Secteur pour la Communication, Information, Informatique
Rapport mondial sur la communication et l'information 1999-2000

Présentation 


Au cours du biennium 1996-1997, l'UNESCO a publié deux rapports mondiaux dans les dans les domaines de la communication, de l'information de l'informatique, le Rapport mondial sur l'information 1997/1998 et le Rapport mondial sur la communication 1998. Ces deux documents ont été bien accueillis par les Etats membres et le grand public, démontrant ainsi que cette série de rapports devait être poursuivie dans les domaines en question. Toutefois, la convergence entre les diverses technologies de l'information et de la communication (TIC) résultant du développement des technologies numériques est plus forte que jamais et la situation générale s'en trouve complètement transformée. Les limites entre des domaines qui auparavant étaient clairement distincts sont de plus en plus floues. On assiste à de vastes concentrations industrielles et commerciales à l'échelle mondiale, illustrant un puissant mouvement dans la même direction. C'est pourquoi, afin de fournir aux gouvernements et aux décideurs un instrument d'analyse adéquat, il a été décidé de publier au cours du biennium 1999-2000 un unique Rapport mondial sur la communication et l'information.

Finalité et méthodologie

Quoiqu’il soit extrêmement difficile de brosser un tableau détaillé d’un domaine aussi vaste, on peut néanmoins en cerner quelques aspects essentiels. Dans l’optique de la mission de l’UNESCO, ce rapport est centré sur la relation entre, d’une part, les TIC elles-mêmes et, d’autre part, leurs répercussions sur le développement humain, l’éducation, la culture et les médias. Pour ce qui est de la relation entre les TIC et les sciences, le lecteur est invité à consulter le Rapport mondial sur la science 1996 de l’UNESCO (p. 283-290). A la différence de beaucoup d’institutions et d’auteurs particuliers qui ont donné une image très nette des technologies en tant que véhicule, ce rapport s’intéresse d’abord au contenu. On y trouve aussi des informations de base techniques, statistiques et économiques qui permettront de mieux comprendre le contexte général dans lequel s’opère la transition vers la société de l’information. En d’autres termes, il s’agit ici de sélectionner et de rassembler les données les plus pertinentes décrivant le développement des TIC dans le monde entier de manière à permettre de mieux appréhender leurs effets dans les domaines de la communication, de l’éducation et de la culture. Le rapport s’articule en trois parties. La première partie a trait aux processus sociaux et analyse l’impact des technologies de l’information sur le développement humain, les médias, l’éducation, la culture et les prestations de services d’information. La deuxième partie donne une courte description des progrès des technologies, et plus spécialement de celles de la communication et de l’information, du multimédia et de l’Internet. La troisième partie adopte un point de vue géographique ; après une revue de la situation mondiale viennent des chapitres consacrés aux évolutions enregistrées dans les principales régions du monde. Un effort tout particulier a été consenti pour fournir les données statistiques de base, que l’on trouvera plus particulièrement dans les chapitres 1, 12 à 18 et l’Annexe statistique.

Un tel rapport ne saurait prétendre à l’exhaustivité. Il s’agit bien plutôt de fournir aux décideurs et au grand public des informations suffisantes sur la diversité des situations dans différentes parties du monde et sur les évolutions techniques importantes des deux dernières années, le tout accompagné d’une analyse critique des principaux problèmes proposée par quelques experts parmi les plus éminents.

Une caractéristique singulière de la plupart des rapports mondiaux de l’UNESCO est leur méthodologie. Des spécialistes sont invités à titre individuel à rédiger séparément des chapitres portant sur leur domaine de compétence, qui peut être un sujet précis ou une région géographique déterminée. Cette approche offre un moyen d’exposer côte à côte des points de vue différents, et elle s’est révélée stimulante. Le présent rapport procède de la même démarche et les responsables de sa rédaction espèrent que le lecteur jugera, comme eux, que cette méthode a été fructueuse dans les trois parties du rapport, et plus particulièrement dans les chapitres consacrés aux régions, écrits chacun par un auteur originaire de la région étudiée.

Première partie

Le chapitre 1 analyse la signification économique des technologies modernes de l’information et de la communication et évalue l’économie de ces technologies du point de vue du développement humain. Ce chapitre est en grande partie consacré à la présentation de données économiques émanant tant des indicateurs officiels que de sources situées dans le monde de l’entreprise. Il analyse les chiffres relatifs aux principaux agents économiques, à savoir les revenus et les bénéfices des entreprises privées. Il met en lumière l’important mouvement de concentration qui se poursuit dans ce domaine. L’importance et les principales tendances du commerce mondial, du marché mondial et de la balance commerciale des TIC ainsi que leur importance, sont aussi passées en revue, avec quelques indications sur le commerce électronique et les " protagonistes " du cyberespace, où les maîtres mots sont concurrence et concentration. L’auteur analyse ensuite la répartition inégale des TIC dans le monde et montre que l’écart semble grandir entre pays développés et pays en développement, même si beaucoup de ces derniers, craignant d’être laissés pour compte, ont multiplié politiques et programmes, notamment des politiques résolues de privatisation et de libéralisation. La problématique politique entourant le développement des TIC, et qui comprend le développement humain, est de taille et débouche sur des choix difficiles qui s’imposent au regard d’un avenir incertain. Le cadre du débat sur les principales questions que soulève la première partie du rapport est ainsi tracé. La troisième partie brossera un tableau plus détaillé des tendances économiques régionales.

Le chapitre 2 traite des nouvelles voies qui s’ouvrent dans le domaine de l’éducation par suite de l’emploi des TIC et plus particulièrement de l’Internet. Manquant de la place nécessaire pour aborder les problèmes théoriques ou techniques liés à l’interaction complexe entre les TIC et l’éducation, l’auteur prend le parti de sélectionner un large éventail d’exemples concrets pris en des lieux très divers de la planète pour faire la démonstration des immenses possibilités qu’offre l’Internet dans ce domaine. Il n’oublie pas, cependant, d’aborder des questions fondamentales comme l’efficacité par rapport au coût, l’élaboration des contenus, la formation des enseignants et surtout la nécessité de politiques et d’une planification nationale.

Si l’on a pu émettre des doutes quant à l’impact réel des TIC sur l’éducation, il n’y en a aucun en ce qui concerne les activités culturelles. Il est universellement reconnu que les moyens de communication de masse sont le produit de technologies qui permettent précisément d’atteindre les masses qui forment leurs auditoires. Mais l’évolution récente qui résulte dans ce domaine de l’interaction complexe entre la mondialisation et le développement des TIC crée un nouvel environnement, qui est décrit au chapitre 3. La production culturelle devient de plus en plus commerciale et industrialisée. Le transfert du producteur au consommateur se fait plus rapidement, les frontières entre les activités de loisir, l’information et la culture s’estompent, les formes individuelles d’accès à la culture prennent une importance croissante et, semble-t-il, la prépondérance de l’anglais américain va s’affirmant. Tous ces facteurs tendent à amoindrir le rôle de la radiotélévision de service public et compliquent la tâche de formuler des politiques nationales adéquates.

L’impact des TIC sur les médias se manifeste sous des formes multiples et, compte tenu de l’importance capitale des médias dans les sociétés contemporaines, trois chapitres sont consacrés à cette question; ils traitent successivement de la liberté des médias, de la radiotélévision de service public et de l’utilisation que les médias font des TIC.

La liberté des médias est un principe fondamental des sociétés démocratiques et la défense de cette liberté est le mobile central de l’action de l’UNESCO dans ce domaine. L’évolution actuelle des TIC a de nombreux aspects, comme le montre le chapitre 4. D’un côté, la concentration horizontale et verticale opérée dans les médias a suscité l’émergence d’énormes conglomérats avec, à la clef, une influence économique et politique pouvant entraîner de graves restrictions de la liberté des médias, telles que l’autocensure ou l’assujettissement éditorial. De l’autre, l’Internet paraît fournir aux individus, aux petits groupes et aux minorités, qu’elles soient ou non opprimées, l’occasion d’exprimer leurs idées en toute indépendance vis-à-vis des grands conglomérats ou des monopoles d’Etat. Il existe cependant divers mécanismes qui permettent de limiter les flux d’informations sur l’Internet. L’équilibre des flux d’information entre le Nord et le Sud pourrait aussi subir les effets contraires de la concentration qui s’opère à l’échelle mondiale. La partie est cependant loin d’être jouée et l’avenir s’annonce incertain.

Les changements amenés par les TIC ont aussi une influence profonde sur la radiotélévision de service public, comme on le verra au chapitre 5. Il ne semble pas que la tendance générale à une diminution du rôle de l’État dans bon nombre d’activités publiques - y compris la radiotélévision de service public - crée un contexte favorable. Les nouvelles TIC appellent des investissements massifs qui pèsent sur les pouvoirs publics. Néanmoins, si la radiotélévision de service public sait tirer parti des possibilités qu’offrent les nouvelles technologies, notamment la diversification des choix et l’interactivité, elle pourra encore jouer un rôle de premier plan. La radiotélévision de service public peut aussi intervenir activement dans la lutte contre le danger d’homogénéisation générale et de mondialisation culturelle ; elle doit contribuer à renforcer les notions de sujet et d’identité et à établir une interaction adéquate entre les citoyens et leur communauté proche ou élargie. La radiotélévision de service public peut aussi former les citoyens à l’utilisation des nouvelles technologies en les aidant à accéder à une gamme plus étendue de sources d’information et en favorisant leur participation aux différents niveaux de décision dans la vie publique.

Les chapitres 4 et 5 ayant ainsi étudié l’incidence des TIC sur les médias aux niveaux social et institutionnel, le chapitre 6 passe à des questions d’ordre très concret qui sont directement liées à la pratique professionnelle. L’auteur décrit les nouvelles possibilités d’activité médiatique qu’offrent diverses technologies, notamment l’Internet, telles que la vente directe et le livre électronique. Il semble que l’impact majeur se traduise par un nouveau modèle d’activité commerciale dans lequel les médias s’adressent à un public de base qui n’a jamais été aussi nombreux et au sein duquel il faut identifier des groupes et des tendances. Cela soulève des difficultés nouvelles, tant pour la publicité que pour la sécurité. Certaines technologies récentes paraissent convenir particulièrement bien aux pays en développement ; tel est le cas des radios à remontoir, de la technologie des faibles énergies et de radiodiffusion sur l’Internet. Il apparaît aussi que les technologies influencent à un niveau fondamental la pratique du journalisme, avec les concepts tels que le cycle de 24 heures, le " flash d’information " et le journalisme instantané, qui posent tous des questions fondamentales de fiabilité et d’exactitude.

Ces trois chapitres sur la communication illustrent très bien l’impact profond qu’ont les TIC sur les médias et la nécessité de définir des politiques, déjà affirmée aux chapitres précédents, en matière de développement humain, d’éducation et de pluralisme culturel. La dernière touche est apportée au tableau par une brève visite aux services d’information fournis par les archives, les bibliothèques et les unités d’information. Le chapitre 7 qui traite de l’information enregistrée, est peut-être le plus optimiste : les technologies numériques, et plus particulièrement l’Internet, ouvrent dans ce domaine des perspectives nouvelles. Un large éventail de moyens nouveaux s’offre aux professionnels de l’information et à ses utilisateurs : accès à des catalogues sur une échelle internationale, mise en place de capacités de stockage sans précédent dans les bibliothèques et les archives numériques, base d’information couvrant le monde entier pour la recherche et le dépistage, tout cela grâce à l’Internet. Le seul aspect négatif est le risque de voir apparaître des services payants dans une profession où la gratuité du service est une tradition profondément enracinée.

En guise de conclusion de la première partie du rapport, le chapitre 8 traite du rôle que jouent ou doivent jouer les gouvernements par rapport aux TIC. On l’a vu aux chapitres précédents, l’impact des TIC se manifeste sous de multiples formes ; il pourrait être plus puissant encore dans l’avenir. Les gouvernements ne peuvent rester les bras croisés devant des opportunités et des dangers aussi grands et aussi divers. Après un bref rappel du large éventail de politiques de l’information qui ont été formulées au milieu des années 90, le chapitre 8 étudie le problème de la gouvernance globale des TIC en général. Puis il aborde le rôle des gouvernements dans le traitement des aspects négatifs des TIC, comme la diffusion de matériels illégaux et nocifs, le piratage, les délits commerciaux ou le viol de la vie privée. Pour finir, ce chapitre examine brièvement ce qui semble bien être un domaine crucial auquel touche le développement des TIC : la question de la propriété intellectuelle et, plus particulièrement, le droit d’auteur et les droits connexes, la propriété des données et le domaine public. Ces problèmes ont été examinés récemment par plusieurs réunions internationales importantes, et si l’accord a été général sur certains points, le fait que beaucoup de problèmes restent encore sans solution indique assez la puissance des divers intérêts en jeu.

Deuxième partie

Beaucoup plus courte, la deuxième partie, consacrée à l’évolution des technologies, est destinée à servir d’instrument de référence. Il s’agit de donner au lecteur non spécialiste une idée de la vaste gamme des technologies de l’information et de la communication. Le chapitre 9 récapitule les principaux progrès technologiques enregistrés en 1997 et 1998. Ce type d’examen ne peut qu’être très sélectif en raison de l’allure extraordinaire de l’innovation dans un domaine où la concurrence est aussi vive. Le contexte général est défini par les technologies liées à l’Internet ; puis sont examinés les progrès les plus importants accomplis dans des domaines divers : matériel et logiciels informatiques, périphériques, mémoire, bases de données, interaction des utilisateurs, réalité virtuelle, formation des réseaux, réseaux locaux et réseaux étendus, télécommunications, téléphonie et World Wide Web (WWW). La rapidité, la diversité et la multiplicité des innovations intervenues dans les technologies de l’information et de la communication ne laissent pas d’impressionner, mais aussi paraissent sans fin, et suscitent de remarquables exemples de créativité intellectuelle et de dynamisme commercial.

Moins technique et plus proche de la question générale du contenu, le chapitre 10, qui s’intéresse aux produits multimédias et à leurs marchés, donne aussi une description très condensée d’un des domaines dans lesquels le changement affectant les TIC est le plus rapide. Par leur pouvoir intégrateur, la numérisation et l’interactivité sont en train de faire advenir une révolution multimédia. La grande diversité des produits et des services, la complexité de la chaîne de production appellent de nouveaux modèles descriptifs. Les produits hors ligne et en ligne sont aussi divers dans leurs utilisations que par leurs contenus. Dans le proche avenir, c’est sans doute l’Internet qui fournira les formes d’accès les plus employées. L’éventail des coûts des divers produits multimédias est largement ouvert et, étant donné la rapidité du développement de ce domaine, les produits y ont souvent une durée de vie très courte. Aussi est-il très difficile de prédire l’avenir de ce secteur.

Comme de juste un chapitre entier est consacré exclusivement à l’Internet (chapitre 11). Il y a maintenant plusieurs années que le réseau des réseaux est entré dans le domaine privé et cette évolution est aujourd’hui presque achevée, ce qui soulève d’importants problèmes politiques, financiers et techniques. Les questions les plus délicates d’un point de vue technique sont celles de la dénomination et de l’adressage, de la capacité de bande passante, de la connectivité sans fil et du commerce électronique. Dans les domaines social et juridique, la certification, la propriété intellectuelle et la sécurité posent des problèmes à traiter d’urgence. Les domaines à fortes potentialités de développement comme la personnalisation du commerce électronique, diverses formes de collaboration entre personnes ou établissements géographiquement dispersés et le déploiement de capteurs ou de mécanismes de contrôle à diverses fins d’ordre humanitaire méritent aussi plus ample attention.

L’impression générale que suscite cette revue des développements de la technologie dans le domaine du traitement et de la diffusion de l’information et de la communication est celle d’un puissant dynamisme qui entraîne l’ensemble du secteur. Dans la première partie, on observe le même dynamisme dans les domaines de l’éducation, de la culture et de la communication ainsi que dans les champs contextuels économique et politique. L’enquête menée à l’échelle mondiale dans la troisième partie confirmera-t-elle cette impression ?

Troisième partie

Comme on l’a vu précédemment, il y a beaucoup de sources qui fournissent des données et des informations sur les divers aspects économiques du développement et de l’utilisation des TIC. La troisième partie du rapport commence par le panorama mondial présenté au chapitre 12. La démarche ici adoptée consiste à élargir la portée des données en ajoutant une dimension chronologique ; chaque fois que cela est possible, l’évolution est présentée de 1975 ou 1980 à 1995, ce qui fournit d’utiles indications sur le déroulement de l’évolution dans différentes parties du monde. Deux catégories de pont sont établies, l’une qui relie les services traditionnels comme la poste aux plus récentes nouveautés de l’Internet, l’autre qui relie des instruments purement technologiques tels que des lignes de télécommunication à des supports véhiculant des contenus comme les journaux, les livres et les émissions de télévision. Partant d’une analyse attentive des indicateurs de base des TIC au niveau du monde entier, l’auteur parvient à la conclusion que la consommation par habitant des TIC traditionnelle est plus ou moins stable, qu’il y a un fort taux de croissance des TIC modernes dans les pays industrialisés et une différence marquée entre les pays développés et les pays en développement en ce qui concerne les TIC les plus récentes, telles que le réseau numérique à intégration de service (RNIS) et l’Internet. On peut difficilement éviter d’en tirer cette conséquence évidente : si la tendance actuelle se poursuit, l’écart entre riches et pauvres en information ira grandissant.

Ce panorama mondial est suivi de six chapitres " géographiques " portant sur l’Afrique, les pays arabes, l’Asie, l’Europe centrale et orientale, l’Amérique latine et les Caraïbes et enfin l’Europe occidentale et l’Amérique du nord. Inutile de dire que l’impression dominante est des plus contrastées. Le chapitre 13 consacré à l’Afrique subsaharienne insiste sur le point de départ extrêmement bas de la plupart des indicateurs, les plus généraux comme le taux d’alphabétisation ou l’espérance de vie et ceux qui sont liés aux TIC, comme la télédensité, la pénétration de la radio, de la télévision et des ordinateurs personnels (PC), la télécommunication et l’accès à l’Internet. Même si les investissements affichent de taux de croissance impressionnants et si le soutien fourni par l’aide bilatérale et internationale est considérable, le déploiement d’une infrastructure adéquate de technologies de l’information et de la communication n’en est qu’à ses débuts. Dans le secteur de la radiodiffusion, la législation est encore insuffisante et l’écart entre les zones urbaines et les zones rurales risque de se creuser pour des raisons de rentabilité. Des organismes intergouvernementaux se sont employés activement à aider à définir des politiques adéquates et à lancer des projets pilotes, mais les résultats positifs se font encore attendre.

La région arabe, décrite au chapitre 14, offre une situation sensiblement différente. Les taux d’alphabétisation sont meilleurs et certains pays bénéficient des ressources que procure le pétrole. Ici et là, de gros investissements ont été faits dans la radiotélévision et les télécommunications, plus particulièrement à la suite de la création du consortium ARABSAT. Les taux de pénétration du téléphone, de la radio et de la télévision sont souvent ascendants et l’augmentation du nombre d’utilisateurs d’Internet est impressionnante, quoique récente. Dans certains pays, l’automatisation des organismes relevant du pouvoir central fait des progrès significatifs ; il en est de même de bon nombre d’activités liées à l’imprimerie (journaux, magazines et livres). Malgré son fort patrimoine intellectuel, la région importe plus qu’elle n’exporte dans ce champ d’activité. Les gouvernements ont, en dépit de la mondialisation, un rôle déterminant à jouer pour formuler des politiques et définir des stratégies visant à assurer une contribution efficace des TIC au développement général des pays de la région.

Le chapitre 15 réussit à relever le défi de décrire la situation de la région la plus densément peuplée et la plus vaste du globe, à savoir l’Asie et l’Océanie. Présentés chacun dans un encadré, les deux géants mondiaux en termes démographiques, la Chine et l’Inde, offrent deux profils entièrement différents. En Chine, les investissements dans les TIC connaissent des taux de croissance très élevés, mais compte tenu de la densité de la population, les ratios par habitant resteront faibles encore longtemps, à plus forte raison du fait de la croissance de grandes métropoles. Le gouvernement soutient l’expansion de l’Internet tout en maintenant un contrôle étroit sur les contenus. L’Inde, qui est la plus grande démocratie du monde, vient de définir une politique de prestation de services Internet et a lancé par la même occasion le processus d’attribution des licences. L’insuffisance de l’infrastructure téléphonique constitue un obstacle important, qui pourrait être en partie surmonté au moyen de lignes spéciales à haute capacité. L’Inde peut aussi se féliciter du chiffre exceptionnellement élevé de ses exportations de logiciels, évalué à 4 milliards de dollars État-Unis à la fin du siècle. La région du Pacifique, caractérisée par la dispersion géographique et la vulnérabilité de la plupart de ses pays insulaires, place de grands espoirs dans le développement des télécommunications, et le processus de libéralisation a commencé dans certains de ces pays. Les autres pays de la région d’Asie peuvent être groupés en trois catégories. La première comprend les pays qui vont vers l’accès à large bande qui autorise le multimédia interactif ou le commerce électronique. Dans le deuxième groupe, la présence de l’Internet est un fait acquis et la population d’usagers est d’ores et déjà diversifiée, mais surtout pour des applications à bande passante étroite. Le troisième groupe se compose des pays qui n’ont rejoint que depuis peu la communauté de l’Internet. La diversité des langues et des alphabets - souvent caractérisée par une base à idéogrammes et des alphabets non latins - pose un problème bien spécifique en matière de traitement de l’information. En revanche, de forts investissements dans la communication par satellite ont renforcé les équipements de radiotélévision et de télécommunications dans la région.

En Europe centrale et orientale, comme le précise le chapitre 16, la spécificité de la situation tient à la transformation fondamentale du système politique et du système économique qui a résulté de l’effondrement des régimes totalitaires. La fin des monopoles d’État, y compris celui de la radiotélévision et des télécommunications, intervenue dans de nombreux pays a évidemment créé un environnement entièrement neuf et les changements ont été impressionnants. Il y a de grandes variations au sein de la région en termes de développement économique, et les statistiques démontrent que le taux de croissance des TIC (mesuré par exemple d’après les investissements et les recettes du secteur des télécommunications) est lié à la part du Produit national brut (PNB) qui est imputable au secteur des services. Les chiffres relatifs à la pénétration des télécommunications sont dans le meilleur des cas inférieurs de moitié à ceux de l’Europe occidentale. Cependant, la radio et la télévision affichent des niveaux de pénétration assez élevés. Le monopole de la radiotélévision, qui a disparu en Europe centrale, semble se maintenir dans les pays de la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Une étroite collaboration s’est nouée avec l’Union européenne en matière de formulation des politiques, d’investissements d’infrastructure et d’exécution de projets, mais la région est encore loin d’être entrée dans la société de l’information.

La région d’Amérique latine et des Caraïbes se situe en deçà de la moyenne mondiale pour bon nombre des facteurs dont dépend le développement des TIC. Le chapitre 17, où l’on observe toutefois que la croissance du marché des TIC y est plus forte que la moyenne mondiale, établit le contexte général de l’analyse ; dans un cas, celui du taux de croissance du marché des logiciels, la croissance a été explosive (297% en trois ans). La communauté de langue a favorisé la coopération régionale, tout particulièrement dans l’enseignement supérieur, et l’Organisation des Etats américains a contribué à la mise en place d’un réseau régional interuniversité basé sur l’Internet. Une vague de démocratisation, qui a suscité une expansion remarquable du marché des médias (sauf les médias imprimés), a marqué la région de son empreinte, bien que la situation y demeure très contrastée. Les infrastructures des télécommunications et de l’Internet sont encore insuffisantes, en raison de la faiblesse des investissements. Néanmoins, l’Internet, les technologies d’informatique mobile et les technologies sans fil connaissent actuellement l’accélération de croissance la plus rapide. En raison peut-être des incertitudes liées à la sécurité, on ne peut citer aucun plan significatif concernant le commerce électronique malgré une croissance exponentielle du nombre des serveurs Internet. Les chiffres relatifs à la région caraïbe sont généralement inférieurs à ceux de l’Amérique latine, mais il semble que les efforts animés par la coopération sous-régionale et l’aide internationale aient produit quelques résultats. Pour l’ensemble de la région, le processus de privatisation de l’industrie des télécommunications a attiré d’importants investissements étrangers et, avec les avantages découlant de la déréglementation et de la libéralisation, la situation peut évoluer rapidement à bref délai.

Le dernier chapitre géographique porte sur l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord, qui ont déjà une forte infrastructure de technologies de l’information et de la communication et qui, en 1997, représentaient 65% du marché des TIC. Les dépenses consacrées aux TIC en pourcentage du Produit Intérieur Brut (PIB) ont été en augmentation constante depuis 1993. Ce domaine est en outre le théâtre d’une forte concurrence. En Europe occidentale, il y a une ligne de partage Nord-Sud pour les dépenses de TIC par habitant et la pénétration des micro-ordinateurs. Au Canada comme aux Etats-Unis, près d’un habitant sur quatre utilise l’Internet, mais les proportions sont beaucoup plus variables en Europe occidentale. Sur cette toile de fond, beaucoup d’initiatives ont été prises au niveau des politiques pour aller de l’avant et développer encore l’infrastructure des TIC et leur utilisation dans l’ensemble de la population, ainsi que les investissements internationaux, la production et les exportations dans ce domaine.

L’annexe statistique

L’annexe statistique présente un choix des principales données relatives aux TIC. La première section de cette annexe rassemble des indicateurs choisis, les uns généraux, les autres concernant la communication et l’information. La deuxième section est axée sur les données du commerce des TIC. La troisième présente des statistiques de base sur la pénétration de l’Internet et son utilisation. L’espace disponible ne permettait pas de proposer des tableaux au niveau des pays, mais on espère avoir fourni suffisamment d’informations factuelles pour faciliter les comparaisons entre les régions ou les catégories de pays. Une quatrième section décrit les activités de l’UNESCO dans ce domaine qui sont financées par des ressources extra budgétaires.

Les diverses contributions réunies dans les trois parties du Rapport et l’Annexe statistique offriront au lecteur, du moins nous l’espérons, des points de vue variés qui lui permettront d’évaluer la situation des TIC à travers le monde et les répercussions considérables qu’elles ont sur l’éducation, la culture et la communication.