10.04.2012 - Le Courrier de l'UNESCO

Le mécanisme d’Anticythère, ancêtre de l’ordinateur

Le mécanisme d’Anticythère. ©DR

Un beau jour, des pêcheurs d’éponges au large de la côte grecque firent une découverte qui intrigua aussitôt le monde scientifique : un mécanisme à engrenages, rongé par la rouille, tombant en morceaux, dont on ne soupçonnait ni l’âge, ni l’usage. Il est resté un demi-siècle au Musée d’Athènes avant de commencer à dévoiler ses secrets qui ont révolutionné l’histoire des sciences.

Par Lucia Maitreau et Ulrike Guerin, UNESCO

La découverte de la machine d’Anticythère remonte à 1900, lorsque des  pêcheurs d’éponges grecs aperçurent dans le fond marin au large de l’île grecque d’Anticythère « des hommes nus et des chevaux ».  Ils venaient de découvrir une épave antique. Ils remontèrent de sa cargaison la main d’une statue en bronze qui se révéla appartenir à une sculpture grecque du 4e siècle av. J.-C., connue sous le nom de « la statue du philosophe », dont retrouva par la suite la tête et d’autres membres. 

Les pêcheurs avertirent les autorités grecques qui renflouèrent l’épave et sa cargaison, au cours de l’an suivant. Le navire romain, probablement parti de Rhodes, un centre intellectuel important de l’astronomie et de l’ingénierie mécanique dans l’Antiquité, abritait de nombreuses statues et statuettes en bronze et en marbre, des pièces de monnaie, ainsi que des objets usuels de l’équipage comme des lampes à huile, mais aussi des vases finement travaillés et des objets d’art précieux.

Un objet se distinguait des autres à bien des égards : c’était une étrange pièce en bronze, de forme circulaire, haute d’une vingtaine de centimètres, qui pesait quelques centaines de grammes. L’objet se mit à se désagréger au premier contact de l’air et il fut déposé au Musée d’Athènes pour être conservé et étudié. C’est ainsi que commença l’aventure nouvelle du plus ancien mécanisme à engrenages au monde, appelé désormais l’ancêtre de l’ordinateur.

Exceptionnel par sa complexité, le mécanisme d’Anticythère suscita l’intérêt de Derek J. de Solla Price, physicien anglais et historien des sciences à l’Université Yale (États-Unis). En 1951, il réalisa la première étude détaillée, grâce à des radiographies aux rayons X, et constata qu’il s’agissait d’un instrument très sophistiqué composé d’une trentaine de roues dentées, d’axes, de tambours, d’aiguilles mobiles et de trois cadrans gravés d’inscriptions (un « mode d’emploi » !) et de signes astronomiques. Il démontra ainsi que l’instrument permettait de calculer les différents cycles de la lune, du soleil et des planètes et le nomma « calendrier informatisé ».

Intrigué par la théorie sur la machine d’Anticythère, l’historien australien et spécialiste du développement des ordinateurs, Allan Geirge Bromley, s’attaqua à l’objet mystérieux dans les années 1980. Il réalisa des radiographies plus précises et corrigea certaines erreurs de son prédécesseur. Une décennie plus tard, les recherches menées par l’ingénieur britannique Michael Wright confirmèrent l’exactitude de la théorie Derek J. de Solla Price, qui ne s’était trompé que sur des détails. La machine d’Anticythère était bel et bien un instrument de calcul automatisé, qui méritait d’être considérée comme « un ordinateur antique».

Plus près de nous, entre 2000 et 2006, une équipe de chercheurs menée par l’astronome britannique Mike Edmunds, de l’université de Cardiff, construisit un tomographe de très haute résolution, pesant  plus de huit tonnes, pour aboutir à une reconstruction tridimensionnelle de l’instrument et percer d’autres de ses secrets, notamment son âge : la machine d’Anticythère ‒ ou le plus ancien ordinateur connu au monde ‒ date de la fin du 2e  siècle avant notre ère.




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