Actualité

Des jeunes jordaniens initiés à la caricature en tant que technique de résilience

12 Octobre 2019 – Aziza Abu-Ayash, 22 ans, ne connaissait pas grand-chose à la caricature lorsqu'elle a entendu parler d'un atelier qui avait lieu non loin de chez elle, à Nusha. Elle n'avait pas d'expérience en dessin, mais elle était curieuse. "J'ai été surprise d'apprendre que la caricature peut être un moyen de sensibiliser les gens à des questions délicates, ou encore de susciter un débat sur des questions sociales ".  

Cette formation constitue un élément clé du projet conjoint UNESCO-UNOCT "Youth Peacebuilding", cofinancé par le Canada. Au cours des dernières semaines, les ateliers ont eu lieu dans tout le Royaume à Maan, Zarka, Amman, Irbid et Mafraq.

"Aujourd'hui, j'ai dessiné sur les droits de l'enfant ", raconte Aziza. "J'ai illustré cela en dessinant un coeur brisé. Dans la moitié du cœur, les enfants sourient et ont accès à l'éducation et aux soins de santé. Dans l'autre moitié du cœur, vous voyez des enfants qui ont été maltraités, qui n'ont ni accès à l'école, ni aux soins de santé. Je vois cette inégalité tous les jours en Jordanie". En effet Aziza a connu de nombreuses jeunes filles forcées de quitter l'école pour se marier.

 

 

Les ateliers ont été animés par Omar Abdallat, un dessinateur jordanien dont les talents ont été reconnus au Moyen-Orient et en Europe. Omar dessine des caricatures depuis son enfance. Il a commencé sa carrière dans le graphisme, mais est rapidement devenu caricaturiste professionnel.

"En enseignant ces ateliers de dessin, j'ai découvets de nombreux talents, et ce partout où je suis allé", raconte Omar. "A Zarqa, tous les jeunes qui ont participé à l'atelier avaient abandonné l'école. Il s'agissait d'enfants qui avaient quitté l'école prématurément pour chercher un emploi et subvenir aux besoins de leur famille. Ils souffrent et ont des histoires difficiles à raconter. Le dessin les aide à exprimer ce qui dépasse les mots. Je leur dit toujours de continuer à croire en eux-mêmes, car il n'est jamais trop tard pour recommencer à zéro".

Lors de l'atelier d'Amman, plus de 20 jeunes se sont réunis autour d'Omar. Mahmoud Sharif Alamairah, 17 ans, est venu à l'atelier pour trouver de nouveaux moyens de mobiliser sa communauté autour des sujets qui lui sont chers. "J'ai été surpris d'apprendre que les caricatures peuvent sensibiliser les gens sur leurs droits fondamentaux. J'ai voulu faire un dessin qui montre que la violence n'est pas acceptable. J'ai également essayé de souligner que les enfants ont le droit d'aller à l'école".

Cherchant à motiver les participants, Omar partage des histoires inspirantes avec le groupe. Il leur raconte comment la militante Aya Aghabi a surmonté sa situation et travaillé sans relâche pour faire de la Jordanie un pays plus inclusif et plus accessible. "J'essaie de montrer aux jeunes qu'ils peuvent eux aussi être forts, en partageant avec eux des histoires motivantes sur des gens qui ont eu de l'ambition, malgré leur situation."

Grâce à ce projet novateur, l'UNESCO vise à donner aux jeunes femmes et hommes l'occasion de s'engager en tant qu'acteurs du changement et de la consolidation de la paix dans leurs communautés immédiates et dans la société en général, et à promouvoir une vision constructive des jeunes, en abordant les questions liées à la haine et les moyens de développer leur résilience.

Si l'on inclut la séance pilote de dessins qu'Omar a dirigée en 2018, 92 jeunes de toute la Jordanie ont reçu la formation de dessin animé et près de 70% d'entre eux étaient des femmes. Omar essaie de faire comprendre aux jeunes que la caricature est un langage universel, un art simple qui ne nécessite pas beaucoup d'équipement. "Je rappelle aux jeunes que chaque histoire est importante. Je considère la caricature comme un outil de consolidation de la paix et de résilience. Je leur dis souvent "vous ne faites pas que dessiner des images, vous envoyez un message et vous portez le changement"."