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Annexe I

Sécurité des collections

Les mesures de caractère préventif visant à protéger les collections contre les pertes, les vols ou les dégradations sont un des volets de la politique de conservation (section 4.5).

On trouvera ci-après des principes directeurs établis par Dureau et Clements (1), et reproduits avec leur aimable autorisation, dont l'on pourrait s'inspirer lors de l'élaboration d'une politique de conservation. Il y a des bibliothèques et des services d'archives qui sont installés dans des locaux dont ils ne sont pas propriétaires et qui ne peuvent donc modifier l'aménagement des bâtiments qu'autant que le contrat de location les y autorise. Même dans ce cas, bien des choses peuvent - et devraient - être faites pour assurer des conditions de sécurité satisfaisantes. Dans le cas de constructions neuves, les questions de sécurité (vol, incendie, dégâts des eaux, catastrophes naturelles, etc.) doivent être prises en compte au stade du projet architectural.

Incendie

1. L'incendie est un risque majeur. Les exemples abondent de collections inestimables qui ont été gravement endommagées, voire détruites, dans le passé, par des incendies. La première protection d'une bibliothèque contre l'incendie est un bâtiment bien conçu et bien construit. Mieux vaut éviter les architectures comportant de grands volumes vides et des escaliers monumentaux qui sont autant de "cheminées" propices à la propagation de l'incendie. Il faut installer des portes anti-incendie et des coupe-feu adaptés et réduire autant que possible le risque électrique en installant les machines électriques en dehors des locaux où sont entreposées les collections de la bibliothèque. Les sorties de secours destinées au personnel et au public ne doivent pas permettre de s'insinuer à l'intérieur du bâtiment ni donner accès aux magasins. Ces prescriptions sont à voir en fonction de la réglementation locale et nationale.

2. Les matériaux utilisés pour la construction des bâtiments ou pour les équipements doivent être non-feu et ne pas dégager d'émanations ou de fumée toxiques dangereuses pour le public ou les collections.

3. Des détecteurs d'incendie et/ou des systèmes d'alarme doivent être installés, entretenus et vérifiés régulièrement. Les signaux doivent être audibles par toute personne présente dans le bâtiment, chacun devant être capable de les interpréter correctement. Une alimentation de secours du dispositif d'alarme doit être prévue pour le cas où l'incendie aurait endommagé le circuit principal.

4. Il convient de limiter au minimum les sources d'incendie. Les "points sensibles" inévitables seront recensés et régulièrement vérifiés (fils électriques, appareils d'éclairage et prises d'alimentation, produits chimiques entreposés dans les ateliers ou les laboratoires, matériel reprographique et/ou photographique, installations de restauration du personnel et du public).

5. Des dispositifs d'extinction fixes et portatifs seront répartis dans toute la bibliothèque, à des endroits bien choisis et très visibles. Des exercices antifeu, avec apprentissage du maniement des appareils d'extinction, seront régulièrement organisés pour le personnel. Les extincteurs seront vérifiés et remplis régulièrement. On préférera les appareils spécialement adaptés à une utilisation dans les locaux de bibliothèque et d'archives (appareils à poudre plutôt qu'à eau ou à gaz, de façon à ne pas endommager les ouvrages). On se renseignera toutefois auprès des sapeurs-pompiers sur le type d'appareils conseillé.

6. Il n'est pas toujours possible d'interdire au public et au personnel de la bibliothèque de fumer à l'intérieur des locaux. Cela devrait néanmoins être fortement déconseillé. S'il est permis de fumer, il convient alors de séparer les fumeurs des non-fumeurs, et de mettre à la disposition des premiers un local agréable pourvu de cendriers nombreux et commodes et autres récipients dans lesquels ils pourront déposer les mégots. Les zones "fumeurs" et "non fumeurs" devraient être bien indiquées. Il devrait être interdit de fumer dans les magasins. Des rondes devraient être régulièrement effectuées dans les zones réservées aux fumeurs aux heures d'ouverture et en dehors des heures d'ouverture pour détecter tout commencement d'incendie.

7. En cas d'incendie grave, le personnel doit savoir exactement ce qu'il a à faire, appeler les pompiers sans délai et organiser l'évacuation des collègues et du public. Les pompiers doivent pouvoir disposer d'un plan de la bibliothèque. Dans les grandes bibliothèques il est prudent de demander des visites régulières des sapeurs-pompiers afin que ceux-ci connaissent bien le bâtiment et ses problèmes spécifiques.

Eau

8. Les dommages causés par les eaux sont souvent potentiellement plus dangereux pour les bibliothèques que ceux causés par le feu. Le sinistre peut provenir, à l'intérieur d'une rupture de canalisation d'arrivée ou d'évacuation des eaux, des installations de chauffage central ou de la climatisation, ou de l'extérieur: infiltrations dans les murs, gouttières obstruées, trou dans le toit, vitre brisée, etc. Quant aux dommages causés par l'eau utilisée dans les opérations de lutte contre l'incendie, ils peuvent être plus importants que ceux causés par le feu lui-même. Un entretien des locaux, régulier et planifié, permet d'éliminer beaucoup de risques. D'autres problèmes pourraient être évités au stade de la conception dans le cas de la construction de bâtiments neufs. Il convient, par exemple, de ne pas placer les puisards dans les magasins.

9. Quand des documents ont été endommagés par l'eau, le bibliothécaire doit d'abord enrayer la progression des dégâts puis, si possible, les réparer. Pour enrayer le processus de détérioration enclenché au contact de l'eau, on peut avoir recours au séchage à l'air par les méthodes traditionnelles ou à la congélation rapide. Les grandes bibliothèques devraient, par prudence, se procurer la liste des entreprises commerciales locales spécialisées dans la congélation, et savoir d'avance où s'adresser pour se procurer le matériel de séchage. Le sauvetage des documents photographiques et autres documents non traditionnels, endommagés par l'eau, nécessitera des traitements particuliers, et il conviendrait de se renseigner sur ce point auprès de techniciens compétents.

Guerre et catastrophes naturelles

10. Dans un cas comme dans l'autre, il est difficile de prévoir l'étendue et les circonstances de la catastrophe. Un directeur de bibliothèque devrait néanmoins mettre sur le papier des plans précis d'intervention en cas de catastrophe. Les responsables des bibliothèques situées dans des zones sismiques devront faire procéder au renforcement des bâtiments et prévoir toutes les conséquences possibles d'un séisme: dégâts causés par l'eau et/ou par le feu. Il faut aussi envisager le déménagement des collections en lieu sûr dans l'éventualité d'une guerre.

Vol

11. C'est dès le stade de la conception du bâtiment qu'il faut prévoir la protection contre le vol, si l'on veut qu'elle soit efficace, en faisant en sorte qu'on ne puisse s'y introduire aisément par les portes, les fenêtres, les gaines techniques, les égouts, etc. Une bonne protection extérieure de l'édifice empêchera à elle seule bien des vols. A l'intérieur du bâtiment, les portes des locaux interdits au public seront fermées à clé, l'accès à ces locaux étant soumis à des contrôles, notamment d'identité. Les personnels de la bibliothèque devront être faciles à identifier et, si nécessaire, ils seront tenus d'être en permanence porteurs d'un laissez-passer. Les lecteurs devraient aussi pouvoir être clairement identifiés lorsque c'est nécessaire et être porteurs d'une fiche les autorisant à pénétrer dans les locaux et à consulter les documents de la bibliothèque. Les dossiers des lecteurs et du personnel seront minutieusement tenus à jour et entreposés en lieu sûr. Les salles de lecture seront surveillées, notamment celles où sont consultés les ouvrages rares et précieux. Les documents porteront un cachet indiquant qu'ils appartiennent à la bibliothèque ou sont confiés à sa garde. Les lecteurs ne doivent pas être autorisés à pénétrer dans les salles de lecture avec des manteaux et des sacs et une fouille devrait avoir lieu à la sortie. Les entrées et les sorties réservées aux lecteurs devraient être aussi peu nombreuses que possible.

12. L'installation de systèmes fixes d'alarme anti-effraction automatique ou de systèmes manuels enclenchés durant les heures de fermeture de la bibliothèque est à envisager. Les grandes bibliothèques déjà pourvues de ces systèmes d'alarme auront sans doute intérêt à faire assurer régulièrement des rondes par une équipe de gardiennage spécialisée se tenant en liaison avec la police locale.

13. La plupart des grandes bibliothèques procèdent une fois par an à un récolement pour vérifier que les ouvrages ont été correctement replacés sur les rayons et pointer ceux qui auraient disparu. La plupart du temps, quand un article semble manquer, c'est tout simplement qu'il n'a pas été remis à sa place après usage et se trouve ailleurs, mais le récolement permet aussi de découvrir les vols éventuels.

Références

1. Dureau JM et Clements DWG, Principles for the preservation and conservation of library materials, IFLA Professional Reports, n° 8, 1986.


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