers les pages elles-mêmes et peuvent, dans leur quête de nourriture, passer d'un livre au livre voisin sur l'étagère.

Le lasioderme du tabac (Lasioderma serricorne)

Cet insecte, cosmopolite, se nourrit de plantes médicinales, de cuir, d'épices, de matière végétale sèche, des collections végétales, d'enveloppes d'épis de maïs, de chocolat, des miettes de petit déjeuner, de livres et de manuscrits rares. A l'état d'adulte, ce coléoptère de couleur cannelle est couvert d'une pubescence blonde et sa tête, repliée vers les bas, forme un angle droit avec l'axe du coprs (fig. 3). La larve est un petit ver recouvert d'une pilosité blanche, et pourvu de puissantes mandibules (fig. 4).

Figure 3 - Le lasioderme du tabac, Lasioderma serricorne (F.) tient sa tête repliée vers le bas; de ce fait la tête forme un angle droit avec l'axe du corps (d'après Kurtz et Harris).

Figure 4 - La larve (ver) du lasioderme du tabac creuse par sa mastication des galeries qui s'emplissent d'une poudre faite des matières organiques excrétées (frass) à mesure qu'elle évolue vers l'état d'adulte (d'après Peterson).

Les oeufs sont déposés à proximité de la surface de la reliure ou sur les bords des feuilles et éclosent en l'espace de 5 à 6 jours. Les jeunes larves pénètrent dans le livre et creusent des galeries tout le long du dos de la reliure ou à l'intérieur des plats. Une fois que la larve a atteint son plein développement, elle se rapproche avant la nymphose de la surface extérieure. Elle creuse alors une loge nymphale où elle s'installe pour la métamorphose. Le coléoptère adulte sort de cette loge en se frayant un petit trou vers l'extérieur. Il faut environ deux mois pour que le cycle de vie s'accomplisse, du stade de l'oeuf à celui de l'insecte adulte. Il n'est pas rare, notamment sous les tropiques, de compter quatre générations par an quand ce n'est pas davantage.

La vrillette du pain (Stegobium paniceum)

La vrillette du pain infeste elle aussi livres et manuscrits; elle fait partie des "vers des livres" (fig. 5).

Alors que la larve du lasioderme du tabac attaque plutôt le dos de la reliure et la colle forte qui tient ensemble le corps d'ouvrage, celle de la vrillette du pain creuse souvent des galeries qui traversent les pages du livre ou en sortent par les plats et le dos de la reliure. Ce mode d'infestation peut s'observer dans les bibliothèques aux magasins humides. La présence de ces insectes constitue un danger pour les livres et exige une intervention rapide. Il ne faut traiter que les livres sur lesquels on décèle de petits orifices ronds accompagnés de traces de poudre répandue sur les livres et les rayonnages. Les petits trous ronds et noirs qui s'observent sur les livres anciens, en particulier sur les livres antérieurs au XIXe siècle, et auprès desquels on ne trouve pas de poudre ne signalent pas d'activité d'insectes et n'appellent aucune intervention.

Figure 5 - La vrillette du pain, Stegobium paniceum (L.), est une autre espèce d'insecte dont la larve et l'adulte endommagent les livres (d'après Kurtz et Harris).

La vrillette du pain ne pond que sur les livres. L'état larvaire dure de quatre à cinq mois (fig. 6).

Figure 6 - La larve de la vrillette du pain creuse des galeries à travers les reliures, les plats et les corps d'ouvrages (d'après Peterson).

Il faut en général sept mois pour que s'accomplisse le cycle biologique, c'est-à-dire que l'insecte passe du stade d'oeuf à celui d'adulte, en climat tempéré. Dans les climats plus chauds, on compte jusqu'à quatre générations par an.

Le coléoptère du livre du Mexique (Mexican Book Beetle )

Ce coléoptère brun foncé, trapu, est recouvert d'une pilosité fine et soyeuse. La larve a pratiquement la même taille que l'adulte; elle est de couleur crème avec une tête brillante et des pièces buccales sombres. On la trouve généralement recroquevillée en forme de C dans des tunnels encroûtés de poudre d'excréments. Cette espèce est conue comme ravageur des livres et du cuir, particulièrement sous les tropiques. Des volumes anciens en papier fait à la main ont subi de sérieux dégâts. Pour les ouvrages plus récents dont le papier a reçu une charge de kaolin (papier couché) et une charge chimique, les dégâts se bornent en règle générale aux reliures. Dans certains cas, les larves ont un comportement cannibale, ce qui peut expliquer que l'on trouve très peu d'individus à l'intérieur des livres, malgré l'ampleur des dégâts subis. D'abord les adultes pondent près des plats; ensuite, les larves mangent la colle à relier puis la reliure elle-même: c'est l'infestation.

Ptinus fur

En 1776, Linné signale que cette espèce cause de sérieux dégâts dans les bibliothèques. En 1934, on a trouvé des individus de cette espèce associés à des vrillettes du pain (Stegobium paniceum) dans une grande bibliothèque de l'est des Etats-Unis. C'est une espèce cosmopolite que l'on trouve dans les réserves, les caves des maisons, les musées, et les entrepôts où elle se nourrit de matières végétales et animales dont la farine, les graines de coton, la laine, la fourrure, les vêtements, les racines, et les plantes sèches (Weiss et Carruthers, 1936). L'adulte (fig. 7) est d'un brun rougeâtre et présente une villosité de couleur chocolat. Chez la femelle, les élytres se signalent par deux taches composées de soies claires. La larve est semblable d'aspect à celle de la vrillette du pain. Le cycle de vie, les activités et les dégâts occasionnés aux livres sont comparables. Ptinus clavifes, un coléoptère marron (fig. 8), signalé dans trois parties du monde, passe pour préférer les livres reliés en cuir et en basane. En règle générale, ses galeries s'observent à l'intérieur du cuir qui recouvre le dos des reliures.

Figure 7 - Ptinus fur (L.) est lui aussi bibliophage, les larves de ce coléoptère creusent des galeries à travers les livres (d'après USDA).

Figure 8 - La larve de Ptinus clavipes, un coléoptère brun décrit par Panzer, est aussi un "ver de livres" (d'après Mallis).

Les blattes

Plusieurs grandes espèces de blattes sont à l'origine d'importants dégâts dans les bibliothèques. Des matières fécales, des traînées et des trous peuvent apparaître "du jour au lendemain". (::es insectes infestent les zones subtropicales et tropicales de la planète, mais sont fréquents également dans les climats tempérés. Les blattes sont omnivores et l'on ne peut dans certains pays établir sur parchemin aucun document légal à cause de leur goût pour ce matériau (Mallis, 1982). Certaines grandes espèces régurgitent un liquide de couleur foncée qui signale leur passage et leurs caches.

Il convient de se méfier de ces insectes, non seulement à cause des dégâts qu'ils occasionnent aux fonds de bibliothèques et d'archives, mais aussi parce qu'ils peuvent être porteurs de maladies. De nombreux ouvrages font état de toute une série d'agents pathogènes présents dans leur organisme ou sur eux et dans leurs matières fécales. Il existe plusieurs études récentes sur les allergies aux blattes, en particulier aux blattes germaniques et américaines.

Les blattes présentent une métamorphose progressive. Les oeufs se forment dans un étui (oothèque) qui fait saillie à l'arrière de l'abdomen de la femelle et à l'intérieur duquel ils sont disposés en une double rangée. Ils peuvent, une fois l'oothèque déposée, éclore dans les 24 heures ou en un temps qui peut aller jusqu'à deux mois suivant l'espèce. Lés larves qui en sortent sont dépourvues d'ailes et se déplacent en rampant à la recherche de nourriture. La blatte deviendra adulte et capable de se reproduire après être passée par une série de stades.

La blatte américaine

La blatte américaine (fig. 9) se réfugie en général dans l'obscurité des cages d'ascenseur, gaines techniques, sous-sols et faux plafonds pendant la journée, et en sort la nuit pour grouiller dans la bibliothèque et se nourrir des ouvrages qu'elle contient. Longs de quatre à cinq centimètres, les individus de cette espèce, qui est la plus grosse des espèces inféodées aux habitations, a des ailes d'un brun rougeâtre et présentent des taches claires sur le thorax. Ils recherchent les lieux chauds et humides tels que chaufferies, canalisations de transport de vapeur, navires et égouts. On en rencontre couramment dehors dans les zones subtropicales et tropicales, parfois aussi dans les zones tempérées. On en a trouvé un jour qui prospéraient sous une épaisse couche de neige dans les ordures fumantes d'une décharge à ciel ouvert à Waltham, Massachusetts, alors que la température extérieure était bien inférieure à zéro (Mallis, 1982).

Figure 9 - La blatte américaine, Periplaneta americana (L.), est un redoutable ennemi des livres et du papier, en particulier dans les régions chaudes de la planète (d'après Mallis).

La femelle de cette espèce pond une oothèque qu'elle dépose ou, parfois, colle sur des surfaces à l'air libre. Le moment venu, les jeunes blattes éclosent, puis elles passent par une série de mues avant d'atteindre l'âge adulte, cette période de croissance durant largement plus d'un an. La durée de vie de cette espèce, à partir du stade de l'oeuf jusqu'à la mort, est de deux bonnes années. L'habitude qu'a la femelle de coller ses oothèques sur des surfaces soigneusement choisies accroît les risques d'introduction de cette espèce dans les bibliothèques à l'occasion de livraisons. Dans le sud des Etats-Unis, on voit couramment les blattes américaines voleter çà et là autour des réverbères. Dans le nord, elles ont un type de vol plus régulier.

La blatte orientale

La blatte orientale (fig. 10) est une blatte dont la couleur va du brun foncé au noir. Chez le mâle, les ailes ne dépassent pas l'extrémité de l'abdomen, chez la femelle, elles sont pratiquement inexistantes. Les dégâts que cet insecte provoque dans les bibliothèques sont comparables à ceux de la blatte américaine, à cette différence près qu'il ne laisse pas derrière lui d'excréments en granules. Cette espèce préfère les endroits frais et humides tels que les égouts, sous-sols, systèmes de climatisation et alentours des conduites d'arrivée d'eau et d'écoulement. Alors que l'on trouve la blatte américaine un peu partout dans les étages des immeubles, la blatte orientale ne fréquente guère que les étages inférieurs et les surfaces horizontales, car elle ne peut, n'ayant pas de ventouses aux pattes, grimper le long des surfaces verticales lisses. Toutes les espèces ont par contre des griffes aux pattes qui leur permettent de grimper le long de surfaces irrégulières. Comme la blatte américaine, la blatte orientale est connue pour être grégaire.

Figure 10 - La blatte orientale, Blatta orientalis (L.). A gauche: le mâle; à droite: la femelle. On notera l'absence d'ailes chez cette dernière (d'après Mallis).

Moins méfiante et moins vive que les autres espèces, la blatte orientale inspire un dégoût extrême à cause de son habitude de se promener dans les égouts et de vivre dans la saleté. Pendant les mois chauds de l'année ou dans les zones tropicales ou subtropicales, elle peut pénétrer dans un immeuble en se faufilant sous une porte d'entrée ou par les conduites d'aération ou les ventilateurs. Les vide-ordures intérieurs et les incinérateurs en sont souvent infestés.

La femelle peut porter son oothèque, qui est de couleur brune, 30 heures durant. L'oothèque contient deux rangées de huit oeufs chacune. La femelle la dépose dans un endroit chaud et abrité, proche d'une source de nourriture. A la température ambiante, la période d'incubation est de 60 jours environ. Il faut à peu près un an à ce type de blatte pour atteindre l'âge adulte, après quoi elle vivra un maximum de six mois.

La blatte australienne

La blatte australienne (fig. 11) ressemble beaucoup à la blatte américaine, mais elle s'en distingue par sa taille, légèrement plus petite, ainsi que par les taches jaunes clairement visibles qui bordent son thorax et les lignes jaune clair qu'elle porte sur les côtés à la base des élytres. Elle affectionne les endroits chauds et humides. Bien que cette espèce soit commune dans les régions à climat plutôt tropical, on l'a repérée plus au Nord dans des immeubles chauffés jusqu'au Canada. Chez cette espèce, l'oothèque contient 24 oeufs disposés en deux rangées de 12 oeufs chacune. Une fois l'oothèque pondue, il faut environ 40 jours aux larves pour éclore. Il leur faut ensuite près d'un an pour atteindre l'âge adulte. Come les autres grandes espèces de blattes, la blatte australienne se nourrit volontiers de couvertures de livres et de papier.

Figure 11 - La blatte australienne, Periplaneta australasiae (Fabr.), présente des taches jaune vif qui la distinguent de la blatte américaine (d'après Mallis).

La blatte germanique

La blatte germanique (fig. 12) est probablement l'espèce la plus répandue dans le monde. Elle fréquente d'ordinaire les cuisines, les magasins d'alimentation, les lieux où l'on prépare de la nourriture, les cantines et les restaurants. Elle se cache dans les fentes et interstices dans la journée et se promène la nuit à la recherche de nourriture. On la trouve habituellement à proximité de sources d'humidité.

Figure 12 - La blatte germanique, Blattella germanica (L.) envahit normalement les endroits où l'on manipule de la nourriture et n'endommage pas les ouvrages de bibliothèques (d'après Mallis).

La femelle porte l'oothèque jusqu'à ce que les oeufs soient prêts à éclore. L'oothèque, qui contient jusqu'à 50 oeufs, se fend alors dans le sens de la longueur, permettant aux jeunes blattes de s'en extraire. Parfois, ces dernières sortent de l'oothèque, alors que celle-ci est encore engagée dans l'abdomen de la mère. Cette espèce atteint l'âge adulte en trois mois environ au cours de son existence, qui peut dépasser 200 jours, chaque femelle pond quatre ou cinq oothèques.

Il est très facile pour une bibliothèque, surtout si elle possède une cantine ou une salle réservée pour les repas, d'être infestée par des blattes germaniques. L'infestation peut avoir pour origine des oothèques déposées dans des cartons, sur des produits alimentaires et autres. Bien que cette espèce ne détériore généralement pas les ouvrages de bibliothèques et documents d'archives, elle constitue manifestement une nuisance et peut véhiculer des germes pathogènes.


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