Secteur pour la Communication, Information, Informatique
Rapport mondial sur la communication et l'information 1999-2000

Questions et réponses 

Pourquoi un Rapport mondial sur la communication et de l'information ?

Les publications sur les nouvelles technologies de la communication et de l'information ne manquent pas et il en paraît de nouvelles régulièrement. Celles-ci portent principalement sur les développements technologiques au sens propre du terme et sur leur impact économique. Le sujet du Rapport mondial sur la communication et de l'information est bien différent. En premier lieu, il tente de rassembler les statistiques les plus pertinentes sur le développement des technologies de l'information et de la communication. Le lecteur trouvera des données non seulement sur les développements considérables dans ce domaine en Europe occidentale (voir en particulier la troisième partie sur Les Technologies de l'information et de la communication à travers le monde et l'annexe statistique) mais aussi sur les développements très contrastés dans chaque région du monde. En second lieu, en conformité avec le mandat de l'UNESCO, le Rapport s'attache tout particulièrement à l'impact de ces développements dans les domaines de l'éducation, de la culture et des médias, par exemple, le potentiel de l'Internet en éducation, les problèmes de droit d'auteur et le développement des documents multimédia pour l'éducation, l'information et la culture. En troisième lieu, certaines questions brûlantes liées à ces développements sont abordées, comme par exemple, la liberté des médias, la censure sur l'Internet, et la nécessité de formuler des politiques nationales. Le Rapport est le seul état de la question au niveau mondial qui s'adresse aux gouvernements, aux professionnels et au grand public.

Est-ce que le fossé entre les riches et les pauvres en information s'élargit ?

Oui. Sans aucun doute. Le Rapport fournit de nombreux faits à l'appui de cette constatation, réparties dans les différentes parties de l'ouvrage. Les divers aspects de la question peuvent être regroupés sous trois rubriques : technique, économique et culturelle. La question technique est abordée dans le chapitre 12, La situation à l'échelle mondiale, le chapitre 13 L'Afrique subsaharienne, et le chapitre 15 L'Asie et de Pacifique. Ces chapitres montrent que lorsque le minimum d'équipement de télécommunication n'est pas disponible, il est fort improbable que des services sophistiqués comme l'Internet soient accessibles aux populations concernées dans de larges proportions, comme, par exemple dans les zones rurales. La question économique est traité dans le chapitre 1 Le développement humain, où sont décrits la signification économique du développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication ainsi que les principaux acteurs. Il s'agit essentiellement de grands conglomérats privés basés dans les pays développés. Le reste du monde joue principalement un rôle de consommateur passif, sauf pour un petit nombre de technologies traditionnelles, telles que les équipements de télévision et de radio destinés à la grande consommation (voir les tableaux de A2 à A6 dans l'annexe statistique). La question culturelle consiste à savoir comment on peut utiliser les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Il faut distinguer deux types différents d'alphabétisation qui sont nécessaires : l'alphabétisation de base, savoir lire et écrire, et l'alphabétisation 'technologique', savoir utiliser de manière adéquate les technologies de l'information. Les données essentielles sur l'alphabétisation de base sont fournies dans l'annexe statistique alors que la question de l'alphabétisation technique et le problème de l'accès sont traités dans les chapitres 12 La situation à l'échelle mondiale, 13 L'Afrique subsaharienne et 15 L'Asie et le Pacifique. Le nombre important d'analphabètes et l'impossibilité d'utiliser les technologies de l'information qui affectent de vastes zones de la planète empêcheront la plus grande partie de la population du monde de participer à la révolution de l'information.

Les gouvernements devraient-t-ils s'engager dans le développement des technologies de l'information et de la communication ?

Oui. De nombreux paragraphes du Rapport abordent l'action du gouvernement et l'on doit distinguer trois domaines à cet égard. L'action du gouvernement pour le développement des infrastructures, les décisions sur la dérégulation et la privatisation et enfin les actions liées au contenu. Au milieu des années 90, plusieurs pays du monde occidental ont pris d'importantes initiatives, comme le démontrent le chapitre 8 Responsabilités gouvernementales et le chapitre 18 L'Europe occidentale et l'Amérique du Nord, visant à définir de vastes objectifs pour le développement des autoroutes de l'information. Des décisions similaires ont été prises peu après dans les pays en émergence et en développement ; elles sont décrites dans la troisième partie Les Technologies de l'information et de la communication à travers le monde, et plus précisément dans le chapitre 13 L'Afrique subsaharienne, le chapitre 15 L'Asie et le Pacifique, et dans le chapitre 17 L'Amérique Latine et les Caraïbes. La dérégulation et la privatisation ne sont pas étudiées en tant que telles dans le Rapport mais les conséquences des décisions prises à cet égard, plus particulièrement dans les pays en développement, sont abordées dans les chapitres 13 L'Afrique subsaharienne, 15 L'Asie et le Pacifique, et 17 L'Amérique Latine et les Caraïbes. On peut observer deux grandes tendances : à cause de l'environnement concurrentiel qu'elles créent, les privatisations font baisser le coût des télécommunications, et le secteur privé investit là où il s'attend à plus de bénéfices, c'est-à-dire, dans les zones urbaines où la concentration de la population permet d'obtenir une rapide rentabilité sur les investissements. En ce qui concerne le contenu, le principal problème est juridique et le Rapport aborde deux domaines distincts. Le premier est lié aux documents illégaux ou offensants qui sont disponibles sur l'Internet : le problème est de savoir comment protéger au niveau international ceux qui peuvent être affectés par de tels documents alors que la plupart des législations nationales prévoient des dispositions très claires à cet égard. Le second domaine est lié aux droits d'auteur et aux droits voisins par rapport aux nouvelles technologies. Ces questions sont en cours d'examen à l'échelle internationale de manière à prendre en compte les besoins de toutes les parties prenantes. C'est surtout le chapitre 8 Responsabilités gouvernementales, qui aborde ces questions juridiques mais elles sont aussi mentionnées dans le chapitre 1 Le développement humain.

Les médias traditionnels tels que la presse écrite, la radio, et la télévision sont-ils menacés par les nouvelles technologies de l'information et de la communication ?

L’impact des nouvelles technologies de l’information et de communication sur les médias traditionnels a pris des formes assez variées. Le Rapport met l'accent sur trois aspects de cette question : technologique, économique et social. Du point de vue technologique, l’usage des ordinateurs et des télécommunications est devenu pratique courante dans tous les médias traditionnels, y compris dans de nombreux pays en développement. Mais surtout, ce phénomène est discuté dans le chapitre 6 Impact sur les médias la pratique du journalisme a pris de nouvelles formes à cause du nouveau contexte instauré par les technologies, notamment par l'instauration du cycle de 24 heures et l'importance du flash d’information. Le tableau 6.1 donne des pourcentages indiquant le nombre de journaux disponibles sous forme électronique dans une sélection de pays développés et en développement (chapitre 6 Impact sur les médias). Du point de vue économique, les défis lancés par les nouvelles technologies au secteur public et au secteur privé, sont bien différenciés dans les chapitres 5 La radiotélévision de service public et 6 Impact sur les médias. Dans le secteur public, le nouveau rôle de la radiotélévision de service public exige de gros investissements de manière à pouvoir concurrencer le secteur privé et les gouvernements ne sont pas toujours prêts à accepter de tels investissements. Dans le secteur privé, la même information ou les mêmes produits culturels sont utilisés à plusieurs reprises dans des différents médias, ce qui conduit souvent à utiliser une information qui n'est pas vérifiée ou qui manque d’originalité. Mais surtout, l'indépendance des journalistes peut être menacée par les intérêts commerciaux des grands conglomérats (voir chapitre 4 La liberté des médias). Du point de vue social, le chapitre 12 La situation à l’échelle mondiale montre que les nouvelles technologies de l’information n’ont pas changé fondamentalement le comportement des consommateurs des médias traditionnels (journaux, radio, télévision), dont l'utilisation semble être restée stable sur une période de 20 ans. L’explosion de l’Internet et d’autres technologies récentes comme le téléphone portable et le multimédia affectent surtout les pays développés, et seulement une petite minorité dans les pays en développements.

Combien de langues seront utilisées sur la Toile ?

Cette question est traitée principalement dans le chapitre 3 La production culturelle et le maintien du pluralisme, mais d' autres aspects importants de ce sujet sont abordés ailleurs dans le Rapport (chapitre 2, encadré 3.1, Troisième partie, et annexe statistique). Il est clair que la langue anglaise bénéficie actuellement d'une position dominante: dans le tableau 3.1, nous pouvons voir qu’en 1997, 81 % des pages web étaient en anglais alors que le pourcentage de ceux qui utilisent l’anglais représente 57 % (donnée de 1998). Toutefois, la présence des autres langues sur le Net est en progression rapide. Ainsi, selon les informations fournies dans le chapitre 13 L’Afrique subsaharienne, l’Agence Internationale de la Francophonie a apporté une contribution importante à l’usage de la langue française sur l'Internet. Le chapitre 2 Nouvelles directions dans l’enseignement, en décrivant les utilisations pédagogiques de l’Internet dans tous les régions du monde, montre que la documentation électronique est produite dans une grande variété de langues. En conséquence, ce n'est pas la prédominance l’anglais qui devrait être une préoccupation majeure, mais celle d'un petit groupe de langues comprenant l’anglais, le français, l’espagnol, l’arabe, le russe, et le chinois, et ce au détriment de langues moins répandues pour lesquelles le développement d'outils numériques appropriés soulèvent des difficultés très particulières, comme l'explique l'encadré 3.1. Toutefois, mais ceci n’apparaît pas dans le présent Rapport et sera peut être abordé dans le prochain, on peut avoir un regard tout à fait différent sur cette situation si on la compare à l'invention de l'imprimerie. Cette dernière technologie était utilisée à l'origine pour imprimer des livres en latin destinés à la petite partie de la population qui était instruite. Mais très vite, l'imprimerie, en devenant un procédé efficace et très bon marché, a rendu possible la parution de publications de toutes sortes dans les langues vernaculaires utilisées en Europe à cette période. Plus tard, la disponibilité des techniques d'imprimerie a également permis d'enregistrer des langues minoritaires, de préparer des dictionnaires et des grammaires qui ont favorisé non seulement la survie de ces langues, mais parfois leur résurgence. Autrement dit, la technologie est probablement neutre à l'égard de l'utilisation des langues et les facteurs qui seront déterminants sont probablement d’une autre nature, par exemple sociologique ou politique.