Table des matières - Précédente - Suivante


5. Mise en oeuvre

5.1 L'objet du présent document est d'énoncer des principes directeurs pour l'établisse ment d'une politique de conservation. Il porte principalement sur la réflexion préalable et les décisions à prendre dans cette perspective. Si tous les services d'archives et de bibliothèques devraient s'efforcer d'instituer les meilleures règles de conservation de leurs fonds, il n'en est pas moins vrai que bien souvent la mise en oeuvre des poli tiques adoptées n'est pas à la hauteur de cet idéal.

5.2 Il importe de ne pas être trop ambitieux. L'action est toujours fonction des ressources disponibles; aussi l'aspect le plus important du processus de mise en oeuvre consiste-t-il à fixer des priorités permettant d'affecter les ressources là où les besoins se font sentir.

5.3 La première chose à faire est de nommer un responsable du programme de conservation matérielle qui ait suffisamment d'autorité pour prendre et faire appliquer des décisions qui intéresseront inévitablement d'autres services de l'établissement. Comme la conservation est un aspect de la gestion des fonds et collections, les décisions seront prises pour la plupart en consultation avec les autres directeurs de service, mais il faudra parfois agir vite parce qu'une situation aura changé ou qu'une urgence se sera produite.

5.4 Lors des choix de priorités et de la répartition des ressources, on se souviendra avec profit que les mesures de prévention et d'entretien décrites dans les sections 4.2 et 4.3 permettent de faire l'économie de travaux de conservation onéreux à un stade ultérieur. De même, en consacrant du temps à la formation du personnel et des lecteurs, on limite grandement les dégâts dus à des manipulations fautives et l'usure causée par les consultations fréquentes.

5.5 Il peut être coûteux d'installer et d'entretenir des systèmes de purification de l'air et de régulation de la température. Le responsable de la conservation songera à stocker ensemble les ouvrages précieux et rares dans un local de dimensions réduites où il est possible d'installer ces appareils de régulation à peu de frais. De même, là où la poussière et la saleté représentent un problème, on pourrait envisager de fermer hermétiquement une petite partie des locaux qui pourrait être nettoyée régulièrement à fond, alors qu'il serait beaucoup plus difficile, voire impossible, de régaler l'atmosphère d'un grand bâtiment.

5.6 La mise des articles sous protection individuelle - qui est une opération peu coûteuse - accroît beaucoup leur longévité. On nettoie et emballe les articles, ou bien on les place sous pochettes ou dans des boîtes d'archives, en papier ou carton neutre. Ils sont de la sorte moins exposés à la lumière, protégés de la poussière et de la saleté, ainsi que d'éventuels accidents de manipulation. Si les moyens financiers sont limités, on peut n'intervenir que sur les pièces qui ont le plus besoin d'être protégées, parce qu'elles sont rares, ou particulièrement précieuses et doivent demeurer en état d'être consultées.

5.7 Lorsqu'il existe un système de régulation des niveaux de température, d'humidité, d'éclairement ou de pollution, des employés devront être chargés de vérifier et de sur veiller régulièrement ces niveaux. Ils devront savoir ou bien remédier à tout dérègle ment du système, ou bien à qui le signaler.

5.8 Avant de lancer un programme de conservation, il faut procéder à une étude détaillée des conditions dans lesquelles les pièces sont stockées: type de rayonnage utilisé, température, éclairement, degré hygrométrique dans les magasins. On repérera ainsi, si tel est le cas, les zones où l'éclairement est trop élevé ou celles où la température ou l'humidité est inadmissible, Ces renseignements permettront d'organiser le stockage des pièces particulièrement précieuses, ou celui des articles peu menacés ou encore celui des documents qui n'ont qu'une utilité immédiate et qui n'ont pas besoin d'être stockés dans des conditions aussi draconiennes que les documents à conserver durablement.

5.9 On fera un inventaire de l'état matériel des fonds pour déterminer l'ampleur et le type des traitements de protection à entreprendre. Cet inventaire donnera des indications générales sur l'état matériel des reliures et du papier. En procédant par échantillon nage en différents points du bâtiment, on fera apparaître les zones à risque, où l'humidité, les moisissures ou l'exposition à la lumière constituent des facteurs de dégradation. On verra à l'annexe II la méthode à suivre pour procéder à cet examen des fonds.

5.10 S'il est vrai que la plupart des bibliothèques et des services d'archives ont grand besoin de faire quelque chose pour sauvegarder leurs fonds et collections, il ne faudrait pas pour autant qu'elles s'engagent dans cette voie en négligeant deux phases préalables essentielles: la collecte d'informations et la planification. Trois facteurs sont essentiels à la réussite du programme de conservation, l'adoption d'une bonne politique de gestion des fonds, une affectation judicieuse des ressources et la définition de priorités. Mieux vaut entreprendre de sauvegarder une partie des fonds et d'en garantir l'utilité à venir que d'en laisser la totalité à l'abandon en arguant du manque de ressources.


Table des matières - Précédente - Suivante