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| Message conjoint à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, 3 mai 2001 (par Kofi A. Annan, Koïchiro Matsuura, Mary Robinson) |
La liberté de la presse est l'un des piliers de la démocratie, elle-même indispensable à tout développement socio-économique durable.
Ce principe est de mieux en mieux compris et admis depuis ce jour du 3 mai 1991 où, il y a dix ans déjà, des journalistes africains se sont rassemblés dans la capitale de la Namibie, Windhoek, pour un séminaire régional sur la promotion de médias libres et pluralistes. La Déclaration de Windhoek qu'ils signèrent fut la première manifestation d'une série d'engagements, pris région par région, de défendre le droit qu'a toute personne, partout dans le monde, d'exprimer librement ses opinions et d'avoir accès à une diversité de sources d'information indépendantes.
Depuis 1991, la presse est devenue plus indépendante et pluraliste dans bon nombre de pays. Les ondes ont été libéralisées. Les journalistes et autres travailleurs des médias ont gagné en professionnalisme. Et, grâce à l'Internet, de plus en plus de gens disposent désormais d'un accès direct aux moyens de communication de masse. Ces changements ont contribué à l'instauration et au renforcement de la démocratie dans de nombreux pays, en permettant aux citoyens de se faire entendre et, de ce fait même, de participer à la prise des décisions qui déterminent leur propre vie et l'avenir de leur pays.
Mais la liberté d'expression est toujours fragile et n'est jamais définitivement acquise. Dans de nombreuses régions du monde aujourd'hui, elle est menacée par des intérêts politiques, économiques, financiers, militaires, religieux, voire criminels. Les journalistes dont le travail porte atteinte à ces intérêts ne sont pas à l'abri des intimidations, des actes de violence, de l'exil, de la prison, quand ils ne risquent pas d'être exécutés, voire purement et simplement assassinés.
Parallèlement, de nombreux groupes ethniques et religieux - généralement minoritaires - se voient privés de l'accès aux médias qui leur permettraient de donner leur opinion ou d'exprimer leur identité.
L'on sait d'expérience que même les régimes les plus odieux peuvent se gagner un appui populaire s'ils parviennent à museler les médias ou à les manipuler pour susciter la peur et la haine chez les gens. Les médias libres, indépendants et pluralistes ont un rôle indispensable à jouer pour extirper le racisme et la xénophobie. Nous espérons que la Conférence mondiale contre le racisme, la xénophobie, la discrimination raciale et l'intolérance qui y est associée, qui doit se tenir cette année, permettra de trouver les moyens de renforcer les médias libres partout dans le monde et qu'elle rappellera aux professionnels des médias le rôle capital qui est le leur dans l'éducation du public et la promotion de la paix et du respect mutuel entre les peuples.
En cette Journée mondiale de la liberté de la presse en 2001, nous exhortons les décideurs à tous les niveaux à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour veiller à ce que les journalistes puissent accomplir leur travail sans entrave ni crainte, afin que, partout dans le monde, les populations puissent tirer profit de la libre circulation des idées.
Nous demandons instamment aux journalistes d'observer au plus haut degré les règles de leur profession, de refuser de prêter leurs talents aux marchands de haine, et de respecter en toutes circonstances le principe d'impartialité.
Et nous demandons instamment à la communauté internationale dans son ensemble de défendre et de protéger ce droit fondamental de la personne humaine - le droit de recevoir et de communiquer l'information, loin de toute censure, quel que soit le support et par-delà les frontières.
Kofi Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies
Mary Robinson, Haut Commissaire aux droits de l'homme
Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO
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