La cérémonie Mevlevi Sema
 

Les Mevlevis sont un ordre ascétique soufi fondé en 1273 à Konya, d’où ils ont progressivement essaimé dans tout l’empire ottoman. Aujourd’hui, on trouve des Mevlevis dans de nombreuses communautés turques du monde, mais les plus actifs et renommés restent ceux de Konya et d’Istanbul. 

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Leurs cérémonies, ou sema, font appel à un répertoire musical particulier, appelé ayin. Divisé en quatre parties mêlant compositions vocales et instrumentales, ce répertoire utilise des cycles rythmiques contrastés et est interprété par au moins un chanteur, un flûtiste (neyzen), un joueur de timbale et un joueur de cymbales. Les compositions les plus anciennes datent du milieu du seizième siècle et mêlent des traditions musicales persanes et turques. Le répertoire a été continuellement enrichi et les premières notations remontent  au début du vingtième siècle.

Les danseurs étaient formés lors d’une retraite de 1001 jours parmi les Mevlevis. Ils y apprenaientles règles d’éthique, les codes de conduite et les croyances par la pratique quotidienne de prière, musique religieuse, poésie et danse. Au terme de cette formation, ils retournaient dans leur famille et reprenaient leur travail, tout en restant membres de l’ordre, combinant ainsi vie spirituelle et civile.

Après un jeûne recommandé de plusieurs heures, les derviches tourneurs commencent à tourner sur leur pied gauche en utilisant le pied droit pour pivoter autour du pied gauche. Le corps du danseur doit être souple et ses yeux rester ouverts, sans rien fixer afin que les images deviennent floues et flottantes. Le sema se déroule dans une grande pièce circulaire faisant partie des bâtiments du cloître, le  mevlevihane.

A la suite de la révolution laïque, tous les mevlevihane ont été fermés en 1925. De nombreux praticiens ont conservé leur tradition vivante lors de réunions privées. Trente ans plus tard, le gouvernement turc a de nouveau autorisé les cérémonies, mais seulement en public. A partir des années 1990, les restrictions ont été assouplies et des groupes privés ont refait leur apparition, tentant de recouvrer  le caractère spirituel et intime originels du sema.

Pendant les trente années où le sema a été contraint à la clandestinité, la transmission a été plus axée sur la musique et les chants que sur les traditions spirituelles et religieuses dans la mesure où celles-ci étaient strictement interdites. Aujourd’hui, les représentations, le plus souvent pour les touristes, sont dénaturées de leur signification spirituelle originelle et sont privées de leur contexte intime. La longueur de la cérémonie a été raccourcie afin de répondre à des besoins commerciaux et un grand nombre de styles musicaux liés aux rituels sont en danger de disparition.