La fabrication des tissus d’écorce en Ouganda


Inscrit en 2008 (3.COM) sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (originellement proclamé en 2005)

La fabrication de tissus d’écorce est un artisanat ancien des Baganda, un peuple établi dans le royaume de Buganda, dans le sud de l’Ouganda. Selon la tradition, les artisans du clan Ngonge, sous la direction d’un kaboggoza, chef héréditaire des artisans, fabriquaient du tissu d’écorce pour la famille royale baganda et le reste de la communauté. Ce travail repose sur quelques-uns des savoir-faire les plus anciens de l’humanité, une technique préhistorique antérieure à l’invention du tissage. L’écorce intérieure du Mutuba (Ficus natalensis) est récoltée pendant la saison des pluies, puis longuement et vigoureusement battue à l’aide de différents maillets en bois pour lui donner une texture souple et fine et une couleur ocre uniforme. Les artisans travaillent dans un hangar ouvert afin d’empêcher l’écorce de sécher trop rapidement. Le tissu d’écorce est porté à la manière d’une toge par les hommes et les femmes, avec une large ceinture autour de la taille pour ces dernières. De couleur ocre pour l’homme ordinaire, il est teint en blanc ou en noir pour les rois et les chefs et porté de façon différente pour mettre leur statut en valeur. Il est principalement porté lors des cérémonies de couronnement et de guérison, les funérailles et les rassemblements culturels. Il peut également servir de rideau, de moustiquaire, de linge de lit ou de sac pour conserver des produits. La fabrication de tissu d’écorce était très répandue dans le royaume de Buganda où pratiquement chaque village possédait son atelier. Avec l’arrivée des tissus en coton apportés au dix-neuvième siècle par les caravanes marchandes arabes, la production s’est ralentie avant de disparaître, limitant l’usage du tissu d’écorce à des fonctions sociales et culturelles. Toutefois, le tissu d’écorce reste pour la communauté baganda un symbole distinctif de ses traditions sociales et culturelles. Depuis quelques années, sa fabrication est fortement encouragée et valorisée dans le royaume.