Barthélémy Toguo

Barthélémy Toguo | Entretien spécial

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Barthélémy Toguo est un artiste camerounais multidisciplinaire qui a été nommé Artiste de la paix de l'UNESCO en octobre 2021. Il utilise le dessin, l'aquarelle, la peinture, la sculpture, la photographie, réalise des installations et des performances pour questionner notre humanité. A travers ses créations à la croisée des cultures, il explore les dysfonctionnements du monde pour mieux les dénoncer et s'interroge sur le statut des étrangers, des migrants, des immigrés et la difficulté pour eux de se construire une identité.

Barthélémy Toguo

1. Vous avez été récemment nommé Artiste de l’UNESCO pour la paix par la Directrice générale de l’UNESCO, Madame Audrey Azoulay, qu’est-ce que cette nomination signifie pour vous ? 

Ma nomination en tant qu’Artiste de la paix par Madame Audrey Azoulay la Directrice générale de l’UNESCO m’a procuré beaucoup de joie et m’a conforté dans mes choix en tant que citoyen, et artiste. 

Cette reconnaissance me permet de rejoindre la communauté bien établie des acteurs de la paix, dont la diversité des actions suscite déjà ma curiosité en termes de partages d’expériences, de transmissions sur le terrain. 

C’est une mission que l’on exerce dans un cadre précis qui consiste à ramener le combat de la cause humaine au centre. 

Barthélémy Toguo
« La culture est une arme pour la paix »
Barthélémy Toguo

2. Vous êtes un artiste pluridisciplinaire : vous faites du dessin, de l'aquarelle, de la peinture, mais aussi de la sculpture et de la photographie. Que cherchez-vous à transmettre dans vos différentes œuvres ? 

La culture est une arme pour la paix.  [Elle permet de] "tendre la main" aux populations opprimées aux quatre coins du monde, comme durant l’apartheid, les guerres civiles , le Printemps Arabe, le Génocide du Rwanda, ou au Congo.  

La série « Head Above Water », en est un exemple d'une œuvre artistique en perpétuelle extension. La cartographie de cette série est le symptôme des maux qui rongent le monde du  XXIème siècle, « Head Above Water » est une série qui continue. 

[C’est] un défi  à relever avec un programme commun à transmettre où les atouts de liberté, le savoir, l'éducation, la lutte contre l'obscurantisme, le désir d’humanité, le respect des normes conduiront à la paix et à l’émancipation 

Barthélémy Toguo

3. Vous abordez dans vos œuvres des sujets tels que l’identité ou la migration, pouvez-vous nous en dire plus ? 

Je suis un artiste témoin du monde qui m'entoure et dans lequel je circule, car je voyage beaucoup. Donc je vois et je restitue la mémoire des gens oubliés, de la nature que je célèbre dans mes créations. 

 

4. Comment promouvoir davantage les talents artistiques africains ? 

Je souhaite que les politiques, les collectionneurs, les artistes, les responsables de tout bord, repensent les politiques culturelles et sociales.  

Il y a un déséquilibre flagrant entre les artistes issus du continent (diasporiques et afro descendants) qui s’explique par l’augmentation du nombre d'artistes et l’absence de politique culturelle et d’un mécénat d’entreprise adaptée, de galeries, de collectionneurs, des musées, de maisons de vente pour accompagner cette production. 

Aujourd’hui, l’accompagnement se trouve en grande partie en Occident, les œuvres sont dans les musées, dans les collections privées de l’autre côté, de façon illégitime et payé au prix fort !! Il faut se prémunir de l’investissement médiocre et de la démission politique dans le champ de l’art, qui se trouve confisqué. 

Barthélémy Toguo

5. Pouvez-vous nous parler de votre projet culturel au Cameroun « Bandjoun Station » ? Quelle est l’ambition de ce projet ?

Suite au constat qu’il n’y avait pas assez de musées en Afrique, et que l’art classique africain était exclusivement présenté dans les musées occidentaux, j'ai créé un lieu qui mêle les arts, les rencontres, les workshops, ou encore les résidences d’artistes, ainsi que l’agriculture biologique.  

Bandjoun Station est en effet un projet très personnel, situé sur les hautes plaines à l’ouest du Cameroun appelé "La Prairie". Ce centre célèbre l’art et la culture sous toutes ses formes. Une résidence pour accueillir des affluences du monde entier, des artistes, des chorégraphes, des réalisateurs de films, des ethnologues, des historiens, des chercheurs, des commissaires d’exposition... Ces invités, en résidence, réalisent souvent leurs projets avec les habitants de la région, et en connexion avec leur environnement.  

Bandjoun Station encourage [également] la population de la Plaine à développer une agriculture saine propre à la consommation locale: une autosuffisance alimentaire, mais aussi une importante plantation de café.  

 

6. Quel(s) message(s) de paix souhaiteriez-vous transmettre à toutes les personnes qui liront cet entretien ? 

La paix au XXIe Siècle est le respect des normes communes et des libertés individuelles, sans emprise et sans doctrine de la haine. Je suis fier d’être associé aux valeurs de l’UNESCO : égalité, fraternité, paix, que je m’engage à continuer à revendiquer et à transmettre  à travers mes pratiques artistiques, et mes actions publiques aussi bien à Bandjoun, au Cameroun et à travers le monde. Je mesure l’incidence de ma responsabilité, en tant qu’artiste plasticien, à défendre et à porter des valeurs prônées par la communauté des artisans de la paix.  

Vivre ensemble, c'est former un lien qui détermine le caractère unique de l’existence sociale de l’homme grâce à la culture dont la principale expression se situe dans les arts et les sciences. 

Barthélémy Toguo
En savoir plus sur la nomination de Barthélémy Toguo comme artiste de l'UNESCO pour la paix
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