Table des matières - Précédente - Suivante


5. Méthodes de restauration

5.1 Le traitement par voie humide
5.2 Possibilités offertes par la technique du colmatage des lacunes par repulpage
5.3 Possibilités offertes par le procédé de dédoublement du papier
5.4 La lamination: différents procédés

 

Le matériel utilisé par les restaurateurs a beaucoup changé depuis dix ans, grâce aux progrès de la recherche sur certains principes scientifiques fondamentaux et à la mise en application de ces principes. Les efforts déployés pour rationaliser les procédés de sauvegarde matérielle ont produit les résultats qui sont décrits succinctement cidessous; beaucoup reste à faire cependant.

C'est de toute évidence dans le domaine de la coopération internationale et de l'échange d'informations que les réalisations sont les plus impressionnantes. On constate aussi une tendance continue à mettre en oeuvre des méthodes de conservation qui réconcilient les impératifs quantitatifs et les exigences de qualité.

L'arsenal technique de base à la disposition du restaurateur ou de la restauratrice est aujourd'hui plus complet et très amélioré. Force est de constater en même temps qu'une commercialisation excessive et la diversité même des techniques et des matériels ont entravé la diffusion des méthodes efficaces.

5.1 Le traitement par voie humide

Le traitement par voie humide (qui consiste en une série d'immersions dans des solutions de nettoyage et de désacidification ainsi que dans des solutions-tampon, complétées par des opérations fondamentales de préservation) pose un problème particulièrement aigu dans le cas des ouvrages amplement et gravement détériorés parce qu'il requiert beaucoup de temps et d'énergie. Il est malgré tout d'une importance décisive pour la longévité des livres et des papiers traités et la sauvegarde de leurs qualités intrinsèques.

Les procédés manuels traditionnels de traitement par voie humide pèchent par quelques défauts d'ordre méthodologique. Il est excessivement rare que l'on puisse, par exemple, traiter une importante quantité de feuilles volantes dans des conditions qui soient absolument identiques. Le temps mis pour placer les feuilles dans les bacs et les transporter d'un bac à l'autre étant nécessairement variable, la durée de l'action des solutions sur les différentes feuilles ou lots de feuilles l'est inévitablement aussi. Dans la pratique, il est également peu fréquent que le rinçage soit soigné et que des contrôles des opérations soient réalisés.

La désacidification et l'incorporation préventive d'une réserve alcaline au papier sont généralement effectuées empiriquement, en l'absence de contrôles généraux et de stipulations exactes quant au dosage des solutions. La fréquente friabilité du papier en rend la manipulation plus difficile et contraint à prendre des précautions particulières qui alourdissent encore la tâche. Les risques auxquels le restaurateur s'expose en restant en contact, souvent des heures durant, avec les produits chimiques liquides ou autres utilisés posent en l'occurrence un autre problème qui ne peut être que légèrement atténué par le port de vêtements protecteurs. S'il est possible de remédier à toutes les insuffisances qualitatives du traitement manuel par voie humide au prix d'un dur labeur et avec l'aide de l'appareillage des ateliers, les limites des capacités humaines s'opposent à l'amélioration quantitative des résultats.

La mécanisation du traitement par voie humide résout les problèmes tant quantitatifs que qualitatifs tout en réduisant la charge de travail globale. La Deutsche Bücherei, à Leipzig possède ainsi une installation composée de six bacs larges de 50 cm, longs de 70 cm et profonds de 60 cm qui sont placés côte à côte. Un système transporteur qui permet de déplacer horizontalement et verticalement les papiers à traiter passe au-dessus des bacs, lesquels sont en acier revêtu d'ébonite. Chaque bac est équipé d'un dispositif de chauffage et de ventilation et d'un thermostat ainsi que d'une robinetterie/vidange complète avec trop-plein. Toute l'installation est alimentée en eau chaude et froide et en air comprimé. La prise d'air comprimé située tout à fait à l'avant de la série de bacs permet d'introduire du CO2. Un dispositif de réglage est placé tous les trois bacs. Chaque bac est muni d'un pH-mètre qui mesure le pH au moyen d'une électrode raccordée à un instrument gradué.

Ces précautions techniques garantissent un traitement par voie humide correct et contrôlable, conforme aux besoins du type de document traité. Voici les traitements qui peuvent actuellement être effectués, suivant des procédures éprouvées, dans ces installations:

1. Traitement à l'eau dans des bains de température différente (de 20 à 100°C).

2. Blanchiment par oxydation au permanganate de potassium.

3. Neutralisation et incorporation au papier d'une réserve alcaline par traitement soit au tétraborate de sodium, soit à l'hydrogénocarbonate de magnésium ou de calcium.

4. Blanchiment par oxydation au peroxyde d'hydrogène.

5. Réduction de la teneur en lignine du papier de pâte de bois par traitement aux peroxycarbonates et au permanganate de potassium.

6. Dissolution des colles et principalement de celles à base d'amidon et de protéïnes à l'aide d'enzymes. Ce traitement permet accessoirement de réaliser au mieux l'enlèvement des feuilles renforçatrices après une opération de dédoublement du papier.

7. Traitement protecteur de base de toutes les feuilles au phydroxydi-phénylméthane.

8. Réencollage des feuilles traitées au moyen d'esters de cellulose ou de solutions protéïques.

Ces opérations citées à titre d'exemple peuvent être variées et combinées, permettant d'appliquer efficacement le traitement spécifique adapté à la nature de chaque dommage et ce d'une manière à tous égards très économique. Que l'on considère le procédé du point de vue de la manipulation des produits chimiques, de la consommation d'eau et d'énergie ou, élément non négligeable, du règlement du problème de l'évacuation des eaux usées, ses avantages sur le procédé manuel sont incontestables.

Si l'on envisage la succession d'opérations qui doivent intervenir entre le démontage de l'ouvrage et la mise en oeuvre de la stabilisation, on se rend compte qu'une organisation bien conçue du travail est propre à faire gagner beaucoup de temps. Pouvoir associer le démontage et le nettoyage à sec des ouvrages endommagés à leur classement en différentes catégories permet, outre une utilisation plus pointue de l'installation de traitement par voie humide, d'améliorer les conditions d'hygiène et la salubrité microbiologique dans l'atelier. Après nettoyage à sec, les feuillets à traiter sont disposés, quel que soit leur degré de détérioration, sur des tambours à filtrer spéciaux équipés de treillis. Ceux-ci se composent d'un rouleau de bois (ressemblant à une bobine de fil) et de deux treillis de polyamide superposés de 8 m de long sur 40 cm de large. L'un, à mailles grossières, sert à étaler les feuilles de papier et laisse passer les différents liquides. L'autre, à mailles très fines, est placé au-dessus.

Les feuilles à traiter sont posées sur le treillis à larges mailles et recouverts du treillis à mailles fines. Le tambour est ensuite monté sur un appareil à enrouler tout simple et, une fois les feuilles mises en place, on enroule les treillis sur le tambour. Un nombre de feuilles qui varie selon leur format - 50 en moyenne peuvent être logées dans le rouleau (qui mesure une fois terminé 40 cm de large pour 16 cm de rayon). Le rouleau bloqué par deux cliquets est alors enlevé de l'enrouleur qui, après montage d'un nouveau tambour, servira à confectionner le rouleau suivant. Les feuillets sont placés dans le rouleau de manière qu'aucun d'eux ne puisse glisser et qu'ils soient au contraire parfaitement immobilisés; ainsi les différentes substances appliquées à chaque étape du traitement peuvent-elles traverser les treillis pour en atteindre tous les points. De la sorte, les feuilles ne subissent aucune détérioration mécanique pendant la durée du traitement par voie humide. Les treillis permettent une pénétration et une évacuation rapides des liquides et supportent d'être utilisés continûment pendant des durées très longues. On peut placer huit de ces rouleaux (soit environ 400 feuilles) côte à côte dans des bacs simples. Une fois terminé le traitement par voie humide, on fait sécher les treillis déroulés en les suspendant à un cadre de séchage également très simple. On achève rapidement le séchage en posant les feuilles à plat pour les laisser se déshumidifier à la température ambiante.

La Bibliothèque de l'Université d'Iéna a mis au point un procédé de traitement par voie humide qui permet de rendre à des livres desséchés et sur le point de se désagréger un papier nettoyé chimiquement, désinfecté, désacidifié et dont la teneur en lignine a été réduite. Ce système de traitement garantit le parfait rinçage de chaque feuillet car une adhésion régulière aux deux faces du papier est assurée; les feuillets, qui ne subissent ainsi aucune tension mécanique, sont séchés à fond à l'air tiède.

Ce système met en oeuvre des blocs modulaires de traitement qui permettent d'atteindre une productivité quotidienne de 1.260 feuillets (grand in-folio) ou 2.520 feuillets (in-folio). Un bloc contient 70 sacs-filtres de polyester destinés à recevoir les imprimés détériorés. Une chaudière de 150 litres peut alimenter trois blocs. A l'achèvement du traitement par voie humide, les sacs sont déroulés par longueurs de 150 cm et maintenus tendus par des goujons. Leur séchage s'effectue sur des chariots munis de cadres à raison du contenu de quatre blocs à la fois.

Ces blocs de traitement par voie humide présentent les avantages suivants:

- absence d'entretien et haut rendement,

- économie des panneaux de stratifié, du carton et du papier filtre servant au séchage,

- réduction de la quantité des spores de micro-organismes qui s'attaquent au papier dans l'atelier même,

- présence assurée des conditions nécessaires à la réduction de la teneur en lignine et au traitement enzymatique par voie humide (la température étant augmentée régulièrement au cours de l'opération).

Dans le système classique de traitement par voie humide, le document en voie de dégradation est placé entre des feuilles de papier protecteur et des tamis. Le papier protecteur n'adhérant pas au papier à traiter sur ses deux faces, celui-ci est soumis à un rinçage irrégulier et à des courants nocifs. La méthode horizontale de traitement est en fait utilisable sur des feuillets isolés, en papier stable.

Pratiquées dans le cadre d'un traitement de masse par la voie humide horizontale classique, la réduction de la teneur en lignine du papier de pâte de bois ou l'élimination systématique de la couche de gélatine ayant servi pour le dédoublement du papier causeraient d'inévitables dommages aux documents traités. Les procédures et appareillages décrits ci-dessus sont le fruit d'années d'expérience. Les deux systèmes protecteurs susmentionnés - treillis enroulés et sac-filtres - se complètent et répondent pleinement à tous les besoins pour les traitements par voie humide.

5.2 Possibilités offertes par la technique du colmatage des lacunes par repulpage

La résistance du papier tient, indépendamment de la composition des fibres, à l'action feutrante qu'elles exercent les unes sur les autres, à leur adhérence et aux liaisons chimiques qui se forment entre elles sans qu'intervienne aucun agent de collage. Le principe du colmatage des lacunes par repulpage est tiré des procédés de fabrication normale du papier.

Le feuillet endommagé est disposé sur une plaque de matériau perméable (toile ou treillis) comparable à la "forme" du papetier. La pâte, très diluée, coule sur le papier et est aspirée vers le bas à travers le treillis. Le papier placé sur le treillis créant un obstacle à l'écoulement de la pâte, les fibres contenues dans celle-ci ne peuvent se déposer que sur les parties du treillis libres de cet obstacle. Les lacunes du feuillet à traiter et toutes les autres parties exposées du filtre se trouvent recouvertes d'un bouchon de fibres enchevêtrées, autrement dit de nouveau papier.

Divers facteurs influent sur le manière dont ce principe entre en Jeu: le type de treillis utilisé, l'état des fibres, la force de l'aspiration, etc. Ce procédé de comblage des lacunes du papier par repulpage, désormais largement utilisé dans le monde, est un des grands progrès de ces dernières années. Dans les années 70, on a construit, sur le principe des procédés manuels simples, des machines à pulpe qui bouchent les trous des documents en papier au moyen de fibres en suspension.

Ces appareils peuvent traiter en une seule opération autant de feuilles que le permettent les dimensions de la surface de travail. La machine dite de Leningrad est la plus efficace du genre car elle permet d'effectuer tous les travaux annexes - de la préparation des fibres aux traitements ultérieurs des feuillets restaurés et à la reliure à neuf de l'ouvrage. En tant que technique de stabilisation, le colmatage peut, surtout si les détériorations sont d'origine mécanique, donner des résultats excellents à un coût acceptable. La nécessité de mécaniser les procédés pour pouvoir entreprendre des travaux de restauration de masse a conduit à la mise au point de la machine dite de Copenhague. Due à Per Laursen et Lars Gronegard, celle-ci facilite la réalisation du colmatage en continu. Longue de 4 mètres, elle se compose d'un châssis contenant un treillis mobile et de l'appareil de colmatage proprement dit. Les feuillets endommagés sont placés sur le treillis, passent dans l'appareil de colmatage et sont enlevés du treillis entièrement réparés à l'autre extrémité de la machine. Le rapport entre la concentration de la pâte de fibres et la vitesse de cette "bande transporteuse perméable" est d'une importance décisive pour la bonne conduite de l'opération. La machine de Copenhague évite d'avoir à passer beaucoup de temps à déterminer la quantité de fibres nécessaires pour réparer chaque feuille de papier endommagée. Une cellule photoélectrique placée dans le bac à pâte maintient une concentration de matière fibreuse constante, tout en permettant cependant de la régler. Le temps de passage des feuillets détériorés dans l'appareil dépend de la vitesse de déplacement de la bande transporteuse et du format des feuillets mais est normalement de 4 à 10 secondes.

Il apparaîtra immédiatement au spécialiste que ce dispositif permet de rationaliser l'opération de colmatage, question importante vu la nécessité de procéder à des restaurations de masse.

John F. Mowery, restaurateur à la Bibliothèque Folger Shakespeare à Washington a conçu un dispositif de haute précision pour effectuer les travaux de repulpage particulièrement difficiles, la restauration des peintures par exemple. Un appareil à pulpe manuel est relié à une caméra vidéo qui repère les lacunes de l'oeuvre originale et transmet les résultats à un ordinateur, de sorte que la quantité de fibres nécessaire est calculée rapidement et avec exactitude.

5.3 Possibilités offertes par le procédé de dédoublement du papier

Le recours au dédoublement du papier pour restaurer les ouvrages en voie d'altération suscite depuis quelques années un intérêt qui croît rapidement. Le principe de cette méthode est bien connu de pratiquement tous les restaurateurs. Plusieurs techniques sont utilisables, avec des résultats variables. Pour le restaurateur, il n'existe pas de technique plus ardue: elle suppose en effet d'effectuer une intervention complexe et délicate sur la substance même du papier. Pour garantir la remise en état de chacune des parties du document menacé, il faut des années de formation, une grande concentration et un soin extrême. Cette technique spécialisée peut être maîtrisée par des restaurateurs chevronnés.

Otto Wachter signale plusieurs possibilités de neutraliser d'une manière générale, de stabiliser les matériaux en voie d'altération en précisant que le procédé de dédoublement du papier qui a été encore perfectionné en République démocratique allemande est "... la méthode de restauration la plus valable qui soit actuellement applicable au papier en voie de décomposition, et rongé par l'encre...".

Par cette remarque, il entend aussi bien la restauration respectueuse de l'intégrité originale des pièces rares et irremplaçables que la restauration en série d'autres documents.

La technique de dédoublement élaborée en République démocratique allemande est le fruit de longues années de travail des restaurateurs de la Deutsche Bücherei, et de la Bibliothèque de l'Université d'Iéna. Le niveau atteint aujourd'hui et les avancées technologiques réalisées dans ce domaine sont à mettre entièrement à l'actif de ces deux établissements. Ce succès tient beaucoup moins au procédé de dédoublement proprement dit, qui ne demande que quelques secondes, qu'à la manière dont sont organisées toutes les tâches associées à la restauration. Des accroissements de capacité considérables sont dus aux travaux de préparation et d'évaluation effectués, à la spécialisation technologique des restaurateurs et à la détermination dont ont fait montre les plus éminents d'entre eux.

Le procédé de dédoublement du papier mis en point en République démocratique allemande est fondé sur les principes de base suivants:

- le dédoublement du papier pratiqué dans le cadre d'une restauration générale garantit que le tracé, les encres, les couleurs et la structure fibreuse du papier seront sauvegardés fidèlement telles qu'à l'origine. L'épaississement du papier dû à sa stabilisation interne générale est moindre que lorsque d'autres méthodes de restauration sont employées (lamination au papier Japon, au papier-chiffon ou au moyen de matières synthétiques).

Le dédoublement du papier doit être réversible à une date ultérieure sans qu'il en coûte une perte de matériau trop importante ou de trop grandes difficultés matérielles ou techniques. Entre autres impératifs, on doit s'efforcer d'utiliser des matériaux qui résistent au vieillissement.

Les connaissances actuelles sur la technique du dédoublement du papier devraient permettre d'exploiter à fond les capacités encore incomplètement utilisées dans ce domaine dans les ateliers de restauration de tous types. Le dédoublement du papier associe, pour des raisons d'efficacité et de qualité, trois sortes d'appareils qui, tout en fonctionnant séparément, sont néanmoins reliés de manière "organique". Le matériel perfectionné utilisé pour le traitement par voie humide, le colmatage des lacunes par repulpage et le dédoublement du papier est très coûteux et représente souvent un investissement excessivement lourd pour les petits et moyens laboratoires pauvres en ressources financières, en personnel et en locaux. L'emploi des machines à dédoubler le papier tendant à se répandre, il est impératif de tenir de plus en plus compte de critères réalistes de gestion économique tels que leur rapport coût/ avantages.

Des recherches récentes ont montré que le papier d'épaisseur et de format variables qui présente des lacunes et risque de se détériorer davantage se prête parfaitement au dédoublement par la méthode adaptable ou non adaptable. Le procédé et la stabilisation générale qui lui fait suite ont pour caractéristiques de permettre d'économiser beaucoup de travail et de matériaux tout en traitant en continu, étape par étape, les feuillets qui ont été soumis au colmatage.

La Deutsche Bücherei, de Leipzig a mis très utilement au point une machine à dédoubler le papier. La recherche d'un partenaire pour construire un atelier spécialisé à Leipzig est en cours et le premier lot de matériaux de construction spéciaux a déjà été livré. Des travaux préparatoires ont maintenant été entamés pour coupler la machine à pulpe de Per Laurson à cette machine à dédoubler le papier.

5.4 La lamination: différents procédés

L'emploi de lamination pour stabiliser les documents et ouvrages des bibliothèques et services d'archives peut être classé parmi les procédés de conservation controversés. Certains le rangent parmi les moyens à utiliser en dernier recours et d'autres parmi les méthodes de protection acceptables. Quoi qu'il en soit, la lamination du papier au moyen de différents matériaux synthétiques est couramment pratiquée dans le monde entier. En général, elle consiste à recouvrir la surface du papier d'un pellicule protectrice ou, plus précisément, à recouvrir l'original d'un revêtement homogène dont seule une faible partie est fondue de manière qu'elle s'agglutine à la surface du papier. Il est également possible d'imprégner l'original d'une substance renforçante. Dans ce cas, la matière thermoplastique fondue pénètre tout la structure fibreuse du papier et est à peine visible à sa surface. On ne peut recourir à cette méthode de stabilisation que si le papier est très épais et rigide car, dans le cas contraire, il perd son opacité et acquiert une translucidité déplaisante. La troisième option consiste à utiliser la feuille laminatrice comme un adhésif fusible, par exemple si l'on veut laminer des documents ne supportant pas l'eau avec une pellicule intermédiaire et un nouveau matériau de renfort. Les effets de la lamination, de l'imprégnation ou du revêtement dépendent toujours de certaines conditions telles que la pression, la température, la durée de l'opération, l'épaisseur de la couche de renfort et l'état de l'original.

Les originaux à laminer doivent être soumis à un traitement préalable qui influe sensiblement sur la durabilité du produit après lamination. Il s'agit tout d'abord d'appliquer le traitement normal par voie humide, de manière à tout faire pour freiner le vieillissement naturel du papier (nettoyage, neutralisation, incorporation d'une réserve alcaline, etc.). Les facteurs intrinsèques de vieillissement prennent une importance primordiale dans les documents qui ont subi une lamination car celle-ci élimine dans une grande mesure les facteurs externes de dégradation. En outre, la lamination est une opération irréversible en ce sens qu'elle rend l'original inaccessible même si la délamination reste praticable. En effet, si divers types de produits de lamination peuvent être, dans certains cas exceptionnels, dissociés avec succès de l'original au moyen de solvants organiques, ce n'est pas le cas de la majorité. Aussi est-il raisonnable de penser que les précautions prises en l'état actuel des connaissances par ceux qui recourent à la lamination sont conformes aux bonnes règles de la conservation. Les caractéristiques optiques des documents laminés dépendent dans une grande mesure de la substance de renfort et du matériau isolant utilisés pour le traitement. Les matériaux isolants sont destinés à empêcher que la surface du document soumis à la lamination n'adhère à la plaque chauffante du laminator. Suivant sa propre texture superficielle le matériau isolant donne au document laminé un aspect lisse ou brillant, ou n'est pratiquement pas visible. L'addition d'une mince feuille de papier Japon à la pellicule laminatrice confère à celle-ci un aspect mat tout en améliorant la durabilité du résultat de l'opération.

Si l'on utilise des feuilles de papier anti-adhéaif texturisé, l'épaisseur des feuilles est importante pour l'esthétique des surfaces du document après lamination. Elle ne doit pas dépasser le quart de l'épaisseur de la feuille de renfort car, dans le cas contraire, le document après traitement est trop épais et la couche de renfort trop mince par endroits.

Depuis quelques années, on observe une tendance croissante à substituer à la lamination d'autres méthodes de stabilisation du papier. Celles-ci devraient être plus conformes aux principes de la conservation et tendre à protéger le papier, à le renforcer et à en prolonger l'utilisation sans pour autant souder irréversiblement l'original au matériau de renfort. Le procédé d'encapsulation mis au point par la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis d'Amérique répond à ces exigences. L'original est placé entre deux pellicules de polyester scellés sur leurs quatre côtés. Il est ainsi protégé et renforcé tout en restant utilisable et, au besoin, tout à fait facile à retirer de son "enveloppe". Diverses variantes de cette méthode peuvent être mises en oeuvre: l'une consiste par exemple à utiliser des pochettes de polyéthylène du commerce. La faible liaison électrostatique qui s'établit entre l'original en papier et les enveloppes en matériaux de ce type empêche celui-ci de glisser à l'intérieur.

Il ne fait aucun doute que bien employées, les méthodes de cette nature sont beaucoup plus efficaces que les procédés de lamination classiques.


Table des matières - Précédente - Suivante