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À l’horizon | La culture et la ville : forger des politiques publiques adaptées au milieu et axées sur la dimension humaine

À l’horizon | La culture et la ville : forger des politiques publiques adaptées au contexte et axées sur la dimension humaine
L'ampleur du processus d’urbanisation, qui a connu son point de bascule au XXIe siècle, appelle aujourd’hui les gouvernements à repenser en profondeur les politiques publiques dans l’ensemble de ses champs, tant au niveau national que local. D’ici à 2030, on estime que six personnes sur dix dans le monde résideront dans des zones urbaines. Selon l’édition 2020 du Rapport sur les villes dans le monde (World Cities Report 2020, en anglais), environ 96 % de cette croissance urbaine se produira dans les régions les moins développées d’Asie de l’Est, d’Asie du Sud et d’Afrique. Les villes sont progressivement confrontées aux défis du développement, tels que la pauvreté, les inégalités, les tensions accrues et la dégradation de l’environnement. Une urbanisation rapide et non maitrisée entraîne souvent une fragmentation du tissu social et du territoire, ainsi qu’une détérioration radicale de la qualité de l’environnement urbain. Néanmoins, les villes ne devraient pas uniquement être perçues comme une source de défis, mais aussi comme un vivier de solutions pour construire un avenir plus durable. Au regard de cette tendance, la pandémie de COVID-19 a, non seulement, mis en lumière la vulnérabilité des villes, mais elle a aussi réaffirmé leur capacité de résilience et de soutien à l’émergence d’actions transformatrices – une fonction pour laquelle la culture a un rôle essentiel à jouer.
Dans un monde où les sociétés sont de plus en plus fragmentées, les villes s’imposent comme un terrain privilégié pour le plein exercice et la reconnaissance de la diversité culturelle. Elles constituent, en effet, un espace où la diversité a été forgée et promue à travers l’histoire. Véritables laboratoires à ciel ouvert du pluralisme, le rôle des villes sera essentiel pour favoriser la coexistence pacifique et le renforcement des droits fondamentaux à l’avenir. La diversité culturelle constitue une composante intrinsèque de nos sociétés, en particulier dans le cadre urbain, sous l’effet conjugué de la mondialisation, de l’urbanisation et des migrations. Cette tendance mondiale appelle à des politiques publiques résolument inclusives afin d’englober la diversité des communautés urbaines et d’impliquer ces dernières de manière active dans la mise en œuvre des politiques publiques. Cette démarche œuvre à contribuer non seulement au développement de la citoyenneté, du dialogue interculturel et du pluralisme, mais aussi au renforcement des droits fondamentaux.
À travers le monde, on observe un investissement croissant des autorités municipales dans l’élaboration de stratégies urbaines fondées sur la culture, pour atteindre à la fois des objectifs économiques,sociaux et environnementaux. Cette tendance mondiale a été stimulée à la fois par le poids démographique croissant des villes, et par le processus de décentralisation en cours dans certains pays. Ce processus a eu, en particulier, un impact profond dans le domaine de la culture, entraînant notamment la réinterprétation ou la redistribution des compétences entre les autorités nationales et locales, selon des modalités et à des degrés différents. Si l’action culturelle de proximité s’inscrivait historiquement dans le mandat des villes, dans certains pays, des compétences qui étaient autrefois jugées étatiques– telles que l’inventaire du patrimoine culturel – ont désormais été décentralisées vers des entités locales. De même, les questions liées, en particulier, à l’accès à la culture ou à l’éducation culturelle sont progressivement intégrées dans les missions des autorités municipales. Néanmoins, dans certaines régions du monde, cette responsabilité croissante des autorités municipales ne s’accompagne pas toujours d’un financement public et de cadres de politiques publiques adaptés.
 
Dans plusieurs pays, la culture gagne du terrain dans les programmes politiques locaux, non seulement en tant que domaine politique à part entière – axé notamment sur la participation et l’accès à la culture – mais aussi en tant que vecteur de transformation dans d’autres domaines politiques. Si le paysage politique mondial a profondément évolué face aux défis majeurs du développement, cette évolution place les villes en première ligne pour traiter les questions liées aux inégalités sociales, à la création d’emplois, à la planification durable, à l’action climatique ou encore à l’éducation, entre autres domaines interagissant de manière directe avec la culture. Dans le monde entier, la culture est également devenue un marqueur essentiel de la spécificité locale. Les éléments culturels sont largement perçus comme des facteurs d’amélioration de l’image et de l’attractivité d’une ville. Cette tendance globale se reflète particulièrement par l’investissement croissant dans les festivals, les événements culturels et les infrastructures des villes, lesquels servent désormais de porte-étendards au tourisme, au développement et au dialogue interculturel en action.
Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 a suscité ce changement de paradigme des politiques publiques visant à tirer parti de la culture pour construire des villes plus durables. La culture et les villes sont intrinsèquement liées, si bien que les villes durables constituent précisément le point d’entrée de la culture dans le Programme 2030, dont l’Objectif de développement durable 11 comprend une cible dédiée au « renforcement des efforts de protection et de sauvegarde du patrimoine culturel et naturel mondial ». Au-delà de l’ODD 11 – portant sur les espaces et fonctions de la ville –, les 17 ODD concernent l’échelle urbaine. À travers la valorisation du patrimoine, de la créativité et du dialogue interculturel, de nouveaux modèles de planification et de gouvernance sont susceptibles d’émerger en vue de favoriser la création d’emplois décents, combattre les inégalités sociales, atténuer les conflits urbains et réduire l’empreinte carbone des villes, et ainsi construire des villes plus inclusives et plus résilientes.
 

La culture au service des villes durables : une dynamique en pleine expansion au niveau mondial

Au cours de la dernière décennie, la culture a progressivement pris de l’ampleur dans les discussions des fora et programmes politiques internationaux liés aux villes, reflétant l’évolution vers des modèles d’urbanisation davantage centrés sur les populations. Le rapport mondial de l’UNESCO sur la culture pour le développement urbain durable, Culture : futur urbain, lancé à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable (Habitat III), qui s’est tenue à Quito, en Équateur, en octobre 2016, a marqué une étape importante, reflétant également un consensus croissant sur la nécessité de redéfinir les modèles d’urbanisation en mesure de soutenir le développement humain. Habitat III a constitué une étape majeure de l’action des Nations Unies en faveur des villes durables. Son objectif était, en effet, de faire état de deux décennies de progrès réalisés et de fixer de nouveaux objectifs en faveur des villes durables à la lumière du Programme 2030. Si les défis d’une urbanisation non maîtrisée avaient déjà été soulignés lors d’Habitat I – qui s’est tenue en 1976 à Vancouver, au Canada – et la nécessité de « réhumaniser les villes » formait la devise de la contribution de l’UNESCO à Habitat II en 1996 à Istanbul, en Turquie, la contribution multiforme de la culture à la construction d’un avenir urbain plus durable n’a pris forme dans le débat politique mondial qu’à Habitat III. Pour renforcer cet élan, la culture a également été pleinement intégrée dans le Nouveau Programme pour les villes, document final adopté par les États membres des Nations Unies à l’issue d’Habitat III proposant une série d’actions concrètes. Ce dernier établit des normes mondiales pour repenser la façon dont nous construisons et vivons dans les villes, et en assurons leur gestion. Par ailleurs, le Programme représente une vision commune d’une urbanisation planifiée et gérée de manière adéquate susceptible d’impulser un développement durable pour les pays aussi bien développés qu’en développement. Tout au long du processus, l’UNESCO a fermement soutenu ses États membres à travers un plaidoyer portant sur le rôle central de la culture dans le Programme 2030, ainsi que sur la nécessité d’introduire la culture dans le Nouveau Programme pour les villes, qui mentionne la culture ou la créativité à plus de 35 reprises.

La culture et la diversité culturelle constituent des sources d’enrichissement pour l’humanité et contribuent de façon majeure au développement durable des villes, des établissements humains et des citoyens, en leur donnant les moyens de jouer un rôle actif et irremplaçable dans les initiatives de développement.

Nouveau Programme pour les villes

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Au cours des vingt dernières années, l’UNESCO a également intensifié son travail portant sur les villes par le biais de ses conventions et programmes culturels. Ces efforts se sont appuyés sur le pouvoir de la culture pour promouvoir des modèles de développement urbain plus centrés sur les personnes. Prenant ancrage dans les différentes composantes de la culture – patrimoine matériel et immatériel, économie créative, tourisme culturel, musées et autres institutions culturelles locales –, l’UNESCO défend une approche globale de la culture en tant que ressource sociale, culturelle et économique pour le développement durable des villes. Cette approche est sous-tendue par la définition de la culture établie dans la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle de 2001. Cette dernière stipule que la culture renvoie à « l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social et qu’elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ». La culture en milieu urbain relève de cette définition tant d’un point de vue fonctionnel que d’un point de vue anthropologique.

La Convention sur la protection du patrimoine mondial de 1972 a, ces dernières décennies, accordé une attention particulière à la culture au profit de villes durables, et aux manières d’en tirer son plein potentiel. Si le patrimoine urbain est la catégorie la plus représentée sur la liste du patrimoine mondial, les sites urbains sont confrontés à des défis considérables liés à leur conservation, tels que l’absence de planification des infrastructures, de suivi des évolutions du tourisme et la densification urbaine, qui affectent aussi bien l’intégrité physique que le caractère d’authenticité des monuments et des schémas urbains. Chaque année, le Comité du patrimoine mondial examine un nombre croissant de sites du patrimoine mondial confrontés à des pressions d’ordre urbain. Dans ce contexte, le Programme des villes du patrimoine mondial de l’UNESCO œuvre à fournir un appui aux États parties pour répondre aux défis liés à la protection et la gestion de leur patrimoine urbain depuis 2001 ; le Programme comprend aujourd’hui 318 biens. Un certain nombre d’outils de politiques publiques ont également été développés, à l’instar des Laboratoires des villes du patrimoine mondial de l’UNESCO, qui réunissent des experts dans le but de discuter de stratégies innovantes pour répondre aux défis contemporains, et du bulletin d’information Cahiers Urbains (Urban Notebooks, en anglais), publié à destination de la communauté des villes du patrimoine mondial. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de la Recommandation de l’UNESCO de 2011 sur les paysages urbains historiques (Recommendation on the Historic Urban Landscape – HUL, en anglais), qui vise à guider les décideurs dans l’intégration des politiques et des pratiques de conservation de l’environnement bâti, dans des objectifs plus larges de développement urbain, visant à faire valoir la « stratification historique de valeurs et d’attributs culturels et naturels ». Elle va au-delà de la notion de « centre historique » pour inclure le contexte urbain plus large et son cadre géographique, notamment la topographie, la géomorphologie, l’hydrologie et les caractéristiques naturelles d’un site. Elle inclut également les infrastructures en surface et souterraines, les espaces ouverts et les jardins, les modes d’occupation des sols et l’organisation spatiale. Sans se limiter aux sites du patrimoine mondial, l’approche sur les paysages urbains historiques s’applique à l’ensemble des villes historiques et réoriente l’attention portée aux « monuments » vers le tissu urbain dans son ensemble, englobant ainsi les dimensions immatérielles du patrimoine liées à la diversité et à l’identité des populations, y compris leurs pratiques et valeurs sociales et culturelles.

Autour du monde, de nombreuses villes historiques ont adopté une approche axée sur le paysage urbain historique, démontrant ainsi la portée globale de la culture au service du développement urbain. Elle a suscité un intérêt particulier dans la région Afrique, où les approches de la culture associent souvent étroitement les dimensions matérielles et immatérielles, reflétant le lien entre les personnes et leur environnement. Dans une région qui s’impose comme la zone d’urbanisation la plus rapide au monde, et dont la population urbaine devrait doubler au cours des vingt-cinq prochaines années par rapport aux 472 millions d’habitants actuels, l’approche sur les paysages urbains historiques est particulièrement pertinente pour relever les défis majeurs du développement durable tout en favorisant l’engagement des communautés. L’approche sur les paysages urbains historiques a été mise en œuvre dans plusieurs villes du patrimoine mondial, notamment Asmara (Érythrée), Saint Louis (Sénégal) et la Ville de pierre de Zanzibar (République-Unie de Tanzanie), dans l’optique d’une meilleure gestion de la transformation urbaine dans des environnements complexes et en constante mutation. Des projets de l’UNESCO sont également en cours de lancement en la faveur de quatre biens du patrimoine mondial : les tombes des rois du Buganda à Kasubi (Ouganda), les palais royaux d’Abomey (Bénin), Koutammakou, le pays des Batammariba (Togo, Bénin) et la ville historique de Grand-Bassam (Côte d’Ivoire).

Démontrer et renforcer le rôle de la créativité pour forger des villes durables constitue un autre axe majeur du plaidoyer de l’UNESCO. Cette dernière y œuvre notamment à travers son Réseau des villes créatives de l’UNESCO (RVCU), créé en 2004, dont les 246 membres placent la créativité au cœur de leurs plans de développement. Le RVCU couvre sept domaines créatifs à savoir l’artisanat et les arts populaires, les arts numériques, le film, le design, la gastronomie, la littérature et la musique. Les membres du Réseau coopèrent activement au niveau international et mobilisent leur potentiel créatif pour développer des solutions innovantes en réponse aux défis économiques, sociaux et environnementaux, contribuant ainsi directement à la mise en œuvre du Programme 2030 au niveau local. Innover sur les modèles de croissance économique à l’ère post-industrielle, repenser la ville à travers la culture et la créativité, élargir les connaissances et les compétences pour préparer l’avenir du monde du travail, soutenir l’innovation sociale et la citoyenneté, stimuler la régénération urbaine à travers les espaces publics, ce sont-là autant de champs d’expérimentation que les Villes créatives explorent en faveur de la durabilité urbaine. Plusieurs exemples d’initiatives des Villes créatives sont présentés dans la publication de l’UNESCO, Les Voix de la ville (2018). Cet engagement des Villes créatives a été particulièrement mis en lumière dans le contexte de la crise sanitaire, laquelle a frappé le secteur créatif de plein fouet. À titre d’exemple, en juillet 2021, le RVCU et la ville de Santos (Brésil) ont engagé des réflexions autour des manières de « Reconstruire en mieux à travers la culture et la créativité ». Celles-ci ont mené à explorer le rôle de la culture et de la créativité en faveur de la relance socio-économique des villes des suites de la pandémie, notamment les actions à entreprendre pour construire des villes résilientes, inclusives et centrées sur les personnes, sur le long cours. En écho à la publication de 2020 portant sur les « Réponses des Villes créatives de l’UNESCO à la COVID-19 », les membres du Réseau se sont engagés à poursuivre une réflexion à plus long terme en s’appuyant sur les leçons tirées de la crise sanitaire.

 

Aperçu de la ville de Shela sur l'île de Lamu. Przemyslaw Skibinski/Shutterstock.com*

 

La prégnance du patrimoine vivant dans le développement des établissements urbains durables connaît une reconnaissance accrue, en cohérence avec la Convention de 2003 de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Les pratiques, représentations et expressions culturelles, les systèmes de connaissances et les compétences des communautés, ainsi que le développement des groupes et des individus sont étroitement liés non seulement à la transmission de valeurs sociales – y compris dans le cadre urbain – mais aussi à la créativité nourrie par les savoir-faire traditionnels. Les communautés de résidents installés depuis longtemps dans les villes transmettent leur patrimoine sur des générations, y compris des éléments figurant sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, à l’instar des festivals de chars au Japon, ou encore de la culture du carillon en Belgique. L’importance des expressions culturelles des communautés et des groupes gagne du terrain dans les programmes culturels municipaux et témoignent de l’évolution de la diversité des communautés urbaines. Alors que les populations rurales et migrantes convergent massivement vers les villes, apportant avec elles leur patrimoine vivant, les politiques publiques doivent tenir compte de cette diversité accrue et répondre aux demandes croissantes, notamment en matière de services sociaux ou d’accès à la culture.

Dans cette optique, il est important d’approfondir la compréhension de l’impact des processus urbains contemporains sur le patrimoine vivant. L’outil « Plongez dans le patrimoine culturel immatériel ! », qui démontre entre autres les liens entre l’ODD 11 et les concepts et pratiques du patrimoine vivant, constitue un pas en avant dans cette réflexion. Si l’approche du patrimoine vivant en milieu urbain renvoie encore principalement aux valeurs communautaires ou aux compétences traditionnelles pour le maintien des bâtiments historiques, elle demeure souvent marginalisée dans les exercices de cartographie des industries culturelles et créatives. Bien que le patrimoine culturel immatériel ne soit pas toujours adapté aux activités génératrices de revenus – des mesures devant alors être prises pour éviter une commercialisation excessive ou un détournement commercial –, il est possible d’en générer des revenus . Dans cette perspective, en 2018, l’UNESCO a lancé le projet « Patrimoine immatériel et créativité pour des villes durables » afin d’identifier les pratiques du patrimoine vivant génératrices de revenus, qui sont essentielles au développement durable des communautés, comme l’artisanat traditionnel, les arts du spectacle, ainsi que les pratiques liées à la construction et les métiers traditionnels. Les projets pilotes menés à George Town (Malaisie), ville classée au patrimoine mondial, à Harare (Zimbabwe), à Kingston (Jamaïque), à Ayacucho (Pérou), Ville créative de musique de l’UNESCO et à Tbilissi (Géorgie) ont contribué à démontrer l’impact du patrimoine vivant au service de la résilience des communautés urbaines, tout en mettant en évidence les lignes de faille. Un autre projet sera lancé à Irbid (Jordanie) dont les enseignements seront rendus publics suite à la mise en œuvre de ce dernier seront rendus publics en vue de promouvoir le rôle du patrimoine vivant en faveur du développement urbain durable.

Fournir une base de données probantes sur la contribution de la culture à la durabilité urbaine est particulièrement essentiel pour éclairer les politiques publiques au niveau local. En vue d’accompagner les États membres à pleinement exploiter le pouvoir de la culture pour améliorer les résultats économiques, sociaux et spatiaux, l’UNESCO a élaboré des indicateurs thématiques pour la culture dans l’Agenda 2030. Ces derniers peuvent être appliqués à la fois au niveau national et au niveau des villes, favorisant ainsi les synergies entre les différents niveaux de mise en œuvre des politiques. Les Indicateurs Culture|2030 visent en premier lieu à mesurer et à suivre les progrès de la contribution de la culture dans la mise en œuvre tant nationale que locale des objectifs et cibles du Programme 2030. Ces indicateurs sont regroupés dans différentes catégories couvrant l’environnement et la résilience, la prospérité et les moyens de subsistance, les connaissances et les compétences, et l’inclusion et la participation. Certains de ces indicateurs, qui peuvent être directement appliqués à l’échelle des villes, sont actuellement mis en œuvre dans plus de dix villes du monde entier, à savoir au Burkina Faso, en Colombie, au Costa Rica, en Croatie, en Macédoine du Nord, au Maroc, aux Philippines, au Portugal, en Roumanie, en Serbie et au Viêt Nam. Dans la même perspective, les données sur l’investissement des États membres en direction de la sauvegarde du patrimoine culturel et naturel – recueillies par l'Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) dans le cadre de la mise en œuvre de la cible 11.4 de l’ODD 11 – reflètent également un engagement croissant des autorités locales. Le rapport de synthèse de l’ISU publié en juin 2021 à l’occasion de la première diffusion des données souligne notamment que cinq des pays participant à l’enquête (Biélorussie, Brésil, France, Turquie, Espagne) ont fait état de dépenses plus élevées de la part des autorités locales qu’au niveau national ou fédéral, ce qui met en évidence l’important rôle des municipalités en faveur de la préservation du patrimoine. La culture a également été intégrée dans d’autres instruments internationaux de mesure liés aux villes, notamment le cadre mondial de surveillance urbaine élaboré par ONU-Habitat.

 

M.Jalaghania a activement participé au projet pilote intitulé « Inventaire communautaire du patrimoine culturel immatériel lié aux activités traditionnelles génératrices de revenus dans le vieux Tbilissi » et a pu partager ses expériences par le biais de plateformes numériques en s’appuyant sur le soutien d’une équipe locale malgré les restrictions liées à la pandémie. © UNESCO

Culture : une source de la vitalité urbaine

Bien qu’insuffisamment documentée, la culture représente une part croissante des économies et des emplois à l’échelle de la ville. Plus de 80 % de l’économie mondiale est générée dans les villes. L’économie culturelle axée sur les villes s’appuie sur l’ensemble des composantes du secteur, allant des musées et des industries culturelles à grande échelle – dans le secteur du cinéma ou de la musique par exemple – à l’artisanat traditionnel ou aux arts du spectacle, à plus petite échelle. En outre, selon le récent document d'orientation « Villes, Culture, Créativité », conjointement publié par l’UNESCO et la Banque mondiale, les industries créatives représenteraient jusqu’à 13 % de l’emploi urbain dans les grandes villes du monde. Avant la pandémie de COVID-19, le secteur créatif générait des revenus annuels mondiaux estimés à 2 250 milliards de dollars des États-Unis, soit 3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et employait plus de jeunes que tout autre secteur. Le tourisme culturel constitue une autre composante essentielle des économies urbaines. En 2019, avant les diverses mesures entreprises dans le monde pour endiguer la propagation de la pandémie, le tourisme avait injecté 8 900 milliards de dollars des États-Unis dans l’économie mondiale, soit 10,3 % du PIB mondial. Le tourisme culturel représente aujourd’hui environ 40 % de l’ensemble du tourisme mondial.

On observe un investissement accru des politiques publiques mises en œuvre par les autorités municipales dans l’impact économique de la culture. Si pour certaines villes cet investissement relève d’une diversification de modèles économiques plus inclusifs et ancrés à l’échelle locale, d’autres s’appuient sur la culture et la créativité dans un vœu de transition vers des modèles économiques post-industriels, axés sur la connaissance et l’innovation. La sauvegarde du patrimoine constitue également une priorité stratégique pour de nombreuses villes, de petite ou de moyenne taille, notamment dans les pays en développement, où les activités liées au patrimoine représentent une grande partie des flux économiques et des emplois locaux. Au fil du temps, l’accent des stratégies touristiques locales s’est déplacé pour couvrir non seulement les monuments, les musées et les sites religieux, mais aussi le patrimoine culturel immatériel, comme les expressions culinaires, les pratiques artisanales, les festivals et les arts du spectacle.

 

Des villes pour tous : le rôle transformateur de la culture

Les zones urbaines sont le foyer de groupes de personnes extrêmement diversifiés. Une diversité qui a été nourrie par l’urbanisation mondiale et les processus de migration et qui appelle à des politiques publiques plus inclusives. Pour les personnes en situation de handicap, les réfugiés, les populations migrantes, les populations autochtones ou encore celles caractérisées par des différences en matière de revenus, d’identité et d’orientation, il apparaît comme indispensable de favoriser un accès à la culture pour tous. Cet impératif doit s’accompagner d’un engagement politique raffermi, condition essentielle à un développement plus durable. Dans de nombreuses villes, on observe d’importantes transitions démographiques allant de l’expansion rapide de populations jeunes dans les pays du Sud, à des « vagues grises » dans les pays du Nord. Face à ces transformations démographiques, les villes doivent être en mesure de répondre aux besoins spécifiques de ces groupes, notamment en matière de participation et d’accès à la culture. Les autorités locales sont en première ligne sur ces sujets, notamment ceux liés à la migration. L’UNESCO a publié, en 2016, une publication intitulée Les villes, lieux d’accueil des réfugiés et migrants (Cities welcoming refugees and migrants, en anglais), laquelle fournit des conseils pratiques pour faire valoir la diversité culturelle. Au-delà du prisme humanitaire, les autorités locales sont appelées à considérer les migrants comme faisant partie intégrante du développement socio-économique des villes, et de faire usage de la culture pour favoriser un sentiment d’appartenance de ces communautés.

La culture est un important moteur d’inclusion sociale et du pluralisme dans les villes. Elle fait converger les attentes de l’ensemble des communautés, y compris des groupes les plus vulnérables, à travers des espaces de partage qui favorisent le dialogue, la citoyenneté et le sentiment d’appartenance à travers une appréciation et une valorisation de la diversité culturelle. En 2017, ONU Habitat a publié un document de mobilisation intitulé « Le droit à la ville » (The Right to the City, en anglais) qui souligne que ce droit suscite un nouveau paradigme pour les villes. Le document souligne la nécessité de promouvoir « une diversité culturelle, qui respecte, protège et promeut les divers moyens de subsistance, coutumes, mémoire, identités, expressions et formes socioculturelles de ses habitants ». Cette diversité et cette connectivité font également des villes des sites d’innovation, d’échange, d’apprentissage, de dialogue et de coopération qui, ainsi, constituent les lieux par excellence pour le développement de solutions créatives aux plus grands défis contemporains. Depuis 2004, la Coalition internationales des villes durables et inclusives - ICCAR soutient les autorités municipales dans la lutte contre la discrimination en leur qualité de décideurs politiques et de prestataires de services dans des domaines aussi divers que l’éducation, l’emploi, le logement et la culture. Plus de 500 villes membres, organisées en sept réseaux, forment cette coalition qui plaide pour une coopération raffermie et une solidarité mondiale au service d’un développement urbain inclusif, exempt de toute forme de discrimination.

Les infrastructures culturelles urbaines, comme les musées ou les sites du patrimoine, offrent des espaces de dialogue interculturel et de partage de connaissances. Elles contribuent de manière considérable à la cohésion sociale et à la compréhension mutuelle, à travers l’appréciation mutuelle de la diversité culturelle. Les processus de conservation du patrimoine permettent, en effet, de faciliter le dialogue et l’inclusion en direction des différentes communautés urbaines et groupes sociaux, de construire un consensus sur la valeur de leur héritage commun, et créer un sentiment d’appartenance à travers le respect de la diversité. La Recommandation de 2015 de l’UNESCO concernant la protection et la promotion des musées et des collections, de leur diversité et de leur rôle dans la société souligne que « Les musées, en tant qu’espaces de transmission culturelle, de dialogue interculturel, d’apprentissage, de discussion et de formation, jouent également un rôle important en matière d’éducation (formelle, informelle, apprentissage tout au long de la vie), de cohésion sociale et de développement durable ». À titre d’exemple, le Musée de la mémoire et des droits de l’homme (Museo de la Memoria y los Derechos Humanos, en espagnol) de Santiago au Chili, à travers son exposition « Nous et les autres » (Nosotros y los Otros, en espagnol), a souhaité divulguer le message selon lequel le racisme est d’abord une construction sociale. Les musées constituent, par ailleurs, d’importants leviers de compréhension dans les processus de réconciliation, notamment dans les contextes postcoloniaux ou au lendemain de conflits. Les musées facilitent l’émergence de points de convergence au sein de communautés divisées, et le rétablissement des voies de dialogue. De façon similaire,les sites patrimoniaux reconstruits au lendemain de conflits par différentes communautés auparavant divisées – dont plusieurs sont situés dans des villes comme le Stari Most en Bosnie-Herzégovine – peuvent servir de musées à ciel ouvert invitant les populations à interagir avec leur histoire et en assurer la transmission aux plus jeunes générations. L’ensemble de ces approches contribuent à la construction d’une appréciation de la diversité culturelle, au dialogue interculturel et au pluralisme.

Les espaces publics dans les villes constituent des lieux essentiels pour promouvoir la culture. Par le biais de la culture, ces lieux sont en mesure de stimuler la cohésion sociale, et de soutenir le plein exercice des droits culturels. En effet, ces espaces facilitent l’accès des communautés à la culture et aux moyens de l’exprimer. Lieux par excellence de reconnaissance et de célébration de la diversité culturelle, les espaces publics favorisent considérablement le respect et l’exercice des droits culturels. Cependant, l’urbanisation galopante pose de nombreux défis liés à l’espace public. Dans un rapport de 2019 sur les espaces publics, le Haut-commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme a appelé les États à reconnaître l’importance de disposer d’espaces publics inclusifs, ouverts et accessibles à tous, en cohérence avec le respect des droits de l’homme et des droits culturels, à travers notamment une offre diversifiée d’évènements culturels et d’expositions d’œuvres d’art dans l’espace public. Cette nécessité a notamment été exacerbée par les restrictions d’accès aux espaces publics durant la pandémie. Depuis lors, les villes ont multiplié les efforts pour rétablir le rôle civil des espaces publics à travers la culture, comme en témoigne le quartier de Charoenkrung à Bangkok (Thaïlande), Ville créative de design de l’UNESCO, où des espaces publics ont été investis par les créations d’artistes locaux. Cette initiative a donné lieu à la création de plus de soixante nouvelles œuvres d’art, ainsi qu’à un soutien aux industries créatives locales. Les événements à portée multiculturelle, tels que le carnaval de Notting Hill à Londres ou la parade du Nouvel an chinois à San Francisco, offrent également des lieux de manifestation de la culture et de la diversité de ses expressions – une démarche essentielle pour construire des sociétés pluralistes et pacifiques.

Lorsque les communautés sont divisées par la violence intercommunautaire, la culture constitue un levier essentiel de réparation des dommages causés au tissu social. De nombreux conflits sont, par ailleurs, provoqués par des facteurs culturels. Le patrimoine culturel est souvent pris pour cible car il constitue un symbole de la diversité culturelle. La récurrence de ce problème a motivé la définition par le Conseil de sécurité des Nations Unies de la destruction délibérée du patrimoine comme un crime de guerre par le biais de l’adoption de sa résolution 2347. Dans une perspective similaire, le document d’orientation conjointement produit en 2018 par la Banque mondiale et l’UNESCO, intitulé La Culture dans la reconstruction et le relèvement des villes propose des directives opérationnelles en direction des décideurs politiques et spécialistes en vue de soutenir la planification, les modalités de financement et de mise en œuvre des interventions des suites d’une crise pour la reconstruction et le relèvement des villes – à la fois en situation post-conflit et post-catastrophe. Parmi d’autres exemples, il peut être fait mention de l’implication des communautés locales dans la restauration de la mosquée Djingareyber à Tombouctou (Mali) suite au conflit de 2012.Plus récemment, les initiatives phares de l’UNESCO LiBeirut et Faire revivre l’esprit de Mossoul ont clairement démontré le pouvoir de la culture en faveur de la reconstruction, des suites des explosions dans la capitale libanaise en 2020 et des conflits persistants dans la ville iraquienne. L’initiative « Travail contre rémunération » (Cash for Work, en anglais), mise en œuvre par l’UNESCO et l’UE au Yémen, a également démontré comment investir dans le restauration du patrimoine urbain des suites d’un conflit ou d’une catastrophe naturelle est susceptible d’offrir des opportunités d’emplois aux jeunes.

 

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Le patrimoine et la créativité : des catalyseurs de progrès pour les politiques urbaines et de l’action climatique

Outre le progrès économique et social qu’ils impulsent à l’échelle des villes, la culture, le patrimoine et la créativité apportent également des solutions aux défis liés à l’aménagement du territoire dans les zones urbaines en expansion. Parmi d’autres exemples, le patrimoine vernaculaire basé sur l’usage de techniques et de matériaux de construction locaux est susceptible d’inspirer les techniques d’architecture contemporaine employées pour la construction des équipements urbains en renforçant leur résilience face au changement climatique. La réhabilitation d’anciennes zones industrielles est également en mesure de contribuer à répondre à la demande croissante de logements à travers une revalorisation du patrimoine industriel. La Canopée du patrimoine mondial de l’UNESCO présente un large éventail d’autres exemples de la manière dont les villes du patrimoine mondial proposent des solutions fondées sur le patrimoine au service d’un développement plus durable des villes. Cette plateforme d’échange passe en revue des stratégies et pratiques innovantes, telles que des systèmes de gestion de l’eau à Bangaluru (Inde), les stratégies de piétonisation à Graz (Autriche), la revitalisation du souk au Caire (Égypte) ou encore un guide de réglementation urbaine et architecturale de Cidade Velha (Cabo Verde) qui vise à sensibiliser à la protection de son patrimoine.

Dans la même perspective, le secteur créatif peut apporter une contribution stratégique aux systèmes de mobilité durable et, plus largement, appuyer l’évolution des actuels modèles urbains vers des stratégies plus inclusives et centrées sur les populations. On estime que seulement la moitié de la population mondiale vivant dans les villes dispose d’un accès aux transports publics, ce qui entraîne notamment des problèmes de ségrégation et de durabilité environnementale. Les Villes créatives de l’UNESCO, telles que Puebla (Mexique) ou Helsinki (Finlande), ont pris appui sur le design créatif pour améliorer les systèmes locaux de transport, engageant une pleine mobilisation des citoyens en vue de façonner des environnements urbains de meilleure qualité et à leur image. Ces initiatives ont permis de mieux refléter les besoins des populations et de favoriser un accès plus équitable et plus large aux espaces publics propices aux interactions sociales. Des villes comme Cracovie (Pologne), Seattle (États-Unis) ou Incheon (République de Corée) ont, par ailleurs, étendu l’accès à la culture par le biais d’installations dans des zones de transport public : des bibliothèques publiques dans des arrêts de bus, des expositions dans les stations de métro, des camions-cantines gastronomiques ambulants autour des gares, ou encore des instruments de musique mis à disposition dans les gares sont autant d’exemples dans le monde.

Si les villes sont les principaux contributeurs au changement climatique, elles sont également en première ligne de la lutte contre le changement climatique. À travers la culture, les villes du monde entier œuvrent au service de la durabilité environnementale, contribuant directement à la réalisation des ODD 12, 13, 14 et 15. Les villes occupent près de 3 % de la surface de la terre, mais représentent 60 à 80 % de la consommation d’énergie et 75 % des émissions de carbone. Depuis 2016, 90 % des personnes habitant dans des villes ont respiré un air qui ne correspondait pas aux standards de sécurité établis par l’Organisation mondiale de la santé. Face à ce défi de taille, la culture et la créativité constituent d’importants moteurs de la transition écologique des villes, en écho avec l’Accord de Paris. Le secteur de la créativité stimule les innovations et incite à une adaptation aux modes de production et de consommation durables. Les Villes créatives de l’UNESCO en offrent plusieurs exemples, d’abord dans le domaine de la gastronomie, à travers lequel les villes s’engagent fermement dans le renforcement des liens entre les zones rurales et urbaines, ou encore dans la promotion de modèles agricoles plus durables. C’est le cas, par exemple, de Chengdu (Chine) qui a déployé des efforts dans plus de 4 000 restaurants de la ville pour y installer du combustible propre. De Bergen (Norvège) à Mexico (Mexique) en passant par Parme (Italie), les villes investissent considérablement dans le développement de l’agriculture urbaine et périurbaine afin de renforcer la réciprocité ville-campagne et de promouvoir l’utilisation de matériaux recyclés et de déchets organiques dont notamment ceux générés par l’industrie alimentaire. Parallèlement, les villes de littérature incitent le grand public à réfléchir au changement climatique, favorisant ainsi les changements de comportement, comme à Melbourne, en Australie. La sauvegarde des pratiques et des connaissances immatérielles des communautés urbaines peut également apporter une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique.

Les villes du patrimoine mondial s’imposent, par ailleurs, comme des observatoires du changement climatique et des laboratoires pour l’adaptation climatique. Certains sites du patrimoine mondial sont lourdement affectés par les effets du changement climatique, allant de la montée des eaux à Venise (Italie) à l’érosion croissante à Hoi An (Viet Nam). La détérioration des caractéristiques physiques de ces villes s’accompagne souvent de la perte progressive de pratiques sociales et culturelles. Plus tôt dans l’année, l’UNESCO a lancé l’Observatoire du climat du patrimoine urbain, aux côtés du Groupe d’observation de la Terre (GEO) et du Bureau GEO de Grèce, avec pour objectif de mieux comprendre et documenter l’impact du changement climatique sur les villes du patrimoine mondial. Dans une perspective similaire, le mécanisme « Flexible », développé sous la direction de la Grèce en coopération avec la CCNUCC, l’OMM et l’UNESCO, a pour ambition de développer les connaissances sur l’impact du changement climatique sur le patrimoine culturel, notamment en milieu urbain. Les villes peuvent également constituer des laboratoires d’expérimentation de solutions durables, à faible teneur en carbone, pour répondre aux défis liés au logement, au transport ou encore la conservation urbaine. La compilation d’études de cas réalisée par l’UNESCO en 2014, et consolidée dans une publication intitulée « Villes historiques en développement : des clés pour comprendre et agir. Un recueil d’études de cas sur la conservation et la gestion des villes historiques », offre plusieurs pistes de solutions durables. Le statut iconique des villes du patrimoine mondial est également un moyen de stimuler une sensibilisation d’un large public aux risques associés au changement climatique.

Face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles – dont les impacts affectent fortement les zones urbaines – la culture et la créativité constituent d’importantes sources de résilience. Chaque année, on estime à plus de 200 millions le nombre de personnes affectées par les conséquences des tempêtes, inondations, cyclones, et tremblements de terre. La fréquence croissante et la gravité de ces évènements ont été exacerbées par le changement climatique. Cela est particulièrement visible dans les Caraïbes et les PIED du Pacifique. Par ailleurs, autour du monde, les conflits armés causent de plus en plus de destruction dans les villes, mettant en péril le patrimoine aussi bien matériel qu’immatériel, souvent pris pour cible pour porter atteinte aux identités des communautés. Au sortir des crises, ces villes se retrouvent confrontées à une série de priorités, notamment celles de réconcilier les communautés, promouvoir le développement économique et gérer des transformations sociales, spatiales et économiques complexes. Dans de nombreux cas, ces crises ont affecté des zones historiques de grande valeur qui étaient au cœur des identités locales et représentaient d’importants atouts pour la vie économique locale.

Hoi An Ancient Town, Vietnam

Tang Trung Kien/Shutterstock.com*

Ne laisser personne – ni aucun lieu – pour compte : réhumaniser les villes par la culture

Les villes d’aujourd’hui et de demain font face à des défis inédits. Bien qu’elles n’occupent qu’une faible part de la surface continentale à l’échelle mondiale, les villes génèrent d’importantes quantités de déchets et sont de plus en plus vulnérables à l’impact des catastrophes naturelles et des effets du changement climatique. L’augmentation des inégalités et des flux de migration causés, dans de nombreuses situations, par les conflits et la pauvreté, font des villes les plaques tournantes des nouveaux clivages d’exclusion et de discrimination. La culture dans les villes est également mise sous pression, devant faire face à des défis tels que la perte d’authenticité des sites du patrimoine urbain, l'équilibre fragile des pratiques du patrimoine vivant et le risque d’exclusion sociale portant atteinte à la diversité culturelle,

Pourtant, la culture est un puissant moteur d’innovation, de résilience et de transformation à l’échelle de la ville à travers le large spectre des politiques publiques. La culture contribue de manière concrète et tangible à la durabilité de notre environnement urbain. Elle soutient les dynamiques d’inclusion et d’interaction pacifique entre les communautés urbaines, issues de tous horizons, à travers le renforcement d’un sentiment d’appartenance, d’identité partagée ou d’identités multiples. La culture développe de nouvelles voies de croissance économique plus ancrées dans les logiques locales. Elle améliore la qualité des espaces urbains, du logement ou des équipements de transport public. Elle permet de stimuler des modèles plus inclusifs, y compris dans les zones urbaines les plus défavorisées. La culture n’est pas uniquement présente dans nos vies quotidiennes en tant que citadins, elle informe également les politiques publiques dans divers domaines – des politiques urbaines elles-mêmes aux politiques d’éducation et d’inclusion sociale. Il sera donc essentiel de documenter et de mesurer cette contribution de la culture aux villes durables. L’UNESCO y travaille notamment par la mise en œuvre au niveau des villes des Indicateurs Culture|2030, en vue d’améliorer l’identification des besoins et mieux accompagner l’élaboration des politiques.

À l’avenir, des liens plus systémiques et des synergies devraient être forgés entre les politiques publiques à l’échelle nationale et à l’échelle locale. C'est en particulier dans les villes que le rôle transversal de la culture peut être expérimenté, démontré et amplifié nulle part ailleurs que dans les villes. La culture est porteuse d’une richesse de connaissances dont le potentiel vient éclairer l’élaboration des politiques nationales, notamment celles relatives au développement urbain, vers des politiques publiques adaptées au contexte culturel. Les autorités municipales sont des acteurs indispensables pour élargir l’accès à la culture et soutenir l’inclusion sociale. Ces objectifs de politiques publiques nécessitent un engagement raffermi et une connaissance du terrain pour être en mesure de contribuer plus largement aux objectifs  nationaux plus larges, notamment ceux inscrits dans les politiques culturelles nationales. Une telle collaboration entre les décideurs nationaux et locaux devrait être plus systématiquement encouragée, notamment par le biais de plateformes de connaissances et de dialogue .

Investir dans la culture ouvre la voie à une « nouvelle donne » pour les politiques urbaines. Dans des villes de plus en plus multiculturelles, la culture soutient la citoyenneté mondiale au niveau local et contribue au plein exercice des droits fondamentaux, notamment l’accès à la culture, à l’éducation et à l’information, ainsi qu’à la liberté d’expression. Cette nouvelle donne contribuera à forger un avenir urbain plus durable, en s’appuyant sur la valeur de la culture en tant que bien public pour réhumaniser la ville.