Le théâtre sanscrit, Kutiyattam


Inscrit en 2008 (3.COM) sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (originellement proclamé en 2001)

Le kutiyattam, théâtre sanscrit de la province du Kerala, est l’une des traditions théâtrales vivantes les plus anciennes de l’Inde. Apparu il y a plus de 2000 ans, il est à la fois une synthèse du classicisme sanscrit et le reflet des traditions locales du Kerala. Dans son langage théâtral stylisé et codifié, l’expression des yeux (neta abhinaya) et la gestuelle (hasta abhinaya) jouent un rôle fondamental en cristallisant l’attention sur les pensées et les sentiments du personnage principal. Les acteurs doivent se soumettre à une formation rigoureuse de dix à quinze ans pour devenir des acteurs dignes de ce nom et acquérir une parfaite maîtrise de la respiration et des subtils mouvements des muscles du visage et du corps. Tout l’art consiste à développer une situation ou un épisode dans ses moindres détails, à tel point que la représentation d’un seul acte peut durer plusieurs jours et la pièce entière, jusqu’à 40 jours. Le kutiyattam est traditionnellement représenté dans des théâtres appelés Kuttampalams, aménagés à l’intérieur des temples hindous. Réservées à l’origine à un auditoire restreint en raison de leur caractère sacré, les représentations se sont progressivement ouvertes à des publics plus larges. La charge de l’acteur conserve cependant une dimension sacrée, comme en témoignent les rituels de purification auxquels il se soumet préalablement ou la lampe à huile qui brûle sur la scène, symbolisant la présence divine. Les acteurs de sexe masculin transmettent à leurs élèves des manuels d’art dramatique extrêmement détaillés qui sont restés jusqu’à une époque récente la propriété exclusive et secrète de certaines familles. Avec la fin de l’ordre féodal et la disparition concomitante du mécénat au dix-neuvième siècle, les familles qui détenaient les secrets des techniques dramatiques se sont trouvées confrontées à de sérieuses difficultés. Malgré un renouveau au début du vingtième siècle, le kutiyattam doit aujourd’hui de nouveau faire face à un manque de moyens financiers entraînant une sérieuse crise au sein de la profession. Dans ces circonstances, les institutions responsables de la transmission de la tradition ont uni leurs efforts afin d’assurer la continuité de ce théâtre sanscrit.