Table des
matières -
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Poisson
d'argent
Les
"vers des livres"
Les
blattes
Les psoques ou poux des livres
Dermestidés
Mites ou teignes des vêtements
Termites
Souris
Rats
Tout programme intégré de lutte contre les agents de détérioration biologique doit commencer par une inspection complète des bâtiments et des collections, afin de déterminer les problèmes passés, présents et potentiels. Le plus difficile dans ce type d'inspection est, une fois que l'on a détecté des dommages ou des signes de prolifération, de savoir s'il s'agit d'un problème présent ou d'une attaque ancienne qui a cessé. Les trous et les galeries creusés dans un livre ne disparaissent pas avec les insectes ou les rongeurs qui les ont faits. Seul un oeil exercé peut voir si les agents destructeurs sont encore là et si la situation justifie une intervention.
C'est en s'en nourrissant que les poissons d'argent détériorent le papier. Ils provoquent dans les zones où ils sévissent un amincissement caractéristique du papier par plaques irrégulières. Le poisson d'argent n'ayant pas de force dans les mandibules, il se positionne à la surface du papier et l'abrase progressivement. Par endroits, il y fait des trous, mais ailleurs, au lieu de le percer, il en réduit l'épaisseur ou en fait simplement disparaître le texte.
Lorsque les poissons d'argent mangent des documents imprimés, ils laissent souvent après eux de fines déjections sous forme de granules de couleur noire, qui font penser à de minuscules crottes de souris. Si l'on observe ces déjections à la loupe, on distingue sans mal ces granules. Ces excréments s'accumulent sous les ouvrages ou peuvent, dans les zones obscures, être éparpillés à l'air libre. On en trouve aussi à l'intérieur des boîtes de rangement en carton neutre, ainsi que - et là, en grandes quantités - dans les combles isolés avec de la cellulose (papier journal lacéré).
Les dégâts causés aux livres par les coléoptères qui s'en nourrissent sont essentiellement dus aux larves dites vers des livres. L'adulte pond en général ses oeufs sur les plats ou le dos de la relière et les larves à peine écloses commencent à creuser une galerie en remontant à l'intérieur du dos de la reliure, entre les plats et la feuille de garde. Ces galeries, encroûtées de poudre excrétée, restent invisibles tant que l'on n'ouvre pas le livre. Leur diamètre, assez faible au départ, augmente à mesure que la larve grandit, mue après mue.
Il suffit d'inspecter les rayonnages à la lumière d'une lampe de poche pour déceler des signes d'infestation par les vers des livres. En effet, il se forme sur les étagères des tas de poudre excrétée par les larves qui se nourrissent du livre et par les adultes qui le broyent avec leurs mandibules pour en sortir. Cette poudre est de même couleur que les plats de la reliure. On peut observer ces tas soit au pied du livre, sur l'étagère, soit sur la tranche supérieure du livre, près des bords des plats, si le livre est posé verticlament sur l'étagère. Ces tas de poudre sont un signe de la présence d'insectes vivants.
Les petits trous ronds que l'on voit sur le dos, les plats ou les pages d'un livres, forés par les larves ou par les adultes au moment de l'émergence dureront autant que le livre, même si l'infestation "active" a cessé, ce qui est possible. Si l'on ne trouve aucun tas de "poudre" ni sur le livre ni à côté de celui-ci, l'infestation n'est plus active et n'appelle donc pas d'intervention. Souvent, on soumet à d'inutiles fumigations des livres sur lesquels s'observent d'anciennes traces laissées par des "vers de livres" morts depuis longtemps.
Les "vers des livres" ont besoin de beaucoup d'humidité; souvent l'infestation cesse tout naturellement lorsque l'on déménage des livres infestés pour les installer dans des locaux plus secs.
Ce sont surtout les grandes espèces comme les blattes américaines, australiennes et orientales, qui endommagent les livres en s'en nourrissant. La blatte américaine est probablement celle qui occasionne le plus de dégâts dans les couvertures des ouvrages et dans le papier. Les grosses blattes ont de fortes mandibules avec lesquelles elles tranchent des morceaux de couverture et de papier.
Les zones mangées par les grosses blattes ont un aspect déchiqueté et partent souvent des bords des magazines et autres articles de papier. A force de grignoter, la blatte provoque de grandes perforations et dépressions d'aspect irrégulier. Dans les couvertures des livres, les zones abîmées ressemblent de loin à de la moisissure, mais lorsqu'on les regarde de plus près, on distingue aisément un effet de plis là où l'insecte a entamé le matériau avec ses mandibules. Les blattes s'attaquent à la couverture et au dos des livres où les zones mangées ont l'aspect de grandes plaques de formes irrégulières. Elles enlèvent souvent la couche superficielle et coupent les fibres des reliures de toile. Quant au dos des reliures de cuir, elles peuvent le dévorer jusqu'au renfort.
Les blattes américaines laissent d'autres traces sur les livres et sur le papier dont elles se nourrissent. Tout en mangeant, posées sur les documents, elles régurgitent un liquide brun. Ce liquide, qui contient des phéromones chimiques qui ont un effet d'attraction sur leurs congénères, en une phéromone sexuelle. Souvent les blattes laissent derrière elles des traînées et des gouttelettes en forme de larmes de ce liquide brun sur les livres et les documents.
Les blattes américaines peuvent aussi laisser des granules de déjections sur ou autour des produits dont elles se nourrissent. Ces granules ont une forme très particulière et sont de la couleur de la matière dont la blatte se nourrit. Ils sont le plus souvent de teinte foncée. Ils font environ trois à quatre millimètres de longueur et présentent des extrémités arrondies et des stries longitudinales. Ces stries les distinguent nettement des crottes de souris domestiques (fig. 31). Bien qu'elles soient de dimensions analogues, ces dernières sont généralement lisses et pointues du bout.
Figure 31 - Crottes de souris domestiques et de blattes américaines. Ces dernières sont uniformes, arrondies aux extrémités et présentent des sillons longitudinaux, tandis que les premières sont irrégulières, pointues et sans sillon.
On prend souvent les déjections de blattes américaines pour des crottes de souris, ce qui conduit à prendre des mesures inadaptées. Si l'on se trompe et que l'on pose des appâts pour les souris, cela ne peut qu'aggraver la situation, les grandes blattes se nourrissant volontiers d'appâts pour rongeurs sans être affectées par les substances toxiques qu'ils contiennent.
Les psoques ou poux des livres
Comme on l'a déjà vu, les poux des livres ne se nourrissent pas à proprement parler de papier, mais des moisissures microscopiques qui se développent sur ce dernier, lorsqu'il est stocké dans un local humide. Si l'on met les documents dans un autre local, sec celui-ci, la prolifération de la moisissure s'arrête et les psoques disparaissent.
Les larves de dermestidés déposent sur l'objet dont elles se nourrissent des déjections caractéristiques qui s'éparpillent dans l'air en une poudre uniformément constituée de minuscules granules. Ces excréments pulvérulents ont la couleur de ce que les larves absorbent. S'il s'agit de cadavres d'insectes, ils sont généralement gris ou bruns. S'il s'agit d'une matière colorée, les déjections ont la même teinte.
Les mues rejetées par les larves sont une autre trace de la présence de dermestidés. Ces coques vides sont abandonnées par les larves lorsqu'elles passent d'un stade au suivant. Les larves de dermestidés vivantes et actives s'enfuient rapidement lorsqu'elles sont exposées à la lumière, ou bien "font le mort" quand on les dérange. Les objets rongés présentent une série de petits trous propres et irréguliers.
Mites ou teignes des vêtements
Les invasions de mites se caractérisent par la présence de toiles, cocons ou fourreaux ainsi que par d'abondants tas de déjections en boulettes amalgamées à la toile. Le matériau infesté semble orné de guirlandes de déjections en grappes, toiles de soie et cocons. Les toiles et cocons s'étendent souvent jusqu'à une certaine distance de l'objet infesté. On voit parfois les larves abandonner cet objet pour se diriger vers un recoin tranquille et sombre où filer leur cocon d'où elles émergeront métamorphosées en mites adultes. On trouve également des cadavres de mites dans les toiles de soie.
Les termites souterrains construisent pour s'abriter des galeries de terre partant du sol pour atteindre les rayonnages, livres ou cartons de documents stockés dans les caves. La présence de termites ouvriers dans ces galeries, jointe à celle d'abondants tas de boue, est le signe infaillible d'une infestation par les termites souterrains. A l'aide de granules de terre, ceux-ci maçonnent des galeries protectrices qui leur servent de voies climatisées d'accès aux matières cellulosiques dont ils se nourrissent. Lorsqu'on a retiré d'un rayon un livre infesté par des termites souterrains, brisant ainsi la galerie qui le reliait à la colonie, les ouvriers et les soldats piégés dans le livre sont voués au dessèchement et à la mort. Une fois rompu ce lien avec la colonie souterraine et les ouvriers coupés de la sorte du reste de la colonie et de leur source d'humidité, il n'est nul besoin d'appliquer un autre traitement antitermite à l'objet infesté. Il convient toutefois de faire traiter le bâtiment par une entreprise spécialisée dans la désinsectisation.
Les termites de bois sec n'ont pas besoin être reliés à une termitière enfouie dans le sol et peuvent donc infester les rayonnages supportant des ouvrages ou des papiers, en y formant une nouvelle colonie. Ils causent des dégâts différents des précédents et ce pour deux raisons:
1. Leurs ouvriers produisent des déjections granuleuses de la couleur de la matière dont ils se nourrissent. Ces tas d'excréments ressemblent sous grossissement optique à un ballon de football partiellement dégonflé. Tous les granules du tas ont sensiblement la même couleur, la même forme et la même taille.
2. Aucun tas de boue ne révèle la présence de galeries, non plus que de l'activité des ouvriers qui vident intégralement l'objet infesté. Les galeries sont lisses et propres. Les ouvriers mangent le bois d'hiver comme celui de printemps sans en suivre nécessairement le fil.
Les dégâts causés par les souris aux fonds des bibliothèques tiennent d'ordinaire à l'habitude qu'elles ont de déchiqueter le papier pour faire leur nid ainsi que d'uriner et de déféquer sur les collections.
Les excréments de souris (fig. 31) sont lisses, foncés et de forme généralement pointue. Leur urine tache les ouvrages et documents. La découverte d'un nid de souris doit faire penser que l'on trouvera des objets grignotés à proximité immédiate. Les mâchoires inférieure et supérieure des rongeurs comportent deux incisives. Des traces doubles de morsure caractéristiques révèlent que les dégâts ont été causés par des souris.
Du même ordre que les dommages causés par les souris, les dégâts dus aux rats sont cependant beaucoup moins fréquents. En général, les rats nichent dehors, dans des terriers souterrains et ne s'attaquent pas directement aux collections; ils les souillent toutefois de leurs urines et de leurs excréments. Les déjections de rats (fig. 36) sont volumineuses et de forme ovale et se concentrent dans les recoins protégés des pièces. On trouve à l'occasion dans les documents endommagés les marques d'incisives supérieures et inférieures beaucoup plus grosses que celles des souris.
Figure 36 - Comparaison des excréments de la souris domestique et du rat d'égout. Les excréments du rat sont volumineux et obtus ou arrondis aux extrémités.